‹ Hypnotisme expérimentalChapitre 17 sur 30 · A DROITE · texte numérisé non relu

A DROITE

Région frontale.

» pariétale.

» occipitale.

Moyenne delà moitié.

On voit par ces chiffres que la température crânienne est constammment plus élevée à gauche qu’à droite.

Maragliano avait constaté aussi que la température crânienne peut être plus élevée que la température axillaire ; ce qui, dans une certaine mesure, prouverait qu’elle est indépendante de la chaleur générale.

Toutes les conclusions de MM. Maragliano et Sepilli ont été vérifiées et admises comme vraies par Workmann (2).

Reprenant avec le plus grand soin les expériences de Lom-

(J) Maragliano et Sepilli. Studii di thermometria cerebrale. (Rivista sperimentale di frenet. et med. legale, 1879, anno V, fasc. I, II.)

(2) Workmann. Etude de thermométrie céphalique. (The alionist and Neurologist Journal, 1880, n°‘ 1 et 2.)

bard, et les appliquant à sa propre personne, Paul Bert (1), au moyen de plaques thermo-électriques, est arrive à démontrer que les régions gauches de la tête ont une température plus élevée que celles de droite et que, lors du travail intellectuel il y a une élévation de température en faveur du lobe frontal gauche.

Application de la thermométrie cérébrale à l’étude des localisations. — Jusque-là, les observateurs s’étaient bornés à démontrer l’inégalité thermique des deux moitiés du crâne, et en avaient conclu à la même inégalité intra-crânienne, lorsqu’un physiologiste, américain comme Lombard, et plus audacieux que ceux qui l’avaient précédé, eut l’idée, en apparence irréalisable, d’appliquer la thermométrie céphalique à l’étude des localisations cérébrales (2).

Partant de ce principe que l’exécution d’un mouvement volontaire doit entraîner la congestion physiologique du centre cortical excito-moteur qui lui correspond, M. Amidon a supposé que cet afflux sanguin local pourrait se décéler à l’extérieur par une élévation de température à un point correspondant de 1a. voûte crânienne. Après avoir pris de très nombreuses températures au moyen de la couronne de thermomètres, il est arrivé à établir, en reportant sur des schémas du crâne et du cerveau les aires trouvées par le thermomètre, une série très complète des centres corticaux.

Désireux d’apporter à son œuvre le contrôle rigoureux de la science française, M. Amidon vint à Paris faire part de ses expériences à la Société de Biologie (3). Il eut la satisfaction de les voir accueillies avec une certaine faveur.

En effet, lors de sa communication, un des membres de la Société, M. Poncet (de Gluny), rappela une observation dans

(1) Paul Bert. De la thermométrie cérébrale. (Bulletin de la Société de Biologie. 18 janvier 1879.)

(2) R.-W. Amidon. The eflect ofwilled muscular movements on the température of the head. New study of cérébral cortical localizations. (Arch. of medic. New-York, vol. III.)

(3) Amidon. Communication à la Société de Biologie. (Bull, de la Soc., 24 avril 1880.)

laquelle une paralysie du trapèze constatée chez un soldat avait succédé à une lésion siégeant au point indiqué dans le schéma de l’auteur américain.

Le président perpétuel de la Société, M. P. Bert, donnait aussi à la théorie de M. Amidon un appui considérable en disant que de récentes expériences personnelles le portaient à admettre une élévation plus prononcée à la partie antérieure du crâne qu’à la partie postérieure, et plus à gauche qu’à droite (1).

« Pendant le discours, ajoutait M. P. Bert, la température frontale gauche s’élève ; cette élévation de température s’observe aussi pendant le discours mental ; mais moins sensiblement que quand la phonation intervient ; de plus, chez l’enfant qui s’éveille, la température frontale s’élève : ce dernier point peut éclaircir la théorie du sommeil. »

Il faut croire que l’idée de M. Amidon reposait sur des fondements assez solides pour inspirer la confiance ; car M. C. de Boyer, dont le remarquable travail sur la thermométrie céphalique, nous a fourni de nombreuses indications bibliographiques n’hésitait pas à dire :

« Il y a là une idée nouvelle, véritablement clinique et le travail de M. Amidon peut être considéré à juste titre comme le point de départ d’une série de recherches intéressantes (2j.»

