PREUVES TIRÉES DE L’ANATOMIE
Asymétrie cérébrale. — Les hémisphères cérébraux,' dit M. Sappey, situés sur les côtés de la grande scissure, au sommet de l’axe cérébro-spinal dont ils constituent le pôle céphalique, partagent la symétrie commune à tous les organes de la vie de relation, et particulièrement au système nerveux de la vie animale. Ce caractère, toutefois, est moins accusé sur la surface du cerveau que sur les autres dépendances du système nerveux, où il se montre en quelque sorte plus stable; rien n’est plus rare que de trouver une moelle épinière ou une protubérance asymétrique, tandis que ton observe assez souvent une prédominance de l'un des hémisphères sur Vautre. On aurait pu penser avec Bichat, qu’un cerveau ainsi conformé se trouvait dans des conditions défavorables pour l’exercice de ses fonctions. La fréquence d’un semblable mode de conformation chez les idiots et les aliénés donnait beaucoup de valeur à cette opinion. Elle n’est pas complètement fondée cependant; très prononcé, ce défaut de symétrie entraîne de fâcheuses conséquences; contenu dans certaines limites, il se concilie parfaitement avec l’énergie, la fécondité et l’éclat de l’intelligence. Entre tous les faits qu’on pouvait invoquer à l’appui de celte vérité, aucun ne la proclame aussi éloquem-
ment que le cerveau mal symétrique de l’immortel auteur de Y Anatomie générale , qui produisait ses recherches sur la vie et sur la mort, au moment môme où il condamnait ce défaut de symétrie à l’impuissance (1).
i Tout le monde sait, en effet, que l’autopsie de Bichat révéla l’atrophie presque complète d’un des hémisphères cérébraux.
C’est ainsi que l’asymétrie des deux hémisphères, indice de leur inégalité fonctionnelle, coïncidant avec l’intégrité complète des fonctions de la vie de relation et des facultés intellectuelles, nous donne la première notion de leur indépendance fonctionnelle possible.
Dans une communication remarquable faite à la Société d’anthropologie, commentant les résultats du travail de Gratiolet, sur les plis cérébraux de l'homme et des primates (2), Broca n’hésitait pas à formuler la proposition suivante, si contraire aux opinions antérieurement énoncées :
« JL' asymétrie des plis des circonvolutions secondaires consh- « tue à mes yeux un caractère de supériorité. »
Il ajoutait à l’appui de ce jugement :
« J’ai pu m’assurer que cette asymétrie est plus grande dans « les cerveaux des blancs que dans ceux des nègres ; chez les « idiots microcéphales, le cerveau en se simplifiant retourne
« à l’asymétrie Il me suffit de constater que les circonvo-
« lutions deviennent de moins en moins symétriques à me* « sure que l’on s’élève dans la série des primates, et que sous « ce rapport les anthropoïdes ressemblent beaucoup plus à « l’homme qu’aux pithéciens (3). »
En effet, Turner avait pu, peu de temps auparavant, constater l’asymétrie des circonvolutions du cerveau du chimpanzé (4).
(1) Sappey. Traité d’anatomie descriptive. T. III, p. 50. 3e édit.
(2) Broca, (Bull, de la Soc. d’anthrop. T. IV, 2a série, 1869, p. 393).
(3) Gratiolet. Mém. sur les plis cérébraux de l’homme et des pri= mates, Paris, 1854.
(4) Turner. Notes on the Bridging convolutions on the brain of the chimpanzee.(Proceedings of the Royal Society of Edinburgh, 1865-66.)
Ce sont les mêmes considéz'ations qui faisaient dire à Tony Moilin, dans une brochure publiée pendant son internat, que :
« L’homme est le plus asymétrique des animaux, comme il en est le plus parfait. »
Tony Moilin plaçait le point de départ de cette asymétrie dans le système nerveux (1).
