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CHAPITRE VIII

La possession démoniaque au moyen âge.

Lycanthropie, — Incubes.

Pendant le moyen âge et la Renaissance, on n'eut pas de rapports qu'avec le seul Dieu ; le Diable venait

Fig, 19, — Attaque démoniaque chez une hystérique, d'après un dessin exécuté sur nature par P. Richer.

rendre visite a l'hystérique (fig. 19). Des intelligences puissantes, des esprits critiques, comme

Luther, Calvin, Zwingle, de Golampade , Mélanchthon, Knox, conversèrent avec le démon, tout comme Jésus sur la montagne. Luther lui jeta même, dit-on, un encrier à la tête.

L'Anglais Pordage et ses disciples font en 1651 des récits de visions diaboliques; les puissances de l'enfer processionnent devant eux, au milieu de sombres nuages, dans des chars traînés par des lions, des ours, des dragons, des tigres. Venaient ensuite les esprits inférieurs avec des oreilles de chat, des griffes, les membres tordus et contrefaits (17). Ces visions persistaient, si on fermait les yeux.

En 1806, Bachzko de Kœnigsberg, pendant qu'il écrivait ses travaux politiques, était tourmenté par la vue de nègres à figure hideuse, de serpents, monstres à tête de chouette, etc., etc.

Les convulsions et autres phénomènes hystériques n'étaient pas alors regardés comme d'origine divine (fig. 20). Les démons, croyait-on, s'introduisaient, parfois nombreux, dans le corps du patient; on savait leur nom et l'on s'efforçait de les expulser*

Pour cela, le prêtre exorcisait le possédé, suivant un rituel prescrit par l'église, avec les pouvoirs de son supérieur, et préparé par le jeûne et la prière.

Au sortir de la messe, à jeun, assis et couvert, il commande intérieurement au démon d'exécuter un signe qu'il lui désigne au nom clu Christ. Le démon est forcé d'obéir et révèle ainsi sa présence. Puis l'exorciste recherche les différents signes de posses^ sion. Jls sont ainsi formulés par le rituel :

1° Faculté de connaître les pensées, même non exprimées par l'exorciste.

2° Intelligence, par le possédé, des langues étrangères ou à lui inconnues et faculté de les parler.

3° Connaissance des événements futurs.

4° Connaissance de ce qui se passe dans les lieux éloignés, situés hors de la portée de la vue ordinaire.

o° Exaltation subite des facultés intellectuelles.

6° Développement de forces physiques supérieures à l'âge ou au sexe de la personne chez laquelle elles se manifestent.

7° Suspension en l'air du corps du possédé pendant un temps considérable.

Les prêtres n'étaient pas seuls à diagnostiquer la possession. On avait recours aux lumières des médecins. Ceux-ci regardaient comme signes les symptômes mêmes qui aujourd'hui caractérisent l'hystérie :

1° Le pli, courbure et remuement du corps ; les contorsions et postures étranges ; la vélocité des mouvements de la tête par devant et par derrière (convulsions hystériques) : l'enflure subite de la langue, de la gorge et du visage et le subit changement de couleur (congestions subites).

2° La privation de sentiment jusqu'à être pincé et piqué sans se plaindre (anesthésie).

3° L'immobilité de tout le corps arrivant pendant et au milieu des plus fortes agitations (catalepsie).

4° Le jappement semblable à celui d'un chien.

5° Le regard fixe sur quelque objet (hypnotisme).

HYPNOTISME, RELTGION 79

6° Le fait de vomir les choses telles qu'on les a avalées.

7° Les piqûres en diverses parties du corps sans qu'il en sorte du sang (trouble vaso-moteur hystérique).

Fig. 20. — Tète de possédée.

(D'après une esquisse de Rubens au musée de Vienne.)

L'exorciste pratiquait de véritables séances d'hypnotisme, pliait le corps de diverses façons de ma-

4 Ce dessin a été étudié par J.-M. Charcot et P. Richer dans : Les démoniaques dans Part. Voici ce qu'ils en disent : La figuration des démoniaques a été pour le grand maître flamand un sujet d'intérêt spécial. Rubens sut voir la nature et il la copia avec respect. Aucun maître n'a été plus injustement discuté sur sa conception du dessin.

Tel de ses possédés ofl're des caractères si vrais et si saisis-

nière qu'il gardât la position, suggérait des actes, piquait le sujet pour trouver les plaques d'anesthésie, posait des questions auxquelles le démon répondait par la bouche de la possédée.

Ces séances étaient fort courues. L'une d'elles fut faite en l'honneur et sur la demande de Gaston d'Orléans, au moment de la possession de Loudun (30).

