‹ Hypnotisme, religionChapitre 30 sur 36 · RÉPULSION AU LIEU D\\TTRAC · texte numérisé non relu

RÉPULSION AU LIEU D\\TTRAC

tion ? Comme les corps soumis à l'aimant, notre personne et les objets peuventils, en certaines circonstances, être répuisés par la terre ? Certains savants l'affirment. Ils ont donné à cette propriété le nom de lévitation.

Ii existe dans l'histoire de nombreux exemples de croyances analogues.

Elisée, dit la Bible, s'enleva dans les airs. L'Ecriture sainte nous rapporte l'histoire de certains apôtres ainsi soulevés de terre.

L'histoire de Schnoudi, racontée par Amelineau, n'est pas moins curieuse. Les païens de la ville

Fie. 48.

d'Antinoé l'accusaient devant le gouverneur d'avoir brisé les idoles ; il fut soulevé en l'air par les anges du Seigneur jusqu'à une hauteur d"où il pouvait encore se faire entendre. Il resta ainsi suspendu au-dessus du tribunal du gouverneur pendant assez longtemps, puis redescendit peu à peu. La foule le porta en triomphe.

D'après Huber, le jésuite Rodrigue de Gois fut tellement transporté à la vue de Marie qu'il se mit à planer dans les airs.

Cette sensation de voler ne proviendrait-elle pas d'une hallucination du tact, comme on l'observe chez les aliénés et les hystériques. Tels les sorciers du moyen âge croyaient aller au sabbat, qui restaient parfaitement dans leur lit.

Saint Jérôme s'est souvent senti en songe voler au-dessus de la terre, des montagnes, des mers. Mme d'Arnim, l'amie de Goethe, a éprouvé la même sensation.

L'aliéniste Calmeil rapporte qu'un aliéné se sentait chaque soir cloué dans une bière et emporté à bras d'hommes par un souterrain de Charenton à Vincennes où une messe des morts lui était chantée. Après quoi, on le rapportait.

Brierre de Boismont raconte d'un aliéné qu'il se croyait enlevé la nuit et transporté en pays éloignés, à Lorient, à Londres, au Caire.

Les partisans de la lévitation nient toute analogie avec les hallucinations. Ils s'appuient sur de nombreuses observations, voire même des expériences.

Les exercices des fakirs, disent-ils, violeraient sou-

vent les lois de la pesanteur. Ils se livreraient à des tours qui déroutent toutes nos idées sur la loi d'attraction des corps. Des feuilles traversées par un bâton montent ou descendent plus ou moins rapidement le long de ce bâton, en même temps les spectateurs sentent une sorte de brise fraîche leur traverser le visage. Ils s'élèvent de terre parfois jusqu'au plafond (Gibier).

Crookes, le savant anglais, célèbre par ses travaux sur l'état radiant de la matière, a étudié au moyen ' d'un médium, Home, les phénomènes médiumiques, notamment la lévitation. Il affirme avoir pris les précautions les plus minutieuses. On tenait les mains et les pieds du sujet, plusieurs personnes l'observaient en même temps, parmi les témoins avaient été admis les plus incrédules.

Dans ces conditions, il vit se déplacer spontanément des objets variant de poids de vingt-cinq à cent livres. Ces objets et le corps humain luimême se soulevaient de terre. Le simple contact des doigts du médium sur un appareil enregistreur amenait celui-ci à marquer trois cent vingt-cinq grammes.

La Société dialectique de Londres, sous la présidence de sir J. Lubbock, forma un comité de trentetrois membres dans le but de rechercher la véracité des phénomènes spirites. Ils s'accordèrent à reconnaître l'existence des mouvements de corps pesants, sans action musculaire ou mécanique.

Lombroso et l'école italienne assistèrent à des phénomènes semblables avec la médium Eusapia.

Ochorowitz à Varsovie put vérifier les mêmes faits sur ce sujet.

Du moment où pareils phénomènes sont affirmés par un savant de la valeur de Crookes, on ne peut les nier de parti pris.

Mais comme ils sont en opposition absolue avec les faits d'observation constante, on doit exiger pour y croire une reproduction facile de ces phénomènes. Il faut que les savants, qui s'en occupent, cherchent les conditions qui favorisent et empêchent le phénomène et, les ayant déterminées, le produisent à volonté.

Jusque-là il convient de rester dans le doute.

Quand une personne a des visions qui ne s'accordent pas avec la réalité des faits , on est en droit de n'y voir que des hallucinations. On doit expliquer ainsi les visions religieuses qui surviennent chez des exaltés, souvent en état d'extase, et même préparés par des jeûnes et des pratiques débilitantes.