Plus récemment, Ch. Péré, citant un cas d’asymétrie considérable du cerveau chez une malade qui, pendant sa vie, avait présenté un état moral normal, s’exprimait ainsi :
« Il n'y a pas deux cerveaux qui se ressemblent exactement. Il n'y a pas de cerveau humain qui soit exactement symétrique , (quelle que soit la période de son développement. » Il ajoutait que cette asymétrie existait aussi chez les singes, et il en tirait la conclusion suivante :
« Il n’y pas de relations entre l’état moral et intellectuel et la morphologie grossière du cerveau (2). »
Il fallait que cette asymétrie fut dans certain cas très frappante, car à une époque où les observations anatomiques n’avaient pas le caractère de précision qu’elles ont aujourd’hui, Sœmmering avait constaté une prédominance assez marquée, à l’état normal, d’un lobe sur l’autre (3).
Parlerons-nous d’autres auteurs, qui, sans preuves à l’appui, se bornaient, comme Bûchez, à affirmer qu’un hémisphère l’emporte toujours sur l’autre, et que le plus développé est celui qui est situé à gauche (4).
Depuis que Broca a appelé l’attention sur le développement asymétrique du cerveau, ce point d’anatomie a frappé successivement tous les observateurs. Un des plus autorisés, Charlton Bastian (5), s’exprime à ce sujet en ces termes :
(1) Tony Moilin. Quelques considérations sur l’homme droit et sur l’homme gauche, Paris, 1855.
(2) Ch. Féré. a. Note sur un cas d’asymétrie du cerveau. (Arcli. de Neurologie, janvier 1883, n° 13.)
b. La famille névropathique. (Arch.de Neurologie, janvier 1884).
(3) Sœmmering. De corporis humani fabrica, 1798. T. IV.
(4) Bûchez. Traité de Philosophie, Paris, 1840. T. III, p. 309.
(5) Charlton Bastian. Le cerveau organe de la pensée, chez l’homme et les animaux, 1882, p. 55 et suiv.
« Une des particularités les plus remarquables du cerveau humain, c’est que d’une manière ou d’une autre ses deux hémisphères ne sont pas développés d’une manière tout à fait symétrique.
a Bien que la situation des scissures primaires soit sujette à peu de variations dans les deux hémisphères, cependant sur les cerveaux les plus riches en circonvolutions, beaucoup des circonvolutions séparées peuvent présenter des différences dans le nombre de leurs replis ou indentations.
« De là peuvent provenir de légères différences dans l’aspect des circonvolutions qui se correspondent des deux côtés du cerveau.
« Les régions où la dissimilarité est la plus marquée ne sont point du tout nécessairement les mômes chez les différents individus, de même la complexité la plus grande ne se trouve point toujours sur le même hémisphère dans ces différentes régions.
« Il y a encore beaucoup à apprendre sur ces points, mais on est tout à fait autorisé à conclure, d’une manière générale, que ce développement symétrique des circonvolutions est, chez les races humaines inférieures, seulement un peu plus marqué que chez les singes supérieurs, et qu’il s’accentue de la manière la plus distincte dans les cerveaux très riches en circonvolutions qui appartiennent à des représentants des races humaines supérieures ou plus civilisées. »
Divers anatomistes ont remarqué que l’hémisphère gauche est très fréquemment plus long que son homologue : de sorte que le sommet du lobe occipital gauche peut se projeter distinctement en arrière de celui du côté droit.
Charlton Bastian a remarqué, il y a une quinzaine d’années, qu’il existe une différence bien nette dans la forme des sommets des lobes occipitaux, celui du côté gauche étant ordinairement atténué et irrégulièrement conique; tandis que le droit est souvent plutôt aplati à l’extrémité et porte à son bord interne une dépression ou sillon, de 7 millimètres environ de large, etc.
