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CHAPITRE XVIII

Le fluide magnétique. — L'hypnotisme chez les animaux. — Médiums. — Devincurs de pensée. — Sorciers. — Don des langues. — Ecriture médiumique. — Table tournante.

Les magnétiseurs ont cru longtemps que l'hypnotisme était dû à un fluide particulier, mystérieux, inexplicable. Ils le déversaient par les yeux qui fixent, par les mains qui font des passes.

Fisr. 43.

Mais aujourd'hui Y hypnotisme rentre dans la suggestion et constitue à ce titre un chapitre de psychologie des plus intéressants, car l'hypnotisme existe dans tout le règne animal et peut être produit par des objets brillants qui bien manifestement ne possèdent aucun fluide.

222 HYPNOTISME, RELTGION

Nous avons vu la léthargie exister physiologiquement chez les animaux. Il en est de même de la catalepsie qu'amène la fascination.

Le miroir à alouettes, employé par le docteur Luys chez l'homme, fascine les oiseaux. Les chiens d'arrêt fascinent les animaux. De même les serpents fascinent leur proie. J. le Comte en cite un exemple incontestable : il tua une vipère en train de fasciner et nota que sa pupille, au lieu d'être ovale et gris bleuâtre, comme chez les autres vipères de son espèce, était noir brillant et arrondie, malgré le grand soleil qui aurait dû la faire se contracter (70).

L'hypnotisme des poules a été étudié dès 1646 par le père Kircher. 11 liait les pattes de l'animal et le maintenait quelques instants immobile devant une ligne tracée à la craie (fîg. 43).

En 1872, Czermak reprit ces expériences, hypnotisa un coq sans ligature et sans ligne de craie, en le maintenant la tête sous l'aile et en lui faisant décrire ainsi quelques cercles ; il fit de même pour des moineaux, pigeons, lapins, salamandres, écrevisses.

Pfluger attribue ces phénomènes à la frayeur.

Ces expériences sont faciles à faire sur la grenouille et le cobaye. En tenant, dit M. Heubel, une grenouille entre les doigts, le pouce sur le ventre et les quatre doigts sur le clos sans la serrer, au bout de deux ou trois minutes, l'animal devient immobile. On peut l'étendre sur le dos et lui communiquer les mouvements les plus bizarres (71).

M. Danilevski (de Karkoff) (72) a obtenu l'hypnose chez les animaux les plus variés : poules, cobayes,

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serpents, crocodiles, écrevisses, grenouilles. Il suffit d'immobiliser l'animal pendant un certain temps par une pression douce, après l'avoir mis dans une position anormale, sur le dos, par exemple.

Au bout de peu de temps, on voit survenir une anesthésie complète, la perte des mouvements volontaires et l'absence de réaction à l'occlusion des voies respiratoires. Chez la poule, l'anesthésie dure une demi-heure ; chez la langouste, vingt minutes; chez les autres animaux, dix à quinze minutes.

Ces pratiques sont d'usage courant chez nos paysans. Les fermières du pays de Caux, rapportent Binet et Féré (71), quand elles veulent mettre une poule du nid qu'elle couve dans un autre, lui placent la tête sous l'aile, et la balancent un certain nombre de fois jusqu'à ce qu'elle dorme. Puis on la place dans le nid qu'on lui destine ; elle oublie ses anciens œufs. On agit de même pour faire couver les poules rétives.

Joly rappelle (73) qu'un bruit subit, une lumière vive peuvent produire la fascination et même une attaque de catalepsie. Le tir du canon à Vincennes fait ainsi tomber les oiseaux des branches . Projetez une lumière vive sur des poissons, des écrevisses, des papillons, des oiseaux, des chauves-souris, et vous les verrez fascinés. La sensation de tact peut produire le même effet. En comprimant la tête d'un chien ou d'un serpent vous provoquez la catalepsie. De même, en saisissant un insecte, vous le voyez faire le mort, immobile. Aux Indes les jongleurs charment les serpents par les sons de la musique (fig. 44).

Bien que ce soit l'homme qui hypnotise les animaux, l'inverse peut se produire. Rauzier rapporte le fait d'un enfant suggestionné par un perroquet :

il le regardait fixement et exécutait sa pantomime.

