‹ Hypnotisme suggestion psychothérapieChapitre 106 sur 235 · ORIGINE DE L'ANESTHESIE HYSTERIQUE · texte numérisé non relu

ORIGINE DE L'ANESTHESIE HYSTERIQUE

l'hystérique, être ignorée du sujet, qui, lui aussi, ne la manifeste que quand on la recherche. Voici un sujet que je mets en sommeil profond; je lui suggère une hémianesthésie persistante. Je le réveille, il ne se souvient de rien ; il se sert de sa main insensible, écrit, travaille, marche, ramasse une épingle, comme si de rien n'était. Il est tout étonné, quand je le touche et le pique du côté gauche, de ne rien sentir; quand je ferme son œil droit, de ne rien voir; quand je bouche son oreille droite, de ne rien entendre. L'hémianesthésie n'existe pour lui que quand je la démontre.

Frappé de cette ressemblance parfaite entre l'anesthésie créée par suggestion hypnotique et celle créée spontanément par l'hystérie, je me demande si, malgré toutes les apparences, le mécanisme suggestif ne peut être invoqué dans cette dernière, si l'expérience que j'ai réalisée d'aûesthésie inconnue de lui, suggérée à un sujet, ne peut pas se réaliser spontanément chez l'hystérique» Celui-ci est sujet, on le sait, à des états variables de conscience ; les crises de convulsions, de contracture, de sommeil, sont conscientes bien qu'elles ne laissent aucun souvenir de ce qui s'est passé. Je suppose que dans un de ces états, une contracure vasculaire locale se produise, comme il se produit du laryngisme avec congestion delà face, de la contracture musculaire abdominale et des membres : ce spasme vasculaire localisé dans un membre donne lieu à une sensation d'anesthésie locale ; s'il existe dans le cerveau, généralisé ou prédominant dans un hémisphère, il peut crééer une sensation d'anesthésie totale ou unilatérale. Pendant la crise, le sujet a conscience de cette anesthésie, car la conscience n'est jamais abolie pendant la crise d'hystérie, pas plus qu'elle ne l'est dans le sommeil dit hypnotique provoqué. L'idée de cette anesthésie reste inscrite dans le cerveau, dans les deux cas. Réveillé, ou revenu de cet état de concentration psychique spéciale, à son état de conscience nor-

mal, l'hystérique, comme l'hypnotisé, a perdu le souvenir de l'auto-suggestion et de l'anesthésie. Ce souvenir, comme tous les souvenirs hypnotiques et hystériques, persiste latent. J'ai démontré que tous les états organiques créés dans l'état d'hypnose et qui paraissent oubliés reparaissent quand une impression les évoque l.

De même que mon sujet expérimental ignore son hémianesthésie suggérée et la manifeste seulement quand je l'explore, de même mon hystérique, qui, pendant une crise, à la faveur d'un trouble vasomoteur, a eu la sensation d'une hémianesthésie et en conserve l'image latente, la revivifie quand je l'explore.

Ainsi s'expliquerait l'identité de caractère entre Fanesthésie hystérique et l'anesthésie suggérée ; la première n'étant en réalité qu'un symptôme provoqué par une cause organique passagère, mais retenu par auto-suggestion.

Si cette conclusion est exacte, ne le fût-elle que dans un certain nombre de cas, une dernière question se présente.

Comment la suggestion produit-elle l'anesthésie psychique? Est-ce en supprimant la conscience de l'impression, en paralysant la cellule sesthésodique qui rend cette impression consciente. Celle-ci, recueillie par le nerf périphérique, actionnerait la cellule du neurone spinal, aboutirait jusqu'à celle du neurone cérébral; mais celui-ci refusant d'être actionné, l'impression n'entrerait plus dans le domaine de la conscience ; de là anesthésie psychique.

Cette conception n'est pas exacte. Les expériences que j'ai relatées sur l'anesthésie sensitive et les diverses anesthésies sensorielles montrent en effet que l'impression affecte

1 De la suggestion et de ses applications à la thérapeutique, 2e édition, page 202.

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