‹ Hypnotisme, suggestion, psychothérapie (volume 2)Chapitre 93 sur 160 · OBSERVATION D'INVERSION SEXUELLE · texte numérisé non relu

OBSERVATION D'INVERSION SEXUELLE

Je suggère un goiU de plus en plus marqué pour sa femme et une nouvelle cohabitation dans la nuit du 19 au 20. La suggestion réussit à merveille; il dit que le goût contre nature a disparu complètement.

II reste encore huit jours à Nancy ; voit sa femme deux fois dans ce laps de temps, toujours avec plus d'ardeur. Il se sent tout autre, ne comprend plus qu'il ait pu avoir des goûts dépravés; et j'apprends plus tard que la guérison physique et morale s'est maintenue jusqu'à ce jour.

Je pourrais relater un fait d'impuissance analogue, sans inversion sexuelle, impuissance provoquée par une hypéresthésie vulvaire de sa femme, mais qui continua plusieurs années après la guérison de celle-ci. La guérison eut lieu après trois semaines de suggestion.

Les docteurs Krafft-Ebing, devienne, Ladame de Genève, et de Schrenck-Notzing, de Munich, ont relaté des faits analogues d'inversion sexuelle guérie par suggestion. Dans notre cas cette inversion s'accompagnait d'impuissance complète pour les femmes depuis sept ans. La guérison physique et morale a été rapide.

OBSERVATIONS DE N13VR0SES PSyCHIQUES

Obsbhvation XXXIX - Névrose psychique, cérébro-oastrigue, annennne. Guénson rapide par la suggestion hypnotique.

dant^l.Vr -'"T-?"' ^^^^ l'estomac. Pen-

dan es trois dernières années que j'ai passées au lycée i'etl sujet a de fréquentes migraines accompagnées de JZllel survenant régulièrement le mardi et le vendredi. En ISSret 188B on m'a soigné pour une dyspepsie. Mais c'est surin ^epu ; ommencement del890queje mesuissenti malade touUn tâcW de me le dissimuler à moi-même. D'incessants mauxl t L de douleurs vagues mêlées d'excitation et de faiblesse dan! tn 7 membres, des névralgies intercostales, des renvo Z W " des lourdeurs dans l'estomac et des in^omnLs coTtlnu le 'q'^me fatiguaient beaucoup. Souvent, en me mettant à table le soTr Z

en me levant le matin, je sentais encore mon repas de midi ou celui de la veille qui s'était attardé dans mon estomac. De là un manque d'appétit, un dégoût absolu de nourriture alternant avec des faims canines, des fringales qui me prenaient parfois au milieu même de la digestion.

Mais cela n'était peut-être pas tout cela, non plus que les maux de tête et les insomnies, qui me faisait le plus souffrir. Les impressions les plus douloureuses que j'éprouvais étaient des impressions morales contre lesquelles j'essayais en vain de réagir. Le plus mauvais moment à traverser pour moi était ordinairement entre deux et quatre heures de l'après-midi. Alors je sentais en moi une faiblesse, une lassitude inexprimables, une torpeur générale, un engourdissement et comme un effondrement de tout l'être. Tout mouvement, toute action m'était pénible. J'évitais la société pour n'avoir pas la peine de parler et surtout de rassembler et de diriger mes idées qui ne m'obéissaient plus. Une tristesse noire et sans motifs raisonnables m'envahissait; j'étais préoccupé et inquiet sans savoir pourquoi. Je me prouvais que je ne devais pas 1 être; mais le raisonnement n'y faisait rien. Je me désolais et m'irritais de voir mon cerveau me refuser le service, mes idées devenir troubles En lisant j'étais obligé de relire dix fois la même phrase sans arriver à l'entendre ; quand j'arrivais à la fin, j'avais oublié le commencement. Je ne pouvais m'appliquer nipenserà ce que je faisais, non parce que ma pensée s'attachait à un autre objet, mais parce qu'elle ne pouvait s'attacher à rien et était vide, par impuissance d'avoir aucune idée nette. Je voyais souvent les choses présentes sous un angle bizarre. L'impression directe du présent n'existait pas pour moi et faisait place aux souvenirs et aux regrets du passe ou aux préoccupations de l'avenir. En face de personnes que je connaissais intimement, il me semblait parfois que je les voyais pour la première fois et qu'elles m'étaient inconnues J avais de moments d'absence où la mémoire et la volonté m'échappaient com- ; bernent, pendant lesquels je perdais la conscience eUa maitr. de moi-même. Je sortais de cet état comme assomme et il me semblait que je me réveillais d'un rêve pénible. Cpourlant je luttais. Tantôt je recourais à des efforts énergique et directs de la volonté, tantôt j'essayais de me P-suader^qu^^^^^^^^ cela n'existait que dans mon imagination; je tenta s de me igurer " e j"aï .-s parlitement bien; je le disais et le pétais alors

qu oulait m'entendre. Mais Pl- Je 1-"^- P^^/^^lf ^ uS^^ Lnirait comme si ma volonté et ma force se fussent épuisées :Z clTuTtrau lieu de s'y affirmer. Ce déploiement d énergie

NÉVROPATIIIE CÉRÉBRO-GASTRIQUE

ne me conduisait qu'à un abattement plus profond. Et puis je m'impatientais et m'exaspérais de me voir dominé et chassé pour ainsi-dire de moi-même par quelque chose d'étranfîer. Cet état de tristesse et de rêve était en contradiction trop violente avec mon caractère et ma tournure d'esprit: mes amis s'apercevaient bien de la morosité qui remplaçait mon enjouement optimiste d'autrefois. Je me mettais dans la tête que j'étais incapable de rien faire, que j'étais dépourvu de toute intelligence, que j'avais réussi dans les examens grâce à je ne sais quel hasard ; et cette idée m'humiliait et me faisait beaucoup souffrir.

