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CHAPITRE XVII

De la pseudo-tympanite nerveuse ou ventre en accordéon. — Gonflement et dégonflement par suggestion. — Observations. — Causes. — Grossesse nerveuse. — Pseudo-tympanites partielles simulant des tumeurs. — Résolution par le chloroforme. — Mécanisme pathogénique du phénomène. — Considérations thérapeutiques.

Parmi les manifestations de l'hystérie, il en est une, que je veux étudier encore; elle est peu ou point mentionnée par les auteurs ; elle donne lieu à de fréquentes erreurs. Il s'agit du phénomène que j'appelle pseudo-tympanite nerveuse ou ventre en accordéon.

Certains nerveux ou hystériques ont de vraies lympanites par distension gazeuse, soit totale occupant tout le ventre, soit partielle, n'occupant que l'estomac ou une partie de l'intestin.

D'autres ont des pseudo-tympanites ; le ventre est ballonné, sonore, augmenté de volume uniformément ou dans une partie seulement ; on croit à une distension gazeuse, quelquefois à une tumeur. Or dans l'anesthésie chloroformique, ce ventre s'affaisse sans aucune émission gazeuse ; l'anesthésie terminée, il se gonfle de nouveau. Par la simple suggestion comme nous le verrons, ces ventres énormes peuvent, comme des ballons, se gonfler et se dégonfler alternativement, par un simple jeu de la musculature abdominale et diaphragmatique, d'où le nom de ventre en accordéon que je propose de donner à cette variété spéciale de pseudo-tympanite nerveuse, remarquable par la facilité

avec laquelle le ventre se ballonne et se déballonne. Voici quelques observations démonstratives :

Marie X..,, cuisinière, âgée de vingt-cinq ans, est entrée au service le 20 octobre 1897. Elle avait de grandes crises d'hystérie, depuis le mois de février 1884. La première se serait déclarée à la suite d'une émotion morale; depuis, la moindre contrariété les provoquait, surtout avant les époques menstruelles. Il y a quatre ans, elle devint enceinte, eut des crises tous les jours pendant sa grossesse, fut accouchée au forceps. Le lendemain de l'accouchement, elle se leva; mais après deux ou trois jours, elle eut des douleurs abdominales, des crevasses au sein, et des crises hystériques plus nombreuses, deux ou trois par jour. Une de ces crises dura trois heures. Depuis, elle continua à en avoir au moins trois ou quatre par semaine. Très impressionnable, tremblant et s'emportant au moindre motif, X... représente le type de l'hystérique.

Actuellement, 27 décembre, depuis plus d'un mois, Marie X..., n'a plus de crises d'hystérie, tandis que depuis près de quatre ans, elle n'était pas restée une semaine, sans en avoir.

Ce résultat est dû à la suggestion hypnotique répétée depuis le 1er novembre. Marie X... est très hypnotisable en sommeil profond. Dans les premières séances, la malade, vivement impressionnée par les tentatives d'hypnotisme, tremblait, s'agitait, avait de la tendance à convulsionner dès qu'on la touchait pour l'endormir et aussitôt après son réveil, la palpation de l'abdomen déterminait des douleurs et agissait comme hystérogène. Par suggestion douce et répétée, toutes ces manifestations disparurent en quelques séances et aujourd'hui Marie X... s'endort et se réveille, sans troubles émotionnels; la palpation de l'abdomen ne détermine aucune douleur.

La malade est devenue docile, douce, laborieuse, elle travaille dans la salle, elle a encore quelques velléités d'emportement que la suggestion réprime immédiatement. Elle n'a plus de crises; la dernière a eu lieu il y a environ cinq semaines, avec délire violent et hallucinations, pendant lesquelles la malade a voulu se jeter par la fenêtre. Depuis, plus rien.

Après cette dernière forte crise, elle eut une ménorrhagie assez abondante qui dura quinze jours, qui fut modérée, mais non arrêtée par la suggestion. Depuis une dizaine de jours, elle ne perd plus. Le toucher vaginal ne démontre rien d'anormal.

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Mais depuis ce temps elle sentit son ventre grossir et se tympaniser ; de plus, douleur à la pression vers les régions sus-inguinales, hypogastrique et au creux épigastrique. Le tympanisme ne s'accompagne pas de constipation, ni de vomissements, il persiste même pendant le sommeil. La malade ne se plaint que d'iuie certaine oppression, de malaise abdominal avec douleurs; l'appétit est faible, mais les digestions sont bonnes.