On admet parfois la vérité d'une vision parce que plusieurs personnes l'ont perçue à la fois. Mais les hallucinations peuvent être partagées, collectives. Citons les deux suivantes d'après Brierre de Boismont. Elles sont typiques à ce point de vue. Un huissier, peu après l'exécution de Ney, annonce le maréchal Ney, au lieu du maréchal Aine. Un frisson électrique parcourut l'assemblée, un assistant avoua que la ressemblance avec le mort lui semblait parfaite.

Un capitaine de vaisseau, appelé par l'homme de

ÏÏYPNOTISME, RELIGION

quart, vit, ainsi que tout son équipage, son cuisinier mort quelques jours avant, marcher devant le vaisseau. On reconnut que la cause de la terreur était le fragment du sommet d'un mât.

Emile Laurent (88) cite aussi le cas suivant d'hallucinations collectives.

Une enfant voit une procession dans le lointain, son affirmation suggestionne ses compagnes qui la voient à leur tour de même façon. . ,. „

5 Fig. 49. — Masques japonais.

Parfois la vision est réelle, mais on a tort de croire à un miracle, elle s'explique d'une façon très simple, c'est un phénomène physique. Ainsi les caravanes s'imaginent voir de l'eau et de riantes oasis dans le désert. De même le spectre du Brocken n'était que la propre image de l'observateur reflétée par les nuages.

Certains miracles ont été dus à la non-interprétation d'un phénomène physique.

Tel le miracle de Migné, petit village à 4 kilomètres de Poitiers, qui eut lieu un dimanche 17 décembre 1826.

A la suite d'exercices religieux, au moment où l'on plantait la croix éclairée par le soleil, le prêcheur se retournant dans le sens opposé à la lumière vit, ainsi que tous ses paroissiens, une croix lumineuse se dessiner dans le ciel. Un bref du pape déclara qu'il y avait là un miracle évident (89).

Or on peut le reproduire en regardant fixement un objet exposé à une vive lumière, puis se détournant brusquement vers un endroit obscur. L'impression de l'objet persiste sur la rétine et on le voit encore pendant quelques instants.

Non moins curieux est le miracle rapporté par saint Grégoire de Nazianze, en Tan 360 de notre ère (90). Pendant la reconstruction du temple de Jérusalem, ordonnée par l'empereur Julien, les ouvriers furent un jour surpris par l'orage. Ils allèrent se réfugier dans une église voisine. Une lumière leur apparut dans le ciel sous forme de croix renfermée dans un cercle. Or tous les spectateurs de ce prodige eurent des croix marquées sur leurs vêtements.

En 1610, même fait raconté par Casaubon. La foudre tomba sur l'autel pendant la messe dans la cathédrale de Wells (Angleterre). Or on trouva des croix imprimées sur le corps de ceux qui avaient assisté à l'office.

En 1687, la foudre tombe à l'église de Saint-Sauveur, à Lagny. Elle imprime sur la nappe de l'autel (à l'envers bien entendu) les paroles de la consécration, figurées en noir sur le canon de la messe, à l'exclusion des mots essentiels, sacrés, qui étaient figurés sur ce canon en lettres grosses et rouges.

Or ces phénomènes singuliers de la foudre se reproduisent en dehors de toute religion. On cite de nombreux cas de personnes foudroyées sur la peau desquelles des objets avoisinants s'étaient dessinés en noir. Qu'il s'agisse de transport de matière, ou

d'impression moléculaire, le fait existe en dehors de toute intervention divine. On ne peut donc par conséquent le regarder comme miraculeux.

En dehors d'hallucinations ou de phénomènes physiques mal compris, lés visions pourraient-elles exister ? Crookes et à sa suite de nombreux savants prétendent que les médiums ont le pouvoir de provoquer des visions. On perçoit des apparitions lumineuses de mains, de formes et de figures, de fantômes qu'on serait parvenu à photographier.

D'ailleurs ces fantômes ne se bornent pas à impressionner le sens de la vue. Ils s'adressent au tact et à l'ouïe. Crookes a entendu des bruits, des cris, perçu des souffles, des contacts de mains. Enfin il voyait un accordéon jouer de lui-même des airs variés ; le médium le tenait d'une seule main dans une grille circulaire qui empêchait tout autre contact !

S'agit-il d'hallucinations, ou de tromperies, ou de phénomènes physiques inconnus et inexpliqués ? Il ne nous appartient pas de trancher la question. Il importe à ceux qui veulent la résoudre de déterminer les conditions du phénomène, de manière à le reproduire à volonté. Jusque-là il ne pourra être accepté comme véridique.

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