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Va bien. Plus de crises

3 mai. — Idem. Au dynamomètre 48 à droite, oO à gauche.

7. — Idem. Au dynamomètre 47 à droite, 41 à gauche. Depuis huit jours, il peut écrire ses lettres seul, y mettant encore plus de temps qu'auparavant. Il n'a plus de secousses et demande à rentrer chez lui.

Dans une lettre qu'il m'écrit huit jours après sa sortie, il me dit que l'amélioration continue à se maintenir.

Une légère écorchure de l'index a été le point de départ d'une névrose caractérisée par des crises de secousses convulsives dans le bras du même côté, quelquefois avec sensation de picotement, d'engourdissement, crises précédées de sensations vertigineuses mal définies, quelquefois accompagnées de perte de connaissance.

La suggestion au bout de trois semaines a produit une amélioration notable. La névrose est greffée sur un terrain impressionnable et vicié. Une suggestion prolongée avec surveillance serait nécessaire pour déraciner les habitudes alcooliques, qui sont peut-être pour quelque chose dans cette névrose.

Je n'ai pas eu l'occasion d'observer souvent la grande hystérie convulsive d'origine traumatique. Dans les deux cas suivants, cette étiologie est douteuse, d'autres circons-

IIYSTÉRO-ÏRAUMATISME

tances, insolation, émotion morale pouvant être invoquées comme causes productrices des accès.

Observation XV. — Crises convulsivcs consécutives à une pression dans la foule. — Guérison par suggestion.

L... (Gustave), vingt et un ans, cordonnier. Entre à l'hôpital le il juillet, sort le 20 juillet -1886. Habituellement bien portant ; pas de maladie antérieure. — Le 14 juillet, après avoir été exposé au soleil, il fut serré dans la foule, à la revue, et ressentit des frissons avec tremblement et claquements de dents. Rentré chez lui, il eut, des étourdissenients avec sensation de malaise jusqu'au soir ; mais pourtant il déjeuna comme d'habitude. Le soir, il alla voir le feu d'artifice ; en revenant il fut pris de vertiges et de battements de cœur qui durèrent deux heures. Puis il tomba à la renverse avec convulsions dans les mains et les jambes, trismus et écume à la bouche. Les battements de cœur furent suivis de sensation de strangulation. 11 se débattait, était contracturé et ne pouvait crier. On le coucha à une heure du matin. — La chute avait été précédée de douleurs lancinantes s'irradiant jusque vers le rebord costal axillaire : ces douleurs durèrent jusqu'à trois heures du matin, puis le malade s'endormit. Le lendemain il ressentait encore des élancements douloureux, avec battements de cœur, céphalalgie frontale et occipitale gravative très forte. Bourdonnements d'oreilles à gauche. N'a rien mangé ; n'a pas dormi; pas de selles. Il avait encore des vertiges, et dut plusieurs fois s'approcher du mur pour ne pas tomber. — La nuit du 16 au 17 fut bonne. Depuis les symptômes vont s'améliorant.

Auparavant L. .. était sujet aux crispations de nerfs, irritable ; quand il ne pouvait passer sa colère, il avait une sensation de strangulation. Il y a deux ans, à la suite d'une colère, il tomba. - Sujet aux migraines (une fois par semaine, céphalalgie frontale). Pas d'excès habituels. Parmi ses antécédents de famille nous relevons que sa mère aurait des crises de nerfs. - Il a eu un frère qui est mort, à quatre ans, d'une méningite.

Etat au i9 juillet; constitution délicate. Tempérament lymphatico-nerveux. Apyrexie. - Pouls : 80, régulier, égal. Rien d'anormal au cœur. Langue un peu blanche. Pas d'appétit, pas de selles depuis trois jours. Habituellement digestion bonne. - Respiration

On constate une hyperesthésie douloureuse à la pression dan. les cinquième, sixième, septième espaces intercostaux gaTcïes et

HYPNOTISME, SUGGESTION, PSYCHOTHKRAriE

à la région hypocondriaque gauche. — La sensibilité à la piqûre est moins marquée à gauche qu'à droite. — Pied bot varus congénital à droite.

Le malade a encore par moments des vertiges.

Hypnotisé, pour la première fois, par simple occlusion des yeux, il entre en somnambulisme (catalepsie, contracture, transfert suggestif). Au réveil, après sugge>ition, il n'a plus de douleurs a la pression, et la sensibilité est égale des deux côtés.

