‹ Hypnotisme, suggestion, psychotheŕapie (volume 3)Chapitre 250 sur 271 · PP PRE ET SON · texte numérisé non relu

PP PRE ET SON

titubation et le vertige, comme nous l'avons vu intervenir contre le mécanisme spinal qui fait de la chorée et de la contracture.

Cette idée théorique, qui peut s'adapter à certains faits, comme celui de la prochaine observation, n’est pas applicable à celle-ci; car, d’une part, le vertige chez ce malade existait plusieurs années avant que l’hémianesthésie ne fût constatée; d’autre part, le vertige avait disparu sous l’influence de l’aimant, alors que l’hémianesthésie sensitivosensorielle existait encore tout entière.

Le problème reste donc obscur. Ce n’est pas par sa vertu esthésiogène que l’aimant a dissipé le vertige. Peut-on concevoir une interprétation autre? D’après les expérimentateurs, les lésions peu. profondes des parties latérales du cervelet, celles mêmes de toute l’épaisseur de l’organe, mais portant sur la ligne médiane, ne donneraient lieu à aucun mouvement de rotation du corps, à aucune incoordination des mouvements.

Mais, dit Vulpian, lorsque la lésion porte sur les parties latérales et qu’elle est quelque peu profonde, ces phénomènes se produisent aussitôt. La déviation des yeux, le nystagmus, la rotation de l’animal dans un sens ou dans un autre s’observent à un degré d'autant plus marqué que la lésion s'approche davantage des racines des pédoncules cérébelleux.

Les expériences de Leven et Ollivier, de Nothnagel et autres semblent confirmer cette opinion. On peut donc se demander si le cervelet concourt par lui-même à la coordination des mouvements, si ses altérations propres sont susceptibles de produire des désordres dans la motilité, et Je vertige qui les accompagne, ou s’il n’agit que par l’intermédiaire des fibres profondes, des pédoncules cérébelleux qui établiraient des connexions entre lui et les autres centres nerveux, spinaux et encéphaliques, quel que soit d’ailleurs le mécanisme qui produit ces phénomènes.

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S'il en était ainsi, on concevrait à la rigueur que l’aimant agisse en rétablissant les voies de communication interrompues dont l'intégrité assure l'équilibre des mouvements. De même qu'il restaure la sensibilité détruite par les lésions de la capsule blanche interne, en frayant à l’influx nerveux sensitif centripète de nouvelles voies de passage, de même il restaure l’équilibre des mouvements et dissipe le vertige lié à ce désordre, en frayant de nouvelles voies de communication à travers les fibres pédonculaires de listhme qui vont du cervelet aux centres moteurs. L’impression produite à la périphérie des nerfs

sensitifs par l’aimant serait conduite par les faisceaux

cérébelleux directs qui mettent en relation ces nerfs et la substance grise de la moelle avec le cervelet. Je livre cette hypothèse pour ce qu’elle vaut, sans insister davantage pour ne pas m'égarer dans un champ aussi mal défriché encore.

Après ces considérations sur le vertige, Je mentionne rapidement les autres effets thérapeutiques de l’aimant.

2° Appliqué successivement sur la face et les membres, il a ramené peu à peu la sensibilité sensorielle, tactile et musculaire, et cette sensibilité est devenue presque égale des deux côtés, continuant à se perfectionner les jours suivants, l’aimantation étant suspendue.

3° La force musculaire, mesurée au dynamomètre dans la main et à l’aide de poids soulevés par les pieds, à considérablement augmenté (presque doublé) par l'application de l’aimant; les mouvements sont devenus en même temps plus rapides et plus précis. Les mouvements de flexion et d'extension du cou-de-pied, des orteils et du genou, très limités, ont repris leur souplesse normale.

4 La guérison s’est maintenue ‘jusqu’à ce jour (fin mars).

Un mot encore sur notre malade. Ce qui précède était écrit quand nous l’avons revu le 20 septembre. Son état

s'est modifié et nécessite quelques considérations complémentaires.

Sorti de notre service le 2 mars, il marchait bien et sans hésitation, avec une canne, ne ressentant qu’une certaine raideur dans les articulations du cou-de-pied et des orteils; au bout de quinze à vingt minutes, la fatigue l’obligeait à s'asseoir. Le vertige disparu n’est pas revenu. X. tourne la tête et la remue en tous sens sans plus éprouver aucune sensation anormale; il n’a plus de douleurs occipitales; seulement, il éprouve encore une ou deux fois par semaine le sentiment d’un léger coup de marteau allant de la partie gauche de l’occiput d'avant en arrière à la région frontale, un seul coup durant une fraction de seconde, non douloureux, tandis qu'autrefois, avant l’aimantation, ce coup ‘était plus douloureux, le réveillait pendant la nuit, durait plus longtemps, une minute environ, et se répétait cinq ou six fois au moins dans les vingt-quatre heures.

La sensibilité restaurée persiste; seulement il existe un certain degré d'engourdissement aux talons, plus marqué au gauche, et qui aurait augmenté depuis la sortie du malade, engourdissement sans fourmillements ni anesthésie.