Nous possédons des relations encore plus extraordinaires , qu'on mettrait en doute, n'était la probité scientifique connue des auteurs.

D'après Rauzier (74), les nègres de l'île Saint-Thomas (Antilles) fascinent les lézards avec un brin d'herbe enroulé en anneau, et réussissent à le passer à leur cou. Lui-même aurait réussi cette opération.

Il attribua ce fait à ce que l'herbe dans laquelle le lézard vit ne l'effraie pas, et le suggestionne.

Le docteur Rochard rappelle (75) le cas de la mouche cancrelat (Taïti). Elle va à la chasse des cancrelats dont elle fait sa nourriture. Elle les tire de leurs recoins, marchant à reculons et traînant par la tête une de ces énormes blattes, cinq fois plus grosse qu'elle , qui se laisse docilement mener, sans velléité de résistance. La mouche parfois quitte un instant sa proie pour explorer sa route et s'orienter. Quand elle a trouvé ses points de repère, elle re-

Fig. 44. — Charmeur de serpents (Inde).

vient prendre le cancrelat qui n'a pas plus bougé pendant son absence que ne bougerait un aveugle abandonné par son conducteur.

Le cancrelat n'est pourtant pas aveugle ; mais, sur un sujet l'auteur observa que ses immenses antennes, de 7 à 8 centimètres de longueur, avaient été coupées à moins d'un demi-pouce de la tête. Et cependant la section des antennes sur les cancrelats ne les empêche pas de se sauver. Il ne saurait non plus être question d'un empoisonnement produit par un venin qui paralyserait l'animal, puisque, dès le retour de la mouche, il marche auprès d'elle très librement et quasi volontairement.

S'appuyant sur les récentes études de Raspail, E. Caustier croit que le coucou suggestionne les autres oiseaux pour arriver à leur imposer ses œufs. Le coucou femelle ne choisit pas forcément, comme on disait, un nid dont les œufs ressemblent au sien ; si donc elle enlève un œuf du nid du moineau pour y mettre le sien, ce n'est point pour tromper le moineau, mais pour assurer la réussite de l'incubation, car l'œuf a besoin, pour éclore, d'une certaine quantité de chaleur. Le passereau rejette tout œuf qui n'est pas des siens. Mettez un œuf de coucou dans son nid, il le rejettera. Seuls les animaux domestiques dont l'instinct est émoussé, acceptent de couver tout œuf qui leur est confié.

Il y a donc une influence personnelle exercée par' le coucou sur l'oiseau : intimidation ou suggestion,

En effet, le coucou pendant toute la durée de l'incuba tion reste dans le voisinage du nid. Au moment

de l'éclosion, il brise les autres œufs ; seul son rejeton profite de la nourriture apportée par les parents adoptifs.

Les animaux ne sont pas seulement hypnotisables, mais ils peuvent offrir des manifestations hystériques comme l'homme : tremblements, convulsions, paralysies.

Un grain de plomb qui blesse à peine le gibier suffit à le faire tomber paralysé. Paul Arène (77), rapporte l'histoire d'un chat atteint de paralysie postérieure à la suite d'une chute, et qui guérit dans un bain froid.

Les délicates levrettes ont presque toutes un tremblement héréditaire ; de même la race des pigeons trembleurs.

Ces derniers se divisent en plusieurs sous-races qui présentent des symptômes différents. La sousrace des culbutants terriers indiens doit être secouée, puis posée à terre, pour commencer une série de culbutes. Elles ne cessent que lorsqu'on les relève et « qu'on leur souffle sur le museau, » dit Darwin (78). « Si on ne les relève pas, on prétend qu'ils continuent à se rouler à terre jusqu'à ce qu'ils meurent. » Ces convulsions hystériques se transmettentparhérédite. Elles ont apparu dans la race en l'an 1680 et ont été soigneusement perpétuées par sélection .

Dans une autre variété du nom de Kaleni Loton, les culbutes ne commencent que lorsqu'on touche le cou avec une baguette.