Elles n'avaient pas seulement pour mobile la curiosité. On voulait reconnaître la possession, guérir la possédée, et de plus punir le sorcier. Cette besogne incombait aux prêtres.

Croyances absolument semblables à celles des sauvages. Si on était possédé, on le devait aux sortilèges de quelqu'un qu'il fallait chercher et châtier. On demandait à la possédée qui l'avait mise en cet état. Malheur à celui qu'elle désignait.

On le saisissait comme sorcier pratiquant la diablerie active, bien différente de la passive et tout involontaire des possédés. Il était accusé de tous les crimes : il envoûtait, jetait des sorts, nouait les aiguillettes, assassinait les enfants, faisait périr le bétail, suscitait la grêle et les orages (30).

sants, que nous ne saurions rencontrer ou imaginer une représentation plus parfaite des crises.

Il a fallu toute l'intuition du génie jointe à une rare acuité d'observation, pour saisir et fixer arec tant d'effet et de sûreté les traits fondamentaux d'un tableau si changeant et si complexe. La figure de la possession créée par Rubens, est un véritable type. Elle est en même temps une image si fidèle de la nature, que sous tous ses aspects, elle demeure vraie, et que, aujourd'hui, à plus de deux siècles de distance, nous y surprenons les signes indéniables d'une affection nerveuse alors méconnue.

Quand la justice tenait un sorcier, on cherchait les stigmates et on le soumettait à la question.

La torture lui arrachait des aveux ; mais parfois, nous relatent les historiens, le sorcier restait insensible et lassait le bourreau ; on voyait un signe diabolique où nous reconnaissons aujourd'hui l'anesthésie hystérique.

Très généralement il était brûlé.

L'histoire est remplie de faits de ce genre ; aujourd'hui que l'attention est portée sur ce point, on en découvre tous les jours de nouveaux, surtout dans les histoires de couvents.

En 1609, à Marseille, deux religieuses hystériques accusèrent le prêtre Gaufridi ; il fut brûlé.

Sur les procès-verbaux de l'époque sont relatés les méfaits des démons. Nous en extrayons le passage suivant bien significatif :

« Le 26 février (procès contre Gaufridi à Aix), Asmodé , prince de luxure , commença d'agiter Magdeleine, faisant des mouvements déshonnêtes, comme il avait fait plusieurs fois à la Sainte -Baume pour l'amener à une honte... Lors... les médecins et chirurgiens lui commandèrent de cheminer, puis de s'asseoir et de s'efforcer de réprimer ces mouvements. Elle, étant en bon sens, répondit qu'elle ne pouvait en nulle façon ; ni eux-mêmes aussi ne la pouvant tenir... Cet impur démon sortait toujours par les parties honteuses, dont lui entrant et sortant, Magdeleine en avait honte. j>

Magdeleine avait de grandes attaques d'hystérie avec contorsions, grands mouvements. Dans l'inter-

valle des attaques, elle avait de la contracture de l'œsophage, des secousses, des soubresauts, des mouvements de chorée rythmique, tous symptômes hystériques.

L'histoire la plus émouvante, qui a suscité maints volumes, est celle d'Urbain Grandier et des possédées de Loudun. Elle est d'ailleurs calquée sur la précédente.

Les religieuses de Loudun avaient rêvé du prêtre Urbain Grandier dont l'ombre venait dans la nuit les solliciter au péché d'amour. Les exorcismes ne firent qu'exaspérer leur mal. Elles se tordaient en convulsions et proféraient des propos obscènes.

Nulle histoire n'a fait plus couler d'encre. Les convulsions hystériques sont fort bien décrites dans les récits de l'époque ; clans ces convulsions, les religieuses ont les bras et les mains tournés, les doigts demi-fermés ; « elles tirent la langue hors de la bouche, ont la gorge enflée ; il ne paraît des yeux quasi que le blanc ». L'arc de cercle était fréquent : « elle se renversa trois fois en arrière, dit le procès-verbal, en forme d'arc, en sorte qu'elle ne touchait au pavé que de la pointe des pieds et du bout du nez. » Les convulsions étaient provoquées par les exorcismes ou survenaient souvent par simple imitation. Il y avait de l'anesthésie, les piqûres n'amenaient point de sang. Certains jours, elles se distinguaient par leur souplesse, devenaient, dans leur assoupissement, souples et maniables comme une lame de plomb, de sorte qu'on leur pliait le corps en tous sens, en avant, en arrière,

sur les côtés, jusqu'à ce que la tête touchât par terre ; et elles restaient clans la pose où on les laissait jusqu'à ce qu'on changeât leurs attitudes.- Tous symptômes bien caractéristiques de l'hystérie.

