‹ Hypnotisme expérimentalChapitre 16 sur 30 · PREUVES TIRÉES DE LA THERMOMÉTRIE CÉRÉBRALE · texte numérisé non relu

PREUVES TIRÉES DE LA THERMOMÉTRIE CÉRÉBRALE

Influence du travail intellectuel sur la circulation cérébrale. — On pensait déjà depuis longtemps que le cerveau, au point de vue de la circulation, devait rentrer dans la loi commune. Récemment, Mosso eut la rare occasion d’observer trois individus chez lesquels de larges plaies du crâne avaient découvert le cerveau sur une certaine étendue.

Ses recherches ont démontré que pendant l’activité psychique, il existe réellement un afflux sanguin plus considérable au cerveau.

Cette congestion se montre nécessairement proportionnée, dans son intensité et sa persistance, à la durée de la manifestation cérébrale.

ThanhofTer, dans un mémoire très court, avait énoncé la proposition vraisemblable que l’activité cérébrale exerce sur le pouls une influence évidente.

Le fait, insuffisamment démontré, valait la peine d’être vérifié. C'est ce qu’a prouvé M. le docteur Gley, dans un très intéressant travail sur Y Etude experimentale du pouls pendant le travail intellectuel. M. Gley a constaté pendant le travail intellectuel : 1° Une augmentation du nombre des battements du cœur, qui parait être en raison directe de l’attention ; 2° une dilatation de l’artère carotide et un dicrotisme plus marqué du pouls carotidien (3) .

(1) Mosso. Sulla circulazione del sangue nel cervello dell’ uomo. (Atti dell. acc. dei Scienci, Rorna, 1880.)

(2) ThanholTer. Der Einfluss der Gehirnthatigkeit auf den Puis. (Arch. von Pfluger Neunzehnter. Bandviertes und fünftes. Heft.Bonn., 1879.)

(3) Gley. Etude expérimentale sur l’état du pouls carotidieu pendant lo travail intellectuel. Paris, 1881.

Nous n’avons pas trouvé, dans le travail de M. Gley, l’étude comparative des deux tracés du pouls carotidien pris simultanément. « L'auteur eût 'probablement enregistré des différences dont l'interprétation serait pleine d'intérêt. »

L’action du sang sur l’encéphale étant hors de doute, ainsi que le prouvent les travaux précédents, elle devait avoir pour premier résultat d'y causer un dégagement de chaleur.

Claude Bernard, dans le cours de ses recherches sur la chaleur animale, a découvert que, chez le chien, le sang est plus chaud en sortant des sinus de la dure-mère qu’en arrivant à la tête, et que la différence augmente lorsqu’on excite les fonctions du cerveau (1).

Relation entre l’activité mentale et la température crânienne. — Il était permis de supposer que cette relation entre l'activité mentale et la température du cerveau se manifesterait à l'extérieur de la tête. Cependant, c’est en 1868 seulement, qu’un médecin américain, M. Lombard, a inventé un appareil thermo-électrique d’une grande sensibilité, permettant d’enregistrer des variations très faibles de la température de la tète (2).

Il a trouvé que cette température s’élevait toutes les fois que, le sujet étant dans un état de repos mental, un bruit, la vue d’un objet ou toute autre cause semblable éveillait son attention.

Selon cet auteur, un travail intellectuel très actif, détermine une élévation plus considérable, mais toujours inférieure à un vingtième de degré centigrade ; le même phénomène se produit sous l’influence d’une émotion ou pendant la lecture d'une chose très intéressante; enfin, cette production

(1) Claude Bernard. Leçons sur la chaleur animale, Paris, 1876,

(2) J. -S. Lombard. Experiments on the relation of Head to mental Work. New-York medical Journal, 1877. — Expériences sur l’influence du travail intellectuel sur la température de la tête. (Arch. de phvsiol. T. I, p. 670.)

J. -S. Lombard. Experimental researches on the température of the head. (Proceedings of the Royal Society, 1878. T. XVII.)

ne dépend ni de changements dans les mouvements du cœur, ni de contractions musculaires.

De nouvelles études de M. Lombard, entreprises sur le même sujet, n’ont point depuis modifié ses premières conclusions (1).

