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âO / HYPNOTISME, RELIGION

t Do'JkpJGyp^malades étaient juifs, provenant des contes plus lointaines, Pologne, Russie et même au Turkestan. Ils récitaient leur long chapelet de misères, restaient hospitalisés quelques semaines, puis repartaient poussés par la force invisible.

Ces neurasthéniques détraqués ont donné naissance à la vieille et si intéressante histoire.

Ceux-ci ont encore conscience d'eux-mêmes. Ils pérégrinent sans cesse à la recherche de la guérison introuvable. D'autres malades voyagent en état de somnambulisme. Ils partent un jour de chez eux et se retrouvent tout étonnés à plusieurs centaines de kilomètres. Ils ne se rappellent rien, ni le départ, ni les circonstances du voyage. C'est le mal comitial ambulatoire.

D'autres ambulants sont des aliénés voyageurs. Victimes d'hallucinations, ils entendent une voix qui leur dit : « Tu es roi, tu es Dieu, » et ils partent à la recherche de leur royaume et de leurs adorateurs. Un Juif errant d'autrefois, dont l'histoire nous est parvenue, croyait être le Messie immortel.

A l'opposé de l'éternel voyageur, l'éternel endormi. La léthargie a été regardée comme un acte agréable à Dieu. L'àme quittait le corps pour aller dans le céleste empire.

Le réveil était un retour voulu par les Dieux. Il s'agissait chez les Grecs d'une véritable erreur des Parques. Un certain Antillus (14) étant mort, nous dit Plutarque, descendit dans l'Adès, mais il fut aussitôt renvoyé dans le monde des vivants. Les conduc-

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tours qui l'avaient amené, reçurent une semôntesévère ; envoyés pour se saisir du corroyeur Nicanclas, ils s'étaient trompés.

Fait singulier, la même histoire existe chez les Bouddhistes. La léthargie y est aussi regardée comme une méprise, volontaire ou non, du roi des enfers. Dans un conte annamite, une femme de Sadec meurt. Après une nuit de catalepsie, elle revient à elle et rapporte que le fils du roi des enfers Ta renvoyée sur la terre. Dans un autre récit d'origine taoïste, un homme revient sur la terre après avoir été sévèrement réprimandé aux enfers.

Chez les Indiens, les Fakirs se sont faits une spécialité de ces résurrections. Pour glorifier leurs Dieux, ils arrivent par une longue pratique à obtenir un état léthargique prolongé. Kuhn (2'J) notamment a observé deux cas de la sincérité desquels il n'avait pas la moindre raison de douter. L'un des fakirs en question était resté enterré six semaines, l'autre dix jours. Pour y arriver, les fakirs, hystériques avérés, usent de tous les moyens d'entraînement. Mortification du corps par un régime alimentaire spécial, surtout le lait, emploi à l'intérieur de haschich et d'autres végétaux d'eux seuls connus, position spéciale du corps pendant de longues heures, etc. Quand le fakir a suffisamment pratiqué, il se bouche le nez et les oreilles avec de la cire, se met par terre, prend une des poses prescrites par le livre sacré et tombe à l'état d'hypnose à force de regarder fixement le bout de son nez.

Au début de l'hypnose, le fakir est halluciné. Il

entend des sons, voit des anges, sa figure exprime un sentiment de béatitude. Mais petit à petit, la conscience disparaît et le corps acquiert une rigidité spéciale à mesure que « l'esprit va rejoindre l'âme du monde » .

On a été tenté de nier ces faits comme trop extraordinaires. Il s'en est produit pourtant d'analogues dans nos pays. L'état léthargique, en effet, qu'on provoque chez les hystériques, arrive parfois spontanément et peut être assez profond pour simuler la mort. De temps à autre même, les journaux rappellent des erreurs lamentables de léthargiques enterrés.

Un des faits les plus curieux est celui rapporté par Bouchut (22) d'une léthargique mariée que son amant aurait déterrée pour la voir une dernière fois. Il l'aurait trouvée vivante et aurait vécu de nombreuses années avec la prétendue décédée. Cet imbroglio, qui donna lieu à un procès rapporté par la Gazette des Tribunaux clans la première moitié de ce siècle, a excité la verve de plusieurs romanciers.

Tout dernièrement, un cas de léthargie s'est produit à Thenelles (23). Une fille de vingt-cinq ans, à la suite d'une violente émotion, tomba en léthargie avec anesthésie, diminution des sécrétions et de la respiration. Elle reste dans cet état de sommeil apparent avec occlusion des paupières depuis plusieurs années et on la nourrit artificiellement. On a cité d'autres observations de sommeil persistant des mois et des années.

D'ailleurs, des faits analogues sont très communs chez les animaux (24) .

Aux premières atteintes du froid, chauves-souris, hérissons, loirs, marmottes, hunsters, gerboises, saumons, s'endorment. L'hiver n'est pas en cause, car tanrec, échidné, pétrel, albatros des tropiques, grands serpents tombent aussi en léthargie sous le ciel de l'équateur. Gela ne survient pas spontanément. Pour y parvenir, l'animal se soumettrait à un jeune volontaire. La respiration se ralentit et devient à peine perceptible, le sang quitte les extrémités, se refroidit, la sensibilité disparaît au point qu'on peut agiter les animaux, les disséquer même sans les tirer de leur torpeur. Ceci rappelle une gravure ancienne : elle représente une dissection humaine, quand on arriva au cœur, il battait encore. Le fait serait arrivé à André Vésale.

Quelques espèces qui ne sont pas sujettes à cet état, peuvent le prendre en certaines occasions. M. Leroux a vu les hirondelles et martinets passer l'hiver entier dans nos climats, plongés dans un sommeil léthargique. Lne hirondelle, abattue par le fouet d'un cocher au mois d'octobre, fut enveloppée dans un rouleau de ouate, déposée dans un tiroir, puis oubliée. Au printemps, on la retrouva vivante, bien que toujours en léthargie. D'ailleurs, plusieurs zoologistes du siècle dernier avaient observé dans des trous de mur des hirondelles ou martinets plongés dans un sommeil hibernal ; elles ne se réveillaient qu'aux premiers rayons du soleil. Les moutons mêmes pourraient, d'après le professeur Dewar (25),

tomber en léthargie. Dix-huit moutons, perdus sous la neige le 6 janvier, furent retrouvés fort maigris, mais vivants, le 15 février. Ils avaient vécu de quelques bruyères dans un étroit espace ; ils s'étaient clone trouvés dans un état voisin de l'hibernation.

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