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DE LA MÉTHODE A SUIVRE DANS LA CONDUITE DES EXPÉRIENCES

Pour procéder, je ne dis pas à coup sûr, mais avec le minimum de causes d'erreur possible, il convient d'avoir recours à une méthode fixe et déterminée à l'avance, en dehors de laquelle il n'est pas possible d'obtenir des résultats certains et comparables entre eux.

Cette méthode, quej'appellerai volontiers physiologique, consiste (les dispositifs des expériences ayant été fixés ainsi qu'il a été dit) à n'intervenir par soi-même que le moins possible dans l'action, et à laisser les processus évoluer suivant leurs tendances propres et leurs enchaînements naturels.

Cette manière défaire, qui est la mienne, et sur

laquelle j'appelle tout particulièrement l'attention, repose sur ce fait fondamental que je considère comme un axiome en hypnotisme, c'est que les divers états hypnotiques : l'état léthargique, l'état cataleptique et l'état de somnambulisme lucide, que certains auteurs considèrent encore comme des états autonomes indépendants les uns des autres, constituent au contraire les anneaux d'une même chaîne et les phases successives d'un seul et même processus hypnotique en évolution. Chaque processus commence à la phase léthargique, s'élève à la phase cataleptique, puis à celle du somnambulisme lucide pour retomber, par une courbe descendante, à son point de départ, à là période de léthargie de retour.

C'est donc, suivant moi, un cycle complet que les phénomènes hypnotiques parcourent.

Prenez un sujet, en effet, fondamentalement hypnotisable, plongez-le en période de léthargie par un procédé quelconque, vous développez immédiatement un trouble profond dans son innervation centrale, et, du même coup, vous interrompez les connexions de la vie consciente avec la vie inconsciente. Vous dédoublez ainsi son unité psycholo-

DANS LA CONDUITE DES EXPERIENCES 6l

gique, car alors ce sont les réactions purement inconscientes delà vie automatique qui vont seules se mettre en activité, et l'individu ainsi privé d'une portion de son innervation cérébrale, devient comparable à ces animaux décapités chez lesquels le processus excito-réflexe de la moelle acquiert une énergie d'autant plus intense qu'il n'est plus contrebalancé par les actions modératrices irradiées du cerveau.

Il est des circonstances, jusqu'ici peu étudiées encore, en vertu desquelles le sujet hypnotisé peut encore s'abaisser dans les manifestations dépressives de son système nerveux. Il s'agit d'états qu'on pourrait appeler ultra-léthargiques, dans lesquels on voit des sujets, profondément frappés, tomber dans un véritable coma, sans réaction d'hyperexcitabilité neuro-musculaire. Ils sont complètement anéantis, les actions de la moelle sont nulles, le sujet ne vit plus que par ses régions bulbaires qui sont encore en vie. Ces états, qui sont rares, ne sont pas sans devenir inquiétants s'il se prolongent; le réveil est toujours long à susciter.

Vient-on maintenant à soulever légèrement les

paupières du sujet, a faire entrer dans son cerveau plongé dans l'obscurité, par l'intermédiaire de sa rétine et du nerf optique, quelques vibrations lumineuses, immédiatement la scène change — l'individu illuminé s'anime, il reste les yeux ouverts et son regard exprime ce qui se passe en lui. Les vibrations lumineuses ont mis en branle certaines régions obscures de son encéphale, et cela a suffi pour le faire monter d'un échelon sur la pente du réveil :il est en catalepsie.

A ce moment, la scission entre les régions conscientes de sa personnalité existe encore, et les manifestations qui vont avoir lieu, quoique d'un ordre plus relevé que celles purement automatiques de la phase précédente, vont apparaître avec un caractère spécial qui constitue ce groupe de phénomènes cérébraux si curieux, si peu étudiés, et qui constituent les véritables actions réflexes cérébrales i .

C'est dans cette phase que nous allons pouvoir susciter toute cette série de phénomènes émotifs que nous signalerons dans la troisième partie de ce

i Luys, Des actions réflexes du cerveau, J.-B. Baillière et fils, in-8, Paris, 1874.

travail, et qui représente sous les formes les plus variées, depuis les émotions de l'indifférence et de l'étonnement jusqu'aux expressions les plus complètes de la terreur, toutes les tonalités de l'émotivité humaine.

