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EGALE DES DEUX CÔTÉS

Frontales.

Pariétales.

Occipitale.

Dans un cas, toutes les pesanteurs spécifiques du côté gauche l’emportaient sur celles du côté droit, dans sept tous

les nombres étaient respectivement et symétriquement égaux des deux côtés, mais dans aucun cas les nombres du côté droit n’excédaient ceux du côté gauche.

Selon l’auteur de ce travail, un accroissement du nombre de processus intercellulaires et de fibres commissurales fines à l’intérieur de la substance grise pourrait causer un accroissement de densité en rapprochant cette matière de la substance blanche plus dense.

Charlton-Bastian n'est cependant pas le premier anatomiste qui ait eu l’idée de comparer la densité des deux hémisphères.

Desmoulins (1) avait vu, chez un idiot, varier la densité de six à sept centièmes d’un hémisphère à l’autre. Luys(2), quia examiné de près les effets du travail de la sénilité sur le cerveau humain a constaté que sur les cerveaux de vieillards la substance grise devient plus mince comme épaisseur, que sa coloration tourne au blanc jaunâtre par suite du passage des cellules survenues à l’état granulo-graisseux et que d’une autre part les circonvolutions s’effondrent par groupes isolés comme des montagnes dont les assises sont minées et qui s' abaissent insensiblement. — Si bien que, sur des cerveaux de vieillards en démence on note que la ligne qui joint les sommets de certains groupes de circonvolutions devient interrompue ; qu’un certain nombre d'entre elles sont en retraite et en sous sol par rapport au niveau des circonvolutions ambiantes ; et qu’ainsi il existe une résorption lente et progressive de la substance nerveuse par l’effet du temps.

Il semblerait résulter de ce qui précède qu’à une inégalité de fonctionnement de certaines régions des hémisphères correspond une inégalité d’usure et d’atrophie consécutive de ces mômes régions.

Inégalité entre les circonvolutions symétriques des deux hémisphères. — Si nous en croyons Rudinger (3) qui a porté

(1) Desmoulins. Anatomie du système nerveux, 1825, 2° partie,

(2) Luys. Le cerveau et ses fonctions, 5° édition, 1882, p. 10.

(3) Rudinger. Contribution à l’anatomie du centre du langage (Beitrage zur Biologie. Sluttgard, 1882).

Bérillon. -

recherches sur une circonvolution particulière, la troisième frontale, sur des hommes de cultures très diverses et en même temps sur des microcéphales, des sourds-muets, des singes anthropoïdes et des singes inférieurs, il existerait de grandes différences individuelles dans le développement de cette circonvolution prise isolément.

Chez un avocat distingué comme orateur, la 3e circonvolution frontale gauche mesurait 23 centimètres, la droite 16 seulement.

Chez le philosophe allemand Hüber, la différence entre les deux circonvolutions frontales était très remarquable ; chez Bulh., connu pour ses travaux d’anatomie pathologique, la 3e frontale droite était plus forte que la gauche, mais ce professeur, très fort sur le violoncelle, se servait de la main gauche pour toucher les cordes de son instrument.

Chez les hommes d’une culture inférieure, la symétrie tend à se rétablir entre les deux frontales.

Chez les sourds-muets, la troisième frontale gauche s’était toujours trouvée diminuée, tandis qu’à droite elle était ou égale ou un peu plus grosse.

En un mot l’auteur a pu conclure que les singes et les microcéphales n’ont qu’un rudiment d’une troisième circonvolution frontale ; et que, si, chez les sourds-muets, pour ne pas être rudimentaire, elle n'en demeure pas moins très simple; au contraire, chez les orateurs remarquables cette circonvolution présente un développement extraordinaire.

L’intérêt que présentent des observations de cet ordrè, faites sur des hommes éminents, est considérable. Aussi il est permis de regretter qu’un préjugé étroit empêche le développement des autopsies en dehors de la pratique hospitalière.

En 1869, M. Roques, avait signalé ce fait que l’hémisphère droit est plus riche en substance blanche que le gauche et que les prolongements de la substance blanche formant la crête des circonvolutions sont plus grands, plus larges à droite qu’à gauche. Par contre la substance grise serait plus abondante à

gauche, les replis cérébraux étant de ce côté plus nombreux et plus profonds (1).

Circonvolutions supplémentaires. — A ces faits, tous probants en faveur de l’inégalité fonctionnelle des deux hémisphères, viennent naturellement se joindre les cas si intéressants de circonvolutions supplémentaires.

Le travail le plus intéressant est celui de Hanot, qui a recueilli à l’infirmerie centrale des prisons de la Seine des cerveaux pourvus de quatre circonvolutions frontales dans l’hémisphère droit ou dans l’hémisphère gauche (2).

