SUGGESTION DANS LE SOMMEIL NATUREL
appels fiireut également inutiles. Il restait sourd, et j'allais partir désespéré, quand j'eus l'idée de l'atteindre dans sa passion dominante, autrement dit de l'éveiller en touchant à l'idée qui préoccupait le plus son esprit. Je mis doue la bouche tout près de son oreille et je dis à voix basse : < Wilde, j'ai dans l'œil un corps étranger : prenez votre instrument pour me l'ôter, je souffre cruellement. » L'effet fut instantané! Il sauta sur ses pieds, me prit le flambeau des mains, saisit l'instrument que je lui tendais, me fit asseoir sur une chaise, écarta les paupières, découvrit le grain de charbon et me l'enleva immédiatement, me rendant le plus heureux des hommes. Nous nous quittâmes fort satisfaits l'un de l'autre. 11 me parut avoir opéré d'une façon automatique, quoique momentanément éveillé et il sembla se rendormir immédiatement.
Ces exemples prouvent que le dormeur naturel, comme le dormeur artificiel peut donner des signes de conscience et sortir de sa torpeur, sous l'influence de la suggestion.
L'apparence du sommeil n'existe pas chez tous les hypnotisés, même chez ceux qui ont l'amnésie au réveil. — J'en ai rencontré 'qui restent les yeux ouverts, fixes, étonnés ; il faut savoir qu'ils sont pris, pour ne pas s'exposer à méconnaître chez eux l'état hypnotique. On peut les cataleptiser, les halluciner sans souvenir au réveil. Ils ne peuvent quelquefois pas fermer les yeux spontanément et on les croirait volontiers rebelles à l'hypnose, si on attendait l'occlusion spontanée des paupières. D'autres, les yeux clos, conservent l'air éveillé; ils parlent, gesticulent, se grattent, toussent, prennent part aux conversations, rient €t ne ressemblent à rien moins qu'à des dormeurs; et cela spontanément, sans qu'on ait fait appel à leur activité. Ils ne dorment peut-être pas, mais ils sont hypnotisés, suggestionnés, cataleptisables, hallucinables avec perte de souvenir au réveil.
104 HYPNOTISME, SUGGESTION, PSYCIIOTIIÉRAPIE
C'est parce que beaucoup deraédecius non suffisamment, expérimentés attendent les pliénomènes dits somatiques de riiypnose, la résolution, l'immobilité, l'aspect du sommeil parfait, c'est parce que le moindre signe de conscience ou d'initiative du sujet les déroule, leur faisant croire que le sujet n'est pas pris, alors qu'il peut l'être, qu'ils passent à côté de l'hypnose sans s'en douter ; ils communiquent au sujet leurs doutes ou leur conviction qu'il n'est pas pris ; et le sujet, ne continuant plus à être suggestionné, ne continue plus à se laisser aller; j'ai trouvé ainsi d'excellents somnambules que d'autres opérateurs avaient méconnus ou jugés réfractaires à l'hypnose. On s'étonne parfois quand je dis que j'endors à peu près tous les malades de mon service : les exceptions sont excessivement rares ; et cependant cela est. Mes élèves et les nombreux médecins qui me font l'honneur de visiter ma clinique le saveut bien.
Voilà donc mon sujet en état d'hypnose, avec ou sans sommeil apparent. Je vais démontrer sur lui les diverses suggestions.
Commençons par celle demotilité, la plus facile à obtenir. Et d'abord la catalepsie. J'ai levé son bras, il est retombé. Chez d'autres, il reste d'emblée en l'air. Chez lui, il suffit que je le laisse quelques secondes en l'air pour qu'il y reste, figé dans l'attitude imprimée. Il en est qui ont besoin d'un ordre pour réaliser ce maintien du membre dans la position donnée, c'est-à-dire la catalepsie. J'obtiens la môme attitude pour les jambes, mais pas d'une façon aussi constante. Cet état cataleptique ne dure pas indéfiniment ; ou ne renverse pas les lois de la nature. Au bout d'uu temps variable qui ne dépasse pas quinze à vingt minutes, la fatigue vient et les membres retombent graduellement ou rapidement, les jambes plus vite que les bras.
La catalepsie ne se réalise pas chez tous les sujets de la môme façon ni avec la même facilité. En voici un qui est