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CHAPITRE X

Tendance des phénomènes observés dans l’hypnotisme à se localiser d'un seul côté du corps. — Dans le chapitre précédent, nous avons vu que, chez les hystériques, les phénomènes spontanés, observés à l’état, de veille, ont une tendance des plus marquées à se localiser nettement dans l’un des deux côtés du corps.

Sur les nombreuses malades qu’il nous a été donné d’hypnotiser dans le service de M. Dumontpallier, nous avons été frappé de voir que les phénomènes les plus saisissants et les plus matériels constatés dans l’hypnotisme, c’est-à-dire les contractures provoquées, présentent, encore plus qu’à l’état de veille, le caractère d’unilatéralité.

Tout récemment, voulant démontrer d’une façon évidente la distinction qui existe dans les contractures provoquées dans chacun des états léthargique ou somnambulique, M. P.Richer rendait une malade en même temps liémi-léthargique et hémisomnambule. Alors les muscles de chaque moitié du corps, possédant les propriétés spéciales à chacun de ces deux états, la démonstration des deux sortes de contracture devenait des plus saisissantes.

Les hystériques hypnotisables étant habituellement hémianesthésiques, M. Magnin, en constatant, sous mes yeux, que les contractures ne se produisent que du côté sensible, mettait une fois déplus en lumière la tendance qu’ont les phénomènes à se localiser d’un seul côté du corps.

(1) P. Richer. Note sur les phénomènes neuro-musculaires de l’hypnotisme. (Mém. de la Soc. de biologie, décembre 1883, p. 50.)

L’expérimentateur pouvant à son gré transférer la sensibilité d’un côté à l’autre, M. Magnin pouvait en même temps, par ce procédé, transférer la contracture de l’autre côté. L’état du sens musculaire se montrait aussi parallèle à celui de la sensibilité (1).

Comme nous le savons par les études rapportées dans le précédent chapitre, ce transfert ne s’opère qu’à la suite d’une excitation aboutissant à l’un des hémisphères. Un raisonnement bien simple suffit pour établir la relation qui existe entre ces phénomènes d’unilatéralité et le degré d’indépendance des deux hémisphères cérébraux.

L’emploi de la métalloscopie, qui permet de fixer ou de faire apparaître la sensibilité dans telle ou telle région, au gré de l’expérimentateur, nous a servi fréquemment à mettre en évidence de la façon la plus nette la tendance de l’organisme humain à se comporter différemment d’un côté à l’autre.

Rien n’est plus facile, en effet, que de diviser les malades ' en deux segments : l’un droit, l’autre gauche, segments dont l’état varie au gré de l’expérimentateur, suivant la disposition des plaques.

L’emploi des divers agents physiques (le vent d’un soufflet, la chaleur, le froid, les courants électriques, l’aimant, le son, la lumière, les excitations mécaniques faibles) permet de provoquer, aussi nettement que les métaux, en même temps que des effets æsthésiogènes, l’apparition de la contracture sur l’un ou l’autre des côtés du corps (2).

M. Dumontpallier nous a fait constater un très grand nombre de ces faits d’unilatéralité, notamment en ce qui concerne la production des pieds bots hystériques. Nous ne les relaterons pas ici, voulant simplement faire remarquer que, s’ils existent fréquemment et même d’une façon générale à l’état de

(1) P. Magnin. (Remarques générales sur l’hypnotisme. Mém. do la Soc. de biologie, décembre 1883, p. 43.)

(2) Dumontpallier et Magnin. Etude expérimentale sur la métalloscopie, l’hypnotisme ot l’emploi de divers agents physiques dans l’hystérie. (Compt. rend, de l’Acad. des Sciences, 1883, p. 60.)

veille, ces faits sont encore plus fréquents et plus manifestes à l’état d’hypnotisme.

Nous avons cru devoir les rappeler avant d’aborder les expériences dans lesquelles les divers auteurs qui se sont occupés d’hypnose expérimentale ont eu pour but, ainsi que nousmême, de mettre en lumière les effets produits par l’excitation médiate des centres cérébraux.

Considérations générales sur l’hypnotisme expérimental. — Sa valeur scientifique. — Nous ne referons pas ici l’historique de l’hypnotisme expérimental.

Braid, en définissant l’hypnotisme, « un état particulier du système nerveux, déterminé par des manœuvres artificielles», l’a fait entrer dans le domaine scientifique.

Depuis, l’hypnotisme peut être considéré comme une des branches de la physiologie expérimentale. Cependant, il faut arriver aux expériences et aux publications de MM. Prayer et • Heidenhain en Allemagne, Charcot et Dumontpallier en France pour y trouver cet esprit de méthode, et cette rigueur, et cette précision, qui caractérisent seuls la vraie science.

M. le professeur Charcot, en apportant à ces études le contrôle de son autorité si compétente, en démontrant qu’il faut distinguer dans l’hypnotisme trois phases ou états nerveux principaux qu’il a désignés sous les noms d 'état cataleptique, à' état léthargique et d 'état somnambulique et, en assignant à chacun d’eux une symptomatologie (1) propre, a jeté une vive lumière sur un grand nombre de points où jusqu’alors avait régné la confusion.