M. Luys ne s’est pas borné à constater que le cerveau pré-
sentait, au point de vue de la configuration extérieure, toutes les variétés possibles, non seulement d’un individu à l’autre, mais encore chez le même individu, suivant que l’on considère les régions homologues de l’hémisphère droit et celles de l’hémisphère gauche ; il en a fait la démonstration avec une rigueur absolue :
« Prenez, nous dit-il, une feuille à calquer, appliquez-la sur une coupe verticale fraîche du cerveau, prenez avec un pinceau humecté de couleur à l’aquarelle le contour de la substance corticale d’un hémisphère, et retournez ce papier, vous verrez ainsi, d’une façon bien nette, que le profil des circonvolutions d’un côté ne s’adapte pas sur le profil des circonvolutions d’un autre côté. J’ai bien des fois répété ce tracé, et je suis encore à trouver un cerveau humain complètement symétrique, complètement équilibré dans ses régions périphériques, et dont les régions gauches de la substance corticale répondent exactement aux régions homologues du côté opposé (1). »
Asymétrie et déformations crâniennes. — Il était admissible de supposer que l’asymétrie du cerveau se manifesterait extérieurement; en effet, la craniométrie a donné des résultats concordants.
Le Dr Lebon, qui a porté ses recherches sur près de 300 crânes du musée Broca, à l’École pratique, a trouvé qu’il y avait ; prédominance du côté droit dans 125 crânes, prédominance du côté gauche dans 111, et qu’il y en avait 51 dont les divers os étaient inégaux, mais dont les inégalités se compensaient (2).
Il y a, comme on le voit, avantage au profit du côté droit, mais il est minime, et en réalité le crâne est plus développé tantôt à droite et tantôt à gauche, sans qu’il soit possible d’assigner des raisons sérieuses à cette inégalité. M. Gustave Lebon (3),
(1) Luys. Le cerveau et ses fonctions, 1882, p. 9.
(2) Gustave Lebon. Sur l'inégalité des régions correspondantes de crâne. (Bull, de la Soc. d’anthropol., 1878, p. 104 et suiv.)
(3) Gustave Lebon. Recherches expérimentales sur les variations du cerveau et du crâne. (Bull, de la Soc. d’anthropol., 1878, p. 310 et suiv.)
concluait de ses observations que le crâne, et vraisemblablement le cerveau, dont il reproduit la forme, présente un défaut de symétrie constant qui n'est pas de même sens pour chacune de ces parties. »
Dans une seconde communication, le même observateur précisait encore d’avantage ses conclusions en disant :
« Il y a une inégalité constante de développement entre les deux moitiés du crâne, qui est tantôt plus développé à droite, tantôt plus développé à gauche, sans que la race ou l’état de l’intelligence semble avoir une influence manifeste sur le sens de cette inégalité de développement. »
La même année, le DrThulié(l) donnait à la Société d’anthropologie la relation de l’autopsie d’un de ses membres les plus dévoués. Louis Asseline, dont la rare sagacité et la rectitude du jugement avaient pu être appréciées de tous ses collègues. Il confirmait l’opinion de Broca, citée plus haut, en disant au sujet du crâne d’Asseline : « Il existe une certaine asymétrie dans la boîte osseuse : la bosse frontale droite est plus proéminente que la gauche. »
Aucune démonstration n’était plus propre à prouver que l’intégrité des facultés intellectuelles peut se concilier avec une asymétrie relative du cerveau et du crâne qui le renferme.
Plusieurs auteurs, parmi lesquels il importe de citer MM. Lacassagne, Cliquet (2) et Gaétan Delaunay, ont fait porter leurs recherches sur les tracés de conformation du crâne obtenu par les chapeliers.
Ces observateurs ont signalé des différences nombreuses d’un côté à l’autre, et ont établi en général la supériorité du côté gauche chez les gens instruits. Toutefois, pour M. Descourtis (3) , cette règle est sujette à de nombreuses exceptions.
(1) Thulié. Autopsie de Louis Asseline. (Bull, de la Soc. d’anthrop. 1878, p. 161.)
(2) Lacassagne et Cliquet. De l’influence du travail intellectuel sur la forme et le volume de la tête. (Bull, de la Soc.de rriéd. publ., mars à juillet 1878, p. 398 et suiv.)