Quand le D'' Bernheim m'a proposé de m'endormir, j'ai refusé tout d'abord, parce que je n'avais aucune confiance dans ce remède et je craignais de plus un ébranlement nerveux inutile. 11 me persuada pourtant et me ferma les yeux. J'éprouvai alors une impression assez compliquée; je l'entendais fort bien me parler; j'avais ma pleine conscience, je cherchais à m'expliquer l'état dans lequg je me trouvais ; je me disais en moi-même que je pourrais fort bien rouvrir les yeux si je le voulais; mais quelque chose m'empêchait de le vouloir et de les rouvrir.

En me réveillant, je n'éprouvai à mon grand étonnement aucune lassitude, aucune fatigue, mais seulement un étrange besoin de rire : à tout-propos et sans propos j'avais des accès de gaieté ^ Je me disais bien que cette gaieté devait être factice, mais je n'en restais pas moins gai et calme. La digestion se fit bien, c'est-à-dire qu'elle passa inaperçue.

Après les expériences suivantes, je me sentis de mieux en mieux au moral et au physique. Je dormais parfaitement sans interruption. La digestion continuait à ne plus me tourmenter. Encore quelques maux de tête et quelques renvois, mais qui s'atténuent de plus en plus. Il me semble que je parcours en sens inverse les phases successives de la maladie et que je suis revenu en quelques jours à la période de début, où je ne ressentais que quelques souffrances exclusivement physiques.

Au moral, j'éprouvais un sentiment de bien-être et de calme. Je me sens dans un état de quiétude, de lucidité et d'activité auquel je n'étais plus habitué. Je sens que j'ai repris possession de moi, de mon vrai moi. Je commence à travailler, je hs sans fatigue et je rédige même quelques pages d'un travail.

* J'avais suggéié pendant le sommeil ce besoin de rire et cette '^aielé Le malade ne .se souvenait que de la première partie de son sommeil • la seconde pendant laquelle j'avais fait celte suggestion avait été profonde avec amnésie au réveil. '

lIYPiNOTISMR, SUGGESTION, l'SYCIIOTIlfiRAPIE

Et pourtant je n'ai guère aidé moi-même à cette guérison. Je me suis laissé faire sans foi aucune. Dans les premiers jours même j'étais presque aussi vexé et humilié que content du succès. Je trouvais désagréable de voir une volonté autre que la mienne agir ainsi sur moi et réussir là ou j'avais échoué.

Cette observation a été rédigée par le malade, après la quatrième suggestion faite le 11 juin 1890. Pendant son sommeil provoqué la veille je lui avais suggéré d'avoir le lendemain lïdée d'écrire brièvement pour me la remettre une note sur sa maladie, en insistant sur l'état psychique avant et après le traitement. Au réveil il ne se souvenait de rien. Le 13 il m'apporte celte note : il se rappela le 12 au matin que je la lui avais demandée, mais croyait que je lui en avais parlé à l'état de veille.

Il s'agit d'un homme de vingt-sept ans, remarquablement intelligent , ancien élève de l'École normale supérieure, abrégé et professeur de l'Université . Voici maintenant comment j'ai procédé pour pénétrer dans son domaine psychique.

Le malade est venu me consulter en mai; il m'exposa le récit de sa maladie, ses troubles psychiques et gastriques. Je l'examinai : c'est un jeune homme bien constitué, d'un tempérament nerveux, mais sans nervosisme apparent, sans maladies antérieures. Je. constatai tous les organes en bon état sauf une dilatation notable de l'estomac clapotant jusqu'à l'ombilic. Cependant malgré ses digestions laborieuses, il n'était pas habituellement constipé et ne vomissait pas : je conclus que la dilatation de l'estomac était dominée par un état nerveux et que la digestion en somme quoique lente, se faisait, puisque les selles étaient régulières. Les migraines du début, les vomissements survenant à jours fixes comme par une sorte d'auto-suggestion, les douleurs de tête, les sensations d'excitation et de faiblesse des membres, les névralgies intercostales accompagnant dès le début les troubles digestifs, tout cela me fit penser que la neurasthénie dominait la scène. La dilatation d'estomac entretenait la neurasthénie psychique dont elle était isssue.

Je ne parlai pas au malade de suggestion, ne voulant pas risquer une intervention à laquelle son esprit pouvait ne pas être préparé.

J'appelai son attention sur son estomac dilaté, je lui expliquai que la dyspepsie consécutive à celte dilatation pouvait être cause de toutes les manifestations nerveuses, je lui prescrivis un régime ■convenable ; il devait revenir me voir, après trois semaines de ce régime.