On peut donc dire d'une façon indubitable que cette phase nouvelle subie par le sujet hypnotisé est une phase de perfectionnement par rapport à la phase précédente, et que la seconde dérive très nettement de la première à laquelle elle est strictement enchaînée, comme le deuxième temps de la déglutition est strictement la suite du premier. — Mais, ce n'est pas tout : cet automate qui, dans la période de catalepsie précédente, ne semblait vivre que par le regard qui exprime soit le vide, soit l'exaltation de ses émotions, cet automate, dis-je, ne parle pas, car on ne peut appeler paroles les sons articulés qu'il répète comme un écho et que l'on prononce à son oreille.

En poursuivant l'expérience, sous l'influence d'un attouchement léger sur la peau du crâne, on voit encore un changement subit qui s'opère en lui. Il passe alors dans la phase du somnambulisme lucide. On lui rend ainsi la faculté d'entendre; on

réveille d'autres régions de son cerveau ; il entend, et, — chose bien étrange qui déjoue tout ce que nous croyons savoir sur l'évolution de la parole 1 — il entend et parle d'une façon appropriée, il donne signe de réaction consciente, il dit : moi, et cette réaction, qu'on prend pour consciente, n'est que fictive et apparente, car au réveil il n'en gardera aucun souvenir ; il sera par conséquent complètement inconscient de tout ce qu'il aura dit et fait pendant cette phase du somnambulisme lucide qu'il parcourt en ce moment. C'est la dernière étape qui le sépare du réveil complet, c'est-àdire de son raccordement avec la portion consciente de lui-même dont il a été ainsi expérimentalement dissocié, et avec laquelle il va se compléter.

On voit donc par cet exposé combien l'état de somnambulisme lucide est enchaîné à l'état cataleptique qui le précède et combien celui-ci à son tour dérive de l'état léthargique. Ces états se commandent, dans l'ordre physiologique, comme des phases enchaînées d'un processus naturel et constituent une filiation régulière.

Mais ce n'est pas tout : cette phase de somnam-

bulisme lucide qui touche au réveil et qui représente la phase culminante du processus en évolution n'est pas (abandonnée à elle-même), destinée à se prolonger indéfiniment; c'est un processus qui suit son cours, elle doit aboutir à quelque chose.

Ou bien le'sujet, après avoir développé les réactions hypnotiques propres à cette période, après s'être dépensé d'une façon plus ou moins rapide, va être réveillé par l'expérimentateur et rentrer dans la vie réelle. Ou bien, s'il est abandonné à luimême, s'il est laissé en présence des incitations hypnotiques que l'on a développées en lui, que va-t-il se passer?

Dans ces circonstances on observe un phénomène bien étrange. Si le sujet est dans un endroit calme, si on le laisse sans l'exciter par des interrogations, si on fait l'obscurité autour de lui, il cesse de parler et de se mouvoir, la vie rétrocède en lui, et on le voit alors, dans certains cas, repasser tout doucement comme un foyer qui s'éteint, ou d'autres fois, d'une façon subite et inopinée, dans la phase de léthargie dont il avait émergé au début.

j. Luys, L'Hypnotisme. 5

C'est ainsi qu'un cycle complet a été parcouru par la série des phénomènes hypnotiques enchaînés réduits les uns dans les autres. Ce sont là de véritables processus physiologiques réguliers, comme les processus excito-moteurs que l'on développe à travers l'axe spinal et auquel on attribue une phase incidente, une phase intermédiaire et une phase de réflexion. Il s'agit bien d'une manifestation dynamique expérimentale que l'on suscite dans le système nerveux, qui obéit à des lois fixes et suivant un ordre d'évolution régulier; c'est l'état léthargique qui est au début, et c'est l'état léthargique qui est à la fin du processus ; c'est de là que part le sujet hypnotisé, c'est là qu'il- revient après avoir parcouru les étapes successives fatales de l'état hypnotique sous forme d'une courbe à période ascendante et à période de décours.

Cette succession des états variés de l'hypnotisme a été déjà parfaitement indiquée par le Dr Descourtis1. Le schéma qu'il en a tracé rend la chose parfaitement démonstrative.

i L'Encéphale, t. V, p. 73, 1885.

