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CHAPITRE XII

Thérapeutique hypnotique.

Si la foi châtie, elle peut également guérir. Les miracles de cette nature ont existé dans toutes les religions. Bien que niés par les incroyants, ils ne peuvent être mis en doute. Mais ils trouvent leur naturelle explication clans l'hypnotisme.

Paracelse le premier (48), au xve siècle, avait reconnu que les amulettes guérissaient par suggestion. Vraies ou fausses, l'effet est le même, si on y croit.

« Les guérisons attribuées à certaines reliques sont l'effet de l'imagination et de la confiance. Les méchants et les philosophes savent que si, à la place des ossements d'un saint, on mettait ceux de tout autre squelette, les malades n'en seraient pas moins rendus à la santé, s'ils croyaient approcher de véritables reliques. »

Mais cette pensée ne se répandit guère; pour l'imposer, il fallut que la suggestion devînt courante en thérapeutique.

En tout temps, on a vu des hypnotiseurs attirer la foule par leurs guérisons. Citons parmi les plus con-

nus : le zouave Jacob, le prêtre allemand Gassner, le prince abbé de Hohenlohe, le père Mathew, etc.,

Fie. 29.

Le miracle de saint Nil, fresque du Dominiquin dans le couvent de Grolta Ferrata *.

sans compter tous ces paysans toucheurs qui rappellent l'ancien toucher du roi.

1 Le jeune possédé peint par le Dominiquin ne se débat pas. Un homme seul le soutient par derrière pour l'empêcher de tomber plutôt que pour le contenir ; il n'en présente pas moins tous les caractères de la « grande attaque » sous le mode qui paraît être le plus fréquent chez les jeunes garçons. C'est l'attitude que nous avons désignée sous le nom « d'arc de cercle ». Tout le tronc rigide est courbé en arrière, les membres

Actuellement encore, il n'est bruit (62) que de guérisons miraculeuses qu'accomplissent des illuminés et des enthousiastes. Tel ce Schlatter, le thaumaturge du Colorado, qui, ces dernières années, guérissait boiteux, aveugles, et sourds, aux Etats- Unis. Il imposait les mains ou bénissait les gants que devait porter le croyant. Né en Alsace en 18oh\ Schlatter arriva un jour en Amérique, y fit tous les métiers et se réveilla un beau matin saint homme. Tête découverte, pieds nus, il parcourait les vastes États américains et se disait envoyé du ciel.

Il prêchait l'amour de Dieu et la paix des âmes. Son costume extravagant, ses pieds nus, ses cheveux longs, qui encadraient d'une façon étrange son visage rayonnant de véritable illuminé, attirent les foules autour de lui.

On le met en prison, puis dans une maison de fous. Il en sort plus imposant que jamais. En septembre 1895, nous dit M. Jean Finot (Revue des Bévues, 1er mars 1896), il se fixe à Denver où M. Fox, échevinde la ville, qu'il guérit d'une surdité rebelle, devient son hôte et son apôtre.

Là commence le triomphal succès de Schlatter.

inférieurs contractures dans l'extension ne reposent que sur les gros orteils ; on remarque en outre un léger degré de rotation, en dedans ; la tète elle-même, légèrement tournée de côté, paraît ramenée de force en avant par l'aide.

La convulsion a envahi aussi la face, les yeux sont convulsés en haut, et la bouche est ouverte . L'introduction de l'index de l'exorciste dans la bouche nous permet de supposer que la mâchoire inférieure est immobilisée en cette situation par la contracture. (Charcot et Richer, Les Démoniaques dans l'art.)

Les reporters, les journaux, les affiches sont à sa dévotion. Il guérit au moyen de gants qu'il distribue deux fois par jour. De toutes parts, des gants furent expédiés. Il en pleuvait dans l'hospitalière demeure de M. Fox, et si Schlatter n'avait pas été plein de dédain pour les biens de ce monde, il eût pu s'en faire une fortune. On accourait de tous les points du Nouveau Monde ; des trains spéciaux, de véritables pèlerinages, amenaient à Denver des cohortes d'estropiés, d'infirmes, d'incurables, assoiffés de guérison. Les gares étaient bondées, les hôtels regorgeaient de malades.