Il revint le b juin ; les digestions étaient meilleures ; il avait moins de renvois, moins de lourdeur d'estomac; mais l'état céré-

OBSERVATION DE NÉVROSE PSYCHIQUE

bral restait le même, lime donna de nouveaux détails sur cet état et me dit entre autres qu'il lui arrivait d'avoir des absences, de perdre conscience. Ainsi un jour, dit-il, il était sorti par la porte du jardin et se trouva au bout d'un certain temps dans la forêt sans savoir comment il y était arrivé, ayant complètement perdu le souvenir de ce qui s'était passé depuis le moment où il quittait le jardin et celui-ci où il revint à lui dans lafôrct.

Cette circonstance me donna l'éveil. Je sais par expérience qu'on peut toujours réveiller le souvenir des faits oubliés qui se sont passés dans un autre état de conscience, tel que celui de l'hystérie, celui du somnambulisme provoqué ou spontané.

Je dis alors au malade : « Vous croyez que vous avez eu une absence, que vous avez été inconscient. Je vais vous démontrer que cela n'était pas, que vous aviez votre conscience.

Et pour vous le démontrer, je vais réveiller dans votre esprit le souvenir de tout ce que vous avez fait pendant cette promenade en apparence inconsciente. Tenez ! vous allez vousrappeler. «Ainsi je procède toujours avec succès pour réveiller les souvenirs en apparence éteints de l'état somnambulique. Je mets la main sur son front, je concentre son attention, j'affirme qu'il va se souvenir.

Et en effet, au bout de deux minutes, il dit : « Ah ! oui ! j'ai longé la rivière, j'ai rencontré un homme à qui j'ai parlé, je me suis assis sur un banc, etc. », évoquant ainsi tous les incidents de sa promenade et tous les phénomènes de conscience engourdis.

Il fut grandement surpris de ce fait. Je conclus du succès de cette expérience à sa grande suggestibilité, et à son aptitude à être mis dans un autre état de conscience, favorable à la suggestion.

Je profitais de l'impression produite pour lui dire : « Vous voyez que vous n'avez pas d'absence. Votre maladie est une névrose psychique. Je pense qulelle est justiciable de lasuggestion. » 11 eut un moment d'hésitation. Je lui expliquai que la suggestion n est qu'un traitement moral, que le sommeil provoqué n'a pour but que de rendre ce traitement plus efficace, en dégageant le cerveau de toute préoccupation, de toute obsession pour le rendre a lui-même et y faire pénétrer des impressions physiologiques II se laissa convaincre ; je le mis facilement en sommeil profond Je lui fis la suggestion de façon à être compris par lui, lui expliquant que le cerveau débarrassé de toutes ses sensations, et obsessions. Il retrouverait toute son activité : la maladie de l'estomac était elle-même une névrose ; la suggestion modifiant l'état

nerveux de l'estoraac facilitera la digestion, etc. Au réveil, il fut tout étonné de se sentir bien à son aise.

Je répétai la suggestion le lendemain 7 juin, puis le 9, le 11 et le 13 juin. Dès la seconde séance, il s'endormit instantanément en sommeil profond avec amnésie complète au réveil.

Après la quatrième il m'apporta l'observation qui précède. Je ne le revis qu'au bout d'un mois le 12 juillet :

11 n'accusait plus que quelques troubles digestifs, des aigreurs, des renvois, une digestion lente, une difficulté de travailler après les repas, des névralgies intercostales une demi-heure après durant une demi-heure à trois quarts d'heure : quelques douleurs arthritiques dans les jointures, un peu de mal de tête tous les deux ou trois jours : la moral est resté excellent.

Après quatre nouvelles suggestions du 12 au 22 juillet tous ces symptômes ont disparu, les douleurs dès la première suggestion; les troubles digestifs ne cessèrent complètement qu'après la quatrième. La guérison était achevée physique et morale. Le 6 août il m'écrit de Paris qu'il va très bien moralement el que la digestion se fait bien. Cet état de bien-être absolu se maintenait encore fm août, La suggestion réprimera d'ailleurs toute velléité de retour offensif.

Cette observation écrite par un homme intelligent sachant s'observer et s'analyser apporte, il me semble, quelque lumière à l'histoire de certaines formes de neurasthénie et à la doctrine de la suggestion.

1° Il s'agit d'une neurasthénie d'origine psychique qu'on pourrait appeler cérébro-gastrique. L'amélioration rapide obtenue pour les fonctions digestives 'confirme l'idée que la dilatation était subordonnée à l'iuQuence nerveuse. J'avais déjà émis cette idée dans la thèse de mon élève Thiébaut sur la dilatation d'estomac, l'un des premiers travaux publiés sous mon inspiration, en France, sur cette maladie; j'y établis une forme de neuropathie que j'appelle neuropathie cérébro-gastrique; elle:peut être aussi cérébrocardio-gastrique ;

2° La guérison rapide de la neurasthénie montre qu'il ne s'agissait pas d'une hypocondrie, maladie mentale incurable, ni d'une de ces formes de neurasthénie héréditaire

tenace et incurable. Car je ne voudrais pas conclure de celte observation que toutes les neurasthénies sont dociles à la suggestion. C'est dans cette maladie, au contraire, qu'on rencontre le plus d'insuccès, surtout lorsqu'elle est inhérente à une. modalité héréditaire trop prononcée du système nerveux. Ici nous avions un jeune homme impressionnable, né d'une mère impressionnable ; sa première jeunesse avait été exempte d'accidents nerveux. Le surmènement intellectuel du Lycée, la fatigue cérébrale dépensée dans la préparation de concours et d'examens laborieux avaient pu entraîner un état nerveux que l'impressionnabilité psychique avait retenu par une sorte d'auto-suggestion, et qu'une autre suggestion a pu déraciner ;

