‹ Hypnotisme, suggestion, psychotheŕapie (volume 3)Chapitre 91 sur 271 · PHASES CLASSIQUES DE L'HYSTÉRIE · texte numérisé non relu

PHASES CLASSIQUES DE L'HYSTÉRIE

parfois plus difficilement, à moins qu’ils ne soient particulièrement impressionnables, c’est-à-dire susceptibles de recevoir de l’opérateur une impression profonde qui domine et neutralise leur esprit de critique ou de contradiction. Mais cette impressionnabilité psychique n’est pas de l’hystérie. Ou bien il faudrait conclure que tous les malades qui entrent dans mon service sont des hystériques latents.

Nous avons vu que les diverses phases du grand hypnotisme, telles que la Salpêtrière les a décrites, n’existent pas. Ce sont des phases obtenues par suggestion ; c’est une névrose hypnotique suggérée. Ni M. Liébeault, ni M. Delbœuf, ni M. Forel, niM. Moll, ni M. von Renterghem et von Eden, ni M. Wetterstrand ne les ont constatées.

L'attaque de grande hystérie comprendrait quatre périodes. La première, quelquefois précédée de prodromes, est la période épileptoïde qui dure deux à cinq minutes : perte de connaissance, phase tonique avec mouvements pendant quinze secondes, phase tonique avec immobilité tétanique pendant quinze secondes, phase clonique avec oscillations rapides et brèves des membres tétanisés pendant trente secondes, puis résolution, stertor pendant {fun temps variable ; toute cette période simule une attaque d’épilepsie.

La seconde période est celle des contorsions et des grands mouvements, elle dure de une à trois minutes : ce sont des convulsions cloniques avec mouvements très étendus et très désordonnés : flexion, extension, arc de cercle, attitudes illogiques.

La troisième période est celle des attitudes passionnelles ou poses plastiques, elle dure de cinq à quinze minutes. C’est un délire ; la malade vit son délire : le regard fixe exprime tantôt la joie, tantôt la crainte, tantôt le cynisme; elle décrit des scènes d'amour, voit des fleurs, raconte une

scène d’assassinat ; il y a anesthésie, hallucination ; le souvenir des hallucinations est conservé.

La quatrième période, période de prolongation ou d’hallucinations, peut se prolonger de quelques minutes à quelques heures ou même quelques jours. La malade voit, par exemple, des animaux, rats, serpents, vipères ; elle est gaie, triste, furieuse, religieuse ou obscène ; elle voit et entend ; mais les perceptions du monde extérieur sont mal interprétées, engendrent des illusions qui entretiennent le délire avec les hallucinations.

Tous ces phénomènes, bien observés et bien décrits dans le livre de M. Richer, existent dans l’hystérie et peuvent se succéder dans l’ordre indiqué. Maïs cette succession de phénomènes dans un ordre régulier est-elle assez fréquente, assez constante pour constituer le type classique et complet de la grande hystérie ? Je n’oserais l’affirmer. J’ai observé comme tous les médecins toutes ces manifestations diverses, attaques épileptoïdes, grands mouvements, délire, hallucinations, etc., mais je n’ai pas observé cette régularité de phases successives ; et je ne crois pas que, en dehors de la Salpêtrière, on l’ait observée. Quand on a vu combien les hystériques! sont suggestibles, même pendant leurs accès, combien elles réalisent facilement les phénomènes qu’on attend ou qu’elles ont vu se produire sur d’autres, on ne peut s'empêcher de penser que limitation, agissant par auto-suggestion, joue un grand rôle dans la genèse des

manifestations. Une hystérique qui a assisté à de grandes crises développées sur d’autres, répétera avec précision la succession des phénomènes qu’elle à vus, surtout si elle sent l’attention dirigée sur elle, et si elle sait que l’observateur attend ces phénomènes dans un certain ordre. Une fois qu’elle a réalisé sa crise complète, que son système nerveux cérébro-spinal s’est assimilé, si je puis ainsi dire, le mécanisme de cet appareil symptomatique complexe, elle le reproduira volontiers sous l’influence de la moindre

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