Ces phénomènes se développent avec une régularité parfaite comme s'il s'agissait d'un acte de l'activité normale de l'organisme, chez tous les sujets qui présentent les manifestations du grand hypnotisme. Le grand hypnotisme est donc la condition indispensable de leur réussite et le terrain nécessaire à leur mise en action.

léthargie

catalepsie ^^ . ,

>l catalepsie

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imparfait ( ^somnambulisme

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\^ posthypnotique

veille

Succession des états de l'hypnotisme (Descourtis).

Mais tous les expérimentateurs savent que les sujets aptes à développer- le grand hypnotisme, avec tous ses caractères habituels et ses aptitudes latentes, ne se rencontrent pas tous les jours dans la pratique ; et pour les personnes qui se livrent à ce genre d'études, je crois pouvoir leur faire con-

naître qu'on peut à l'aide de certains moyens d'entraînement spéciaux (la fascination) arriver à solliciter progressivement les différentes phases du grand hypnotisme chez les sujets préalablement fascinés.

En dehors des états variés du grand hypnotisme dont les différentes phases sont si nettement isolées les unes des autres, il existe une autre série de phénomènes similaires, que Ton rencontre très fréquemment, et qui est en quelque sorte un mélange des différents états hypnotiques qui se trouvent reproduits en réduction chez le même sujet. Ce sont les formes avortées du grand hypnotisme.

C'est cet état mixte, combinaison des symptômes propres de la catalepsie et du somnambulisme, qui a été tout particulièrement étudié par nos éminents confrères de l'École de Nancy1, qui, faute d'avoir cherché à isoler les différents états les uns des autres, se sont tout particulièrement attachés à étudier les points qui touchent à la suggestion. Ce sont ces formes incomplètes et

i Voy. Beaunis, Le Somnambulisme provoqué, J.-B. Baillière et fils.

réduites du grand hypnotisme que l'on peut considérer à part comme constituant l'état spécial du petit hypnotisme.

C'est encore ce même état mixte, étudié chez les sujets sains, qui a fait l'objet d'une étude particulière de la part du Dr Bremaud, médecin de la marine, qui l'a décrit sous le nom de fascination.

Ces formes spéciales de l'hypnotisme n'ont rien de nouveau en elles. Elles ne représentent que des ébauches imparfaites du développement du grand hypnotisme ; et, cela est si vrai, que nous voyons tous les jours des sujets seulement fascinés au début, et restant en suspens entre le somnambulisme lucide et la catalepsie pendant plusieurs semaines. Ils arrivent peu à peu, par l'entraînement progressif, à s'abaisser dans la série, et à descendre finalement dans la phase de léthargie franche, qui est l'état le plus complet du grand hypnotisme. Ce n'est donc qu'une question de degrés, et je dirai même de maturité du sujet.

L'état de fascination (somnambulo-cataleptique) se présente avec une série de symptômes qui appartiennent, les uns à la catalepsie, les autres à l'état somnambulique.

Les symptômes propres à l'état cataleptique sont : la fixité et l'étrangeté du regard. C'est cette apparence spéciale de l'œil, fixe, immobile et grandement ouvert, qui se dirige soit sur un objet brillant, soit sur l'œil de celui qui le fascine, qui constitue la note caractéristique de l'état de fascination. Les pupilles sont immobiles, comme cataleptisées et moyennement dilatées. Les traits de la face sont aussi immobilisés sur place, dans l'expression muette de l'étonnement profond, et en même temps qu'une certaine anxiété se manifeste, les sujets présentent de l'accélération des mouvements respiratoires, surtout dans les premiers temps.

Les bras, quand on les soulève, gardent les attitudes qu'on leur donne, et il en est de même pour tous les muscles du tronc.

L'anesthésie de la peau est complète, ainsi que celle des muqueuses. On peut piquer la peau, à l'aide d'une épingle, d'une pince à griffes, la brûler au thermo-cautère, les fascinés ne sentent rien de ce qu'on leur fait, et ils restent impassibles, dans l'attitude qu'on leur a donnée, comme s'ils étaient en pleine léthargie.

Les symptômes propres à l'état somnambulique sont ceux-ci :

Les fascinés entendent, et répondent aux interrogations, le timbre de leur voix est modifié, et l'articulation est sèche et saccadée comme dans les véritables états de somnambulisme. Ils ne savent où ils sont ; ils ignorent qui leur parle la plupart du temps; ils ont la crédivité, et acceptent volontiers tout ce qu'on leur dit ; ils écoutent docilement et sont par conséquent facilement suggestibles. Ils sont susceptibles d'exécuter avec une rare précision les suggestions soit immédiates, soit à échéance, et en cela ils se comportent d'une façon tout à fait semblable aux sujets appartenant au grand hypnotisme ; c'est là un des points les plus intéressants de ce nouvel état. Cette aptitude spéciale ouvre donc une voie nouvelle aux actions thérapeutiques qui peuvent s'exercer sur les différents systèmes de la vie végétative et devenir aussi l'objet d'applications usuelles nombreuses.