Le 20, le malade a bien dormi, n'accuse plus de vertiges, ni de douleurs. L'appétit est revenu. Il demande sa sortie.

Dans cette observation, le diagnostic hystéro-traumatisme est douteux; il y a eu pression dans la foule, sans contusion, et émotion produite par cette pression ; il y a eu de plus exposition au soleil. Ces divers facteurs ont pu agir sur une personne impressionnable, sujette à la strangulation et aux crispations nerveuses sous l'influence des émotions morales.

Observation XVI. — Crises convulsives hystériques avec anesthésie sensitivo-sensorielle, suite de coups.- Guérison rapide par suggestion.

M. (Victorine), dix-huit ans, repasseuse, est entrée à l'hôpital dans'la nuit du 6 au juillet 1889. Vers huit heures du soir, elle avait été battue sur l'escalier de sa maison par une femme habitant la même maison, sans cause connue, cette femme étant, suppose-t-elle, ivre. Elle fut prise immédiatement de convulsions hystériques qui se répétèrent coup sur coup, avec strangulation, cris, grands mouvements. On ne put les arrêter et on l'amena à l'hôpital vers minuit. Elle n'a jamais eu de maladie antérieure. Elle est habituellement bien réglée. C'est une lille forte, grosse, bien constituée, d'une intelligence faible, d'un tempérament nerveux, très irritable. Je constate le 20 juin : de l'anesthésie, avec analgésie générale; absence de sens musculaire. La pression de la région abdominale seule détermine de la douleur partout. L odorat est aboli ; la vision est conservée, mais il y a dyschromatops.e ; e rouge est vu jaune; le violet, foncé gris; le bleu, jaune; le blanc bleu. De mps en temps la malade a un certain degré de contracture dans

es membres. Depuis une heure du matin, elle n'a pas eu decr.se; e n'accuse ni sLngulation, ni douleur, toutes les fonctionsres-

HVSTIÎMIl': TliAlJMATIQUK

piratoire, cardiaque, digestive, sont normales. On ne constate aucune trace de contusion s'ur le corps.

J'applique, sans rien dire, une pièce d'or sur le pied gauche; au bout de dût minutes, la sensibilité n'est pas revenue. Je remets la même pièce au même endroit, en prévenant la malade que la sensibilité va reveni)' sur toute la moitié gauche du corps. Au bout de dix minutes, je constate eu effet que toute la moitié gauche du corps exactement a recouvré la sensibilité tactile et à lu douleur et le sens musculaire ; la moitié droite reste insensible. La dyschromatopsie persiste.

27. — Dans la journée d'hier, la malade accusait une douleur vers la région axillaire droite, douleur qui l'a empêchée de dormir. La sensibilité tactile et à la douleur existe sur le membre inférieur gauche. Une piqûre d'épingle ou une pression légère sont bien ressenties au membre inférieur droit, moins distinctement au membre supérieur; le côté droit de la face reste analgésique. La dyschromatopsie persiste; les odeurs ne sont pas perçues; le sel rais sur la langue n'est pas perçu. L'oreille gauche n'entend pas le tic tac de la montre ; l'oreille droite le perçoit à 30 centimètres.

J'hypnotise la malade qui entre facilement en somnambulisme et je suggère le retour de la sensibilité. Immédiatement après le réveil, elle existe partout, mais quelques instants après, explorant de nouveau, je constate une hémianesthésie droite complète. La douleur de côté a disparu.

Je continue les jours suivants à faire la suggestion hypnotique. La sensibilité reparait nette et définitive dès la seconde séance; la dyschromatopsie a disparu définitivement; l'olfaction est restaurée. L'ouïe est rétablie après la troisième séance.

Le 6 juillet la malade complètement guérie, quitte l'hôpital,

S'agit-il d'un hystéro-traumatisme ? Les coups reçus n'ont pas laissé de traces sur le corps. N'est-ce pas plutôt l'émotion vive, la colère qui agissant sur une nature impressionnable et irritable a créé cette hystérie passagère qui a cédé rapidement à la suggestion ?

Observation XVIL - Névrose spasmodique locale consécutive à

une typhlite. Inhibition des accès par suggestion. M. Edmond X. , âgé de quarante-deux ans, commerçant habitant Luneville, est habituellement bien portant. Le seul inconvé-

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nient qu'il accuse, depuis son enlance, ce sont de petites selles diarrhéiques venant régulièrement après chaque repas et de plus dans la journée de fréquentes petites selles sans coliques; il ne se rappelle pas avoir eu de selles moulées. 11 n'a jamais eu d'accidents nerveux, mais j'ai traité une de ses sœurs et une nièce pour des troubles hystériques. M. V... paraissait énergique, dur pour lui-même, et n'accusait aucun trouble, bien qu'ayant les attributs du tempérament lymphatico-nerveux.