La suggestion fait disparaître ce tympanisme rapidement sans émission de gaz. J'hypnotise la malade et je lui dis : « Votre ventre s'affaisse. » En quelques secondes, le ventre s'affaisse et redevient souple. Je puis de même par suggestion le tympaniser de nouveau en quelques secondes.

Le 12 décembre, par exemple, la malade étant hypnotisée, je lui dis : « En touchant le rebord costal gauche (je lui indique la région), le ventre désenfle. En touchant le même point du côté opposé au rebord costal droit, le ventre se gonfle. » J'opère ainsi en quelques secondes la tympanisation et la détympanisation du ventre. La malade étant réveillée ne se souvient plus de ce que je lui ai dit, ni de ce que j'ai fait sur elle. Et cependant la mémoire organique est conservée, car aussitôt que je touche le rebord costal droit, sans rien dire, le ventre se tympanise. Si je touche le rebord costal gauche, il se dégonfle. J'ai créé ainsi une zone tympanogène et une zone détympanogène.

Le tympanisme n'est pas dû à une cambrure lombaire; car le sujet couché sur un plan horizontal ou debout appuyé contre un mur de façon à maintenir le rachis immobile, le réalise aussi bien.

D'ailleurs la mensuration montre l'augmentation de la circonférence abdominale. Ainsi le 15 décembre, le ventre étant tympanisé, la circonférence mesurée en passant par la crête iliaque et l'ombilic marque 95 centimètres; au niveau du rebord costal, elle est de 79 centimètres. Je dégonfle le ventre par suggestion : la circonférence au niveau de l'ombilic est de 81 centimètres, au niveau du rebord costal de 76 centimètres. Je le gonfle de nouveau : la première circonférence est de 93, la seconde de 77. Donc il y a 12 et 14 centimètres de circonférence de plus autour de l'ombilic pendant le tympanisme. Le ventre est sonore à la percussion; on le dirait distendu par des gaz.

Le pouls et la respiration sont accélérés pendant le tympa-

Beiojheim. — Hypnotisme. 2e édil. 19

nisme. Ainsi le 15 décembre, pouls 140, respiration 48; après le dégonflement, pouls 112, respiration 36.

Le 16 décembre, pendant le gonflement, pouls 96, respiration 36. Après le dégonflement, pouls 80, respiration 28.

Le 22. — Ventre gonflé, pouls 112, respiration 40. Ventre dégonflé, pouls 95, respiration 36.

Le 28. — Ventre gonflé : immédiatement après le tympanisme produit, pouls 94, respiration 36 ; après quelques minutes, pouls 84, respiration 32; immédiatement après le dégonflement, pouls 72, respiration 32 ; quelques minutes après, pouls 68, respiration 32.

Le 30 décembre, le ventre, spontanément gonflé, mesure

88 centimètres de circonférence. Par suggestion, il augmente encore et mesure 91 centimètres. Après dégonflement, il mesure 78 centimètres.

Le 31 décembre, il mesure 98 centimètres de circonférence ; il est sonore et très dur, globuleux, énorme ; la face est congestionnée et la malade se plaint de douleurs; le pouls est à 108, la respiration esta 52; elle est costale; le son thoracique est ample et tympanique.

Dégonflé par suggestion, le ventre ne mesure plus que

89 centimètres de circonférence, le pouls est à 84, la respiration à 28 ; elle redevient costo-abdominale ; le son thoracique est aussi moins tympanique. La percussion thoracique pratiquée pendant le gonflement et après le dégonflement du ventre, montre que le diaphragme et le bord inférieur du poumon sont beaucoup plus bas sur la ligne axillaire pendant la tympanite. La matité commence à la huitième côte à droite, à la neuvième côte à gauche. Le dégonflement opéré, la matité est remontée de 5 centimètres. Donc le diaphragme s'abaisse quand le ventre augmente, et remonte quand le ventre s'affaisse. — Le pseudo-tympanisme se reproduit encore spontanément malgré la suggestion pendant une quinzaine de jours, puis il finit par disparaître, et la malade quitte l'hôpital complètement guérie le 10 février.

Il s'agit donc là d'une fausse tympanite sans gaz ; le gonflement de l'abdomen est dû à l'abaissement du diaphragme. La suggestion peut par un simple jeu musculaire augmenter et diminuer successivement le volume de l'abdomen.