Benedikt (de Vienne) a observé un grand un nombre de cerveaux de criminels qui présentaient cette disposition (3) , disposition qui d’ailleurs n’entraîne pas d’anomalies fontionnelles pendant un certain temps et présente le plus souvent un caractère latent.

Examen histologique de l’écorce grise des hémisphères.

— Dans ces derniers temps, la structure intime de l’écorce grise du cerveau humain a été étudiée avec beaucoup de soin par plusieurs histologistes.

Les observateurs diffèrent d’opinion sur beaucoup de détails, cependant ils s’accordent à reconnaître que la constitution de cette partie des hémisphères est très complexe et présente des différences considérables, non seulement à diverses profondeurs, mais aussi suivant les régions qu’elle occupe.

Meynert a distingué dans la substance cérébrale un certain nombre de types différents dans la disposition anatomique des cellules (4).

Betz (5) , à qui l’on doit un important travail sur la structure

(1) E. Roques. Asymétrie de l’encéphale. (Bull, de la Soc. d’anlhrop., 1869, p. 718.)

(2) Hanot. Du dédoublement de la 2» circonvolution frontale chez les malfaiteurs. (Bull, de la Soc. de Biologie, 1875, p. 365.)

(3) Benedikt. Zur Frage des Vierwindungstypus. Du type à 4 circonvolutions. (Centrabl. f. die med. Wissensch., 1880, n° 46.)

(4) Meynert. Vom Gehirne der Saügethiere. (Striker’s Handbuch der Lehre von der Geweben. T. II, Leipsig, 1872.)

(5) Betz. AnatomischerNslchweissZweierGe/uVn centra. (Centralblatt. 1874, p. 37 et 38.)

du cerveau, qu’il a étudié circonvolution par circonvolution» a confirmé l’opinion générale émise par Meynert, à savoir que la disposition des cellules n’est pas la même dans les parties antérieures et dans les parties postérieures d’un hémisphère. Les territoires moteurs renferment, selon Betz, des cellules, qu’il a décrites sous le nom de cellules géantes et dont le nombre est beaucoup plus considérable que dans toutes les autres régions.

Il est donc actuellement démontré que la structure d’un hémisphère n’est point homogène dans toutes ses parties.

Tout en regrettant que des études histologiques comparatives n’aient point été faites sur les parties symétriques des deux hémisphères, nous croyons que la différence qui existe dans la répartition des cellules entre les diverses régions d’un même lobe doit exister, à plus forte raison, entre les deux hémisphères.

Absence du corps calleux. — Bien qu'au premier aspect chacun des deux hémisphères semble faire un organe distinct, un centre nerveux, la présence des commissures transversales interhémisphériques et en particulier du corps calleux pourrait faire penser que les deux centres nerveux constitués par les deux hémisphères ne sont qu’un organe unique.

Mais tous les animaux n’ont pas de corps calleux.

En effet, se montrant d’abord chez les mammifères inférieurs, il s’accroît de volume chez les êtres supérieurs de la série et atteint chez l’homme son maximum de développement.

Et chose singulière, comme le fait remarquer M. Mathias Duval(l), l’absence de corps calleux a été observée sur des cerveaux humains sans qu’aucun phénomène eût pu pendant la vie faire soupçonner qu’on trouverait, à l’autopsie de ces sujets, l’encéphale privé d'une partie à laquelle on croit pouvoir attribuer un rôle si important.

(1) Mathias Duval. Art. Système nerveujÿ. Hémisphères cérébraux. Nouveau dictionnaire de médecine et der6jiirurgie.)

J. Sander (1), a réuni les observations de onze cas d’absence de corps calleux. Plusieurs des sujets n’avaient jamais manifesté de troubles intellectuels. Deux des individus examinés remplissaient pendant leur vie les fonctions de messager et n’étaient nullement dépourvus d’intelligence ; aussi Sander croit-il pouvoir dire : « Les fonctions attribuées au corps calleux sont la coordination des mouvements volontaires et la production des hautes facultés de l’âme. Mais en présence des faits cités, l’une et l’autre de ces hypothèses sont également insoutenables. »

Reil, longtemps avant Sander, avait rapporté une observation d’une femme de 30 ans bien portante, ayant assez d’intelligence pour faire les commissions d’une ville à l’autre, dont le corps calleux offrait une solution de continuité dans toute la longueur de la partie moyenne ou plutôt que cette partie moyenne manquait complètement, de sorte que les couches optiques se montraient à découvert et que les deux hémisphères étaient unis seulement par la commissure de ces couches (optiques), par la commissure antérieure et par les tubercules quadrijumeaux (2). Il n’y avait ni genou, ni cuisses de corps calleux, par conséquent point non plus de cloison transparente, puisque celle-ci est située dans l’intérieur du genou. Les lobes antérieurs du cerveau étaient tout à fait séparés l’un de l’autre en avant jusqu’à la commissure des nerfs optiques et à la commissure antérieure, et le point de leur face interne où le genou et le bec du corps calleux auraient pu pénétrer dans leur substance était couvert de circonvolutions comme le restant de la surface du cerveau, etc.