Par une amélioration de la sous-race des terriers indiens, on a créé les « culbutants ordinaires » quij

eux, n'ont besoin ni d'une secousse, ni du contact d'une baguette : dès qu'ils commencent à voler, ils exécutent une série de culbutes, ordinairement vingt à trente, quelquefois même quarante à la minute. Ils commencent par faire un saut, puis deux, et arrivent à un roulement continu qui met fin à leur vol ; car ils atteignent le sol en se roulant. Darwin rapporte avoir vu un pigeon se tuer dans ces culbutes, et un autre se casser la jambe .

Cette infirmité ne se développe que peu à peu, à partir du moment où ils commencent à voler. Elle est d'abord légère, de sorte qu'à trois mois, ils peuvent voler encore malgré les culbutes. Mais à cinq ou six mois, le vol devient pénible, et dès la seconde année, ils y renoncent complètement.

Ce roulement est d'ailleurs involontaire, car on voit l'animal faire tous ses efforts pour voler directement ; mais il semble qu'une impulsion contraire le repousse en arrière alors qu'il lutte pour avancer.

Les petites souris japonaises tournent constant ment en circuit six à sept fois sur elles-mêmes.

Les chevaux peuvent être atteints de chorée hystérique. Anacker en a observé qui avaient des mouvements rythmiques latéraux de la tête et de l'encolure, en même temps que les membres postérieurs exécutaient une véritable danse.

Les chevaux sont rétifs, ont des tics, lèchent leur mangeoire, mordent les objets, jouent avec les billots des longes, déglutissent l'air. Héring a signalé des attaques de catalepsie chez le chien et le cheval,, et Leisering et Frohner chez le loup des prairies.

L'hypnotisme annihile donc la volonté chez les animaux comme chez l'homme et produitl'imitation. Chez les animaux tout se borne à l'imitation des actes. Mais l'homme possède un langage. Un mot, un son, un geste, des lettres, lui rappellent un acte qu'en état d'hypnotisme, il accomplitmachinalement, aveuglément.

Tout l'hypnotisme est là pour l'école de Nancy; et l'empire qu'on prend par suite sur le cerveau de l'hypnotisé suffit à expliquer les enthousiasmes irraisonnés, la foi des martyrs, les guérisons miraculeuses, etc.

Les partisans du mystérieux ont vu reculer les limites de l'incompris. Ils ne se sont pas tenus pour battus et ont réfugié leurs croyances en d'autres phénomènes plus obscurs, plus troublants encore.

Pour les enthousiastes, ces phénomènes se distinguent nettement de ceux de l'hypnotisme : la suggestion n'y est pour rien. Un fluide spécial, inconnu, comme l'était, il y a cent ans, l'électricité, produit

le MAGNÉTISME OU le SPIRITISME.

L'existence de ce fluide est affirmée par un grand nombre de savants et non des moindres : Crookes a fait à ce sujet des expériences restées célèbres, Lombroso a été convaincu, Liébeault si prudent, l'admet.

Il importe d'examiner ces manifestations dans leurs diverses modalités. Nous les passerons successivement en revue, affirmant quand la conclusion nous paraîtra devoir être affirmative, et ne craignant pas d'énoncer notre hésitation quand il y a doute.

Les réponses et les actes des médiums ou sujets hypnotisés paraissent tenir parfois du merveilleux, tant leur présence d'esprit est grande.

Le sujet, semble-t-il à qui le connaît, eût été incapable à l'état de veille, de manifester une telle intelligence.

C'est que chez ces sujets, l'état hypnotique excite le cerveau et les sens. L'oreille est plus fine, l'acuité visuelle plus grande, la mémoire se développe étonnamment.

Charcot faisait passer devant l'hypnotisé de nombreuses feuilles de papier toutes semblables, en lui suggérant qu'il existait un dessin sur l'une d'entre elles. On avait beau par la suite mélanger les papiers, le sujet retrouvait toujours celui indiqué et ne se trompait jamais. 11 le reconnaît à un petit défaut, à un rien, c'est de l'hyperacuité visuelle.

Cette hyperacuité des sens et de l'intelligence explique les réponses en apparence étonnantes des sujets. Il semble qu'en certains cas, ils puissent lire dans votre cerveau et faire la réponse attendue.

La cause en est dans une formule simple, bien connue aujourd'hui des psychologues : « toute pensée se traduit par un signe extérieur ».