Les personnes qui s'occupent des recherches hypnotiques savent combien il faut de persévérance, de fatigue et d'attention soutenue pour arri-

ver à produire, au début, chez les sujets non entraînés, les phénomènes de l'hypnose.

Les uns, à l'exemple de Braid, font miroiter devant les yeux du sujet un objet brillant, un bouchon de cristal, par exemple ; ou bien ils agissent directement par la sensibilité de la rétine en comprimant légèrement le globe oculaire d'avant en arrière.

Les autres s'adressent, plus directement, au nerf acoustique et à la sensibilité auditive. Tantôt ils produisent une série de sons inarticulés, et incitent itérativement le sujet à s'endormir; tantôt ils ont recours soit aux vibrations d'un diapason, soit au tic-tac d'une montre, soit à un bruit violent et soudain, produit par la résonance d'un gongchinois, etc.

En présence de ces difficultés multiples, bien souvent suivies d'insuccès, j'ai songé à avoir recours à des moyens plus pratiques et plus actifs, en remplaçant l'action propre de l'hypnotiseur par celle d'agents mécaniques, agissant par eux-mêmes et aptes, par conséquent, à produire les résultats désirés.

L'instrument qui m'a paru le plus propre à

atteindre le but que je me proposais, c'est le miroir à alouettes. En songeant, en effet, à l'action spéciale, fascinatrice, que ces miroirs mobiles, éclairés par le soleil, sont susceptibles de déterminer chez ces oiseaux, je me suis demandé si, par analogie, ces mêmes instruments ne seraient pas aptes à produire chez l'homme, du moins chez certains sujets névrosiques, prédisposés, des actions similaires et à développer ainsi, mécaniquement, leurs aptitudes latentes à l'hypnotisation.

Ces instruments, d'après ce que j'ai vérifié, ont chez les sujets hypnotisables, soit du sexe masculin, soit du sexe féminin, chez les hystériques et les non-hystériques, chez les hémiplégiques et même chez les ataxiques, une action somnifère des plus évidentes.

Une fois le sujet placé devant un de ces appareils en mouvement, l'appareil étant lui-même disposé de manière à réfléchir convenablement la lumière, une fois, dis-je, qu'on lui a dit de fixer le miroir, la fatigue des yeux arrive vite, et, en général, au bout de cinq à six minutes, quelquefois même d'une façon instantanée, on les voit fermer les yeux et s'endormir. On reconnaît alors que tantôt

ils sont en catalepsie franche, les membres gardant leurs attitudes, et tantôt dans un état de sommeil, naturel en apparence, et profond.

Au fur et à mesure qu'on répète les séances de fascination, j'ai remarqué que les sujets, d'abord en catalepsie, sont aptes insensiblement à passer en période de léthargie profonde avec les phénomènes d'hyperexcitabilité neuro-musculaire qui n'apparaissent pas dans les premiers temps. Il est à noter qu'on peut grouper trois ou quatre sujets autour d'un appareil en rotation et qu'on peut ainsi les endormir tous à la fois; c'est là un point utile à connaître pour l'étude des phénomènes hypnotiques, que l'on peut suivre ainsi simultanément sur plusieurs sujets à la fois.

Dans la même série d'idées, j'ai eu encore recours, comme moyen succédané des appareils rotatifs, à l'emploi de la lumière électrique sous forme de lampe à incandescence, sous forme de bijoux étincelants, etc.

Les auteurs qui se sont occupés de provoquer l'état de fascination, ou ces états mixtes somnambulo -cataleptiques seuls reconnus à l'École de Nancy, ont employé principalement un objet bril-

lant présenté devant les yeux du sujet. Ce procédé est fatigant et infidèle; l'emploi des miroirs rotatifs que j'ai introduits dans la thérapeutique hypnotique me permet d'aller beaucoup plus vite et avec une quasi certitude. En deux a quatre minutes, un sujet bien disposé et entraîné par l'exemple de ses camarades est complètement fasciné avec catalepsie et anesthésie cutanée.