En effet, la somniation provoquée est bien une névrose expérimentale à plusieurs degrés, dont la constatation est indispensable pour l’interprétation des phénomènes.

Il ne faut cependant pas oublier, comme l’ont fait remarquer MM. Dumontpallier et Magnin, qu’entre chacun des états décrits par M. Charcot, états qu’on a appelés francs, on en a

(1) Charcot. Note sur les divers états nerveux déterminés par l’hypnotisation sur les hystéro-épileptiques. (Compt. rend, de l’Acad. des sciences, 1882. Progrès médical, 1882.)

observé d’autres que, par opposition, on a appelés états mixtes.

Nous pensons, comme ces derniers auteurs, que les différents états de l'hypnotisme ne sont que les différents degrés d’une même affection, degrés entre lesquels il ne saurait y avoir de transition brusque.

Enfin, M. Dumontpallier, en démontrant, dès le début de ses expériences, que tous les agents qui ont déterminé une action peuvent la défaire, et en insistant surtout sur ce fait que l'agent, mis en œuvre est toujours celui qui de’ fait le plus rapidement sa propre action , fournissait aux expérimentateurs un procédé dont la valeur a été immédiatement reconnue par nous.

En effet , cette proposition « l'agent qui fait , défait » est une loi qui , en hypnotisme , ne supporte pas d'exceptions.

A l’aide de toutes ces données précieuses, l’expérimentation hypnotique devait faire de rapides progrès.

D’ailleurs, depuis longtemps, certains observateurs clairvoyants avaient soupçonné le parti qu’on peut tirer de cette expérimentation humaine, qui, entre des mains exercées, n’est susceptible d’aucun reproche.

M. Dupau, dès 1824, suppléant Magendie dans son cours, lisait à ses auditeurs, pour leur démontrer que l’admission d’un fluide magnétique n’était qu’une hypothèse sans fondement, ce passage de Y Essai philosophique sur les probabilités , de Laplace :

« De tous les instruments que nous pouvons employer pour faire connaître les agents les plus imperceptibles de la nature, les plus sensibles sont les nerfs, surtout lorsque des causes particulières exaltent leur sensibilité. Ce sont les phénomènes produits par l’extrême sensibilité du système nerveux dans quelques individus qui a donné naissance à diverses théories sur l’existence d’un nouvel agent que l’on a nommé magnétisme animal. »

Et dans leur dernier mémoire à l’Académie des sciences, MM. Dumontpallier et Magnin concluaient en ces termes :

« Il ressort de tous ces faits que les hystériques, en état d’hypnotisme, offrent une hyperexcitabilité nerveuse telle, qu'il n’est pas d’instrument de physique qui puisse accuser à Bérilion. 10

un même degré des actions aussi infinitésimales déterminées par les divers agents physiques. »

C'est la même constatation qui faisait dire à un physicien éminent, M Jamin, assistant aux expériences de la Pitié, cette parole que nous avons retenue : « Dans nos laboratoires, nous n’avons pas de réactifs plus sensibles aux agents physiques que ne le sont vos hystériques. »

Toutes ces considérations n’étaient peut-être pas inutiles pour justifier l’hypnotisme expérimental des critiques que p ouïraient lui adresser des esprits incompétents ou animés d’idées préconçues. Nous avons pensé qu’il fallait démontrer qu’il y a dans l’hypnotisme tous les éléments d’une science sérieuse et féconde, éléments qu’on ne saurait négliger.

D'une façon générale, les diverses périodes de l’hypnotisme et tous les phénomènes qui les caractérisent sont susceptibles d’être provoquées sur le corps tout entier.

En un mot, l’action qui produit l’hypnotisme, impressionne également et simultanément les deux hémisphères cérébraux.

D’ailleurs, le premier symptôme apparent qui se présente à l’observateur, chez le sujet qu’il veut endormir par le procédé le plus fréquemment usité, celui de la fixation du regard, c’est une contraction spasmodique répétée de l'iris.

Le mouvement spasmodique de l'iris est causé par une contraction du muscle ciliaire, qui entre bientôt en état de contracture et produit alors dans l’œil ce qu’on nomme le spasme d 'accommodation (1). Chez beaucoup de sujets les yeux s’injectent, deviennent larmoyants.

Les globes oculaires font en même temps une légère saillie hors des orbites. L’ensemble de ces phénomènes répond à une excitation du grand sympathique qui se produirait au moment où les centres cérébraux seraient influencés par le début de l’hypnotisation.

Les deux hémisphères, ainsi que l’indiquent les signes extérieurs, étant excités en même temps, il se produit nécessairement une hypnose totale.

(1) Ladame. La névrose hypnotique, 1881, p. 78.

Ces faits n’apportent aucune preuve démonstrative à l’appui de la théorie de l’indépendance fonctionnelle des hémisphères ; aussi nous n’insistons pas.

Au contraire, il en est une série d’autres dans lesquels l’action qui produit l’hypnotisme a pu être :

1° Soit localisée à un seul hémisphère ;

2° Soit exercée simultanément sur les deux hémisphères, mais à un degré différent ou par procédé particulier pour chacun d’eux.

Dans le premier cas, nous avons une hy-pnose cérébrale unilatérale ; dans le second, une hypnose cérébrale bilatérale.

Ce sont ces divers modes que nous allons étudier successivement.

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