CRISES ET PARAPLÉGIE HYSTÉRIQUES
jection des jambes est moins prononcée ; le réflexe rotulien tend à diminuer. Mais ni la station debout seule et sans appui, ni la marche, seule, ne sont encore possibles.
J'apprends à l'oncle de la jeune fille, très intelligent et très observateur, à faire la suggestion. 11 emmène chez lui dans le Nord, le 5 août, et continue le traitement suivant les instructions reçues, l'endormant tous les jours, lui suggérant la guérison progressive, la faisant marcher deux fois par jour.
L'amélioration alla progressive. Il fallut un an pour achever la cure. En juillet 1888, elle était terminée. Depuis, la malade marche, court, saute, n’a plus absolument aucun symptôme de paralysie ni de manifestation nerveuse. La guérison s’est maintenue parfaite. La jeune fille s’est développée : elle est méconnaissable. Elle a eu la douleur de perdre sa mère et une sœur; elle a supporté vaillamment ces émotions. Elle m’écrit une lettre pleine de reconnaissance et témoignant d'un excellent cœur,
Cette observation montre combien la suggestion doit être modifiée pour s'adapter à l’individualité psychique. En attaquant les crises de front, on n’arrivait pas. En laissant la malade elle-même prendre son temps et inconsciemment faire l’inhibition de ses crises, sous l'influence de la suggestion, le résultat a été obtenu.
La paraplégie a mis un an à faire sa guérison complète. Y avait-il lésion organique ? Cela est possible : l’exagération des réflexes tendineux, la lenteur de la guérison procédant
graduellement peuvent le faire penser. Les paralysies hys-
tériques peuvent-elles devenir organiques? Cela n’est pas absolument démontré. La diathèse nerveuse qui fait la manifestation hystérique peut aussi faire une lésion spinale ou cérébrale. Ce seraient deux affections coexistantes, relevant d’une même cause originelle.
OBSERVATION XXII. — Sommeil hystérique. — Crises d'hystérie provoquées. — Guérison par suggestion. — Fièvre continue intercurente.
Joséphine R..., âgée de dix-huit ans, piqueuse de chaussures, entre à la clinique le 3 juillet 1890, pour des symptômes d’hysté-
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rie. Elle habite avec sa mère. Elle raconte qu'il y a huit jours, pendant son travail, elle tomba en sommeil. Depuis, à chaque instant elle a envie de dormir, ce sommeil s'accompagne de mal de tête et de picotement dans les yeux ; il dure quelques minutes sans souvenir, mais la somnolence persiste dans l'intervalle. Elle se plaint aussi depuis le début d’envies de vomir, de douleurs d’estomac, d’inappétence, elle n’a pas eu de selles depuis trois jours. Réglée peu abondamment, toujours de quelques jours en retard, elle n’a jamais eu de maladie antérieure ; elle n’a pas eu ou nese souvient pas avoir eu de crises de nerfs. Elle n’a pas connu son père ; sa mère se plaint de rhumatisme et a des crises de nerfs, deux frères sont morts de la poitrine, deux autres se portent bien, une sœur se plaint de l'estomac.
Constitution assez bonne, tempérament lymphatico-nerveux.
L'examen des organes thoraciques et abdominaux ne fournit aucun symptôme anormal. Sensibilité normale partout.
La température est 37,8. Le pouls à 92.
Pendant l'examen, la malade semble tomber en sommeil; ses paupières tombent; les yeux sont vagues ; elle répond fort mal aux questions; souvent elle ne répond pas. Je mets ses deux bras en l'air ; ils y restent en catalepsie. En même temps les yeux se ferment à moitié, l'aspect devient hypnotique. Si je presse un peu le ventre, la malade gémit, se jette de côté et d’autre, ébauche une crise qui cependant n’aboutit pas.
Je réveille la malade par suggestion; je lui suggère fortement de rester éveillée toute la journée, de ne dormir que le soir.
5 juillet. — La malade a dormi dans la journée seulement de deux heures et demie à trois heures et demie. Pendant la nuit, elle a bien dormi. Elle accuse toujours des douleurs abdominales qui existent depuis le début, continues, comme des coups d’épingles.
La malade répond bien aux questions, quand on l’interroge. Cependant, si on l’abandonne à elle-même, la face prend un aspect inerte. La main placée en l'air s’y maintient avec un certain tremblement. J'abaisse le bras qui continue à être agité de tremblements réguliers assez étendus. Pendant cet examen la face reste inerte; les globes oculaires immobiles ; la malade n’a plus la force de parler. La respiration devient haletante, à 70 par minute, laborieuse. Au bout de trois minutes, angoisse, gémissements, face injectée, mouvements dans les bras, puis dans les jambes. Elle crie : « maman, maman », se met sur le côté droit. avec de grands mouvements du tronc et des membres; cris plaintifs;
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aspect de terreur ; yeux entr'ouverts. L’angoisse douloureuse est si vive que j'arrive difficilement à fixer l'attention de la malade. Je dis à plusieurs reprises : « Toutest fini; le calme revient. » La malade semble obsédée par ses sensations et accepte difficilement la suggestion que je répète énergiquement. Au bout de trois minutes je continue la suggestion très doucement, je mets la main sur son front. Enfin après cinq minutes de suggestion, la malade redevient calme. Je suggère la vue d’anges volant autour d'elle. Ensuite je la réveille facilement. Elle dit être très bien. Je l’inter roge elle ne se souvient pas d'abord. J'insiste : elle dit avoir eu mal dans les membres. J'arrive à lui faire dire qu’elle voyait sa mère, et qu'elle étouffait. Elle ajoute : « Elle est partie maintenant. »
Si je presse sur le ventre, elle se renverse douloureusement en arrière. Je lui fais une suggestion vigoureuse à l’état de veille et lui affirme qu'elle n’aura pas sommeil pendant la journée.
7. — Va bien depuis avant-hier. A dormi une heure dans l’après midi seulement. N'a plus le besoin continuel de sommeil. Les douleurs abominales n'existent pas ce matin. Les règles ont apparu aujourd'hui.
8. — A dormi dans l'après-midi une demi heure environ. Du reste va bien. Les règles continuent ; sensibilité dans le ventre. Accuse une légère douleur dans les yeux,et un point au-dessous du rebord axillaire gauche. Suggestion hypnotique. Au réveil n'a plus de sensations douloureuses.
10. — Va bien. N'a eu que quelques douleurs dans les tempes le soir. Suggestion.
41. — N'a plus de mal de tête. L’époque menstruelle est terminée.
15. — Se plaint d’une douleur au-dessous du rebord costal droit qui est enlevée par suggestion.
18. — Plus de crises, ni de sommeil nerveux. Présente seulement une certaine torpeur ; depuis quelques jours, petits mouvements choréiques dansles bras.
21. — Accuse encore des douleurs dans la tête. Par suggestion on fait disparaître les mouvements choréiques des bras. La sœur dit que la malade à voulu se lever hier; mais elle a dû se recoucher, car elle est très pâle étant levée et tombe en torpeur. — Par affirmation, je détermine de nouveau en pressant au-dessous du rebord costal une douleur vive. La malade pleure, pousse des cris, ébauche une crise. Je touche le point symétrique de l’autre côté en disant que tout rentre dans l’ordre; les pleurs cessent et la
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