(3) Descourtis. Du fractionnement des opérations cérébrales et de leur dédoublement dans les psychopathies. Th. Paris, 1882.
De ses recherches personnelles entreprises sous la direction de M. Luys, avec des instruments construits dans ce but, il résulte qu’il y a toujours des différences d’un côté (à l’autre, soit qu’elles existent à la région frontale pariétale ou occipitale, soit qu’elles se montrent sur plusieurs de ces points à la fois.
De nombreux travaux ont d’ailleurs été publiés sur les déformations crâniennes.
De toutes ces déformations, celle qui se rapporte le plus à la démonsti-ation que nous voulons faire de l’inégalité des deux hémisphères est la plagiocéphalie (irXa-poÇ) oblique) ou déformation oblique-ovalaire.
Elle est caractérisée par ce fait, qu’un des côtés du crâne faisant saillie en avant, ce même côté est déprimé en arrière; cette disposition est naturellement inverse pour le côté opposé.
Il n’est pas besoin d’avoir recours à des instruments pour l’apercevoir, car elle est perceptible à l’œil le moins exercé, même lorsque la déformation oblique est extrêmement peu prononcée.
Jusqu’ici, la façon dont les auteurs se sont assurés de l'existence de la plagiocéphalie était Complètement dépourvue de précision.
Lasègue (1) se contentait, pour l'appréciet-, de placer ses pouces sur les bosses frontales et ses médius sur la pprtie postérieure des pariétaux.
MM. Lebon (2), Corre et Roussel (3), ont imaginé des pro** cédés plus exacts, mais le nombre de leurs observations a été très limitéi
(1) Lasègue. De l’épilepsie par déformation du crâne. (Annales médico-psychol., série V. T. XI, 1876.)
(2) G. Le Bon. Sur l’inégalité des régions correspondantes du crâne. (Bull, de la Soc. d’anthropol., mars 1878.)
(3) Corre et Roussel. Etude d’une série de têtes de criminels conservées au musée d’anthropologie de l’école de Brest. (Revue d’anthropologie, 1873, lor fasc.)
Un auteur italien, Palombi, qui a publié récemment un excellent travail sur l’asymétrie crânienne, a mesuré avec un soin minutieux un assez grand nombre de crânes. Cette mesure lui a révélé l’existence fréquente à tous les degrés de la déformation plagiocéphalique. Cet auteur n’a pas reculé devant la mensuration des huit segments osseux considérés par lui.
Cette précision dans la mensuration a permis à M. Palombi de signaler plusieurs faits nouveaux (1).
Enfin, le meilleur travail sur ce sujet est dû à M. Manouvrier (2).
Cet auteur, perfectionnant les procédés employés jusqu’alors et portant ses recherches sur les crânes du musée Broca, est arrivé aux conclusions suivantes :
1° La plagiocéphalie très prononcée se rencontre beaucoup plus fréquemment dans le sexe masculin.
2° Elle est à peu près aussi fréquente à gauche qu’à droite.
3° Elle est presque toujours plus accentuée à la partie postérieure du crâne.
4° Par conséquent il est très rare que la déformation antérieure fasse équilibre morphologiquement déformation postérieure, du moins à partir d’un certain degré (sur le crâne du Dr Coudereau qui présentait un cas de plagiocéphalie assez net, la compensation était complète entre les deux côtés).
5° Par conséquent aussi, l’un des deux hémisphères est plus court que l’autre chez presque tous les individus fortement plagiocéphales.
6° Enfin, la plagiocéphalie se rencontre aussi bien chez les idiots microcéphales que chez les individus normaux (2).
En effet, elle n’entraîne à sa suite aucun trouble dans les fonctions générales et les plagiocéphales sont aussi intelligents que les autres.
(!) Palombi. Sulla inegualianze di sviluppo del ossa del cranio umano nei loro rapporti colle legi délia simmelria morfologica, 1881.