C’est cette observation jointe à d’autres recueillies par lui avait permis à Longet (3) de s’insurger contre la doclrine

(1) J. Sander. De l’absence du corps calleux dans le cerveau humain. (Arch. fur Psychiatrie, Berlin, 1868. T. I, p. 228.)

(2) Reil. Absence du corps calleux. (Arch. fur Psychiatrie. T. IX, p. 341.)

(3) Longet. Anat. et physiol. du système nerveux de l’homme et des animaux vertébrés, 1842, *2 vol. T. I, p. 535.

de Lapeyronie qui supposait que le corps calleux était le siège de l’âme et croyait l’avoir démontré en le sectionnant ou en le comprimant chez des chiens (1).

Longet disait nettement :

« Le corps calleux peut manquer dans l’espèce humaine sans qu’il en résulte aucun préjudice pour l’entretien de la vie. » Paget et Mitchell Henry (2) ont décrit chacun un cas où le corps calleux n’était représenté que par une mince couche fibreuse ; cependant les seuls phénomènes fonctionnels consistaient dans un peu de lenteur et de stupidité.

Longdon Down (3) a cité un cas dans lequel l’individu jouissait de l’intégrité de son intelligence.

L’anomalie la plus curieuse est, sans aucun doute, celle observée par le professeur Malin verdi (4).

Elle portait sur le cerveau d’un homme qui avait paru jouir pendant sa vie de l’intégralité de ses facultés intellectuelles. Le corps calleux n’existait pas et les hémisphères étaient écartés l’un de l’autre. Malinverdi regardait ce cas comme un exemple d’un arrêt de développement correspondant à l’état de l’encéphale au quatrième mois delà vie utérine, et il comparait cette anomalie à la disposition normale du cerveau chez les ovipares.

Chez une fillette née dans des conditions normales, morte à 7 ans et demi d’une méningite, et qui avait conservé son intelligence jusqu’à sa mort, Ladislas Pollak (5) fut surpris de

(t) Lapeyronie. Observations par lesquelles on cherche à découvrir la partie du cerveau où Pâme exerce ses fonctions. (Mémoires de l’Acad. des sciences, 1751.)

(2) Paget et Mitchell Henry. Absence de corps calleux. (Med. chir. Transactions. Vol. XXIV et XXX.)

(3) London Down. Absence du corps calleux. (Transactions of the med. chirurgical Society.)

(4) Malinverdi S. Germano. Cervello di uomo maneante del corpo calloso,del setto lucido, et dellagranda circonvoluzione cerebrale colla integrita dei funzioni intellectuali. Turin, 1874.

(5) Ladislas Pollak. Manque partiel du corps calleux. (Archives für Psychiatrie und Nervenk., XII).

trouver à l’autopsie un corps calleux vermiforme et ratatiné.

Plus récemment, Knox (1) a rapporté 15 nouveaux cas de suppression du corps calleux.

Dans ces conditions, il faut bien le reconnaître, l’indépendance absolue des hémisphères semble bien près d’être réalisée. Comme nous le faisait remarquer M. Sappey, il suffirait d’un seul cas d’absence complète du corps calleux coïncidant avec l'intégrité des facultés intellectuelles pour en faire la démonstration.

Jusqu’à ce que de nouvelles observations soient recueillies, nous ne sommes disposé à attribuer à ces faits exceptionnels qu’une signification relative.

Nous n’insisterons donc pas, malgré l’intérêt qu’ils présentent.

Circulation cérébrale. Indépendance des territoires vasculaires. — L’étude du système vasculaire cérébral normal nous apporte des preuves beaucoup plus concluantes.

Ce que nous en savons est dû à des travaux récents de MM. Duret (2) et Heubner (3).

L’expérience suivante, due à M. Duret, prouve qu’il existe une indépendance presque complète entre la circulation de la région corticale de chaque hémisphère.

Si, après avoir posé une ligature des deux côtés sur les trois artères des hémisphères, à leur sortie du cercle de M. Willis, on pousse dans une des sylviennes une solution de gélatine colorée au carmin, on la voit pénétrer peu à peu dans les artères cérébrale antérieure et cérébrale postérieure du même côté. Cette pénétration des artères voisines se fait de la périphérie vers le centre, c’est-à-dire des branches les plus petites vers les plus grosses.