Au milieu de son triomphe. Schlatter disparut trouvant sa mission finie. Il obéit probablement à une impulsion irrésistible de vagabondage comme en ont les neurasthéniques. Depuis on ne l'a point revu.

Plus près de nous, dans les Cévennes. M. Vignes guérit au nom de Dieu. On vient dans son village perdu de Viala, de tous les coins de la Suisse allemande1.

Liébault (49), de Nancy, le premier, en 1860,

1 Vignes, à l'âge de douze ans, aurait entendu une voix intérieure, hallucination imprécise, lui disant de prier pour sa mère mourante. Il pria : sa mère fut guérie. Depuis lors, il a toujours eu recours à la prière dans les circonstances difficiles de la vie, et, chaque fois, il a eu le bonheur de voir ses vœux exaucés.

Depuis qu'on vient implorer son intervention pour la cure des maladies de toutes sortes, le ciel est cependant resté plus d'une fois sourd à ses supplications ; mais Vignes ne s'en étonne pas outre mesure. A certain cul-de-jatte qui s'obstinait à ne pas marcher malgré une fervente oraison : « Tu ne crois pas. lui

essaya la thérapeutique suggestive suivant des procédés scientifiques.

Tous les médecins admettent actuellement son efficacité dans les manifestations hystériques : accès, paralysies, contractures; dans certaines manies : morphinomanie, alcoolisme, onanisme, anomalies de l'instinct génital, insomnie, incontinence d'urine.

En 1893, Charcot montra le rôle de l'hypnotisme dans la genèse des miracles. Et même, par prudence, il fit paraître son travail dans un journal anglais (48). Il indiquait comment la suggestion s'empare du pèlerin.

« Un malade entend parler de guérisons miraculeuses. Il interroge ses amis, demande des détails. Les encouragements lui parviennent de tous côtés. La cure miraculeuse est dès lors commencée. La conception du projet, sa préparation, le pèlerinage lui-même, deviennent une idée fixe. Dans ces conditions, l'esprit n'est pas long à prendre barre sur le corps. Quand, après la fatigue d'un long voyage, les patients arrivent au lieu du pèlerinage, ils se troudit sévèrement le vieillard : comment veux-tu que je te guérisse ? »

Vignes est taciturne, peu expansif, et se complaît dans son obscurité. Il n'a rien des prophètes enthousiastes, ni des illuminés tapageurs aux discours pompeux, aux gestes dramatiques, que transportent les acclamations des foules et qu'enivre l'éclat des apothéoses. Le vieil huguenot reste confiné dans un mysticisme mélancolique où il puise tous les éléments de son pouvoir curateur. C'est dans les psaumes qu'il a appris sa thérapeutique et c'est par des sentences litaniques qu'il guérit ; (Henry Meige. Journal des connaissances médicales. Avril-mai 1896.)

vent dans un état d'esprit éminemment susceptible de suggestion. Si l'esprit du malade, dit Barwell, est dominé par cette idée qu'une cure va s'opérer en lui, la cure est opérée par cela môme... Un dernier effort, une immersion dans la piscine, une fervente prière aidée par l'extase que produit la solennité du rite, et la cure miraculeuse devient un fait accompli. »

Aussi la suggestion religieuse est souvent plus forte que tous les hypnotismes médicaux. Des malades, regardés par les médecins comme incurables, ont parfaitement guéri dans un pèlerinage.

L'ataxie, la sclérose en plaques, les maladies nerveuses sont améliorables par suggestion.

Mieux encore, LloydTuckey (50) aurait pu diminuer les symptômes consécutifs aune maladie organique du cœur. Liébault aurait même utilisé avec succès l'hypnotisme, dans la paralysie consécutive à l'apoplexie organique : il semble qu'au bout de quelque temps, il suffise parfois d'un choc pour rétablir le mouvement, la lésion étant cicatrisée. D'où le succès de l'électrisation, de la métallothérapie et de l'hypnotisme.

Les partisans de l'hypnotisme vont plus loin, et prétendent guérir non seulement les manifestations de l'hystérie, mais encore certaines maladies organiques.