Expériences galvanométriques. — M. Schiff voulant aussi rechercher l’influence du travail mental sur la température cérébrale, eût recours à un autre procédé, applicable seulement aux animaux.

Au moyen d’aiguilles enfoncées symétriquement dans le cerveau de chiens vivants, il obtenait, par des enregistrements galvanométriques, la température comparative du cerveau à l’état de repos ou sous l’influence d’émotions sensorielles.

Les résultats auxquels il est arrivé sont des plus intéressants. Il a reconnu notamment : qu’une impression tactile partant de l’un des deux côtés du corps, porte son excitation à la fois dans les deux hémisphères cérébraux. L’effet produit ne surprit pas Schiff. Il lui inspira simplement la réflexion suivante :

« On sait que tout un hémisphère cérébral peut être désorganisé, sans qu’il y ait abolition de la sensibilité en aucun point du corps, ni perte des facultés intellectuelles, on ne constate dans ce dernier cas qu’une tendance plus marquée à la fatigue (2). »

C’est ce que Longet avait déjà fait observer.

Les expériences de Schiff, conduites avec une rigueur admirable nous offrent un intérêt particulier, en ce sens qu’elles sont comparatives. En effet, elles avaient pour but, non la détermination absolue de la température de deux points homologues du cerveau, mais la comparaison de la chaleur de ces deux points choisis en général aussi symétriquement que possible dans les deux hémisphères. Schiff pensait, avant la vérification, qu’un renforcement de l'action du cœur devait

(1) J. -S. Lombard. The normal température ofhead. London, 1881.

(2) Moritz Schiff. Recherches sur réchauffement des centres nerveux à la suite des excitations sensitives et sensorielles. (Arch. de physiol. T. III, p. 333, 1870.)

Bérillon. 5

produire dans ces deux points une augmentation de chaleur ou du moins essentiellement égale. Néanmoins, les expériences lui ont donné, sans exception , une prédominance marquée de réchauffement soit dans l'un, soit dans Vautre hémisphère.

Dans un passage de son mémoire, il insiste ainsi sur ce fait :

« Dans toutes nos expériences, et elles sont nombreuses, le galvanomètre accusait un èchauffemenl plus marqué dans un hémisphère que dans Vautre , dès qu'une excitation sensible venait frapper V animal. Cette considération acquiert plus de poids encore, si l’on se rappelle celle de nos expériences, où l’une des aiguilles était implantée dans le centre d’un hémisphère, l’autre dans le cervelet : dans ces cas c’était toujours dans l’hémisphère que se produisait réchauffement prédominant, bien que, de l’aveu de tous les anatomistes, le cervelet soit fourni plus richement que le cerveau en vaisseaux dilatables; c’est-à-dire en capillaires de moyenne grosseur. »

Rappellerons-nous le moyen ingénieux dont Schiff se servait pour mettre en action le travail mental du chien en lui présentant un morceau de lard ?

Malgré l’importance que présentent pour notre sujet les expériences et les conclusions de Schiff, nous n’y insisterons pas davantage.

Nous retiendrons seulement ce fait fondamental, à savoir, qu’elles établissent un rapport direct entre le développement de chaleur dans le cerveau et l’activité intellectuelle (1).

Et nous ajoutei'ons qu’elles ont conservé toute leur valeur, aucune recherche nouvelle n’étant venue les infirmer.

Thermométrie cérébrale. — Les expériences de Lombard sur la température extérieure du crâne étaient trop séduisantes pour ne pas être poursuivies.

J Broca, que rien de ce qui touche à la physiologie cérébrale ne laissait indifférent, apporta aux recherches de thermométrie céphalique l’appoint de sa puissante sagacité.

(1) Schiff. Loco citato, p. 451.