3" J'insiste sur l'impossibilité pour le malade intelligent de se suggérer lui-même sa guérison, malgré tous ses efforts. C'est là un fait important dans l'histoire de la neurasthénie. Le malade essayait défaire appel à sa volonté et de se persuader que tout cela n'existait que dans son imagination, nie savait et ne pouvait réagir : les efforts dépensés allaient contre le but proposé ; ils faisaient appel à l'auto-suggestion inconsciente. Ainsi en est-il de beaucoup de neurasthéniques. Ils ont de la volonté ; ils ont de l'énergie. On les méconnaît trop souvent, quand on leur dit qu'ils s'écoutent, et qu'avec de la volonté, ils peuvent annihiler leurs sensations ; ils savent que leur vie entière est une lutte; tous les raisonnements qu'on leur tient, il se les tiennent à eux-mêmes; ils se consument en efforts stériles. Et cela se conçoit ; s'ils pouvaient se guérir spontanément, ilsiseraient tous guéris. Tout effort cérébral, chez eux, réveille la fourmilière d'idées et de sensations qui les obsède; l'auto-suggestion inconsciente, plus forte, les domine; c'est l'essence même de la maladie. Une influence étrangère est nécessaire pour les tirer de l'ornière;

4° Les malades peuvent n'être suggestibles que dans un autre état de conscience. Alors la suggestion étrangère.

soit rapidement, soit à la longue, fait table rase des phénomènes anormaux; elle modifie le dynamismepsychique, elle fait acte d'inhibition et de dynamogénie; elle agit souvent, à l'insu du sujet et sans qu'il s'en rende compte. Notre malade est humilié du succès; il est tout étonné qu'une volonté autre que la sienne puisse agir sur lui et réussir là où il avait échoué. C'est que l'état de conscience •normal était peut-être rebelle à la suggestion et que l'état de conscience nouveau créé par l'hypnose constituait un terrain plus favorable à la suggestion, grâce à l'exaltation de la crédivité et de l'automatisme cérébral.

Observation XL. — Ennui et obsessions àvec inaptiliide au travail depuis deux ans. — Amélioration par suggestion en vingt-neuf jours.

M. X..., âfié de vingt-cinq ans, a fait d'excellentes études el conquis il y a plus de deux ans avec honneur son doctorat en droit. Depuis cette époque a débuté la névrose psychique dont il souffre aujourd'hui. A l'activité laborieuse dont il a fait preuve pendant sa carrière d'étudiant, a succédé une impuissance complète de travail.

Ses études terminées, il resta embarrassé par la recherche d'une position sociale. Bien que sa position de fortune lui permît de vivre à sa guise, cependant il désirait vivement une cari'ière utile, dans l'enseignement par exemple.

Malheureusement sa mère infirme réclamait ses soins, et luimême, fils affectueux et dévoué, n'osait songer à la quitter, et ne pouvait trouver dans la ville qu'il habitait une situation conforme à ses goûts, et en rapport avec ses aptitudes.. Après une série de tergiversations, il tombe dans le découragement, se crut déclassé, perdit tout goût pour le travail, même pour les études qui l'attiraient le plus, se concentra dans des idées tristes ; il essaya en vain de lutter contre cet état moral sans pouvoir y arriver. Tout resta vague et irrésolu dans son cerveau, la moindre application d'esprit lui était impossible ; le désœuvrement auquel il était condamné lui était odieux et il ne pouvait en sortir. Il n'avait plus ni goût, ni passion, pour rien. La vie lui pesait, dit-il : pendant près de .deux ans, il promenait partout cet ennui profond qui le rongeait.

Sur les instances d'un ami, il se décida à me consulter le 30 juin

Bien constitué, sans antécédents morbides, fils d'une mère neurasthénique, il se croit lui-même entaché d'un vice héréditaire incurable qui détraque son cerveau. Toutes les fonctions sont normales, l'intelligence est très nette, sans aucune altération. Seulement son activité cérébrale est annihilée par les obsessions qui occupent son cerveau, u il est irrésolu, il ne peut plus rien faire, il est déséquilibré, il est condanmé à l'ennui et au désœuvrement perpétuel ».

J'essaie de l'hypnotiser, sans arriver au sommeil. Il croit n'être pas influencé : d'ailleurs il est très tenace dans ses impressions, ne se livre pas volontiers, ne selaisse pas aller volontairement, il semble être plutôt venu par acquit de conscience, parce qu'un ami guéri par moi d'une" névrose psychique analogue l'y a poussé. Nature froide et concentrée, il n'a qu'une confiance limitée. Je lui tiens les yeux clos, je lui explique que le sommeil n'est pas nécessaire à la suggestion, que celle-ci peut réussir à l'état de veille et doit réussir fatalement si le sujet s'y prête, je lui' explique que son intelligence est nette, mais qu'il s'est laissé envahir par des doutes, des impressions auto-suggestives dont il ne peut pas se débarrasser spontanément, etc. Bref, je cherche à captiver son attention et sa raison en lui expliquant bien l'origine de la névrose et Je mécanisme psychique de la guérison; je fais de la suggestion à sa raison, et j'arrive à l'impressionner.