La pensée, dans les actes habituels de la vie, se transmet par les manifestations qui lui sont adéquates. Un son, un mot, une image, au' besoin un geste, un signe, signifient telle ou telle pensée : ce sont instruments de communication indispensables aux hommes pour se comprendre ; ils constituent les moyens usités, banaux, de la transmission nor-

maie de la pensée. Or le signe extérieur d'une pensée peut être involontaire. Qui de nous ne s'est surpris à exécuter l'ébauche d'un mouvement auquel il pensait, à parler en pensant...

Bien plus, il est impossible d'avoir la représentation mentale d'un mot ou d'une lettre sans qu'il se passe un mouvement approprié dans les muscles qui servent à l'articulation de ce mot ou de cette lettre. L'expérience suivante de Cumberland qui a tant étonné, il y a peu d'années, reçoit ainsi une explication bien simple. On cache un objet. Le médium qui n'a pas vu où il est caché, se fait bander les yeux et prend la main de la personne qui l'a caché. Généralement le médium va droit à la cachette. Il faut,! pour que l'expérience réussisse, que celui qui a caché l'objet y pense fortement. Cette pensée provoque des tressaillements inconscients1 de la main d'autant plus

1 Les personnes peu au courant de la psychologie contemporaine pourront s'étonner du rôle que je fais jouer à l'inconscient. Mais de nombreux travaux, entre autres ceux de Janet ont montré l'importance énorme de ce facteur psychique non seulement dans les mouvements, mais encore dans les sensations, les pensées et dans la plupart des phénomènes hystériques.

Par exemple, quand les hystériques accusent de l'anesthésie, leur cerveau perçoit pourtant la sensation, mais elle est inconsciente. Rendez en effet une personne invisible à un sujet, cette personne pourra toucher, pincer, etc., le sujet sans que ce dernier s'en aperçoive. Mais le sujet endormi sur injonction se rappellera tout. Prenez dix cartons semblables, et suggérez à l'hystérique de n'en point voir un, mêlez-les et faites-les passer successivement devant ses yeux. Quand ce sera le tour du carton suggéré, il ne le verra point. Il faut bien pourtant qu'il le distingue des autres par quelques menus détails pour nier le voir. Biné, pour montrer que la sensation est perçue, pique un certain nombre de fois hors de la vue du sujet le membre

forts que Ton approche de l'objet, et qu'enregistrent très bien les instruments de précision.

Le rôle du découvreur se borne donc à interpréter ces tressaillements. Si le cacheur ne pense pas à l'objet, ces tressaillements ne se produisent pas, et on ne découvre rien.

L'expérience du pendule de Ghevreul a bien mis en évidence ces mouvements inconscients.

Certains observateurs avaient noté que, si l'on tient entre deux doigts un pendule composé d'un cube de métal suspendu à un fil, le pendule prend insensiblement des oscillations en forme de cercle. Celles-ci varient de sens suivant le métal au-dessus duquel on se place ; le sens étant toujours le même pour un métal donné. Ce mouvement part en réalité de la main même de l'expérimentateur inconscient.

anesthésié, et lui dit de penser à un chiffre, le chiffre correspond au nombre de piqûres faites !

Bien plus, la sensation inconsciente peut se fixer dans la mémoire, provoquer des associations d'idées et des actes. Ainsi on donne à un hypnotisé un ordre à exécuter au réveil. Eveillé, il ne se souvient de rien, on ne lui a pas dit comment il exécuterait cet ordre. Pourtant il prend ses dispositions pour l'accomplir, et à l'heure dite agit pour le mieux, se rend compte des difficultés et cherche à les éviter.

Le somnambule accomplit inconsciemment des actes très compliqués. Dans le sommeil notre cerveau travaille inconscient et ce travail peut être excellent. C'est en dormant qu'Hamilton trouva les quaternions.

Outre nos actes voulus, conscients, il existe une masse de pensées obscures qui peuvent amener des actes sans cause apparente. Derrière la scène de la vie et les acteurs qui jouent la pièce, il y a des coulisses animées par une foule inconnue dont nous voyons les résultats sans pouvoir appi'écier le mécanisme.

