‹ Hypnotisme, suggestion, psychothérapie (volume 2)Chapitre 34 sur 160 · CONSCIENCE PENDANT L'HYPNOSE · texte numérisé non relu

CONSCIENCE PENDANT L'HYPNOSE

pondent. S'ils ne le peuvent, il sulfit que je renforce la sutigestion en l'incarnant dans nne pratique matérielle. Je louche un point quelconque de la tête et du corps (il n'est pas nécessaire que ce soit la troisième circonvolution frontale gauche) et je dis : « Si je touche ce point, vous pouvez parler en dormant. » Immédiatement le sujet me répond : 1 Dormez-vous. » Oui. — « Etes-vous bien ! î — « Oui. » Souvent ce sont des réponses brèves ; une syllabe, un mot rapidement prononcé: oui, non. D'autres parlent d'emblée avec volubilité, comme à l'état de veille.

Ainsi, tous les sujets hypnotisés peuvent être tirés de leur inertie apparente et manifester leur état de conscience par parole ou- par geste. Je n'ai rencontré sur des milliers d'hypnotisation qu'une seule personne, qui étant endormie, tout d'un coup, après une respiration haletante et irrégulière, cessait d'être en rapport avec moi : j'eus beau la secouer, l'interroger : elle restait inerte, et je dus attendre son réveil spontané qui n'eut lieu qu'au bout d'une demilieure. C'était une dame sujette à des crises de sommeil hystérique : les premières séances ramenaient par une sorte d'auto-suggestion émotive ces crises habituelles; ce u'était pas de l'hypnose, c'était, de l'hystérie. Dans les séances suivantes j'arrivai par suggestion à neutraliser lemotion, et à prévenir ces accès, si bien qu'elle resta dès lors toujours en relation avec moi pendant l'hypnose.

Cet état de conscience persistant pendant le sommeil ou l'appareuce du sommeil hypnotique constitue-t-il un caractère diftérentiel d'avec le sommeil spontané? Nullement. On peut arriver parfois à fixer l'attention d'un dormeur ordinaire sans le réveiller, et alors on peut lui parler et obtenir des réponses. La mère en rentrant le soir, trouve son enfant endormi, lui parle, lui demande : veux-tu boire ? Souvent l'eufant répond. Il boit les yeux fermés! Il ne se souvient de rien à son réveil. Il m'arrive souvent, à l'exemple du général Noizet et de M. Liébeaut de prendre un malade e;i

sommeil naturel, et qui n'a jamais été hypnotisé; je lui parle en lui suggérant de continuer à dormir. Quelquefois il se réveille ; mais d'autrefois il reste endormi, les yeux

■ clos et me répond : j'obtiens alors chez lui tous les phénomènes que j'obtiens chez les hypnotisés.

Un de mes sujets me racontait qu'il avait l'habitude de coucher avec son frère, et que souvent celui-ci l'interro-

.geait pendant son sommeil et obtenait de lui des réponses; si bien que son frère en profitait pour lui extorquer des

-secrets qu'il ne lui aurait pas dit à l'état de veille et qu'il ne se rappelait pas à son réveil lui avoir dit.

J'ai fait souvent l'expérience suivante, devant des sujets endormis du sommeil naturel. Je raconte à hati te voix à un autre sujet hypnotisé qu'une scène fictive s'est passée la veille dans la salle : un malade ivre s'est disputé avec l'infirmier; une lutte sanglante s'en est suivie, etc. A son réveil l'hypnotisé croit que c'est arrivé ; c'est ce que je décrirai

,plus tard sous le nom d'hallucination rétroactive. Or si je réveille les dormeurs naturels, et si je leur demande ce qui s'est passé la veille, il en est parmi eux qui me racontent la scène dans tous les détails ; eux aussi croient que c'est arrivé. Ils ont entendu, sans en avoir l'air et sans le savoir, •ce que j'ai dit à l'hypnotisé et l'idée introduite dans leur •cerveau est devenue un souvenir sensoriel illusoire.

Le D-" Kennedy (de Dublin) rapporte, d'après Hack Tuke, le fait suivant :

« Un jour que j'étais parti de Dublin par le dernier train pour aller à Kingstown examiner un cas urgent, je dus revenir sur la machine. C'était par une nuit d'orage et de tempête. Un grain de charbon brûlant m'entra dans l'œil En arrivant à Dublin au point du jour, je me rendis immédiatement chez notre meilleur oculiste, Sir William Wilde; je réussis à pénétrer chez lui, môme jusqu'à sa chambre à coucher. Je trouvai Sir William Wilde profondément endormi, et je ne pus réussir à le réveiller : cris, secousses,

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