Il y trouva des renseignements précieux pour le diagnostic des lésions du cerveau. Les lignes suivantes indiqueront assez quel parti il espérait en tirer :

« Sur plusieurs aphémiques, nous dit-il. j’ai reconnu à la main et au thermomètre, l’existence d’une élévation de température au niveau de la région qu’occupe la troisième circonvolution frontale gauche, c’est-à-dire vers le milieu d’une ligne tirée du pavillon de l’oreille à l’angle externq du sourcil. Dans un cas que j’ai observé cette année même, la température du côté gauche était supérieure de deux degrés et demi centigrades à celle du côté droit. Le malade avait depuis peu perdu la parole, à la suite d’une attaque, qui d’ailleurs paraissait légère. D’après l’examen thermométrique, je diagnostiquai un ramollissement aigu qui se réalisa au bout de quelques semaines (1). »

Broca ne devait pas se borner à de simples constatations cliniques : en 1877, au Congrès scientifique du Havre, il exposait dans un long mémoire les résultats des recherches entreprises par lui sur la thermométrie céphalique. Les premiers essais remontaient à 1865.

Les plus récents offraient ce caractère particulier qu’ils avaient porté sur des cerveaux d’hommes intelligents.

Douze externes et stagiaires de l’hôpital des Cliniques s’étaient prêtés de bonne grâce aux expériences desquelles Broca conclut que la température moyenne prise à la surface du crâne est de 33° 82.

Elles lui apprirent aussi qu’il existe une différence à gauche et à droite; ainsi tandis qu’à droite, la température* moyenne était de 33, 90, à gauche, elle dépassait 34°.

Broca avait acquis la conviction, qu’à l’état normal, la température était plus élevée à gauche qu’à droite, et cela de 1/10 de degré environ.

(1) Broca. Sur le siège du langage articulé. (Tribune méd., 2cann., 1880, no* 74 et 75.)

Mais ce qui l’avait le plus surpris, c’est que cette inégalité n’existait qu’à l’état de repos ; et que si le cerveau travaillait, l’équilibre tendait à s’établir, au point de vue thermométrique, entre les deux hémisphères cérébraux.

Après s'être assuré que ce phénomène était constant, Broca, mettant à profit ce que la physiologie et l’embryogénie lui avaient appris, l’expliqua en déclarant que si d’un côté l’hémisphère gauche est mieux irrigué, et s’il reçoit une plus grande quantité de sang, d’un autre côté, lorsque le cerveau travaille, le cerveau droit moins préparé, plus malhabile, doit faire de plus grands efforts. L’appel du sang étant alors plus considérable de ce côté, l’équilibre tend à se faire entre les deux hémisphères cérébraux (1).

En admettant que les interprétations de Broca fussent susceptibles d’être mises en doute, il n’en est pas moins certain qu’il appelait vivement l’attention sur cet ordre de recherches.

Depuis ce moment, elles ont été de plus en plus fréquentes.

Les auteurs sont loin d’être d’accord sur les moyennes à établir. Cependant, comme on le verra dans l’étude rapide qui va suivre, un fait capital ressort de toutes leurs conclusions : ce fait, c’est qu’il existe une différence constante entre la température de chaque côté de la tête.

Nous observerons, autant que possible, l’ordre chronologique, dans l’analyse des travaux sur la thermométrie cérébrale :

Gray (2) qui a porté ses recherches sur 92 étudiants en médecine et sur 10 médecins a trouvé que la température de la région pariétale gauche était un peu plus élevée que celle de la région frontale du même côté. Il se montre disposé à rattacher ce fait au fonctionnement de la troisième frontale sous-jacente.

(1) Broca. Thermométrie cérébrale. Congrès scientifique du Havre. (Revue scientifique, 1877, n° 11. 2e série, 15 septembre 1877.)

(2) Gray. Cérébral thermometry. (New-York medical Journal, août 1878.) —(Chicago Journal of mental and nervous disease, janvier 1879.)

Pour cet auteur la température moyenne de la région frontale à gauche serait de 34° 16 ; la température moyenne de la région frontale à droite serait de 34°28.

Ces résultats concordent sensiblement avec ceux de M. Broca.

Maragliano et Sepilli, qui ont poussé encore plus loin leurs études sur la température périphérique du crâne ont trouvé des moyennes plus élevées.

Pour eux, la moyenne de la tête serait de 37° 10.

Le tableau suivant mettra mieux en lumière les résultats auxquels ils sont arrivés (1).

Page 1