Voici comment les choses se passent : Au moment où le sujet prédisposé est mis en présence du miroir tournant, son œil est littéralement attiré, le regard est fixé; il s'isole de l'extérieur, un sentiment de fatigue se développe, les paupières commencent à clignoter, peu à peu elles se ferment, il se renverse sur le dos du fauteuil et paraît dormir d'un sommeil profond. On constate alors de Tanesthésie cutanée et de la catalepsie des membres.

Il est à remarquer que, dans cet état spécial de fascination, l'isolement mental du milieu ambiant n'est pas aussi complet et profond que dans les états somnambuliques du grand hypnotisme. Le fasciné en un mot n'est pas aussi complètement séparé du monde extérieur; son sommeil est plus superficiel et il conserve encore quelques liens,

quelques réactions de mémoire qui lui permettent de savoir où il est et quelle est la personne qui lui adresse la parole. Néanmoins il est parfaitement suggestible, et on peut lui donner, ainsi que je l'ai fait à différentes reprises, dans l'ordre thérapeutique, les suggestions variées. Les sujets réfractaires aux premières séances sont peu à peu entraînés, et en général, au bout de dix à douze séances de chacune dix à vingt minutes de durée, ils arrivent comme les autres à subir l'influence des appareils. 11 résulte en effet de ma pratique particulière, qu'un certain nombre de sujets masculins ou féminins, qui ne présentent au début de leur entraînement que des manifestations du petit hypnotisme ou de la fascination, sont amenés peu à peu, par suite de leur mise en rapport avec les miroirs quotidiennement, à descendre insensiblement les échelons et au bout d'un certain temps à présenter les phases léthargiques, qu'ils révèlent avec tous leurs caractères. On peutdonc chez certains sujets prédisposés créer en eux expérimentalement les états divers du grand hypnotisme, lesquels peuvent, comme on le sait, devenir des points de départ d'actions thérapeutiques d'une efficacité incontestable.

Ces considérations physiologiques de l'enchaînement régulier des différents états de l'hypnotisme et leur subordination réciproque me paraissent être les notions indispensables à connaître comme méthodes naturelles à imiter pour la mise en train de l'étude des médicaments à distance sur les sujets hypnotisés. — Ne faut-il pas, en effet, bien connaître la marche et l'enchaînement réciproque du processus de l'hypnotisme à l'état normal pour se rendre compte de ce que deviennent ces mêmes phénomènes dans les conditions nouvelles et extra-physiologiques que l'on va susciter ?

Voyons maintenant comment, dans la pratique des expériences de l'action du médicament à distance, les choses vont se passer.

Je le dis dès le début, lorsqu'on laisse le sujet abandonné à lui-même, sans lui parler, sans lui faire les plus minimes attouchements, une fois qu'il est sous l'influence d'un agent stimulateur quelconque, il va dérouler de lui-même les énergies naturelles dont il est animé et en passant successivement de l'état léthargique à l'état cataleptique, puis à l'état de somnambulisme lucide, pour revenir à la phase léthargique de retour, il va nous donner

la démonstration expérimentale de l'enchaînement du processus hypnotique tel que nous venons de le formuler précédemment.

Le tube étant placé, comme il a été dit, au lieu d'élection au niveau de la nuque, au bout d'une minute ou deux on voit quelques tressaillements fibrillaires apparaître sur la face ; des grimaces subites, consécutives à quelques hallucinations visuelles, se révèlent; le sujet s'agite sur son siège ou bien il défait sa coiffure, se gratte ou délace ses vêtements; puis, à un degré un peu plus avancé, les yeux s'ouvrent spontanément et cela d'une façon silencieuse. Ils expriment alors, suivant la nature de la substance employée, des expressions émotives diverses. Le plus souvent ce sont des expressions de crainte et de terreur qui sont en jeu.

C'est la phase léthargique du processus qui se révèle alors avec cet état d'hyperexcitabilité des régions émotives qui lui est propre. Ordinairement cette phase reste silencieuse. Les sujets ne parlent pas, et, s'ils ne sont pas provoqués d'une façon quelconque, ils restent dans l'état léthargique et ne s'élèvent pas au degré supérieur.