La versatilité du caractère hystérique, dit P. Richer, se révélait bien clans les rétractations que de temps à autre faisaient les religieuses possédées. C'est ce qui rendit le procès si long et incertain. L'accusation de possession est relatée clans les lignes suivantes du procès-verbal :

« Une personne au visage et à la ressemblance d'Urbain Grandier qui, changeant de propos aussi bien que de figure, lui parla d'amourettes, la sollicita par des caresses aussi insolentes qu'impudiques et la pressa de lui accorder ce qui n'était plus à sa liberté et que par ses vœux, elle avait consacré à son saint époux. Aussitôt elle se débat, personne ne l'assiste, elle se tourmente, rien ne la console ; elle appelle, nul ne répond, elle crie, personne ne vient, elle tremble, elle sue, elle invoque le saint nom de Jésus. »

Urbain Grandier fut soumis à la torture, puis brûlé vif. La possession continua, les démons résistaient aux exorcismes. La sœur Jeanne se crut même enceinte ; puis guérit de sa possession démoniaque, pour tomber clans celle de Jésus (31).

En 1660, Barbe Buvée, dite sœur Sainte-Colombe, eut plus de chance. Quatre exorcistes et trente religieuses l'accusèrent des crimes de magie, cle sortilèges, d'une infinité d'actions lubriques et d'infanticides. En conséquence, elle fut mise au secret,

reléguée dans un cabinet noir, les fers aux pieds et aux mains.

Mais elle fut relaxée « parce qu'on ne put constater aucune marque asseurée de véritable possession » (32).

Même histoire à Louviers, en 1642, où un prêtre fut encore brûlé.

Dans le sabbat, les sorciers eux-mêmes se croyaient possédés.

Leur conduite, leurs aveux les trahissaient ; ils prenaient un onguent (33) et s'imaginaient aller en un autre pays, en des lieux imaginaires, où l'on faisait ripaille en se livrant aux actes les plus invraisemblables; on se gorgeait de chair d'enfants nouveau-nés nuitamment déterrés, on se livrait aux débauches sexuelles les plus effrayantes.

Déjà en l'an 300, l'empereur Gratien avait publié un édit contre ceux qui vont au sabbat, ou assemblée de Diane ou d'Hérodias. Les punitions se multiplièrent au moyen âge.

Pourtant des protestations s'élevaient. On gardait à vue dans leur lit, ceux qui, au réveil, prétendaient être allés au sabbat. Ils n'avaient pas bougé. « Puisque le sorcier est là, dormant devant nous, disait Jan Vier(30), il ne peut être en même temps au sabbat : donc, il est innocent de ce crime dont on l'accuse à tort ; il a raconté ce qu'il a cru voir en rêve. »

Mais les démonophobes de l'époque lui répondaient que le diable était bien capable d'abuser nos sens : « C'est une finesse du maling esprit, disait Bodin,

faicte pour tromper les hommes. » L'âme avait abandonné le corps pour se livrer aux péchés en compagnie des démons. On brûlait le corps, et dans la flamme les malheureux persistaient en leurs aveux.

Aujourd'hui les prêtres ne brûlent plus, mais ils exorcisent encore contre la possession.

En 1842, en Luxembourg, le démon s'empara d'une jeune fille; l'évêque exorcisa.

En 1887, un frère lai à Rome fut possédé du démon; l'eau de Lourdes le guérit.

En 1895 enfin, rapporte le Progrès médical, aux environs de Versailles, le clergé expulsa le démon du corps d'une jeune fille.

Jocelyn a toujours la spécialité de guérir les aboyeuses. On les mène toutes convulsées devant le saint autel, et le prêtre les force à baiser le crucifix de cuivre qui chassera le démon.

On peut être possédé autrement que par le démon; un animal est en vous, et vous oblige à imiter ses actes.

Ainsi, les aliénés se croient mués en bêtes ; et le médecin peut changer la personnalité d'une hystérique, la faisant à son gré, chien, porc ou toute autre.

Circé par ses enchantements avait transformé en pourceaux les compagnons d'Ulysse. Des femmes d'Argos, au dire de Pausanias, se crurent changées en vaches. Nabuchodonosor lui-même se vit changé en bête.

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Saint Augustin assure que certaines femmes peuvent se changer en chevaux au moyen d'une drogue.