(2) Manouvrier. Etude sur la plagiocéphalie. (Bull, de la Soc. d’anthrop., 1883, p. 534.)
Inégalité de volume et de poids des deux hémisphères cérébraux. — Mais si l’on pousse l’étude comparée des deux hémisphères au delà de l’examen morphologique du cerveau ou de l’inspection craniométrique et qu’on les étudie au point de vue du poids et du volume, on acquiert des données beaucoup plus précises qui démontrent la prédominance constante de l’un des deux hémisphères sur l’autre.
Broca mérite qu’on le cite toujours le premier, lorsqu’il s’agit d’études relatives à la mensuration du cerveau. Dès 1861, époque à laquelle il reconnut que la faculté du langage est localisée dans la troisième circonvolution frontale gauche et que par conséquent les deux hémisphères cérébraux n’ont pas les mêmes attributions, il pesa comparativement ces deux hémisphères et leurs trois principales régions chez tous les individus dont il fit l’autopsie dans les hôpitaux.
Il recueillit ainsi 440 observations détaillées qui lui apprirent que les pesées donnaient, dans la majorité des cas, plus de poids au lobe antérieur droit, tandis que le lobe postérieur gauche pesait au contraire moins que le lobe postérieur di-oit.
En 1875, il formulait ainsi le résultat de ces observations :
« L’hémisphère droit dans son ensemble pèse un peu plus que le gauche et cependant le lobe frontal gauche l'emporte sur le droit d'une quantité très notable » (1).
Il affirmait que chez les adultes exempts de toute affection cérébrale, il existe entre le lobe gauche et le droit des différences de 5 à 6 grammes et même de 10 à 14 grammes.
Parchappe avait déjà dirigé ses recherches du côté des pesées cérébrales, mais il se contentait de peser le cerveau en bloc (2). Les différences entre les hémisphères lui avaient échappé.
Follet, le premier, ajouta à la méthode de Parchappe celle des pesées séparées de chaque hémisphère (3). Ses considérations
(1) Broca. Sur le poids relatif des deux hémisphères cérébraux, (Bull, de la Soc. d’anthrop., 1875, p. 535.)
(2) Parchappe. Recherches sur l’encéphale. Paris, 1836.
(3) Follet. Considérations théoriques et pratiques sur l’oblitération et l’aberration de l’esprit, déduites de 300 autopsies, 1854.
déduites de 300 autopsies sont très intéressantes et marquent un pas considérable dans l'étude qui nous occupe.
Dans ces derniers temps de nouvelles recherches entreprises dans le même sens par M. Bra, l’ont confirmé dans l’idée qu’il existe chez les individus sains une asymétrie fréquente entre les lobes du cerveau (1) . L’élévation de poids, selon lui, siégerait tantôt à droite et tantôt à gauche, mais l’égalité serait une exception.
Boyd, à peu près à la même époque que Broca, en 1861, se basant sur près de deux cents faits, a trouvé que le poids de l’hcmisphère gauche surpasse presque toujours d’un huitième, d’une once environ, celui de l’hémisphère droit (2).
11 est vrai que deux observateurs italiens, MM. Gaglio et Mattéi sont arrivés depuis par les mêmes procédés à des conclusions différentes.(3). Selon eux, l’hémisphère droit l’emporterait sur le gauche d’une manière constante ; la différence moyenne serait en faveur de l’hémisphère droit de 4 grammes, et cela surtout chez les vieillards.
Pour que leurs conclusions ne fussent point contestées, Gaglio et Mattéi ont renouvelé leurs expériences.
La seconde fois, leur examen portait sur 59 cerveaux. De la communication qui suivit il résulterait qu’à l’état normal l’hémisphère droit est plus pesant que le gauche dans un rapport de 70,90 pour 100, l’hémisphère gauche est plus pesant dans le rapport de 20.09 pour 100.
