CATALEPSIE
peu influencé ; le membre élevé eu l'air reste passivement comme si le sujet oubliait de le baisser. Mais si ]e dis : « Vous ne pouvez pas le baisser, essayez de le faire, » alors il parvient à se ressaisir ; le défi que je lui ai adresse réveille son initiative intellectuelle, et il abaisse le membre Cependant si je recommence l'expérience sans faire appel à son initiative, l'attitude cataleptiforme se maintient de nouveau.
Voici un sujet plus influencé. Je le mets au defi de chano-er son bras de place. Je l'invite à essayer toutes ses forces. Il essaie et, en dépit de tous ses efforts, ne peut le déplacer. Cet autre le déplace un tant soit peu, mais ne peut aller plus loin et s'arrête. Entre la catalepsie que le sujet peut rompre et la catalepsie complètement irrésistible, on observe d'ailleurs tous les degrés, et ce degré est à mes yeux une des meilleures mesures pour juger la profondeur de l'influence suggestive, pour apprécier jusqu'à quel point la volonté est paralysée ou impuissante.
La catalepsie varie aussi, non seulement comme intensité, mais comme qualité. Chez les uns, elle est molle,^ flaccide. Le membre est étendu horizontalement. Je lui donne une légère impulsion ; immédiatement il tombe en résolution, obéissant aux lois de la pesanteur. Chez les autres, elle est un peu plus rigide; elle est, comme on dit, cireuse. Le membre obéit à l'impulsion donnée, mais ne la dépasse pas; il s'abaisse un peu, puis reste stationnaire ; les doigts prennent et gardent les attitudes les plus bizarres. Chez d'autres enfln, elle est plus rigide encore, elle est tétanique. Le membre est contracturé; je suis obligé de déployer un certain effort pour l'abaisser, et aussitôt que je le lâche, il remonte comme un ressort et reprend l'attitude première. C'est cliez ces sujets qu'on peut produire un véritable opistholonos ou pleurosthotonos, appliquer la tête sur une chaise, les pieds sur une autre, tout le corps restant tétanisé entre ces deux surfaces d'appui.
1C6 HYPNOTISME, SUGGESTION, rSYCIIOTIIKRAI'IE
La catalepsie est un phénomène d'origine psychique; il €st dû à l'absence d'initiative cérébrale. « Le sujet, dit M. Liébeault, garde l'attitude qu'on lui donne, comme il garde l'idée suggérée. i> Le cerveau est immobilisé sur les impressions provoquées. C'est un phénomène passif. Peutêtre intervient-il aussi un élément actif : le sujet auquel ou tient le bras en l'air pendant quelques secondes a l'idée qu'il doit continuer à le garder en l'air; c'est une suggestion par geste, par le sens tactile qu'il réalise, et la raideur plus ou moins grande qu'il imprime au membre cataleptisé traduit l'initiative psychique suggérée, l'effort qu'il ■déploie pour exécuter l'acte suggéré. On peut admettre aussi que cette tendance à la contraction est due à une augmentation de la tonicité musculaire due à la suppression de l'action modératrice du cerveau psychique engourdi. On sait en effet que le cerveau a une action modératrice sur l'action réflexe excitomotrice spinale, que les actes réflexes automatiques commandés par la moelle s'exagèrent quand la moelle est séparée du cerveau; ainsi la tonicité musculaire, phénomène réflexe spinal, peut être accrue et se traduire en contracture.
Ce qui prouve la vérité de la théorie que je professe sur la catalepsie, c'est ce fait que ce phénomène s'obtient souvent spontanément et sans hypnose quand on le cherché,^ dans des cas de stupeur cérébrale. Je l'ai maintes fois observée dans la fièvre typhoïde; le sujet, inerte, l'œil fixe, le masque impassible, garde les attitudes imprimées à ses bras; parfois même le membre devient rigide, lorsqu'on l'étend et qu'on cherche à le fléchir. Enfin j'ai pu, plus rarement il est vrai, dans ces circonstances, et sans suggestion verbale, provoquer le mouvement automatique rotatoire ; le cerveau inactif continue passivement le mouvement automatique imprimé; le sommeil peut même spontanément se grefler sur cette catalepsie suggestive. On sait que Lasègue est parvenu à produire cliez des