Aux xive et xve siècles, cette folie prit une forme épidémique. On poursuit alors ces fous et on les brûlent. Eux-mêmes avouent des crimes imaginaires. D'autres réalisent leur chimère, abandonnent leurs demeures, s'enfoncent dans les bois, laissent croître leurs ongles, leurs cheveux, leur barbe, poursuivent et dévorent les enfants.

En 1436, des centaines d'individus du pays de Vaud, livrés à la torture, avouent qu'ils se repaissent de chair humaine, et vrais loups-garous, mangent jusqu'à leurs propres enfants.

En 1491, tout un couvent de Cambrai s'imagine être transformé en chats, grimpe aux arbres et miaule.

En 1521, les sorciers se changent en loups, dans le Jura, et prétendent avoir dévoré multitude de femmes et d'enfants.

En 1556, une grande partie des enfants nourris à l'hôpital d'Amsterdam, tant filles que garçons, au nombre de soixante à soixante-dix, se mirent à grimper comme des chats sur les toits. Ils disaient la bonne aventure et voyaient à distance.

Vers l'an 1600, un garçon de quatorze ans, nommé Jean Granier, atteint de lycanthropie, et revêtu d'une peau de loup, parcourait les campagnes dont il était l'effroi. Plusieurs fois, il avait rencontré de jeunes enfants et les avait dévorés. Arrêté, il fut traduit devant le parlement de Bordeaux. Tous les faits furent prouvés.

Durand de Gros, le premier, comprit la cause réelle de ces crimes. En 1824, un Espagnol, Manuel Blanco, sous l'influence de l'idée qui lui vint d'être ensorcelé, s'étant cru changé en loup, avait tué six personnes et avait dévoré même quelques parties du corps de chacune d'elles. C'était là véritablement un fou, qui avait agi sous l'influence des croyances populaires en la possibilité d'un tel changement de personnalité. Durand de Gros protesta contre la condamnation à mort de ce malheureux. Il s'agit, écrivait-il, d'une aberration mentale, née par auto-suggestion (34).

Liébault (3o) rapporte un cas d'altération d'esprit analogue à celui qui a attiré l'attention de M. Durand de Gros. Seulement, ce changement de personnalité, au lieu d'avoir pris son origine dans une auto-suggestion, fut causé par affirmation verbale. Une jeune fille de neuf à dix ans, se croyait transformée en chienne. Elle marchait à quatre pattes dans la maison, aboyait, se couchait devant les portes pour les garder, et, quand quelqu'un entrait, se jetait sur lui pour le mordre. Toutefois, elle sortait de ce rôle dès qu'on l'interpellait : alors, elle répondait aux questions qu'on lui adressait et se laissait conduire par ses proches. Elle fut guérie en deux séances d'hypnotisme. Plus tard, on apprit que son père lui avait suggestionné qu'elle était une chienne, pour assouvir ses passions.

La zootropie existe encore de nos jours chez les races inférieures.

En Afrique, les nègres attribuent au sorcier le

pouvoir de se transformer à volonté, surtout la nuit, en bête féroce, hyène, lion, etc.

Les Abyssins donnent ce surnaturel pouvoir à la classe des potiers et forgerons, aussi est-elle redoutée.

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Fig. 21.

Un Yamabos et sa femme ensorcelés par les renards. (D'après une gravure japonaise.)

L'histoire contée par Du Chaillu rappelle les loupsgarous du moyen âge.

« Deux serviteurs d'Akondogo avaient disparu. On fît venir un grand sorcier qui accusa Akosko, le propre neveu d'Akondogo. Le jeune homme avoua. Il ne pouvait faire autrement, car, lorsqu'il lui arrivait d'être changé en léopard, il devenait avide de sang. t> « Après chaque meurtre, il reprenait la forme humaine. Et il conduisit son oncle dans une partie de la forêt où l'on retrouva les corps déchirés des deux hommes qu'il avait tués dans un accès d'hallucination morbide. Il fut brûlé à petit feu » (14).

Des histoires analogues ont dû faire croire aux Gonds que les fous furieux sont possédés par le dieu tigre.

Le Japonais, si impressionnable, a une lycanthropie plus aimable. Les femmes de la basse caste se croient possédées par le renard, animal fort craint en ce pays (fig. 21). Il se produit un dédoublement de la personnalité ; le possédé entend et comprend

Fig. 22. — Attitude passionnelle, dessin sur nature pris dans une attaque hystérique (par D1' P. Richer).

tout ce que dit et pense le renard, se querelle avec lui. Le renard parle d'une voix étrange et différente de la voix naturelle delà malade. La possédée a conscience des paroles prononcées par le renard, mais est incapable d'en dire d'autres. On exorcise l'animal.