La pensée, le désir ou la curiosité de voir l'expérience réussir, sont la véritable cause de sa réussite. M. Chevreul fermant les yeux du sujet au moyen d'un bandeau arrêtait subitement le phénomène.

Une autre expérience conduisit à une erreur semblable. Grey observa que les corps légers suspendus par un fil tenu à la main, et attirés par un corps électrisé, exécutaient toujours leur mouvement d'occident en orient, c'est-à-dire de droite à gauche, comme les planètes circulant autour du soleil. Wehler ruina cette observation en montrant que rien ne se produisait plus quand on fixait le fil à un support fixe et inerte. Le désir de l'expérimentateur avait involontairement fait bouger sa main.

J'ai vu pratiquer dans le Midi une expérience psychique vulgaire à laquelle on croit fermement. Une personne dit involontairement son âge, si elle tient, entre le pouce et l'index, le fil d'un pendule dont le métal appuie sur un verre. Autant de coups frappés inconsciemment sur le verre, autant d'années a le sujet. L'expérience est infaillible, et l'on croit qu'elle est révélée par le pendule lui-même, alors que c'est le sujet qui l'a dit inconsciemment.

Si toutes les pensées se traduisent au dehors par des actes inconscients, ceux-ci, si faibles soient-ils, peuvent être perçus et compris par une personne hystérique, dont les sens sont hyperexcités, comme un sourd comprend la parole au simple remuement de la bouche, devine vos intentions aux moindres contractions de la face, au geste le plus atténué.

Ainsi se produit la suggestion mentale. Déjà Puységur parlant, d'un somnambule, disait : Je n'ai pas besoin de lui parler, je pense devant lui, il m'entend, me répond. Depuis, Liebeault, Gibert, Janet ontmontré la réalité de la suggestion mentale.

Deviner la pensée peut servir à confondre un coupable. Journellement nous employons ce procédé. Un entant est en faute, il nie et ment. « Mon petit doigt me le dira, » s'écrie-t-on, convaincu de l'efficacité du procédé ; l'enfant se trouble, le voilà dévoilé. Ou encore on lit dans ses yeux en le regardant fixemeni.

Cette perspicacité a été mise à profit dans les sociétés sauvages, c'est une des manières les plus usitées pour rendre la justice.

Quand un crime est commis là-bas, dans les sociétés à l'aurore, chez les Peaux noires et rouges, vite le chef assemble le peuple. Le devin se présente étrangement accoutré, bizarre, terrifiant, précédé par la terreur : car Dieu doit parler par sa bouche. Il se promène au milieu du peuple, va de-ci, de-là, fixant les uns, dévisageant les autres. Le sauvage est croyant, il craint d'être découvert, sa crainte se trahira par quelques vagues mouvements qu'il ne peut maîtriser. Le perspicace devin, personnage hystérique, les devine, il désigne le criminel. Et rien n'est plus juste que cette justice qui de loin nous paraît ridicule.

Nous avons vu tout récemment, à Paris, danser et chanter des prêtres dahoméens, couverts d'oripeaux rouges et de verroterie. Ce sont eux qui désignent les

coupables, président au jugement de Dieu .. punissent les femmes adultères, etc.

Pour exciter la crainte, le costume a une grande importance. Le sorcier batéké (Afrique) paraît dans l'assemblée, vêtu d'une longue robe de toile, que surmonte un masque, le masque des ancêtres. Au moyen d'un ingénieux appareil, il baisse ce fantôme, puis le redresse très haut, jusqu'à trois mètres, comme ferait un clown dans un cirque, dansant et tournoyant au milieu de l'anxiété.

Quel coupable croyant resterait froid devant ce justicier? (fig. 4o)f Ce qui se passe là-bas dans les pays étrangers, les temps écoulés l'ont vu aussi , et les auteurs anciens nous le rapportent.

Dans la Bible, Elisée guérit Naaman de la lèpre, se refusant à toute récompense. Le serviteur suivit Naaman et réclama la récompense , prétendant que son maître s'était ravisé. A peine de retour, Elisée devina la fraude et lui donna la lèpre de Naaman.

Judas ne se trahit-il pas aux yeux de Jésus, qui le

devina entre tous ses apôtres. « Est-ce moi, Maître ? »

réplique-t-il avec assurance à la plainte du Maître.

