La malade a de nouveau ressenti ses douleurs et a mal
dormi. Cependant elle marche bien.
4. — Se plaint encore. On prescrit une couche de collodion sur les jambes; en suggérant que cela achèvera de dissiper la douleur.
6. — N'a plus eu de douleurs depuis l'application de collodion. À eu son époque hier entre 6 et 7 heures du soir; elle était supprimée depuis sa chute.
7. — On entretient le collodion. Va bien; n’a plus de douleurs; dort presque toute la nuit.
1 mai. — La malade reste au service. On ne s'occupe plus
d'elle. Elle continue à marcher très bien; mais se fatigue rapidement quand elle a marché pendant un quart d'heure. L'état actuel est redevenu ce qu'il était avant le mois d’août, avant s rnière chute; il reste la fatigue rapide, l’hyperesthésie de mbe gauche à la pression du tibia; et de plus, l’hyperesthésié de la jambe droite symétrique développée par fatigue, dit-elle, depuis deux ans, Je fais appliquer de nouveau, le 15 mai, de collodion, promettant à la malade que cette application enlèvera complètement la douleur au moins du côté droit où elle est plus récente. En effet, les jours suivants, la douleur à la pression a diminué, mais elle ne disparaît pas complètement, malgré la suggestion. Elle existe, cette douleur, depuis vingt-six ans; la malade est
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absolument convaincue qu’on ne peut pas la lui enlever; elle fait partie d'elle-même. Peut-être pourra-t-on l'enlever à droite ? De même la sensation de faiblesse du bras gauche persiste; la malade serre le dynamomètre jusqu'à 11 à gauche, jusqu’à 41 à
droite.
Elle n’a plus d’ailleurs aucune douleur spontanée aux membres;
elle marche très bien, mais ne supporte pas la fatigue,
En résumé, hyperesthésie dans la jambe gauche, consétive à une chute, sans lésion, datant de vingt-six ans, avec faiblesse musculaire du bras. A la suite d’une nouvelle chute et d’un hygroma consécutif du même côté, exacerbation de la douleur de la jambe gauche ; depuis deux ans, hyperesthésie symétrique de la jambe droite. La malade marche très difficilement pendant trois mois, depuis l'accident, et ne peut le faire sans s'appuyer contre un objet. La fonction de locomotion est rapidement restaurée par la suggestion ; l’hyperesthésie à la pression des jambes persiste.
Voici donc une simple contusion qui guérit et laisse après elle une hyperesthésie du tibia gauche, une sensation de fatigue dans le membre et un affaiblissement musculaire du bras gauche. Aucune lésion ne justifie cette hyperesthésie persistante, ni cette sensation de faiblesse musculaire qui subsiste depuis vingt-six ans. Le sensorium a retenu ces impressions, les a incarnées en lui, les extériorise sur le tibia, et ces impressions purement subjectives, purement psychiques, sont si enracinées que la suggestion n’y peut plus rien. La malade ne se laisse pas désuggestionner cette hyperesthésie ; elle a son siège fait ; on a beau lui dire : elle sait bien que cette douleur ne peut pas disparaître, elle se la suggère inconsciemment depuis vingt-cinq ans.
Ce qui montre bien la tendance de son système nerveux à fixer certaines impressions qu’il perçoit, c’est la nouvelle névrose traumatique datant d'août 1890. À la suite d’un
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simple hygroma traumatique, la douleur de la jambe s’exacerbe, la malade ne peut plus marcher qu’en se cramponnant et en se traînant douloureusement et très lentement ; une hyperesthésie s’est développée dans l’autre jambe. La suggestion restaure vite la marche. Les douleurs restent rebelles.
Il est possible que la psychothérapie instituée il y a vingtsix ans eût prévenu ce résultat, enlevé l’hyperesthésie, restauré la force musculaire, déraciné du sensorium les impressions qui s’y sont localisées depuis, et une lésion insignifiante qui à guéri n’eût pas engendré une infirmité incurable.
OBseRvATION VIII. — Névrose fraumatique du membre supérieur gauche avec symptômes de neurasthénie diffuse datant de vingt ans. — Action momentanée de la suggestion.
Charles Ch.…, âgé de quarante-deux ans, journalier, entre à . l'hôpital le 18 juin 1890, pour une névrose traumalique du membre supérieur gauche.
Pendant la guerre de 1870, il reçut une balle en seton à travers les parties molles du bras gauche; on voit les cicatrices à la face interne du bras vers son tiers inférieur. Il ne peut donner aucun renseignement sur ce qui s'est passé; il aurait perdu beaucoup de sang et a conservé le bras en écharpe pendant deux ans, bien que la cicatrisation fût rapide. Traité en Prusse, il revint au régiment où il resta jusqu'en 1874, comme tailleur, mais faisant peu de chose, car il a toujours conservé depuis une douleur dans le bras et l'épaule. Sorti du régiment, 1l cassa des pierres sur les routes, métier qu'il a conservé jusqu'à présent; mais ne pouvait faire de grands travaux à cause d’une sensation de fatigue très douloureuse qu'il rapporte vers la face antéro-interne de l’avant-bras. De plus, douleur vive dans la fosse sus et sous-épineuse. Il était-souvent obligé d'arrêter son travail, quelquefois même de suspendre pendant un mois. L’année dernière, par exemple, il essaya de travailler à Jarville, du 1° octobre au 1% mars. Vers le mois de jauvier, il dut s'arrêter pendant six semaines. Quand il travaillait, il était forcé de mettre une mouffle dans la main droite; cette main est souvent glacée, dit-il, et il ne parvient pas à la réchauf-
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