Après la première séance, cependant, il n'y a pas de changement ; mais après la cinquième, il y a un mieux sensible ; il sent le cerveau dégagé et peut de nouveau s'occuper. Cette amélioration ne dura que quatre jours. Puis il retombe dans son atonie. Après quatre jours de suspension des séances, il revint me voir le 10 juillet, démoralisé et convaincu qu'il ne sortirait pas de cet état.

Je le suggestionne de nouveau et je lui explique que ces résultats sont fréquents, que l'amélioration temporaire obtenue est de bon augure, qu'elle indique que son état cérébral peut se modifier. J'affirme qu'il se modifiera certainement, qu'il n'y a aucun doute, qu'il est impossible que la guérison ne se fasse pas, que s'il a confiance dans ce que je dis, s'il accepte ma suggestion, les idées nouvelles, les impressions nouvelles que je dépose dans son cerveau finiront, après un temps variable, par y prendre racine C est une loi de psychologie qui doit se réaliser chez lui comme chez tous, sur laquelle est basée toute la psychothérapie suggesgestive, etc.- ^

Je fais cette suggestion presque tous les jours, affirmant que la guérison ne sera pas rapide, mais graduelle et progressive.

Après cinq ou six séances, le malade ne témoigne pas encore un grand changement. C'est toujours la même chose. J'évite de l'interroger sur son état; je continue avec patience, affirmant que la guérison se fera graduellement, infailliblement. Cependant, les jours suivants, M. X... commence à se trouver mieux; ses amis s'aperçoivent du changement. Je constate aussi que bien qu'il n'ait aucune sensation de sommeil, il est influencé ; en soulevant les mains doucement, elles conservent l'attitude imprimée. Après huit séances, vers le 18 juillet, il dit spontanément qu'il est bien, qu'il se sent comme il était autrefois, qu'il a repris le goût pour les études et a pu recommencer à lire avec plaisir ; il est tout étonné de ce changement qu'il ne croyait pas possible, alors que malgré toute sa volonté, il n'arrivait pas spontanément à se débarrasser de ses obsessions. Je continue les suggestions jusqu'au 26 juillet, il se sent en bonne voie et espère que la guérison se complétera.

Dans ce cas, la suggestibilité était moindre que dans le précédent. L'hypnose était peu profonde, le malade froid et concentré ne se laissait pas aller ; il opposait une résistance inconsciente. C'est avec ma ténacité, avec ma conviction que j'arrivai graduellement à impressionner celte intelligence et à lui permettre de se débarrasser des obsessions qui la paralysaient. Je lui conseille d'ailleurs de changer de milieu pour se soustraire aux conditions qui ont déterminé cette névrose psychique et maintenir sa guérison.

J'ai revu M. X..., le 20 août. Il a essayé un grand voyage; mais aussitôt qu'il s'est trouvé seul, loin de chez lui, il s'est trouvé envahi par une anxiété avec tristesse et ennui insurmontables qui l'ont obligé à revenir dans sa famille. Malgré toute son énergie, il n'a pas encore assez d'assurance pour voler de ses propres ailes, sans appui moral. Aussi je l'engage à rester ici pour continuer le traitement suggestif jusqu'à guérison parfaite. Il a d'ailleurs pu continuer à se livrer à ses études ; la possibilité de travailler recouvrée par la suggestion s'est maintenue.

NÉVROPATIIIE CÉRÉBRO-CARDIAQUE

Observation XLI. — Onanisme depuis quatre a7is. — Néorose i sy hique : Névropalhie cérébro-cardiaque. — Guérison par suggestion.

Une nature portée à la mélancolie et à la rêverie, une sensibilité assez excitable, un tempérament nerveux, un sérieux qui ne se rencontre pas fréquemment chez les enfants, entrecoupé de loin en loin d'accès de gailé et d'éclats de rire presque exagérés, mais trop peu fréquents, tel était le terrain propre à la névropalhie dont M. le D"" Bernheim, auquel j'en conserverai toujours une re-^ connaissance inaltérable et profonde, a pu me guérir radicalement.

Ecolier irréprochable, nature franchement honnête, ignorant encore à près de quinze ans ce qu'est le mal, j'eus le malheur d'être corrompu par un mauvais camarade, et dès lors, passionné, nerveux, sensible, je me livrai avec ardeur à cette déplorable habitude, l'onanisme. Jusqu'à presque dix-neuf ans et demi, je cédai à ce plaisir, et je le dis hautement, c'était bien loin d'être chez moi, dès ma quinzième année, une habitude d'enfant à nature corrompue ; mais le fruit d'une imagination exaltée, hantée par des visions lascives et aussi par le besoin réel (j'étais très fort pour mon âge) qu'avait éveillé ce plaisir des sens.

Pendant ces quatre années, j'essayai souvent de renoncer à cette habitude. Une révolte morale me faisait cesser pendant un mois ; une fois même, à l'âge de dix-huit ans, pendant quati'e mois et demi ; mais finalement, l'habitude et le plaisir l'emportaient. Plusieurs fois, dans mon intérêt, j'avais l'envie de voir des femmes, maisj'espérais toujours, dans mon honnêteté déjeune adolescent, que je pourrais m'en passer et cependant me déshabituer de l'onanisme. Jamais je n'y arrivai, et par moralité, je ne pus me décider à voir de femmes. 11 est vrai que j'étais bien jeune pour cela.