« Tu Tas dit, » répond Jésus.

Plotin possédait l'art divinatoire, nous rapporte

Fig. 45. — Déguise meut de sorcier batéké (Trocadéro.)

Porphyre. Il logeait chez lui une clame qui perdit un jour un collier. Plotin fit venir tous les serviteurs, et, après examen attentif, désignant l'un d'eux : « Voilà le voleur, » dit-il. Celui-ci nia longtemps, puis finit par avouer et rendit le collier.

Des récits étranges de divination se produisirent chez les Camisards révoltés contre Louis XIV. Jean Cavalierreconnaissait les traîtres. Sur ses indications, on découvrit une fois dans la manche du justaucorps d'un soldat, une lettre du lieutenant général qui l'excitait à l'assassiner. Un autre avait reçu de l'or dans le même but. Des pressentiments avertirent Cavalier qui n'en voulut pas tenir compte. Ces avertissements de l'Esprit revinrent et on entendit Cavalier murmurer : « Prends garde, mon enfant, si tu n'obéis pas à mes ordres, je t'abandonnerai. » L'homme fat fouillé, l'Esprit avait eu raison.

Comme le Christ, Cavalier, dînant un jour avec quelques gentilshommes, s'écria : « Je me sens tout contristé, un Judas m'a baisé aujourd'hui. » Un de ses hommes, Cléry, tombant en extase, dévoila un traître parmi les seigneurs qui dînaient : d'après ses indications, on retrouva le poison dans la tabatière et dans les manches du justaucorps de l'accusé.

Une autre fois, deux espions sont dévoilés au milieu d'une assemblée de cinq cents protestants par un crisiaque : on les force à avouer leur crime (63).

Brierre de Boismont raconte ce fait étrange. Deux associés pour affaires commerciales se promenaient un jour à New-York sur la jetée. L'un des deux eut un pressentiment subit ; il se jeta à la gorge de

l'autre, s'écriant : « Misérable, tu veux me jeter à la mer. » C'était vrai (17).

Ne doit-on pas rapprocher de ces faits, le sentiment instinctif de sympathie ou d'antipathie que certaines personnes éprouvent à première vue pour un individu, et qui, affirment-elles, les trompe rarement.

. Nos passions se reflètent sur notre visage en contractions légères des muscles expressifs. Une personne qui aborde avec des sentiments d'hostilité ou de défiance ou avec l'idée de tromper, porte ses desseins inscrits sur la figure.

Découvrir un coupable est moins difficile que découvrir une source. Nombreux sont les sourciers qui font métier d'indiquer où jaillira l'eau sous le choc du pic. D'autres fois, ils révèlent les mines et les trésors cachés.

Qu'y a-t-il de vrai dans ces histoires?

Cette pratique est fort ancienne. Depuis Moïse qui, en frappant le roc de sa baguette, fit jaillir une source clans le désert, elle a été cultivée chez les Grecs et les Latins, et, nous rapporte Cassiodore, un nommé Marcellus avait de son temps composé un ouvrage sur ce sujet.

Les sourciers existent nombreux et fort prisés en Savoie et en Dauphiné. Quand on vous montre le griffon de la source thermale d'Aix-les-Bains, on suit pour y parvenir un couloir long de 25 à 30 mètres, taillé à vif clans le roc, et on vous dit que c'est un sourcier qui a indiqué d'où venait l'eau.

Leurs indications sont donc parfois suivies de succès, mais ils peuvent se tromper, nous dit Gabriel de Mortillet, qui, lui aussi, a été sourcier dans sa jeunesse. Cette faculté peut se perdre momentanément, après un copieux repas ou un accès de passion vive, ou définitivement, après une maladie ou une suggestion, comme l'exorcisme que pratiquaient avec succès les prêtres sur certains de ces sourciers.

En tout cas, un point d'action bien constaté par un tourneur de baguette le sera par d'autres, venus de loin et ignorant complètement les expériences faites précédemment. Il y a donc là un phénomène réel à étudier.

