MÉCANISME DE L'ANESTHÉSLE HYSTÉRIQUE
la cellule corticale et pénètre dans la conscience. L'œil amaurotique voit, comme le démontrent les expériences du prisme et de l'appareil de Snellen, la main insensible sent, comme le montre l'expérience relatée de l'aimant fictif. Le prisme ne donnerait pas une image double, la main sensible ne serait pas attirée par la main insensible et dépourvue de sens musculaire, si la sensibilité visuelle et musculaire n'existaient pas. Nous avons démontré par des subterfuges que l'œil qui ne voit pas, voit, que la main qui ne sent pas, sent, que l'oreille qui n'entend pas, entend.
Pour ce qui est de l'anesthésie artificiellement suggérée. il est facile de démontrer que la sensation, bien que le sujet ne la manifeste pas, est cependant dans le domaine de la conscience. Rappelons, par exemple, le phénomène que j'ai décrit sous le nom d'illusion ou hallucination négative.
Voici un sujet très suggestible ; je lui suggère que je suis absent, qu'il ne me voit plus, ne m'entend plus, ne me sent plus. Et alors, je puis le torturer, lui appliquer la pointe d'une épingle sur la cornée, la découvrir si c'est une jeune femme pudibonde, lui corner des mots grossiers ou risibles à l'oreille, sans qu'elle sourcille; elle continue à causer tranquillement avec d'autres personnes, paraissant complètement sourde et insensible à toutes les impressions, paroles, et actions émanant de moi. Puis, cette suggestion effacée, elle ne se souvient de rien. On jurerait que rien n'est entré dans le domaine de la conscience. Et cependant tout y est entré et voici comment je le démontre. J'affirme au sujet qu'il va se souvenir de tout ce que j'ai fait pendant que je n'y étais pas. Après quelques instants de concentration, tous les souvenirs reparaissent; « je l'ai piquée, j'ai mis une épingle devant son œil, je l'ai découverte (elle rougit en rappelant ce souvenir), j'ai prononcé telle parole, etc. » Donc à chaque moment les impressions ont été conscientes.
Voici une autre expérience plus simple et aussi concluante. Je suggère à un individu de ne pas entendre; il devient sourd. Je crie dans ses oreilles, je dis des choses risibles ou horribles, il ne manifeste pas, de très bonne foi, il ne m'entend pas. Il suffît alors que je dise : « maintenant vous entendez de nouveau », pour que, avec une ingénuité naïve, il réponde à ma question et entende immédiatement. 11 a donc, alors qu'il était censé sourd, entendu les mots : « Maintenant vous entendez de nouveau. »
Mais on dira : Ceci est vrai pour la surdité et les anesthésies pour vous suggérées. En est-il de même pour la surdité et les anesthésies hystériques ?
Je réponds : Il en est de même, toutes mes observations le confirment. En voici une : Un sujet est affecté d'hémianesthésie sensitivo-sensorielle gauche. Je ne veux relater ici que ce qui a trait à l'ouïe. L'oreille gauche n'entend pas le tic-tac de la montre appliquée contre elle. Elle est complètement sourde.
Je vais démontrer qu'elle ne l'est pas. Je bouche l'oreille droite sans affectation avec le doigt, de façon que le bruit de la montre appliquée contre elle ne soit pas perçu ; et tout en la laissant bouchée, je continue à causer au malade à voix basse : Il continue à me répondre, oubliant que l'oreille gauche étant sourde, il ne doit pas m'entendre quand l'oreille droite est bouchée. Si alors je lui fais observer que sa bonne oreille est bouchée, son attention est éveillée, il cesse de m'entendre, de me répondre. Je débouche alors l'oreille droite, et je parle à haute voix, criant et chantant, mais en me plaçant avec affectation devant son oreille gauche et ayant l'air de ne parler que pour elle. Il reste sourd et ne répond pas, bien que l'oreille droite m'ait entendu. Aussitôt que je me place devant celle-ci, il m'entend et me répond. Ici encore il est pris en flagrant délit d'auto-suggestion.
Il est évident qu'un esprit moins simple et plus scienti-