Quelques mois après que j'eus contracté cette déplorable habitude, c'est-à-dire à quinze ans et quelques mois, je devins amoureux d'une jeune fille du même âge que moi, passion toute d'imagination et cet absurde platonisme (je dis cela aujourd'hui) entretenait à mon insu mes habitudes vicieuses par le fait même qu'elle m'éloignait de la nature et m'empêchait de désirer d'autres personnes; ma passion était malheureuse et nullement partagée. Voilà la cause première bien plus tôt que l'onanisme, de ma névropathie. Cette passion non partagée et à un âge par trop tendre, développa chez moi une mélancolie et une tristesse excessives qui ne firent que s'accroître de jour en jour. Mes baccalauréats, j'eus la chance de les enlever sans échecs, mais j'étais moins brillant qu'autrefois.

De plus, mon développement s'était très ralenti. Cependant, je n'eus jamais le visage qu'ont certains masturbateurs, visage alangui, corrompu, vicié. Le succès de mes examens me remit en état de santé meilleur ; mais un ou deux mois après, je fus pris de battements de cœur très violents, peut-être dus à la pipe, que je m'étais mis à fumer, mais qui avaient aussi pour cause assurément l'onanisme et l'état nerveux. Alors cet état, cette névropathie cérébro-cardiaque fut à son comble, et dura de janvier à juin, de dix-neuf ans à dix-neuf ans et demi.

L'onanisme n'était plus du tout causé par le besoin, mais uniquement par une idée étrange, enracinée dans mon cerveau, par un désir charnel, non accompagné de besoin réel, si bien que pas une fois, l'acte ne fut naturel, mais toujours provoqué. Caractère général : dégoût absolu et complet de la vie, de tout. Tout me semblait inutile, insipide, fastidieux. J'étais quelquefois en proie à des dégoûts tels que le courage seul me manquait pour en fmir avec la vie, dont je n'apercevais pas l'utilité et dont je ne comprenais même plus la possibilité d'un but. Des idées philosophiques, étranges, bizarres, baroques, non puisées dans des livres, mais toutes personnelles, et incapables d'être fixées par des mots, tant elles étaient quelquefois obscures, et je dirai profondes, hantaient mon cerveau. Je n'admettais pas que la vie eût un but, et ce but final qui m'échappait, comme il échappe à tous, du reste, me plongeait dans cette mélancolie qui me faisait désirer de n'avoir jamais existé. Idées philosophiques sur tout, sur le monde extérieur, qui n'existe pas, sur la connaissance des choses en soi me tracassaient particulièrement. J'avais trouvé un auteur, Pierre Loti, qui était absolument dans mes idées sur beaucoup de points, et je buvais, à longs traits, charmé de retrouver dans ses ouvrages des pensées que j'avais eues antérieurement avant sa lecture, des sensations identiques, des vues semblables sur le monde et sur la vie. Pour moi, tout avait une grande mélancolie, les paysages, la clarté du soleil, l'étendue, l'espace, le temps, mais des mélancohes maladives, nerveuses à outrance. Presque toutes les sensations, le son du cor me produisaient des effets semblables. Les souvenirs, les idées, qui me hantaient sur ma passion avaient des formes enfiévrées, malsaines, toxiques mêine.

Il va sans dire que je n'avais plus aucun goût pour les études; car je ne vivais plus que cette vie absurde, vie contemplative, idéale, toujours flottant entre ciel et terre. Un de mes amis me disait : • Tu es ou une bête ou un esprit ; mais tu n'es plus un homme. » Il n'y avait plus pour moi qu'une chose qui valait la

peine de vivre, ma passion, et j'en jouissais d'une manière fiévreuse, maladive, incomplète, car môme en elle je souffrais, ayant conscience de mon amoindrissement physique, de mon glissement vers l'impuissance, sans avoir la volonté et le pouvoir de m'écarter de l'abime, où je m'enfonçais. Oh ! cette conscience démon anéantissement physique était peut-être ce qui était le plus terrible. Voilà pour le moral.