Quelques sourciers, mais ils sont rares, prétendent voir l'eau à travers la terre. Telle cette femme de Lisbonne qui fut comblée de biens par le roi de Portugal et dont Aubin Gauthier rapporte l'histoire. Elle découvrait les sources, prétendait voir dans la terre, voir aussi dans le corps humain le sang circuler, la digestion se faire, etc., etc.

La plupart disent éprouver unesensation particulière. Très exceptionnellement elle est assez forte pour que la personne en ait directement conscience. Tel ce Paranque qui, né à Marseille en 1760, découvrait directement les sources et sans avoir besoin d'aucun accessoire.

En général, nous dit G. de fïortillet, le savant préhistoricien, ancien sourcier, les hydroscopes sont obligés d'avoir recours à un instrument, un pendule ou une baguette, qui, porté à la main, amplifie et

met en évidence le moindre tremblement du bras. C'est l'analogue du pendule de Chevreul. « Il consiste en une verge légèrement arquée que l'opérateur pose sur les deux index, aux points de séparation d'équilibre. Le moindre mouvement de rapprochement ou d'éloignement des doigts suffit pour déplacer le centre de gravité qui, passant successivement du centre de la baguette vers les bouts et des bouts vers le centre, fait naturellement tourner cette baguette. Mais la véritable baguette divinatoire se compose d'un point d'embranchement d'où partent deux branches à peu près égales formant angle, le moins ouvert possible. On empoigne de chaque main l'extrémité d'une des branches, et on la recourbe en arrière de manière qu'elle fasse ressort. Ces branches, arquées et recourbées, cherchent à reprendre leur direction droite, ce qui met leur point de jonction en mouvement. Pour agir, on établit un équilibre aussi instable que possible, afin qu'il puisse être rompu par la moindre secousse nerveuse qui met l'appareil en mouvement. Tels sont les principes du pendule et de la baguette. La nature du bois est indifférente. On choisit de préférence le coudrier, parce que les embranchements sont plus fréquents et les baguettes plus flexibles.

La baguette peut servir à d'autres fins qu'à décou= vrir des sources. On trouve ainsi les mines ; alors l'opérateur décide à l'avance de la manière dont la baguette doit tourner ; pour deviner la nature du métal, elle ne doit tourner que lorsqu'on approche d'elle le semblable du métal enfoui.

Enfin, certains l'ont employée avec succès pour découvrir les criminels. Ce fait est l'analogue de ceux cités plus haut, seule la baguette parle au lieu du devin. Un certain Jacques Aymar accusa ainsi de crime à la fin du xvn° siècle un certain bossu qui fit les aveux les plus complets et fut roué vif. Il avait peut-être avoué un crime imaginaire, car le même Jacques Aymar, amené à Paris, commit de nombreuses erreurs clans des recherches opérées devant un public moins crédule.

Inconscience et hyperacuité des sens suffisent à tout expliquer.

Il s'y joint parfois une excitation extraordinaire de la mémoire qui permet au sujet de retrouver d'anciens faits oubliés de tous, dont le rappel fait crier au miracle.

Le don des langues s'explique par cette hypermnésie de la mémoire.

On a vu des hystériques répondre en un latin qu'elles semblaient ignorer ou en un frauçais correct, alors que le patois était leur seul langage.

M. Azam nous rapporte le fait d'une jeune hystérique, paysanne ignorante, qui, pendant ses attaques, parlait un latin emprunté à son livre de messe, seul livre qu'elle eût lu en cette langue vers l'âge de douze ans.

D'autres fois ce rappel d'un langage oublié s'observe clans le délire de la folie. Un jeune homme dont parle Erasme^ s'exprimait couramment dans lalangue

allemande dont il n'avait qu'une faible teinture. Van Swieten cite le cas d'une couturière qui ne cessait de répéter des vers dans le délire de sa fièvre, bien qu'elle n'eût jamais manifesté la moindre disposition pour la poésie. Michéa, à Bicêtre, vit un garçon boucher débiter, dans un accès de folie, de longs passages de Phèdre qu'il n'avait pourtant lu qu'une fois et dont il ne put se rappeler un seul vers après l'accès. Goleridge raconte qu'une servante illettrée, devenue folle, répétait dans ses attaques des sentences grecques tirées d'un père de l'Église qu'elle avait accidentellement entendu lire par le pasteur chez qui elle servait.