Thermométrie de l’oreille. — D’autres auteurs ont appliqué à l’étude de la température comparée du cerveau pendant le travail intellectuel et pendant le repos un procédé qui consiste à explorer la température du fond du conduit auditif externe.

Cette exploration est fondée sur ce fait que les veines du fond du conduit auditif sont en rapport avec les veines du crâne, lesquelles sont elles-mêmes en rapport de continuité sur certains points avec les sinus de la dure-mère.

(1) P. Bert. De la thermométrie céphalique. (Bull, de la Soc. de Biol., 24 avril 1880.)

(2) H.-C. de Boyer. De la thermométrie céphalique. Revue critique. (Arch. de Neurologie, 1880. T. I, p. 99.)

Parmi ces auteurs, il convient de citer Mendel (1) et Flintner (2).

Tous deux ont pu constater des différences appréciables dans le cours des maladies mentales.

Pour Flintner, qui s’est servi dans scs expériences d’un thermomètre construit par le Dr Wreden, une augmentation ou une diminution de 0° 2 dans un des conduits indique un processus morbide sur un des côtés.

Cette thermométrie de l’oreille que nous avons signalée surtout pour sa singularité n’a pas donné des résultats aussi concluants que la simple application thermométrique extracrânienne.

Aussi, croyons-nous qu’on peut s’en tenir à cette méthode pour toutes les explorations du même ordre.

Applications cliniques de la thermométrie cérébrale. — La clinique a déjà dû à ce procédé des observations très importantes, surtout à l’étranger.

Mills, appliquant ses thermomètres sur des malades atteints de symptômes cérébraux accentués, avait observé une différence de température de près d’un degré d’un côté à l’autre. Et constamment les autopsies confirmaient les données thermométriques (3).

J. T. E. Eskridge (4) a constaté que, dans plusieurs cas d’abcès du cerveau accompagnés d’hémiplégie, la température s’était maintenue plus élevée du côté sain pendant plusieurs mois. Il y avait même une différence de plusieurs degrés Farenheit. Au contraire, la température extérieure du crâne

(1) Mendel. (Arch. für palhol. Anat. and Physiol. T. LX1I, p. 132.)

— Expériences thermométriques sur les variations de chaleur dans le conduit auditif externe dans le cours des maladies cérébrales. (Congrès de Leipzig, 1872.)

(2) Flintner. Thermométrie de l’oreille. Thèse St-Pétersbourg, 1883.

(3) Mills. Thermométrie cérébrale. (New-York medical Record, déc. 1878 et 1879.)

(4) J.-T.-E. Eskridge. Report of thriee cases ofabcess of brain. (College of the physicians of Philadelphie in the medical New’s, 22 juillet 1882.)

était légèrement plus élevée du côté sain que du côté des abcès cérébraux.

Enfin, les dernières recherches entreprises dans l’ordre clinique sont dues à M. Voisin.

Ses recherches ont confirmé les remarques qu’avait présentées Broca au congrès du Havre en 1877, relatives aux rapides variations de température chez le même individu sain, lorsque le cerveau passe de l’état de repos relatif à celui de travail. Il a pu se convaincre ainsi qu’il y avait une extrême mobilité dans les actes de la circulation cérébrale chez l’homme sain.

M. Voisin estime que ces études sont aussi intéressantes au point de vue philosophique et physiologique qu’au point de vue clinique.

Amené à s’occuper de la localisation des phénomènes fluxionnaires et inflammatoires chez les aliénés, il nous dit : « Il ne faudrait pas croire que tout l’encéphale se fluxionne à la fois ; souvent la fluxion se localise. C’est ce qui arrive surtout chez les hallucinés ; la fluxion n’atteint que telle ou telle région, telle ou telle circonvolution. J’ai presque toujours constaté, ajoute-t-il, des différences de température entre les différentes parties symétriques du cerveau.