Le physique évidemment se ressentait du moral et de l'onanisme, surtout qui me minait sourdement. Je me portais mal, j'avais du dégoût pour tous les aliments, une perversion de l'appétit marqué, désirant des mets non présents et abhorrant les mets présents^ avec la conscience d'avoir faim, d'avoir besoin d'une alimentation reconstituante pour réparer les pertes. Grand désir aussi de dormir, de reposer, de me réparer, convoitant le coin du feu en hiver et le repos réparateur du lit qui ne venait pas! Loin de là ! J'ai passé six mois sans une bonne nuit, ayant toujours trop chaud, ne faiiant du soir au matin que me retourner, aucune position né me satisfaisant; et puis le malin, pour comble, l'onanisme souvent. Aussi j'étais fatigué et ne reposais pas. Des sensations nerveuses de froid aux jambes, de froid glacial, sans cause apparente ne pouvant me réchaufiTer et me pelotonnant sans y remédier'. Pendant huit à quinze jours des sensations de malaise dans le dos et les poumons en respirant, des points, des maux de tête violents et fréquents. Puis, une fois cela passé, des douleurs insupportables, aux omoplates, intérieures, mais presque superficielles pendant une nuit. Une sensation nerveuse et pénible, œsophagienne, en respirant, qui dura deux jours. Puis quelque chose comme une cystite, douleur lancinante et agaçante à la vessie avec envies très fréquentes d'uriner. Cette cystite m'a duré plusieurs mois, me reprenant deux ou trois fois plus fort, puis, s'atténuant mais ne disparaissant jamais totalement. A cinq ou six reprises J ai rendu avec les urines du sang et des caillots sanguins, une ou deux OIS de suite. Puis cela s'arrêta et un mois environ après nouvelle émission de sang. Aujourd'hui cela a disparu complètement' La partie psychique de ma névropathie surtout était accompa^ gnee de sensations nerveuses inqualifiables, indéfinissables non douloureuses, mais ennuyeuses et troublantes. Ces sensation ner veuses n'étaient pas douloureuses du tout, non localisées ma ; vagues et ne pouvant se comprendre quand elles n'ont pa lé re enties. Elles eta.ent accompagnées d'une inquiétude mortel mdescnptible, d'une agitation extrême de l'âme; d'une peTr d un pressentiment de quelque chose de fatal, non précis. Quant aux

IIYPiNOTISME, SUGGESTION, PSYCHOTHÉRAPIE

palpitations, elles ont diminué de plus en plus, mais lentement, avec rechute quelquefois et sont à peu près maintenant tout à fait passées.

J'ai décrit toute ma maladie jusqu'à la fin, mais j'ai omis quelque chose d'important dans la question du moral. Quelque temps après que la névropathe fut déclarée, la jeune fille en question se mit à m'aimer, peut-être la pitié ou la bonté plutôt l'y avaient poussée. L'âge aussi lui avait donné ce sentiment. Je l'aimai encore plus. J'eus des entretiens avec elle, et cela dura six mois. J'ai été heureux plus que jamais, cela se comprend. Mais une pensée vague que ce sentiment était une très grande amitié du cœur et pas de l'amour peut-être, me venait à l'esprit. EfTeclivement. Je le sus plus tard. Et ce sentiment qui avait dans son e sprit le but de me remettre la santé et de me ramener dans la bonne voie, malheureusement ne réussit pas à ses fins. Peut-être une fois que j'allai mieux me nuisit-elle plus qu'elle ne me soulagea. Et puis, je m'entêtais à lui faire me promettre quelque chose pour l'avenir, pour plus tard. Et elle, sérieuse, ne pouvait me promettre.

On me conseille, pour me guérir, d'aller consulter à Nancy M. le D'"Bernheim, pour mesoumetlre àun traitement par l'hypnotisme. Cela me révoltait un peu de penser que ma volonté ne suffisait plus et que j'avais besoin de celle d'un autre. J'iiésilai trop longtemps, certes, à mon grand regret, et quand je me décidai, à la demande de mes parents, il était temps, je n'en pouvais plus. M. le D'' Bernheim n'a pu pousser la suggestion jusqu'au sommeil profond; (ce malade arrivait au 3^ degré de Liébeault : catalepsie, automatisme rotatoire, contracture, souvenir conservé auréveil). Mais avec sa patience et sa ténacité, en me faisant la suggestion dans un état d'assoupissement, deux ou trois fois par semaine, en moyenne, pendant un mois à six semaines, il a pu me rendre la santé, la gaieté et faire d'un homme perdu un homme sain, bien équilibré et qui revient de jour en jour à ce qu'il était jadis. Au bout d'une semaine, le mieux était déjà sensible; le mal physique passait, le mal moral était plus dur à la détente. Petit à petit, après une ou deux petites rechutes ou plutôt un peu de laisser aller, le mieux s'est accentué; les palpitations ont cessé, le sommeil est revenu; réparateur, tranquille et régulier. Le goût du travail est revenu; le moral est guéri, plus de tristesse, plus de mélancolie. Et ua point qui montre surtout cette guérison du moral, c'est que j'ai aujourd'hui, depuis quelques semaines, la volonté effective de ne pas favoriser ce platonisme et par l'absence, d'oublier ces sentiments faux, nuisibles aux études.

NEURASTUÉiNlE PSYCHIQUE

Il ne tiendrait qu'à moi de retomber, mais je veux oublier et cela ne sera bientôt plus qu'un souvenir. Je ne parle pas de l'onanisme qui s'est enfui avec la première suggestion.

Plus d'idées folles! j'ai compris la vie, son côté pratique; il faut devenir un homme avant d'en vouloir jouer le rôle. Je laisse de côté ce qui n'est pas humain pour ce qui l'est. J'ai toujours compris sans vouloir me l'avouer, mais maintenant je me l'avoue hautement que ce n'est qu'une fois débarrassé de toutes ces idées qui me gênaient, que je pourrais arriver à quelque chose.

J'estime à sa juste valeur le résultat obtenu par mon « sauveur », je prise hautement ce qu'il a fait pour moi, me sauver de ma perte. Et je le répète, je ne pourrai jamais l'oublier. Puissé-je lui prouver ma reconnaissance par les résultats de mes études futures !

