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CHAPITRE XIII

Hypnotisme et miracles.

Fig. 30. — Gravure du xvme siècle.

Marie-Aune Couronneau, dont tout le côté gauche était paralysé, va à Saint -Médard le 13 juin 1.731 soutenue sur deux béquilles. On voit nettement sur cette figure une contracture hystérique du pied.

Si on parcourt l'histoire, on trouve maints exemples de guérisons miraculeuses. L'histoire ancienne nous révèle même les pratiques auxquelles on se livrait pour provoquer la suggestion curative. Un papyrus découvert clans les ruines de Thèbes par Ebers, donne des formules d'incantation : « Pose ta main sur lai pour calmer la douleur, et dis que la douleur s'en aille. »

Dans les cas graves, on recourait à l'attouchement avec le bâton céleste, petite baguette de bois , longue de quelques centimètres, char-

gée d'inscriptions magiques d'une puissance extrême, contre lesquelles les esprits les plus rebelles n'auraient su lutter.

En Grèce, le temple d'Epidaure, desservi par les Asclépiades, fut bâti sur un lieu sanctifié parmi prodige authentique. Un petit berger avait tu de ses

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Jésus-Christ .

propres yeux, dans un nimbe de lumière, le fds d'Apollon, Asclépias, allaité par une chèvre. Avant de laisser entrer les malades dans le temple, les prêtres les soumettaient à une diète sévère de plusieurs jours, à des bains fréquents et prolongés.

Des stèles déposées par les guéris certifiaient le miracle. M. Kavadias en a retrouvé un grand nombre (54).

Chez les Israélites, le miracle affirmait la nature prophétique. De tous temps les prophètes furent guérisseurs. Il est surtout intéressant d'examiner ce rôle dans la vie de Jésus-Christ; nous y trouvons des récits circonstanciés de miracles qui montrent bien quelles conditions y présidaient.

Ces miracles ont laissé longtemps hésitants les esprits critiques, même ceux qui admettaient la véracité des récits de la Bible. Renan, par exemple, dans sa Vie de Jésus, n'a pu comprendre la part de vérité qui existait dans ces récits (52).

Pourtant on constate dans les détails mêmes des miracles de la Bible, la bonne foi de ceux qui l'écrivirent. En effet nous trouvons indiqués dans les Testaments les facteurs nécessaires à la production du miracle.

Il faut :

1° Que le miraculé ait la foi.

Il est bien évident que les incrédules ne peuvent être l'objet d'un miracle. Ce point avait déjà été noté dans la Bible. Dans l'Évangile selon saint Mathieu, chapitre xm, nous lisons :•« Il ne fit pas là beaucoup de miracles à cause de leur incrédulité. » Ce que les commentateurs de la Bible expliquent par ce fait qu'il ne voulut pas faire de miracles pour les punir. Mais l'Évangile selon saint Marc (chap. vi) contredit cette assertion. Car il dit qu' « il ne put faire là aucun miracle, si ce n'est qu'il guérit quelques malades en leur imposant les mains. Et il s'étonnait de leur incrédulité. »

Les hypnotiseurs savent bien qu'il est nécessaire

que le sujet croie en eux; aussi ne négligent-ils rien pour lui persuader qu'il devra nécessairement succomber dans la lutte hypnotique. C'est ce qui explique pourquoi on ne peut endormir certaines hystériques pourtant très suggestionnables: c'est qu'elles s'en défendent.

2° Que l'opérateur ait la foi.

Cette condition paraîtra moins indispensable que la précédente, elle est pourtant bien réelle. Si l'opérateur doute de sa puissance, il n'aura pas pour suggestionner cette certitude dans la parole, cette sincérité de l'accent, cette assurance du regard si nécessaires. C'est ce qui explique la faiblesse de certains médecins débutant clans cet art, et comment d'autres n'y parviennent jamais.