Etant à Lille pour affaires, le 12 juillet 1888, il contracte une typhlite avec douleur vive iléo-cœcale,rièvre intense, constipation; cette typhlite fut combattue par lespurgatifs et ]"apphcation de deux vésicatoires. Il resta alité pendant dix-sept jours, puis resta encore douze jours à achever sa convalescence à Lille, n'ayant de selles qu'avec des purgatifs. Rentré à Lunéville, il vit se confirmer sa guérison, il n'accusait plus aucune douleur, mais toujours delà constipation, et de plus rendait les aliments aussitôt après les repas. — Tout d'un coup, quinze jours après, survint vers la région abdominale inférieure droite une douleur atroce, comme une crampe, comparable en intensité à une colique hépatique ou néphrétique des plus violentes; cette douleur dura de une heure à une heure et demie et se dissipa à la suite de cataplasmes et de lavements laudanisés. Après cet accès, V... resta alité, avec de l'anorexie, — sans aucune douleur, ni spontanée, ni à la pression. Trois jours plus tard survint un accès pareil au premier.

Puis les accès se répétèrent presque tous les jours, à heures variables, durant une demi-heure à une heure, — rarement la nuit ; il aurait été réveillé trois ou quatre fois seulement dans son sommeil par la douleur. — En même temps, outre ces accès de coliques, constipation opiniâtre : il n'allait à la selle que par lavement et ne rendait que de petites chiques ou des rubans tout minces et plat?, dit-il, ayant cependant la longueur d'un doigt.

Les médecins de Lunéville, qui le virent, pensèrent naturellement qu'il s'agissait d'un obstacle intestinal consécutif au processus de la typhlite, par bride citatricielle, péritonite chronique, épaississement inflammatoire du cœcum, etc. — Appelé à voir le malade en octobre 1888, je ne pus que me ranger à l'avis de mes confrères. En dehors des crises, on ne constatait rien de bien net à la palpatioQ profonde de la région iléo-cœcale, qui n'était pas douloureuse; parfois on croyait sentir une rénitence, mais peu distincte. Pendant les crises douloureuses, on constatait une contracture avec gonflement de la paroi abdominale du côte droit et des anses intestinales sous-jacentes. On continua à essayer les re-

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vulsifs, vésicatoires, et les purgatifs divers, huile de ricins, séné, eau hongroise, pilules, etc., contre la constipation opiniâtre. Rien n y fit-

En novembre, les douleurs devenaient intolérables au malâde : il dut avoir recours aux injections de morphine, et commençïi. pair la dose de un centigramme qu'il dut augmenter progressivement pour arriver en mars 1889 à la dose de dix centigramift'es' pai» jour. Depuis cette époque, il dut régulièrement chaque jour, aussitôt l'accès développé, injecter cette dose en une fois ; une dose inférieure ne suffit pas à enlever la douleur. Il lui est même arrivé une fois de s'injecter 16 centigrammes d'un coup.

Je le vis une seconde fois à la fin de janvier 1889. A cette époque déjà, frappé de l'intensité des douleurs, qui étaient hors de pfO^ portion avec une simple constipation due à un rétrécissement, apprenant que le malade avait eu, il y avait quelques jours, ilne petite selle moulée du calibre du petit doigt, connaissant d'ailleurs les antécédents nerveux de la famille, ne trouvant à la palpation profonde, en dehors des accès, aucune douleur, aucune rénitence bien nette, j'exprimai à mes confrères l'idée que l'élément nerveux pourrait être pour quelque chose dans ces accès si douloureux ; qu'une névrose spasmodique douloureuse greffée sur une lésion légère pourrait expliquer cet appareil symptomatique, et je prononçai le mot de suggestion; — je dis que si rien ne réussissait, le malade pourrait venir essayer ce traitement à Nancy, et qu'en cas d'échec, cela n'aggraverait en rien son état. Je rappelai âmes confrères un cas de névrose douloureuse précordiale, datant de quatre ans, ayant défié toutes les médications, chez la femme d'un confrère, que j'avais récemment guérie par suggestion. — Nous instituâmes un traitement par la belladone conjointement avec des purgatifs et des injections de morphine dont le malade ne peut plus se passer.