D’autres troubles sont survenus depuis environ quatre mois :

1° Une douleur qui commence à l’ischion gauche, s'étend vers le grand trochanter et de là descend à la face antérieure de la cuisse, se limite plus bas à la crête antérieure du tibia et se propage vers le premier et le quatrième orteils; douleur obtuse, comme une sensation d’excoriation légère, marquée surtout vers l’ischion et la crête du tibia, a’augmentant pas par la marche.

2° Une douleur contusive moins forte, continue, dans les deux avant-bras, des coudes aux poignets, plus mar- «quée à gauche; cette douleur à diminué depuis le 22 août, par le traitement (iodure de potassium, bains sulfureux).

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3° Une douleur au milieu des vertèbres lombaires et de la région lombaire gauche, peu intense, continue, spontanée et à la pression, sans exacerbation pendant le décubitus, mais devenant quelquefois très forte quand le malade se dresse sur son séant.

4° Quelquefois, les deux derniers doigts gauches et les trois derniers à droite deviennent insensibles et comme morts; il les mord sans les sentir. Ce phénomène se présente surtout dans la nuit, quatre ou cinq fois; plus rare-

ment le jour, une fois seulement, ou pas du tout; il dure

trois à quatre minutes et disparaît habituellement quand le malade met les mains entre les cuisses, sans doute par la chaleur. Ce symptôme, d’ailleurs, que nous n’avions pas noté, existe depuis plus d’un an et n’avait pas disparu à la suite de l’application des aimants. La sensibilité tactile et à la douleur est conservée en dehors de ces crises.

9° Quand le malade entre au lit, il est pris régulièrement pendant quinze ou vingt minutes, depuis environ quatre mois, de secousses dans un pied qui fléchitets’étend alternativement ou bien subit un mouvement d’adduction et d’abduction ; ou bien c’est dans le genou un mouvement de flexion et d'extension alternative. Ces phénomènes nouveaux se manifestent tantôt à droite, tantôt à gauche, mais jamais dans les deux côtés en même temps; les secousses se succèdent quelquefois à des intervalles de quelques minutes, se suivent rapidement au nombre de dix ou vingt. Nous ne constatons pas d'exagération des réflexes tendineux.

6° Ceci est le phénomène nouveau le plus saillant; il s’est manifesté depuis quatre mois et va en progressant, au dire du malade. Il à une démarche d’ataxique très accentuée, lançant ses deux jambes; la droite est mieux soulevée que la gauche. Il se tient debout, sans canne, les yeux ouverts ; mais ceux-ci fermés, il vacille au bout de sept secondes. Sur un seul pied, les yeux fermés, il ne peut se

tenir debout et vacille immédiatement. Cependant il sent la résistance du sol, distingue le plancher du tapis; il n’a aucun vertige; ce n’est plus comme autrefois, la démarche titubante d’un homme ivre, ce sont les mouvements mal coordonnés avec projection des pieds, de l’ataxique. De plus, il ressent quelquefois pendant la marche, une fois environ par quart d'heure, comme un coup dans les genoux qui fléchissent, et il tomberait s’il ne s’appuyait. Dans son lit, il exécute tous les mouvements; la force musculaire semble conservée; la force dynamométrique, mesurée au dynamomètre de Mathieu, est de 45 pour la main droite et de 33 pour la main gauche. L’érection du pénis a toujours lieu le matin, sans excitation insolite. J'ajoute que le malade n’a pas et n’a jamais eu de douleurs fulgurantes caractérisées. |

Tel est l’état actuel. Ainsi, les symptômes qui avaient cédé à l’aimant n’ont pas reparu. D’autres se sont manifestés qui obscurcissent le diagnostic. L’ataxie locomotrice des membres inférieurs existe très prononcée, sans vertige, sans titubation. Est-ce encore de l’ataxie cérébelleuse ? Estce de l’ataxie spinale ?

La première, d’après ce qui est généralement admis, serait une titubation vertigineuse, pendant la station et la marche, rappelant celle de l'ivresse; c’est cette démarche que notre malade à présentée pendant nombre d’années avant la magnétothérapie, et qui, accompagnée des autres symptômes notés, ne parait pas laisser de doute sur un foyer intéressant le cervelet.

Aujourd’hui, lataxie n'offre plus ce caractère, mais rappelle celui de la maladie de Duchenne. Conclurons-nous à une localisation nouvelle dans les cordons postérieurs de la moelle? Dirons-nous qu'il s’agit d’une affection complexe, telle que sclérose cérebro-spinale, se traduisant par des foyers multiples et successifs, dans le cervelet, la capsule blanche interne droite, les cordons spinaux

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postérieurs? Les manifestations de date récente accusées par notre malade, les sensations douloureuses dans le membre inférieur gauche et la région lombaire, les secousses convulsives des jambes quand il se met au lit, se rapportent-elles à cette nouvelle détermination spinale ? L’autopsie donne trop souvent des démentis à nos déductions diagnostiques sur le champ des centres nerveux, pour que nous osions émettre une assertion.

J’ai noté que le malade n’a jamais eu de douleurs fulgurantes proprement dites, symptômes si fréquents du début de l’ataxie spinale ; jamais de diplopie, ni de troubles réflexes des mouvements pupillaires.