Ce fait avait été également signalé dans les Evangiles. Jésus-Christ avait chassé le démon du corps d'un possédé, alors que ses apôtres n'y avaient pu réussir. « Pourquoi n'avons-nous pu le chasser, demandèrent-ils? — A cause de votre incrédulité, » et il leur conseilla dé jeûner et de prier, ajoutant qu'avec la foi, on soulevait des montagnes (chap. xvn, saint Mathieu).

Aujourd'hui les catholiques ne cherchent pas à expliquer la genèse des miracles. Ils croient au miracle s'il se produit une contravention aux lois de la nature.

Telle n'était pas l'opinion de ceux qui écrivirent le Nouveau Testament.

Pour eux les malades étaient possédés par un double, un esprit, un démon et parfois même par

une légion. Jésus conversait avec ces démons et les chassait. 11 pouvait les faire entrer dans le corps d'autres animaux, tel un troupeau de porcs qui fut ainsi possédé.

Ces miracles n'étaient évidemment pas faits pour déplaire au peuple. Mais on tend trop à s'imaginer qu'il y voyait nécessairement une preuve de divinité. C'est qu'en effet il devait exister à cette époque de nombreux hypnotiseurs qui chassaient les doubles et faisaient concurrence au Christ. La Bible nous conserve la mémoire d'un d'entre eux (Evangile selon saint Marc, chap. ix) : « Nous avons vu quelqu'un, dirent les apôtres à Jésus, qui chassait les démons en votre nom et qui ne vous suit pas et nous l'en avons empêché. »

Bien loin d'adorer Jésus après qu'il eut chassé les esprits impurs dans le corps des porcs, les gens du pays le prièrent de partir. Ils le prenaient en effet pour un sorcier et craignaient d'être envoûtés.

Et comme les prêtres juifs accusaient Jésus de chasser les démons au nom de Belzébuth, Jésus répondit : « Si c'est au nom de Belzébuth que je chasse les démons, au nom de qui vos enfants les chassent-ils donc? » Il reconnaissait ainsi que d'autres que lui avaient ce pouvoir.

Enfin nous voyons les Juifs discuter la question de savoir s'il est permis de guérir le jour de sabbat. Ils ne voyaient donc là qu'un travail, et n'auraient pas eu cette idée s'ils l'avaient regardé 'comme un miracle dans le sens où nous le prenons aujourd'hui.

Au reste Jésus témoignait d'une sincérité et d'une

bonne foi absolument exceptionnelle chez un thaumaturge et qui doit le faire admirer même de nos jours, en dehors de toute idée religieuse. Comme on

l'appelait auprès d'une jeune fille qu'on croyait morte : « Elle dort simplement. > dit-il, et il la réveilla, diminuant ainsi de beaucoup la portée de son miracle (chap. ix, saint Mathieu).'

Ces récits de miracles dont les détails apparaissent aujourd'hui à la science si vrais, permettent d'affirmer à nouveau l'authenticité des Evangiles, ou tout au moins saint Mathieu, saint Marc et saint Luc, alors qu'ils sont regardés par certains comme une preuve de leur fausseté. Si ces documents étaient apocryphes, nous ne retrouverions pas cette bonne foi et cette véracité, dans les détails de faits qui jusqu'à ces dernières années paraissaient inexplicables. Cette constatation n'est pas oiseuse, car on sait qu'il existe une école qui nie l'authenticité des Evangiles et même l'existence de Jésus. La science nous permet aujourd'hui de faire justice des opinions passionnées de quelque côté qu'elles viennent.

Après la mort de Jésus, les thaumaturges furent toujours nombreux. L'histoire nous a transmis le nom de quelques-uns, Apollonius de Tyane, Simon le Magicien, parmi les plus célèbres.

Simon le Magicien ne fut pas toujours heureux. Un jour devant Xéron, il essaya de s'élever dans les airs, mais il retomba et se cassa les jambes.

Apollonius de Tyane. qui vécut au premier siècle de l'ère chrétienne, apprit à l'école des Brahmes et eut une foule de disciples 53).