Les choses restèrent dans le même état. Vers la fin de février, cependant, le malade resta huit à dix jours sans douleur, et l'espoir renaissait dans la famille. Mais les accès reparurent plus douloureux et la dose de dix centigrammes de morphine par jour devint nécessaire. La santé générale périclitait. Le malade maigrit et s'anémia. Rien n'arrêtait les accès; l'idée d"une lésion organique grave s'imposait. Il était question de consulter un de nos collègues en chirurgie sur l'opporlunité d'une laparotomie. Avant de se décider pour cette extrémité, le malade alla consulter le professeur Naunyn (de Strasbourg), qui, après l'avoir chloroformé et examiné, pensa comme tous les médecins à un rétrécissement.

HYP.NOTISMK, SUGOKSTION, l'SYGlIOTilKRAl'IK

et institua lin traitement par les lavements forcés. Le malade passa quinze jours à la maison de la Toussaint, à Strasbourg, et reçut pendant ce temps dix injections d'eau froide de un litre et demi par le rectum. Le traitement resta sans résultat ; les lavements déterminaient souvent des crises; et à leur suite, celles-ci devinrent plus nombreuses et plus fréquentes : une à deux tous les jours, durant trois quarts d'heure à une heure et demie.

M^ie V... consulta alors le professeur Kœberlé, qui avait déjà vu le malade en novembre 1888. Notre collègue et ancien maitre ne constata aucune lésion à l'examen du ventre et pensa qu'il s'agissait d'une simple contracture musculaire, d'une névrose spasmodique greffée sur une typhlite. Il conseilla de continuer la belladone et les injections de morphine.

D'après ce diagnostic, confirmant l'idée que j'avais exprimée antérieurement, la famille du malade pensant que la suggestion hypnotique pourrait être tentée, le malade vint me revoir le 20 juillet dernier.

Après l'avoir examiné de nouveau et après avoir constaté que le ventre était souple et nullement douloureux à la pression profonde, en dehors des accès, j'essayai i'hypnotisation, et en moins d'une minute M. V... était en sommeil presque complet (catalepsie, mouvements automatiques, analgésie) avec souvenir conservé au réveil. Je suggérai la disparition des accès de douleur et de contracture. Au réveil, j'engageai le malade à venir passer plusieurs jours à Nancy, pour se soumettre au traitement suggestif.

Malgré la suggestion, M. V... eut un accès le lendemain 21, et revint le 22 juillet s'installer à Nancy. Ce jour, je fis deux séances; le malade arriva depuis la troisième en sommeil profond avec amnésie au réveil. Les crises depuis quelques jours venaient surtout vers huit heures du matin. Le 23 juillet à huit heures, je me rendis chez le malade, je le trouvai la main appuyée sur la région iliaque droite, la face commençant à se gripper ; l'accès commençait ; je constatai que toute la paroi abdominale surtout à droite était contracturée. Je provoque immédiatement l'hypnose et je dis au malade : « Dans une minute vous ne sentirez plus rien et le ventre sera relâché complètement. » J'affirme la chose avec assurance parfaite. Et une minute après, la douleur avait dispai-u, la contracture avait céc/é et j'enfonçais mon poing dans la profondeur, sans aucune douleur.

Je fis une nouvelle suggestion à deux heures. — Le 24, à huit heures du matin, je me trouvais chez le malade. 11 attendait sa crise; elle n'était pas encore déclarée, mais les phénomènes pré-

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curseurs étaient là. La main se portait vers ]a région malade. Je l'hypnotise immédiatement et je lui dis : « La crise, elle ne viendra pas; vous n'aurez rien. — J'enfonce mon poing dans le ventre qui est mou et insensible. Et demain matin, vous aurez beau attendre la crise, elle ne viendra pas. » En effet, rien ne se manifesta. La crise ne vint pas, et le lendemain, le malade n'en eut pas le moindre symptôme précurseur. M. V... resta encore à Nancy jusqu'au 31, jour où je dus le renvoyer, car je partis en vacances. Il n'eut plus de crise. — Le sevrage de la morphine, qu'il avait dù continuer jusqu'au 22 juillet, donna lieu à quelques symptômes : lassitude, vertige, malaise, selles diarrhéiques, insomnie; ces symptômes disparurent progressivement par la suggestion en quatre en cinq jours.

Avant son départ, j'appris à M'"^ V... à hypnotiser elle-même son mari, je l'engageai à continuer à le faire deux fois par jour.

