ERREURS DUES A LA SUGGESTION MÉDICALE
tômes; mais nous savons que la suggestion thérapeutique bien conduite a souvent prise sur eux.
Ce n’est pas seulement dans le domaine de l’hystérie et des névroses que la méconnaissance de la suggestion peut conduire à des erreurs. Pour appuyer cette assertion, qu’il me soit permis de faire une digression sur un autre chapitre de la pathologie. Ecoutez cette observation clinique :
Le malade dont je veux vous entretenir est entré au service le 27 février 1890. C’est un jeune homme bien constitué, un peu lymphatique, sans antécédents morbides; il n’a pas de fièvre; son pouls est régulier à 76; ses muqueuses sont un peu décolorées.
Il y à quinze jours, il a été pris subitement de coliques avec diarrhée, cinq selles par jour. Cette diarrhée qu'il ne traita ni par les médicaments, ni par un régime spécial, dura d’abord trois jours, puis s’arrêta deux jours, pour reparaître de nouveau avec quatre selles par jour. Il y à trois jours, il a eu trois selles sanguinolentes, toutes de sang pur qu’il estime à environ 1 litre (?). A la suite, 1l se sentit très faible, dut cesser son travail et s’aliter. Les selles sanguinolentes ne se sont pas renouvelées, mais la diarrhée continua, avec coliques. Cette nuit, il à dormi seulement jusqu’à une heure du matin ; il n’a pu se rendormir à cause de la douleur de ventre.
L’appétit est bon; mais quand il a mangé, il sent que la nourriture ne passe pas bien, bien qu’il n’ait ni renvois, ni aigreurs; il accuse toujours une certaine douleur épigastrique et les coliques le prennent cinq à dix minutes après les repas.
Tels sont les renseignements fournis par le malade. Avant de procéder à l'examen objectif, l’idée première qui se présentait à votre esprit était celle d’un ulcère de l’estomac ou du duodénum qui a pu verser son sang dans l'intestin. Notre chef de clinique et notre interne inclinaient vers ce diagnostic. Pour le confirmer, nous interrogeons la région épigastrique où le malade accuse de la douleur et nous cherchons la douleur xiphoïdienne caractéristique de l’ulcère rond.
Je vous ai dit, en effet, que l’ulcère rond donne lieu dans cette région à une douleur intense, nettement circonscrite, réveillée par la pression, à laquelle peut correspondre une douleur rachialgique dans le point correspondant. Le ventre est plat. En l’explorant,
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on détermine à 3 centimètres au-dessous de l’appendice xiphoïde une douleur vive que nous délimitons exactement avec le crayon dermographique et qui couvre un espace circulaire du diamètre d’une pièce de 2 francs, douleur aiguë lancinante. Explorant ensuite la rachis, de haut en bas, aussitôt que je presse l’apophyse épineuse vis-à-vis la douleur épigastrique, le malade accuse une sensibilité très vive. Tous les autres points de l’abdomen et du dos sont indolores à la pression.
L'examen direct confirmait donc le diagnostic : digestion diffi-
cile, coliques cinq à dix minutes après le repas, mélæna, point
douloureux xiphoïdien et rachidien. Il semblait rationnel d’admettre que le sang était fourni par un ulcère rond gastrique ou duodénal.
Vous étiez tous convaincus. Alors, je priai le malade de se cou-
cher sur le côté pour examiner l'anus. Et vous avez vu à l'entrée du rectum un bourrelet hémorrhoïdal, comme une noisette, avec
un orifice recouvert d’un caillot. C’est l'hémorrhoïde, ce n’était pas l'estomac, ni le duodénum qui avait fourni le sang.
Achevons l’observation. Le malade accusait outre la douleur xiphoïdienne et rachidienne un autre point douloureux, une sen-
sation de piqûre à l’extrémité de la onzième côte gauche, à la pression et quand il respire. Une potion thébaïque avec un régime convenable (lait, riz, œufs), arrête la diarrhée dès le premier jour.
Le 427 mai, la douleur épigastrique et celle de l'extrémité de la
onzième côte gauche persistent; la point rachialgique a disparu.
J'endors facilement le malade en sommeil profond avec amnésie
au réveil. Le 2 mai, la douleur xiphoïdienne a disparu par sug-
gestion de la veille ; le point thoracique seul persiste. Une nouvelle
suggestion l’enlève. Le lendemain, 3 mai, le malade, complète-
ment guéri de ses points, de sa diarrhée, et digérant bien, demande sa sortie,
Il s'agissait donc de simples coliques intestinales avec diarrhée liées à une hémorrhoïde ; il n’y avait pas d’ulcère. Pourquoi donc la douleur trompeuse si caractéristique de l’ulcère rond ? Pourquoi ? Laissez-moi vous le dire. Je J'avais produite, je l’avais suggérée consciemment. Pardonnez-moi de vous avoir induit en erreur. C’est pour votre instruction; c’est pour vous éviter de faire cette même suggestion inconsciemment. Je voyais que j'avais affaire à un