L'hypnotisme n'a pas seulement une influence psychique. Il agit sur les nerfs vaso-moteurs et guérit la diarrhée, la constipation, l'aménorrée, la ménorragie. Sans doute l'hypnotisme ne peut remédier à

la destruction d'un tissu ; mais si cette destruction se complique de troubles nerveux purement fonctionnels, en faisant disparaître ces derniers, il améliorera beaucoup la situation.

Où s'arrête le pouvoir hypnotique? Ne peut-il avoir une action sur les plaies, hâter leur guérison ? On tend aujourd'hui à le croire. On s'expliquerait ainsi bien des faits qui sont encore des points d'interrogation.

Des tumeurs du sein ont été miraculeusement guéries . Mais étaient-ce des tumeurs cancéreuses ? Pour Charcot, les tumeurs et les ulcères guéris par suggestion seraient dus à l'hystérie.

Celle-ci donnerait de la congestion du sein avec douleur, augmentation du volume de l'organe, ulcération. Le médecin se trompe, ampute, et l'examen au microscope montre qu'il n'y avait point tumeur (55).

En 1707, une nommée Anne d'Augier fut atteinte de paralysie et de cancer suppuré. Elle guérit subitement en 1725, sur le tombeau du diacre Paris. Une demoiselle Coirris guérit de même en 1731 d'un cancer qu'elle portait au sein gauche.

L'influence nerveuse irait plus loin encore.

M. Kogevnikoff vient (51) de publier un cas miraculeux de guérison de sycosis parasitaire l.

Le malade, professeur à l'Université de Moscou, s'était en vain pendantneuf mois, adressé auxdermatologistes les plus éminents. Il se décida à se rendre à

1 Maladie de la barbe consistant en présence de petits boutons suppures à la racine de chaque poil.

l'église avec une femme qui se mit à prier pour lui.

La prière à voix basse dura trois ou quatre minutes. Il y eut séance matin et soir. Après la deuxième, la tuméfaction commença à diminuer, les boutons à tarir. Le lendemain la suppuration était arrêtée. Le troisième jour, le malade était guéri.

Pourtant il existait des staphylocoques, dans les boutons suppures, à la racine des poils. L'auteur admet donc que dans certains cas la pénétration de ces microbes se fait en dehors de toute lésion cutanée sous l'influence d'une prédisposition du système nerveux ; car ils se trouvent à l'état normal sur la peau des sujets même tout à fait sains.

On rapprochera de ce fait l'efficacité de la suggestion contre les verrues. Le Dr Bonjour les guérit (51) à l'état de veille, en bandant les yeux du malade et faisant semblant d'y faire quelque chose. Delbeuf (de Liège) a vu aussi signer (c'est le mot consacré) les verrues avec succès.

Le miracle du sieur Hanquet n'est pas moins extraordinaire. C'était un Belge de Liège que le D' Davreux soigna pour une myélite avec incontinence d'urine et des matières fécales ; l'eau de Lourdes le guérit subitement.

Henri Lasserre, dans son livre sur Lourdes, plein de bonne foi, raconte parmi de nombreuses guérisons de paralysie, contracture, douleurs hystériques, quelques-unes remarquables entre toutes.

Un menuisier, Macary, de Lavaur, était affligé de varices depuis vingt ans. Il fut guéri en une nuit par application d'eau de Lourdes. A la place des paquets

variqueux, il n'y avait plus que des cordons petits, durs, roulant sous le doigt.

La suggestion peut réussir à l'état de veille, sans même grande tension d'esprit, par action inconsciente. Elle agirait môme, d'après Liébault, chez de tout jeunes enfants (49) dès l'âge de six à douze mois. Cet auteur guérissait par l'eau magnétisée la diarrhée infantile; mais il nota que la guérison s'opérait aussi par l'eau simple, ce qui prouvait l'influence suggestive.

On commence à entrevoir le rôle immense de la suggestion sur l'organisme. Grâce .à ces études, il est aujourd'hui possible d'examiner à ce nouveau point de vue les miracles que rapporte l'histoire et ceux qu'on enregistre encore chaque jour dans les nombreux sanctuaires.

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