IlYPNOTISME, RELIGION lot

Laissant croître ses cheveux, marchant pieds nus, vêtu d'une toile, il donna ses biens à son frère et aux pauvres, voyagea, prêcha et guérit.

Il voyait à distance, ressuscita une jeune fille qui était morte et qu'on portait au cimetière. Un jour, il faisait à Athènes une conférence. Un jeune débauché se met à rire. Le conférencier regardant son auditeur, lui dit : « Ce n'est pas de toi que vient ce rire, mais du démon qui te possède à ton insu. » Sous le regard d'Apollonius, le démon, plein de crainte et de fureur, se prit à crier comme les malheureux qu'on torture, jurant qu'il voulait sortir et promettant ne plus rentrer en corps humain. Comme signe de départ, on convient qu'il renversera une statue du portique royal. La statue est renversée ; au même moment , le jeune homme semble se réveiller, se frotte les yeux, regarde le soleil, rougit de se voir l'objet de la curiosité de tant de monde.

Les apôtres chrétiens employaient également les miracles pour convertir. Ils les accomplissaient au nom du Christ. Les Evangiles nous content les suivants :

Peu de temps après la mort de Jésus, à la porte du Temple, Pierre et Jean rencontrèrent un mendiant, boiteux de naissance. Pierre lui dit : « Regarde-nous, je ne possède ni or ni argent, mais ce que j'ai, je te le donne. Lève-toi, au nom de Jésus de Nazareth et marche. » Aussitôt le boiteux se leva, ses pieds s'af-

fermirenl et il entra avec eux dans le Temple pour louer le Seigneur.

Par la suite, la réputation de Pierre s'accrut. On apportait les malades dans les rues sur son passage

Fig. 32. — Sainte Catherine de Sienne délivre une possédée. Gravure extraite d'une suite relative à la vie de sainte Catherine et exécutée d'après les dessins de Francesco Vanni.

afin que son ombre en couvrit au moins quelquesuns et les délivrât de leurs douleurs. Pierre vit un jour dans la ville de Lydde un paralytique "nommé Enée qui, depuis huit ans, était au lit : « Levez-vous, lui dit-il, le Seigneur Jésus vous guérit. » Et le paralytique se leva. Tous ceux qui demeuraient à Lydde et àSarone virent cette guérison et se convertirent.

HYPNOTISME, RE.iGION 153

Il ressuscita môme une morte. Il lit sortir tout le monde de la chambre mortuaire et se mit à genoux en prières. Puis se tournant vers le corps : « Tabithe, dit-il, levez-vous. » A ces paroles, la morte se leva sur son lit.

La multitude accourait des villes voisines à Jérusalem , amenant les possédés du démon, et tous étaient guéris.

Les autres apôtres guérissaient aussi, surtout les boiteux et paralytiques, et chassaient les esprits impurs ; car ces Fig 33 Saiut p^Hp^ de Nérj délivrant

trois ^enreS de une possédée. Groupe dans une fresque de André

„ . -, del Sarte, clans le cloilre de l'Annunziata, à

gUeriSOUS SOnt le Florence '.

plus souvent notés

dans les actes. Une histoire curieuse montre bien

les idées de l'époque. Paul et Barnabe firent un jour

1 Nous ne saurions rien concevoir de plus conforme à la réalité que cette figure de démoniaque créée par André del Sarte. Nous reconnaissons à des signes non douteux que' le peintre a puisé dans la nature même les éléments de sa composition : il a peint une possédée telle qu'il Ta eue vraisemblablement sous les yeux.

Nous retrouvons là en effet plusieurs caractères de l'attaque de grande hystérie à son début. Il semble que le moment choisi par le peintre soit celui qui inaugure l'attaque et précède les grandes convulsions.