Mais, si le sujet est doué d'une impressionnabilité

spéciale, s'il est pourvu d'aptitudes intellectuelles plus riches, l'action de la substance employée trouvera bien un champ d'action plus vaste. Elle s'accumule en lui progressivement et développe la mise en activité des territoires multiples de son cerveau.Il se met donc spontanément à parler et à exprimer les impressions subjectives qui le travaillent.

Il est donc entré motu proprio dans la phase du somnambulisme lucide qui corresponde la période culminante du processus hypnotique en évolution. Et c'est ainsi que cette graduation, aussi naturelle que spontanée des processus successifs de l'hypnotisme, nous démontre encore les liens qui les réunissent entre eux ainsi que leurs filiations physiologiques.

Mais ce n'est pas tout, et, après ce qui va suivre, on va voir combien les connexions sont encore plus intimes.

Au moment en effet où le processus, sous l'action de la substance stimulante, est à son point culminant, vient-on à éloigner du sujet subitement le tube contenant la substance active, immédiatement un changement profond s'opère dans tout son être. S'il marche, il s'arrête subitement et de-

vient titubant; s'il parle, il interrompt immédiatement sa phrase qui reste inachevée, et alors, si on continue à le priver de cette force d'emprunt qui l'anime et le soutient, on le voit tantôt brusquement, tantôt lentement, passer par les mêmes phases qu'il a parcourues pendant la période ascendante du processus, et s'arrêter quelquefois comme foudroyé à la phase de la léthargie de retour.

Pendant cette phase régressive, on assiste encore à une série de phénomènes des plus intéressants et qui annoncent qu'il s'agit bien d'un véritable cycle parcouru par le sujet. Il exprime en effet, au fur et à mesure qu'il descend et se rapproche de la période de léthargie de retour, les mêmes gestes, les mêmes grimaces, les mêmes tics et tressaillements fibrillaires qu'il a manifestés dans la période ascendante du processus, et ces phénomènes se manifestent naturellement dans l'ordre inverse où ils se sont tout d'abord révélés. Par exemple si, au début, le sujet a tiré la langue en faisant des grimaces, les mêmes manifestations se révèlent, à la fin, sur les frontières de la léthargie de retour.

Cet enchaînement de phénomènes, qui se dérou-

DANS LA CONDUITE DES EXPERIENCES bl

lent d'eux-mêmes si ponctuellement chez les sujets hypnotisés, indique d'une façon précise la conduite à tenir dans la direction méthodique des expériences; il nous montre la fatalité des opérations, leur marche ascendante, leur période de culmination suivie de la période de décours.

Il faut donc prendre sur soi de respecter d'une façon absolue l'ordre naturel des choses, ainsi que l'état du sujet une fois qu'il est sous l'action de la substance stimulatrice qui agit sur lui, ne pas luiparler, éviter les moindres attouchements sur une région quelconque de sa personne, et de la tête en particulier. Il faut savoir attendre et laisser évoluer d'ellesmêmes les forces mystérieuses de son système nerveux auquel on fait expérimentalement appel.

Autre précaution encore à retenir : comme chaque substance que l'on expérimente agit chez le sujet d'une façon spécifique et détermine des processus appropriés, il faut d'une manière absolue, si l'on ne veut pas entremêler les phénomènes les uns avec les autres, attendre, avant d'expérimenter l'action d'une nouvelle substance, d'avoir constaté bien nettement que l'action de la substance précédemment employée est complètement

J. Luys. L'Hypnotisme. 6

épuisée. Il faut que le sujet en soit absolument expurgé.

Pour bien se rendre compte qu'il en est ainsi, il faut, en faisant appel aux notions physiologiques précédemment exprimées, savoir bien reconnaître que le sujet est entré dans la phase de la léthargie de retour. Il y a pour cela un signe pathognomonique, c'est le retour de l'hyperexcitabilité neuromusculaire des avant-bras, révélé par l'action d'un léger frôlement. Tant que cette contraction symptomatique de l'état léthargique ne sera pas réapparue d'une façon nettement apparente, il faut attendre : cela prouve que le sujet est toujours sous l'action de la substance précédemment employée. Mieux vaut attendre quelques minutes, et quand on voit que le sujet, interrogé ainsi qu'il a été dit, a récupéré son hyperexcitabilité caractéristique de l'état léthargique aux avant-bras, on peut le considérer comme ayant expurgé l'action de la substance employée précédemment et susciter un nouveau phénomène, expérimental.

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