THÉRAPEUTIQUE FONCTIONNELLE
nerveux, guérir par suggestion hypnotique. Sans doute, il ne faut pas exagérer ; le rôle direct de la psychothérapie contre les lésions organiques est restreint. On ne peut ni résoudre une inllammation, ni arrêter l'évolution d'une tumeur ou d'un processus de sclérose. La suggestion [ne tue pas les microbes, elle ne crétifie pas les tubercules, elle ne cicatrise pas l'ulcère rond de l'estomac. ^ Vous endormez les tuberculeux, me disait au congrès de l'hypnotisme M. Gilles de la Tourette. Je prends acte de ce nouveau traitement de la tuberculose. » « J'endors quelquefois les tuberculeux, ai-je répondu, non pas pour suggérer au tubercule de disparaître ; mais pour suggérer au malade de dormir la nuit, quand il a de l'insomnie; je restaure son appétit, je calme sa toux, je dissipe son angoisse, je supprime ses points de côté ; et, cela faisant, je crois lui faire du bien ; je le soulage, si je ne le guéris pas ; quelquefois même, modifiant le terrain, j'accrois sa force de résistance contre le microbe envahisseur et ainsi je ralentis, si je n'arrête pas, l'évolution morbide. » Et les médicaments font-ils plus? En connaissons-nous beaucoup de médicaments qui tuent le bacille et arrêtent le mal? Combien existe-t-il de médications spécifiques ? Que faisons-nous dans la plupart des maladies ? Est-ce à l'entité morbide que nous nous adressons ? Nous faisons modestement la médecine des éléments, comme disait mon maître Forget, c'est-à-dire de la médecine symptomatique ; nous donnons de l'opium pour calmer la toux, la douleur et l'insomnie, des antithermiques contre la fièvre, des astringents contre la diarrhée, des toniques contre l'hyposthénie. La maladie elle-même nous échappe; nous l'attaquons dans ses éléments fonctionnels, quand nous le pouvons. Sans doute, la suggestion ne saurait à elle seule remplir toutes les indications ; elle ne saurait remplacer à elle seule l'arsenal thérapeutique ; elle réussit quelquefois, quand les médicaments ne réussissent pas; souvent mieux qu'eux, elle relève l'appétit, enlève les
douleurs, restaure l'appétit et le sommeil, tonifie le système nerveux déprimé. Mais les médicaments font aussi ce que ne fait pas la suggestion ; celle-ci ne peut abattre la fièvre, elle ne calme pas toujours la sueur, elle ne favorise pas toujours l'expectoration ; elle ne remplace pas l'antifébrine, l'atropine, le kermès; pas plus que ces agents ne peuvent la remplacer. Chaque arme fait ce qu'elle peut ; c'est au médecin à savoir l'utiliser, là où elle a chance d'être efficace.
Si la suggestion n'a pas une action directe sur la lésion organique, elle peut cependant la modifier souvent indirectement en modifiant la fonction; car la fonction fait f organe, et l'altération de la fonction fait l'altération de l'organe. Des palpitations nerveuses du cœur peuvent amener son hypertrophie ; des vomissements nerveux fatiguent l'estomac et altèrent la nutrition des tissus ; une contracure prolongée produit une rétraction et des déformations ; l'immobilisation prolongée d'une articulation produit de l'arthrite et de l'ankylose. Voici une femme forte et vigoureuse qui travaille à la cuisine de l'hôpital ; il y a vingt mois, vous l'auriez vue dans nos salles, marchant aux crosses depuis trois ans, le genou droit gonflé, douloureux, et immobilisé par une arthrite rhumatismale chronique traitée en vain par des révulsifs divers. On l'avait crue incurable. La suggestion hypnotique en sommeil profond l'a guérie en quelques semaines : son genou n'est plus ni gonflé ni sensible; il n'y a plus la moindre claudication. Sans doute nous n'avons pas suggéré au gonflement périarticulaire de se résoudre, aux capsules cartilagineuses de se reconstituer à l'état normal, au tissu fibreux de reprendre sa souplesse, aux capillaires sanguins de se dégorger. Nous avons suggéré à la malade de ne plus ressentir de douleur et de mouvoir l'articulation dans tous les sens. La douleur étant supprimée, les mouvements articulaires paralysés par elle se sont restaurés progressivement; les ligaments