Saisie par son mal, la jeune femme tombe à la renverse et

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marcher à Lystre un homme perclus dès le sein de sa mère. Le peuple, témoin de cette guérison merveilleuse, disait : « Ce sont des Dieux sous forme humaine. » Il appelait Barnabe Jupiter, et Paul Mercure, parce que celui-là portait toujours la parole. Le grand prêtre du temple de Jupiter voulut leur offrir des couronnes et immoler des taureaux devant la porte de leur maison.

Une fois établie, l'Eglise eut constamment recours aux miracles. Saint Martin à Tours, saint Germain à Auxerre, saint Loup à Troyes luttèrent contre l'arianisme par des miracles.

Les rois de France guérissaient les écrouelles par attouchement. Saint Louis fut à ce titre un des plus célèbres.

Plus tard, les saints et les personnages religieux du Moyen Age et de la Renaissance guérirent comme leurs prédécesseurs des premiers temps du christianisme. La preuve de la nature hystérique de ces guérisons nous est fournie par les tableaux mêmes, qui furent peints pour en perpétuer le souvenir. Charcot, Richer (68), Henry Meige (70), ont pu, par une étude patiente, en recueillir d'innombrables exemples dans

la rigidité a déjà envahi tout le corps. Cette chute n'a rien du laisser-aller avec flaccidité musculaire de la syncope ou de l'évanouissement, ainsi que le pensait Ch. Blanc. Ou sent que ce corps ainsi courbé en arrière est raidi des pieds à la tète. Les membres inférieurs légèrement fléchis, sont contractures, ainsi que le témoignent les pieds convulsés à la pointe en dedans. La tète, fortement renversée, fait saillir le cou gonflé, et toute la face bouffie et turgescente trahit l'arrêt apporté à la respiration par le spasme généralisé (Charcot et Richer).

les œuvres d'art : tableaux, sculptures, tapisseries, plaques d'ivoire, etc.

Les œuvres de maîtres tels que le Dominiquin, André del Sarte, Rubens, etc., portent les preuves d'une scrupuleuse observation de la nature. Les contractures, les paralysies qu'offrent les miraculés sont incontestablement hystériques.

Elles sont reproduites avec un caractère de précision tel que l'imagination ne saurait les avoir inventées.

1 Nous ne saurions trop insister sur les remarquables travaux de ces auteurs qui ouvrent une voie nouvelle à la critique d'art. Ils sont remontés dans cette recherche aux représentations les plus anciennes des Ve et vie siècles. A cette époque d'art fruste, la figure du démoniaque est encore toute de convention et de fantaisie. Quand l'art se perfectionne par l'étude attentive de la nature, ces figures revêtent des caractères puisés dans la réalité et il est facile de les reconnaître comme hystériques.

Les écoles italienne et flamande sont celles qui fournissent les documents les plus précieux. En Espagne au contraire on ne possède guère de représentations de possédés, mais, par contre, aucune n'est plus riche en extatiques.

Les estampes fournissent de nombreuses représentations de guérisons de possédés et d'hystériques. Mais les signes n'en sont pas nets ; ce ne sont le plus souvent que des agités sans caractère.

Ce sont les œuvres des grands maîtres qui fournissent les meilleures représentations. Seule l'observation minutieuse de la nature leur a permis de saisir et de fixer la forme caractéristique de ces convulsions qui semblent à cette époque hors de toute règle et de toute logique. Ce n'est pas une des moindres preuves de la perspicacité et de la sincérité de l'artiste que ce diagnostic rétrospectif d'une affection alors méconnue.

Quelques artistes pourtant, parmi lesquels Raphaël, ont 'peint des démoniaques sans caractères réels, et tirés purement de leur imagination.

Tantôt, les possédés forment arc de cercle, la tète renversée en arrière, le cou gonflé, les yeux convulsés, la bouche ouverte, les cheveux épars. D'autres fois, les doigts sont crispés sur la paume, comprimés par le pouce qui passe au-dessus d'eux, F avant-bras demi-fléchi et tordu clans la pronation forcée, absolument comme dans l'attaque hystérique (68).

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