J’ajouterai, d'autre part que l’ataxie cérébelleuse ne semble pas se borner toujours à une simple titubation vertigineuse. Dans plusieurs observations d’affections du cervelet, on lit des faits comme celui-ci, par exemple : « Les membres inférieurs exécutent des mouvements désordonnés, la patiente levait les pieds ou trop tôt ou trop tard, frappait le sol tantôt du talon, tantôt de la pointe, projetait irrégulièrement ses jambes. » (Tumeur du cervelet, par Curschmann, Berl. klin. Wochenschr., 18TT1 et Revue de Hayem.) Chez un homme qui vient de mourir au service de mon collègue Spillmann, avec une tumeur du quatrième ventricule, sans lésion médullaire, on constatait une paraplégie incomplète, mais très accentuée des membres inférieurs, avec des mouvements incoordonnés pendant les efforts de la marche. Cette incoordination était surtout manifeste au membre supérieur gauche moins paralysé ; le malade, par exemple, appelé à porter son doigt sur le bout du nez, ne parvenait pas à diriger ce mouvement avec précision sur le point indiqué, mais tombait à côté. L’ataxie cérébelleuse peut donc quelquefois simuler l’ataxie spinale. :

En conséquence, je crois que le diagnostic précis n’est pas possible chez notre malade, dans l’état actuel de nos

connaissances. L’affection cérébelleuse semble très vrai-

semblable, mais elle ne paraît pas s’adapter à l’interprétation de tous les phénonènes successivement observés.

Cette nouvelle phase clinique n’altère pas d’ailleurs les conclusions que nous avons déduites de l'influence thérapeutique des aimants. Elle montre seulement, confirmant ce que nous avons dit au sujet de la seconde observation, que la magnétothérapie n’a qu’une influence purement dynamique et fonctionnelle, qu’elle n’arrête pas l’évolution

organiqué de la maladie, mais rétablit certaines fonctions:

troublées par la lésion, souvent incapables de se restaurer spontanément, bien que leur intégrité soit conciliable encore avec la nature de la lésicn.

OBsERvATION CIIT. — Attaque d'apoplexie. — Hémiplégie incomplète ; . hémianesthésie complète sensitivo-scnsoriclle persistant après quatre mois. — Guérison par l'application d'aimants pendant dix jours.

: H..., âgé de trente-huit ans, entre à l'hôpital le 12 mai 1881, atteint d’hémiplégie incomplète avec hémianesthésie du côté gauche, datant du 16 janvier.

Fort, bien constitué, d'une bonne santé habituelle, n’accusant ni syphilis, ni rhumatisme antérieur, mais quelques accès de fièvre intermitlente contractés en Afrique en 1868 et quelques abus d’absinthe, il resta bien portant jusque vers le 12 janvier. A cette époque il aurait eu, pendant quatre jours, de légères hématémèses, avec reflux d'une partie du sang par le nez (peut-être étaient-ce des épislaxis?) vomissements faciles sans nausées, sans troubles digestifs, dit-il. IL travaillait alors dans un laminoir de Liège, exposé à une chaleur très vive. Le 16 janvier, il ressentit du malaise, de la céphalalgie avec vertige et des picotements douloureux dans toute la moitié gauche du corps; en même temps, il aurait éprouvé une sensation de froid ; le champ visuel correspondant à l'œil gauche était trouble, il aurait vu double les objets et les personnes. La marche était normale, la force musculaire conservée ; du côté de la face, rien n’était modifié.

Pour dissiper ce malaise, il se promena dans un jardin public

de Liège, quand il perdit tout à coup connaissance et tomba sur place.

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Transporté à l'hôpital de Liège, il ne reprit connaissance qu'au bout de dix Jours. Il était frappé d'hémiplégie complète avec hémianesthésie sensitivo-sensorielle gauche.

Au bout de quarante jours, le malade put parler convenablement et marcher, mais l’hémianesthésie persistait. Il quitta l’hôpital de Liège le 26 février et fit un séjour de quarante jours à l'hôpital de Reims, où on lui électrisa les membres paralysés.

Sorti de ce dernier hôpital il y a quelques jours, il voulut reprendre son travail; mais il restait sujet depuis son attaque à des vertiges fréquents : tout tourne autour de lui. Depuis deux jours, ces vertiges ont augmenté ; la céphalalgie s’y est jointe ; la marche est incoordonnée, il tombe à chaque instant, dit-il, du côté paralysé ; les enfants le suivaient dans la rue comme un homme ivre.

Etat actuel (le 17 mai 1881). — Traits de la face déviés à droite : paralysie du nerf facial supérieur et inférieur gauche ; peau frontale gauche lisse sans ride ; l'œil se ferme incomplètement et pleure ; tous les mouvements de l'œil sont conservés; l’orbiculaire palpébral seul est parésié. Narine gauche abaissée ; la droite tirée en haut et en dehors, de même que la commissure labiale droite; langue déviée à gauche, le malade la sort assez facilement;

en soufflant, il ne contracte que la moitié droite de l'orifice .

buccal.

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