LECON IX
Relations de l'hypnotisme avec l’hystérie. — Des phases classiques de la grande hystérie. — Influence de la suggestion sur l’évolution de la crise. — Suggestibilité des hystériques. — De l’ovarialgie et des zones dites hystérogènes. — De la suggestion comme moyen de couper les crisese — Anesthésie et amblyopie hystériques. — De la pseudo-tympanite abdominale des hystériques. — De la douleur dite caractéristique de l'ulcère rond ‘de l'estomac. — Des pseudo-névralgies. — Des points douloureux de la sciatique.
Après avoir, dans les leçons qui précèdent, essayé de donner une conception aussi nette que possible de l'hypnotisme et de la suggestion, après avoir décrit succinctement les principaux phénomènes qu’on peut réaliser dans cet état, je veux aborder une dernière question : celle des relations de l’hypnotisme avec l’hystérie.
L'école de la Salpêtrière a cru pouvoir assimiler lhystérie à l’hypnotisme. Les hystériques seules ou au moins les candidats à l’hystérie seuls seraient hypnotisables ; l'hypnose ne serait qu’une des formes de l’hystérie; elle sert même à déceler l’hystérie latente ; elle peut la réveiller. Il existe un grand hypnotisme et de petits états frustes. Avant les travaux de la Salpêtrière, l’hystérie comme Phypnotisme n'étaient qu'un chaos, amalgame de phénomènes mal étudiés, mal coordonnés. L’école de la Salpètrière à introduit de l’ordre dans ce chaos, créé par une observation rigoureuse la succession et la subordination des divers phénomènes ; elle a établi des phases ou périodes diverses qui se déroulent dans un ordre régulier et dont l’évolution cyclique constitue le tableau de la grande hystérie classique, du grand hypnotisme classique.
Cette conception des phénomènes ne me paraît pas Con-
forme aux faits. Rien n’est moins vrai que cette assertion : les hystériques seuls sont hypnotisables. J’ai montré que dans un service d'hôpital où le médecin a une autorité sur les malades, où ceux-ci peuvent subir plus aisément l'influence de l’atmosphère suggestive, c’est-à-dire être entraînés par l'exemple, presque tous les sujets sont hypnotisables en sommeil profond, beaucoup avec hallucinabilité et amnésie au réveil, les hystériques pas plus que les autres. Sans doute, les hystéries franches, avec strangulation, grandes crises, anesthésie, etc., sont le plus souvent très suggestibles ; mais les neurasthéniques sans crises le sont souvent fort peu. C’est chez eux qu’on trouve le plus d'échecs; plus la neurasthénie se rapproche de l’hypocondrie, plus l’imagination est obsédée par des sensations et des idées qui s’y sont incarnées de longue date, en d’autres
termes, plus l’auto-suggestion domine le cerveau, moins,
en général, la suggestion d'autrui a prise sur lui. Si les hystériques franches sont plus impressionnables, c’est peut-être parce que leurs sensations et leurs idées sont moins fixes que chez les neurasthéniques; elles sont mobiles, variables, fugitives ; les hystériques acceptent les impressions suggérées par les autres aussi bien que celles suggérées par leur organisme ; elles ne sont pas obsédées par des impressions personnelles aussi persistantes. L’autosuggestion, chez elles, n’est pas enracinée au point de fermer le sensorium à toute suggestion étrangère.
On peut dire avec le professeur Forel : « C’est avec le cerveau qu’on opère pour réaliser des phénomènes hypnotiques, et les cerveaux sont d’autant plus faciles à impressionner qu’ils sont plus sains. » Les soldats, les ouvriers, les paysans, les gens sérieux qui savent se laisser aller sans résistance, sans esprit d'analyse, sans arrière-pensée de contre-suggestion, sont en général faciles à hypnotiser ; tandis que les raffinés, les nerveux, les femmes qui ne savent pas se concentrer et dont l’esprit est agité, le sont