La supériorité de l’hémisphère droit serait donc, pour les auteurs italiens, non pas le symptôme d’un état pathologique, mais la règle normale. La différence normale fixée à 4 grammes croîtrait avec les années et l’asymétrie serait en rapport avec l’âge.
(1) Bra. Du poids du cerveau et du cervelet chez les épileptiques. (Encéphale, 1881, t. I, p. 292.)
(2) Boyd. Table of the weights of human body and internai organs. (Philosophical Transactions, London, 1861, vol. CLI.)
(3) Gaglio et Mattéi. Sur l’inégalité de développement et de poids des deux hémisphères cérébraux. (Rivista sperimentale di frenetria e di med. legale. Anni VIII et IX, 1883.)
Enfin M. Luys, dont l’autorité s’impose en cette matière, a conclu récemment de l’examen de 32 cerveaux sains que les deux hémisphères ont un poids différent, que l’hémisphère gauche est plus développé que le droit et pèse 5 à 6 grammes de plus que lui (1) .
D’après ce qui précède, les auteurs, non seulement ne seraient pas d’accord sur les moyennes à établir relativement à la différence de poids des deux hémisphères, mais encore sur la prédominance à accorder à l’un ou à l’autre.
Il est vrai que les uns ont opéré en Italie, les autres en France et en Angleterre.
Leur désaccord tendrait simplement à prouver que les résultats sont différents selon les pays.
Il n’en reste pas moins acquis que, soit qu’elle porte d’un côté ou de l’autre du cerveau, l’inégalité est constante, et que l’un des deux hémisphères est toujours mieux partagé que l’autre.
A la rigueur l’examen microscopique eut suffi pour le démontrer.
Inégalité dans le poids spécifique des deux hémisphères. —
Pénétrant dans l’intérieur des tissus, le Dr Charlton-Bastian (2) ne s’est pas contenté de déterminer la pesanteur spécifique de la substance grise et de la substance blanche du cerveau, sur des cadavres d’individus morts, avec ou sans aliénations mentales; il a voulu voir de plus, s’il existait une différence dans la pesanteur spécifique de la substance grise prise sur divers points des circonvolutions cérébrales. Il a obtenu presque constamment ce résultat curieux, qu’une différence a lieu en effet suivant qu’on examine cette matière, prise dans tel ou tel point d’un hémisphère, et même sur le même point symétrique de l'un et l autre hémisphère. N’ayant pu pousser très loin les expériences à cet égard, il a surtout pris la substance grise dans trois endroits sur chaque côté du cer-
(!) Luys. (Encéphale. 1881, fasc. II.)
(2) Charlton-Bastian. Pesanteur spécifique des diverses parties du cerveau. (Journal of mental Science. Janvier 1866, p. 493.)
veau : 1° La circonvolution supérieure de la région frontale ; 2° la partie supérieure de la circonvolution ascendante de la région pariétale ; 3° la circonvolution occipitale supérieure.
Citons textuellement :
® Parmi les faits les plus intéressants auxquels je suis arrivé, dit-il [chez des personnes non aliénées), se trouve celui-ci, c’est que la substance grise des circonvolutions n’a pas partout une densité égale; la pesanteur spécifique est moindre sur les circonvolutions frontales que sur celles de la région pariétale et moindre pour celle-ci que sur celle de la région occipitale.
« La résultante des différences entre les circonvolutions d’un même côté est plus constante que celle des variations trouvées entre les poids spécifiques des circonvolutions correspondantes dans les deux hémisphères. Autant que les observations y autorisent jusqu’ici, les circonvolutions du côté gauche ont paru très souvent avoir une pesanteur spécifique supérieure à celle du côté droit , inégalité qui semble réellement tenir à quelque différence intrinsèque dans la structure intime histologique de la substance grise de ces diverses régions. »
Le Dr Bastian a considéré que les quantités variables du sang infiltrant les divers tissus et l’épanchement du liquide sous-arachnoïdien ne troublent en rien ces résultats.
Voici un tableau donnant à cet égard l’analyse de 27 cas.