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GUÉRISON DE L'ANESTHESIE HYSTÉRIQUE

Le 19, je la restaure dans une première épreuve jusqu'au milieu des doigts, dans une seconde jusqu'à l'extrémité. L'anesthésie a tout à fait disparu au membre supérieur, le dynamomètre donne 38 à la main droite, 15 à gauche. Puis, après friction suggestive de quelques secondes sur la main et l'avantbras, la main gauche donne 28.

Dans le membre inférieur gauche, la sensibilité s'est maintenue jusqu'au genou. Je la ramène lestement en une épreuve dans toute la jambe et le pied. La malade peut alors lever le pied en l'air, faire tous les mouvements. Je la fais se lever, et avec un peu d'entraînement suggestif j'arrive rapidement à la faire marcher et courir !

Le lendemain, je constate que la température est redevenue égale dans les deux mains et les deux pieds. La guérison est complète, la malade a pu sortir en ville.

En résumé, hémianesthésie avec hémiplégie chez une hystérique, datant de quarante jours, résistant à la suggestion, rapidement guérie en quelques jours par notre procédé suggestif au crayon coloré.

Ces deux observations éclairent bien le mécanisme de l'anesthésie hystérique; elles montrent combien elle est subordonnée au cerveau psychique. Il la guérit, comme il la produit ; il en crée l'image et l'extériorise à la périphérie. Pour détruire cette image, il faut actionner le cerveau. C'est cette action sur le cerveau qui constitue la médication suggestive, la psycho-thérapie.

Le cerveau des hystériques peut maintenir l'anesthésie envers et contre toutes les suggestions. Les malades résistent au feu, à l'électricité, à l'aimant, à certaines influences émotives. Elles paraissent avec une volonté de fer se cristalliser dans leur illusion. Et voilà qu'une ruse grossière surprend leur raison et brise comme du roseau peint en fer cette irréductible ténacité.

Une question se pose encore. Par quel mécanisme le cerveau des hystériques produit-il cette anesthésie qui a tous les caractères de l'anesthésie suggérée ? Pourquoi dans

notre première observation, un traumatisme sans lésion grave a-t-il déterminé une anesthésie psychique de la main ? Pourquoi, dans la seconde, est-il survenu une anesthésie psychique de la main et du pied, laquelle s'est propagée les jours suivants à tout le côté gauche, devenant hémianesthésié? Il est possible que cette propagation soit le fait de la suggestion produite par nos paroles et nos recherches ; la malade voyant que nous explorions tous les jours le côté gauche, a créé Thémianesthésie que nous cherchions. Mais l'anesthésie limitée du début, quelle est son origine? Ce n'est pas une simple fantaisie de l'imagination, sans lésion provocatrice, le sujet ne pouvant passe suggérer un phénomène dont rien ne lui donnait l'idée. Il faut admettre, je pense, quelque chose de réel, d'organique, qui crée dans le cerveau l'image de l'anesthésie.

Dans notre première observation on note un gonflement avec rougeur de la main insensible, dans la seconde un refroidissement marqué avec pâleur de la main et du pied. Chez un autre de mes malades atteint d'hémianesthésie gauche, j'ai constaté une teinte bleuâtre avec abaissement de la température très net dans la main et l'avant-bras anesthésie (Voir Revue de l'hypnotisme, 1893, page 230). Ce fait, abaissement de la température locale, ralentissement de la circulatiou capillaire, sensation de froid, dans l'anesthésie hystérique, avait été signalé déjà par Briquet ; Pitres explique par l'hyperexcitabilité vasculaire l'absence d'hémorrhagie parfois observée après les piqûres.

Ces troubles de circulation locale, phénomènes dus à la constriction ou à la dilatation vasomotrice, sont-ils primitifs ou consécutifs à l'anesthésie? Chez certains sujets, la suggestion peut réaliser des réactions vasomotrices, congestion, pâleur, abaissement et élévation de température, voire même vésication et stigmatisation. Mais il faut le dire, pareilles suggestions réussissent rarement, chez fort peu de sujets. L'anesthésie suggérée même prolongée ne

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