Cette observation a été écrite par un jeune étudiant en droit que ses parents désolés m'ont amené d'une ville voisine, avec prière d'essayer sur lui la puissance de la suggestion. C'était une nature honnête que j'ai pu ramener dans la bonne voie. J'arrivai facilement à le mettre en hypnose; bien qu'il se figurât, comme beaucoup, n'avoir pas été endormi, cependant il était fortement influencé; la catalepsie; les mouvements automatiques étaient très nets ; il y avait même des moments où le souvenir était éteint au réveil, sans qu'il s'en rendît compte.

Je lui suggérai de ne plus se complaire dans cette vie contemplative stérile et dangereuse, d'appliquer son esprit à des études pratiques et utiles à sa carrière; de ne plus songer à ses idées amoureuses factices qui n'étaient au fond qu'une obsession, de n'avoir plus la moindre idée d'onanisme, de redevenir ce qu'il était autrefois, un étudiant laborieux ne perdant plus son temps et ses facultés dans des rêveries absurdes et extatiques, mais remplissant sa tache utile et marchant vers le but pratique delà vie etc Les impressions nouvelles suggérées prirent peu à ' peu racine dans son cerveau et une transformation complète est accomplie dans son être physique et moral, à la grande surprise de ses parents.

OBSERVATION d'aLOOOLISME

Observation XLII. — Habitudes alcooliques. — Delirium tremens. — Rétablissement rapide de l'équilibre intellectuel et suspension des habitudes alcooliques par suggestion hypnotique.

L... (Charles), âgé de vingl-huit ans, cultivateur vigneron, entre à l'hôpital le 29 mai 1890 pour des troubles d'origine alcoolique.

Il a quitté le service militaire en mai 1886, après trois ans de séjour au Tonkin où il eut les fièvres pendant trente jours. Il s'y mit à boire de l'absinthe ; rentré chez lui, il continua à boire, vin, bière, eau-de-vie. Marié, père d'un enfant, il est séparé depuis deux ans d'avec sa femme. L'année dernière il eut un accès de delirium tremens pendant huit jours. Actuellement il ne dort pas depuis deux mois ; ses nuits sont agitées par des cauchemars. La nuit du 29 au 30 mai il n'a laissé dormir personne dans la salle, criant toute la nuit, gesticulant, croyant voir à la fenêtre le diable avec ses cornes. Le 30 mai au matin, il avait encore la tête égarée, parlait du diable, voulait partir. Toutefois en concentrant son attention, j'arrive à le faire répondre convenablement à toutes les questions. Je lui tiens les yeux clos, lui affirme qu'il dort, et lui suggère d'être calme et de dormir toute la nuit.

Le l^f juin,je l'examine, je constate une constitution bonne, tempérament mixte. Les membres présentent un tremblement alcoolique notable, les fonctions cardiaque et respiratoire s'accomplissent bien. La sensibilité est normale.

Depuis la suggestion d'hier et d'avant-hier, le malade est calme elles nuits sont bonnes. Il n'accuse plus qu'une certaine agitation, une céphalalgie gravative ; mais l'intelligence est nette et il n'y a plus d'hallucinations.

Je continue la suggestion ; il arrive au second degré. Les jours suivants, il arrive en sommeil profond avec amnésie au réveil. Je lui suggère de ne plus boire une seule goutte d'aucune liqueur alcoolique. Le malade promet de le faire ; il parait d'ailleurs très raisonnable et désireux de guérir ; il dit que c'est par entraînement qu'il s'est laissé aller à boire plutôt que par goût. Je lui suggère un dégoût pour les liqueurs alcooliques.

A partir du 31 mai, le malade ne boit que de l'eau. Il est sorti ie dimanche 1" juin et affirme n'avoir rien bu.

IIABITUDKS ALCOOLIQUES

f.e 2 juin, étant constipé, il prend 2 pilules de podophylle et a, à la suite deux selles. Il accuse des démangeaisons; une lourdeur dans la (été. Les mains présentent encore un tremblement assez accentué . Le vin qu'il voit boire à ses camarades ne l'attire plus. — Suggestion : sommeil profond. Au réveil, il dit que la tête est moins lourde.

4. — Journée bonne. Nuit agitée par des démangeaisons. Accuse de nouveau des lourdeurs de tête.

Le malade reste au service jusqu'au 14; les quelques troubles qu'il accusait encore, tels que sensation de faiblesse, lourdeur de tête, démangeaisons, se dissipent; l'intelligence reste nette; le tremblement diminue. Il ne boit que de l'eau ; le 9 il dit qu'il aurait encore bu du vin hier soir, mais qu'il ne l'a pas fait. Le 12, il ne manifeste plus le désir de boire, mais n"a pas le dégoût.

11 revient le 20 juin à la consultation. Il dit avoir essayé de boire de la bière avec des amis, mais n'a pu finir son bock qui le dégoûtait.

Suggestion.

Il revient le 28 ; il va très bien, dort bien, a bonne mine ; les forces augmentent, dit-il, sans être tout à fait revenues. Il a bu une fois un peu de bière avec ses amis ; mais il s'est senti malade à la suite, vertigineux, et sent bien qu'il ne peut plus en boire.

Je ne voudrais pas affirmer que le malade, dont je n'ai plus eu de nouvelles, n'a pas eu de rechutes. Ce qui est certain, c'est que la suggestion a rétabli l'équilibre intellectuel et enrayé momentanément ses habitudes alcooliques. La suggestion continuée et répétée pendant un certain temps préviendrait certainement toute rechute.

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