Dans l'histoire des religions, pareils faits sont fréquents. Sans remonter aux apôtres qui, après la mort du Christ, parlèrent spontanément plusieurs langues, citons les prophètes cévenols et les dévots jansénistes. Bien qu'ignorants et illettrés, ils prononçaient dans leur extase de beaux discours et s'exprimaient en bon français, alors qu'à l'ordinaire, ils ne parlaient que patois.

La réponse aux questions ne s'exprime pas toujours par la parole, elle peut se traduire par l'écriture. Celle-ci est inconsciente et automatique comme le sont les mouvements et la parole de l'hypnotisé, c'est I'écriture médiumique que les inspirés prétendent être dictée par un esprit. De fait le médium entend la voix qui lui dicte. D'autres fois on a affaire à un visuel qui aperçoit les esprits et les décrit. Pures hallucinations.

L'écriture médiumique (81) fournit les mômes résultats que la parole de l'hypnotisé. Celui-ci, en parlant comme en écrivant, peut changer de personnalité, étant homme écrire comme une femme et vice versa. Certains écrivent dans une langue qu'on croyait ignorée d'eux.

Bien mieux, ils peuvent écrire en s'imaginant que c'est une personnalité différente de la leur, un esprit qui dicte. Le sujet est de bonne foi; en réalité son moi s'est dédoublé, une part agit et écrit inconsciemment, l'autre regarde faire étonnée. Seglas (93), en a cité un exemple typique chez une aliénée. L'esprit d'Allan Kardec lui dit un jour intérieurement : « Je veux que Mme P... écrive. » Elle prit un crayon, et sentit sa main comme saisie, s'en aller sans violence, écrivant des vers. Quand c'était fini, sa main s'arrêtait toute seule. Elle ne savait pas ce qu'elle écrivait autrement que par une voix intérieure guidant à son insu les mouvements de sa main. Quand elle relisait ce qu'elle avait écrit, elle était stupéfaite de voir que c'étaient des poésies qui lui semblaient admirables.

La preuve qu'il s'agit d'un phénomène purement pathologique, c'est que si ces sujets écrivent de la main gauche, ils écrivent à l'envers : les caractères sont retournés et il faut les voir à travers un miroir pour les lire. Cette écriture dite en miroir existe chez les hémiplégiques qui peuvent écrire de la main gauche. Elle n'est clone en rien spéciale aux médiums, et prouve au contraire que ces phénomènes rentrent dans ceux de l'hypnotisme.

Plus vulgarisée est l'interrogation des esprits au moyen de la table tournante. On se met à plusieurs autour d'une légère table, silencieux, graves, les mains posées, les doigts se touchant et l'on attend. Au bout de quelques minutes, la table s'anime ; elle tourne et frappe. D'après le nombre de coups, elle répond aux questions par oui et non, ou encore marque les diverses lettres de l'alphabet pour constituer des mots. Cette pratique est bien ancienne. Les Romains faisaient tourner les tables, s'il en faut croire Tertullien. Les magiciens, dit-il, imitent un grand nombre de miracles qui semblent dus aux cercles qu'en se joignant des personnes forment entre elles. Ils ont à leurs ordres des esprits messagers et des démons par la vertu desquels les chaises et les tables qui prophétisent, sont un fait vulgaire.

Les plus grands esprits ont cru aux tables tournantes : Mrae de Girardin, Auguste Vacquerie, Théophile Gautier, Michelet, Victor Hugo, pour ne citer que les morts.

Ce que nous avons dit plus haut éclaire admirablement le mécanisme de ces faits. Il s'agit de mouvements inconscients, produits par les mains des spectateurs à la fois acteurs et dupes.

J'ai fait tourner des tables avec des femmes décolletées, ce qui facilitait l'observation. Quand s'animait la table, on voyait très bien les contractions musculaires inconscientes se dessiner sur les bras de l'une d'elles, la plus nerveuse. Elle faisait les réponses sans en avoir conscience, comme il appa-

raissait à son étonnement. Les autres soulignaient les mouvements de la table avec une inconscience non moindre. Suivant l'attention et l'intelligence des sujets, la table répond des stupidités ou d'une manière fort habile.

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