Chez l’homme sain, ces différences sont minimes, elles ne dépassent pas un degré, mais chez l’aliéné l’écart peut être considérable.

Ainsi chez un paralytique qui avait 38° 3 dans l’aisselle., M. Voisin a noté 39 degrés derrière l’oreille droite et 37 degrés derrière l’oreille gauche (1).

Objections contre la valeur de la thermométrie cérébrale.

— Malgré ses résultats précis qu’elle a fournis, la thermométrie céphalique a eu ses détracteurs.

A la suite de la communication de M. Amidon à la Société de biologie, M. François Franck, protestant contre l’exagération manifeste des données promettait que la nouvelle méthode de donner, s’est appliqué à démontrer par quelques expériences des plus simples qu’on peut modifier beaucoup

(1) Aug. Voisin. Leçons sur les maladies mentales, 1883.

coup la température du cerveau sans que pour cela le thermomètre appliqué à la paroi crânienne donne l’indication de ces changements (1).

Cependant, M. François Franck ne visait que le travail de M. Amidon, car dès 1878, il disait : « La thermométrie céphalique suffit à notre avis pour montrer que l’exercice cérébral s’accompagne d’une suractivité circulatoire très notable, et, d’après ce que nous savons des variations circulatoires dans les autres organes en fonction, les glandes, par exemple, nous pouvons considérer l’augmentation de la circulation comme initiale, comme cause initiale, comme cause déterminante du travail cellulaire (2). »

Quant à nous, nous pensons avec la plupart des physiologistes contemporains, Ch. Richet (3) en particulier, qu'au développement de l’activité intellectuelle répond une certaine production de chaleur dans le cerveau.

Et comme des observations, trop nombreuses pour être contestées, ont démontré une surélévation constante de la température dans l’un des deux hémisphères, le gauche notamment, nous nous croyons le droit d’y voir une nouvelle preuve de l’indépendance fonctionnelle des hémisphères.

Recherches sur la température cérébrale chez les hystériques hémianesthésiques. — Des expériences personnelles entreprises avec la collaboration de M. Magnin, à la Pitié, nous avaient permis de constater chez les hystériques hémianesthésiques des variations de température considérables d’un côté à l’autre. Sur l’une d’elles, la nommé Gir..., hémianesthésique et amyosthénique gauche, le thermomètre appliqué sur le côté gauche du crâne, au niveau de la fosse temporale, côté complètement insensible, s’élevait à 33° 2. Sur le côté droit du crâne, sensible, le thermomètre s’arrêtait à 32°8, marquant une différence de 4 dixièmes enhnoins. Sur les membres, au

(1) François Franck. (Gazette médicale de Paris, 1880, p. 352.)

(2) François Franck. Art. Syst. nerveux. (In dict. encyclop. des Sc. med.T. VII, 1878, p. 560.)

(3) Ch. Richet. Leçons sur la physiol. des nerfs et des muscles. Phénomènes, thermiques de l’activité cérébrale, p. 840-841.

contraire, la température était plus élevée de quelques dixièmes de degré du côté droit sensible. Ce fait en apparence contradictoire peut sans doute trouver son explication en ce que, par suite de l’effet croisé, l’hémisphère gauche qui déterminait la sensibilité du côté droit était seul en activité.

Le cerveau actif aurait donc manifesté son action par une élévation de température extra-crânienne.

Les phénomènes auraient dans ce cas présenté une marche analogue à celle que la pathologie a indiquée chez l’homme et que la physiologie a reconnue vraie chez les animaux.

Conclusions. — Nous pouvons donc conclure sans crainte d’être taxé d’exagération que, quel que soit son mode de transmission à la périphérie, une différence de tempérture entre les deux côtés du corps indique, si légère qu’elle soit, une différence dans l’activité de chaque hémisphère cérébral.

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