(1) Knox. Absence de corps calleux. (Glasgow med. Journ., avril 1871 et The London Medical Record, 1875, n° 125.)

(2) Duret. Recherches anatomiques sur la circulation de l’encéphale. (Archives de physiol. norm. et path., 1874, p. 319.)

(3) Heubner. Die luetische Erkrankung die Hirnarterien, Leipsig,

Jamais l’artère cérébrale antérieure ni la sylvienne du côté opposé ne s’injectent; mais il arrive souvent que la cérébrale postérieure se colore imcomplètement à sa périphérie.

Ces faits démontrent :

« 1° Qu’il existe des anastomoses entre les artères cérébrale antérieure, cérébrale moyenne et cérébrale postérieure, d'un même côté ;

a 2° Que ces anastomoses se font surtout à la périphérie, sur les confins de leurs territoires de distribution respectifs;

« 3° Que les deux cérébrales postérieures ont quelques communications entre elles sur la ligne médiane, tandis que les sylviennes et les cérébrales antérieures des deux côtés nont de rapports entre elles que par la communicante antérieure. »

« 4° Ils démontrent, en outre, que ces anastomoses ne doivent pas être très importantes, car la pénétration se fait assez lentement dans la majorité des cas. »

En résumé, les recherches de Duret ont prouvé que non seulement chaque hémisphère est indépendant de l’autre au point de vue du système artériel cortical, mais encore que les divisions de ce système ne communiquant que par des capillaires très fins, l’indépendance des diverses régions corticales se trouve à peu près établie.

M. le professeur Charcot (1), en 1875, faisait ressortir dans une de ses remarquables leçons sur les localisations dans les maladies du cerveau , l’indépendance absolue du système artériel de la région corticale et celui de la région centrale (corps opto-striés).

« Ces deux systèmes, disait-il, bien qu’ils aient une origine commune, sont tout à fait indépendants l’un de l’autre, et à la périphérie de leurs domaines ils ne communiquent en aucun point. »

Et il confirmait aussi l’opinion de Duret relative au système cortical, car, selon lui : « Chacune des artères de ce système règne pour ainsi dire sur un domaine particulier. »

(1) Charcot. Leçons sur la localisation dans les maladies du cerveau, 1876. Fasc. I, p. 43 et suiv.

Heubner, dont les travaux sur le même sujet s’accomplissaient en Allemagne simultanément avec ceux de Duret, pensait, au contraire, qu’il existe des anastomoses entre les artères corticales d’un même lobe.

Jusqu’ici, rien n’est venu confirmer sa manière de voir, et il n’en reste pas moins acquis que l’indépendance des deux hémisphères est absolue au point de vue de leur circulation intime.

Un autre auteur dont la compétence est si grande pour tout ce qui touche le cerveau, Luys, pense que chacun des systèmes artériels, présidant à la nutrition de certains départements isolés, soit de l’écorce, soit des régions centrales, chaque petit territoire de substance nerveuse a, en quelque sorte, son autonomie propre et sa vie nutritive isolément réglée.

Il n’hésite pas à en conclure que la réalité de la doctrine des localisations cérébrales et de l'indépendance fonctionnelle des différentes régions du cerveau découle, en quelque sorte, de l’examen anatomique du système nerveux de cet organe.

Conclusions. — Les faits cités jusqu’à présent sont tous empruntés au domaine de l’anatomie. Ils nous permettent largement d’affirmer qu’il existe, au point de vue morphologique une dissemblance constante, au point de vue anthropométrique une inégalité évidente, au point de vue densimétrique une différenciation légère entre les deux hémisphères cérébraux.

Ils prouvent, tout au moins, l’inégalité fonctionnelle. Mais, dans l’ordre anatomique, ils ne sont pas les seuls, d’autres plus significatifs viennent s’y joindre :

Telles sont les anomalies dans la constitution du corps calleux; anomalies coïncidant avec l’intégrité des fonctions générales.

Elles ont une grande valeur, car, comme le dit un éminent physicien anglais, M. Crookes :

« Les anomalies peuvent être regardées comme les poteaux indicateurs sur la route des recherches, elles nous montrent les chemins qui mènent à des découvertes nouvelles. »

(1) Luys. Traité des maladies mentales, 1881, p. 94-95.

La preuve la plus concluante se trouve, selon nous, dans la démonstration de l’indépendance des divisions du système artériel cérébral.

Toutefois, hâtons-nous de le dire, ces faits ne constituent pas encore en faveur de l’indépendance fonctionnelle des hémisphères cérébraux des preuves irréfragables.

Nous les considérons simplement comme une hase solide qui nous permettra d’établir sûrement, dans les chapitres qui vont suivre, les autres preuves, de plus en plus convaincantes, de la théorie que nous soutenons.

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