Mais trois ou quatre jours après le retour à Lunéville, les accès revinrent irrégulièrement. D'abord M.""^ V... ou le docteur X... arrivaient aies arrêter net par suggestion. Mais souvent M. V... se trouvait à son bureau à un kilomètre de distance de son logement, quand l'accès commençait: on allait chercher M-"" V..., elle arrivait trop tard ; l'accès était dans tout son plein ; le malade souffrait comme un damné, se crispait et restait rebelle à la suggestion. La morphine redevint nécessaire à la dose de huit à dix centigrammes par jour. — Cela continua ainsi, malgré les suggestions faites en dehors des accès, deux fois par jour.

.M. V... revint à Nancy, à mon retour de vacances, le 18 septembre. II essaya d'abord de se traiter en restant à Lunéville, et venant deux fois par semaine à Nancy, mais les séances des 18, 22, 25 et 30 septembre restèrent infructueuses. Bien que le malade fut en hypnose profonde, chaque fois, la suggestion était impuissante à prévenir le retour des crises qui se répétaient chaque jour. Je décidai le malade à faire un nouveau séjour à Nancy, plus prolongé. Il revint le 20 octobre. Je lui lis deux suggestions vigoureuses par jour : l'une à huit heures du matin, l'autre à deux heures. Les crises venaient à peu près à heure fixe, à quatre de l'après-midi, depuis quelque temps ; elles semblaient s'être régularisées depuis la suggestion.

Les deux premiers jours, l'accès revint le soir, malgré la suggestion, mais moins douloureux et moins long. — Le troisième jour au dire du malade la douleur n'était presque plus rien. — Les jours suivants, le malade dit que la crise n'était pas venue et parut enchanté. Je le crus débarrassé par la suggestion ; maisj'ap-

HYPNOTISME, SUUGESTIOiN, PSYCHOTHÉRAPIE

pris le 9 octobre par sa femme qu'il se faisait une injecLion de morphine tous les soirs vers trois heures au moment où la crise commençait. Il m'avait trompé.

Je l'admonestai vivement; je supprimai la morphine et je le priai de m'atleudre chez lui tous les soirs; à quatre heures, je devais venir arrêter la crise au moment où elle tendait à se montrer. — A quatre heures moins dix minutes, je fus chez lui. Il ne ressentait absolument rien, a Vous voyez, lui dis-je, la crise ne peut pas venir quand je suis là. » Mais aussitôt que quatre heures allaient sonner, la figure du malade commençait à se contracter. Alors je lui dis : « Croyez-vous que je vais vous endormir pour empêcher la crise ? Ce n'est pas nécessaire. Tenez je mets la main sur votre ventre. Dans deux minutes je l'enfoncerai jusqu'à la colonne vertébrale et vous ne sentirez rien, d Le malade parut douter; la crise était imminente. Je laissai la main sur la région douloureuse, en riant, et au bout de une à deux minutes : i Tiens, c'est vrai, dit-il, il n'y a plus rien. > Et l'accès ne vint pas. Ma main seule avait conjuré en une minute une crise que 10 centigrammes de morphine seulement arrivaient à calmer.

Je savais, en effet, que M. V... était suggestible à l'état de veille : catalepsie, contracture, paralysie, analgésie complète, tout pouvait être réalisé chez lui, comme chez la plupart des bons somnambules, sans sommeil provoqué préalable. Le lendemain Taccès ne chercha pas à venir. Je fis rester le malade ici jusqu'au 28 octobre, et à partir du 9 aucune crise ne s'est plus manifestée ; M. V... n'a plus eu recours à la morphine.

Chose singulière, avant et depuis la maladie, M. V... avait toujours des selles diarrhéiques après chaque repas et dans le courant de la journée : il ne se rappelle presque pas avoir eu de selles moulées. Le 18 octobre je lui suggère d'avoir une selle moulée régulière tous les jours vers dix heures du matin, et je répète la suggestion tous les jours. La suggestion réussit, les selles deviennent moulées et ont lieu régulièrement entre neuf et dix heures du matin ; dans les premiers jours, il y en a deux dans la matinée. Puis après quatre ou cinq jours de cette suggestion, il n'y a plus qu'une seule selle moulée du calibre d'un doigt, entre neuf et dix heures du matin.

M. V... va d'ailleurs très bien, l'appétit est bon, la digestion parfaite, le sommeil de la nuit excellent.

11 retourne chez lui le 28. Il est possible qu'une impression quelconque, effort, indigestion, etc. ramène de nouveau une crise et que la suggestion de la douleur soit plus forte que le souvenir de

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