Mieuxencore, le démon, au lieu de posséder moralement, PEUT PRENDRE POSSESSION PHYSIQUE DU SUJET.

Dans l'hystérie la période des attitudes passionnelles survient à la fin des attaques. Si alors l'hallu-

cination suggère à la malade des idées d'amour, tout son être exprime le ravissement ; elle envoie des baisers, dit de tendres paroles, serre dans ses bras l'amant imaginaire ; son visage, son corps entier tressaillent sous une étreinte voluptueuse. Elle s'abandonne... et à cette scène lascive, fait suite un mol anéantissement (fig. 22).

Au réveil, elle avoue souvent l'acte, prétend avoir été possédée, précise la personne.

D'autres fois, c'est la folie. Les aliénistes ont décrit les illusions des maniaques. Ils sont convaincus qu'on les touche, plusieurs se croient magnétisés et ressentent des commotions. Les femmes voient et sentent la personne aimée, ou un être détesté qui abuse d'elles et les viole, folie amoureuse et mélancolie.

Ces faits ont tourmenté l'imagination dans l'antiquité et le moyen âge et donné lieu à la légende de cohabitation démoniaque : les incubes attentent aux femmes, les succubes aux hommes.

Cœlius Aurelianus rapporte, d'après Salimaque, que l'incube s'était montré d'une manière contagieuse à Rome : beaucoup de personnes en moururent.

Au moyen âge ce contact démoniaque était désiré ou abhorré.

Désiré parles sorciers et sorcières qui se rendaient au sabbat pour y commettre mille crimes imaginaires, dont le moindre était le péché charnel.

Désiré par certaines religieuses hystériques et nymphomanes, comme cette Marie de Sains, faite

religieuse contre son gré : « Je suis sorcière, magicienne, la plus misérable des créatures, disait-elle, j'ai commis des sacrilèges sans nombre, j'ai eu commerce avec les démons, j'ai fait tout le mal qui se peut commettre ici-bas. »

Elle fut condamnée à la prison perpétuelle.

Le châtiment était souvent plus grave, on brûlait les coupables.

En 1459, dans l'Artois, plusieurs furent brûlés pour commerce intime avec les sorciers.

En 1484, dans la Prusse rhénane, on brûla quarante-cinq femmes accusées d'avoir eu commerce intime avec les démons et égorgé des enfants dans des assemblées de sorcières.

Saint Bernard fut plus clément ; ses historiographes nous le représentent anathématisant à Nantes un esprit fornicateur qui possédait une malheureuse femme. Il exposa publiquement au jubé les attentats inouïs de ce démon, puis lui défendit, par autorité du Christ, d'approcher cette femme ou toute autre. Tous les cierges sacrés furent alors éteints et la puissance de ce diable s'éteignit de même ; la malheureuse depuis ne fut plus inquiétée.

La possession charnelle n'était donc pas toujours désirée. Les incubes se faisaient un malin plaisir de commercer avec les femmes jusque dans le lit conjugal et de venir tourmenter les nonnes. Comme nous l'avons vu, celles-ci pouvaient voir en leurs rêves un autre que le diable,' un homme auquel elles avaient pensé. Elles le désignaient comme coupable, et on le brûlait comme sorcier.

Avec cet ensemble de faits, on s'explique aisément les légendes anciennes : Dieux comme démons descendaient sur terre et possédaient de simples mortelles. De cet accouplement sortaient des demidieux, des héros qui remplissaient la terre de leurs exploits. La mère avait vu le Dieu en rêve, elle avait senti son approche; à une époque de crédulité, il en fallait bien moins pour se tromper sur la paternité.

Cette idée se retrouve dans la religion indoue : Krichna fut conçu sans péché dans le ventre de sa mère, Devânaguy, par l'opération de l'Esprit qui lui apparut sous les traits de Vischnou.

Le rapport avec la doctrine chrétienne est si frappant que certains, entre autres Renan, pensèrent que cette dernière avait été inventée à Alexandrie où seraient parvenues les idées brahmiques. D'autres, avec de Laouennan, évêque de Pondichéry, croient que la conception indoue est une copie récente du christianisme.

De nos jours, dans nos pays même, de pareilles croyances peuvent prendre naissance. Ainsi les béguins de Saint-Etienne affirment que l'enfant issu du mariage d'une servante avec leur prophète Claude Bonjour était en réalité le Saint-Esprit incarné. Cette servante s'était prétendue enceinte quatre mois avant son mariage, par opération divine (36).

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