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Nous discuterons plus loin le mécanisme de ce gonflement. Constatons seulement pour le moment que cette pseudo-tympanite n'est pas due à une distension gazeuse, car le gonflement et l'affaissement s'opèrent instantanément sans la moindre émission de gaz.

Obs. IL — Une jeune fille de vingt-trois ans, hystérique, impulsive, entre dans mon service en novembre 1899. Elle a toutes les manifestations successives de l'hystérie, crises de toute espèce, somnambulisme, hématémèse, polyurie, hémianesthésie avec hémiplégie, etc.. je n'extrais de cette observation que ce qui a trait à sa pseudo-tympanite.

Le 19 décembre, subitement à 2 heures de l'après-midi, ce symptôme apparut. — Le lendemain à la visite, on m'en rendit compte; mais le ventre était redevenu normal. Par suggestion à létat de veille, appliquant la main sur l'abdomen, je le fis gonfler en quelques secondes, augmentant sa circonférence de 12 centimètres, et faisant descendre le foie et le diaphragme de deux travers de doigt. Ce phénomène persiste environ cinq mois jusqu'en mai 1900. Chaque matin, je réduisais le ventre par suggestion; mais la réduction ne se maintenait pas. Vers midi, le ventre commençait à grossir, atteignait son maximum vers 5 heures du soir jusqu'à 108 centimètres de circonférence, puis recommençait à diminuer jusque vers 7 heures du soir, tout en restant encore gros le lendemain matin. Au maximum de son développement, le ventre était celui d'une femme au terme de sa grossesse. Pendant le gonflement, le pouls s'accélérait de 80 à 120 ou 130; et la respiration superficielle s'accélérait jusqu'à 40 et plus; la malade n'accusait que de la gène, mais pas de douleur.

Le ventre en accordéon susceptible par simple affirmation de se gonfler et de dégonfler, ce que la malade ne pouvait faire spontanément, resta cependant rebelle à toutes les suggestions. Il finit par disparaître en mai, alors que de nouvelles manifestations, hématémèses, hémiplégie, firent une dérivation psychique dont je profitai pour renforcer la suggestion; j'affirmai devant les élèves que ces phénomènes auraient pour résultat de résoudre le gros ventre; ce qui ne tarda pas à arriver graduellement; le pseudo-tympanisme devint de moins en moins intense et disparut enfin, après quinze jours à trois .semaines d'alternatives décroissantes.

Obs. III. — Elle concerne une fillette de treize ans, orpheline à l'hospice de Mattaincourt (Vosges) qui, fin mai 4 899, eut une affection mal déterminée, fièvre pendant quinze jours avec gonflement et douleurs du ventre.

Elle resta alitée pendant six mois avec son gros ventre, se levant parfois pendant une demi-heure, accusant alors des tiraillements dans l'abdomen, surtout dans le côté droit; quelquefois douleurs vives diffuses dans le ventre, deux ou trois fois par jour pendant une demi-heure.

Nous apprenons encore que ce ventre s'affaissait par moments pour se gonfler de nouveau.

Le médecin croyant à une affection organique, après avoir eu recours aux purgatifs, diurétiques, pointes de feu, etc.r s'arrêtant en dernier lieu à l'idée d'une tumeur abdominale, l'envoya à la clinique chirurgicale, d'où elle fut adressée à notre service le 7 février.

L'enfant est assez bien constituée; intelligence nette, mais impulsive, agitée; appétit capricieux, digestion assez bonne, constipation assez fréquente; on ne constate d'ailleurs aucune manifestation hystérique.

Le ventre est très ballonné avec une forte ensellure lombaire, et si on ne m'avait pas dit que le ventre revient quelquefois spontanément à son volume normal, je n'aurais jamais songé à un pseuclo-tympanisme nerveux.

J'obtiens d'ailleurs facilement l'affaissement du ventre par suggestion ; mais il a de la tendance à se gonfler de nouveau spontanément aussitôt après la suggestion. Gonflé, il mesure 29 centimètres d'une épine iliaque à l'autre en passant par l'ombilic; affaissé il n'a plus que 25 centimètres; il n'est pas immobile, mais change de capacité pendant qu'on l'examine. La matité hépatique qui commence au 8e espace quand le ventre est gros, remonte au 6e, quand il est aplati. Pour gonfler le ventre, elle fait de fortes inspirations et peu d'expirations jusqu'à ce que le diaphragme soit à la limite inférieure. La cambrure lombaire augmente pendant le pseudo-tympanisme, mais ne disparaît jamais complètement. Le pouls est de 100 à 108, régulier, égal; la respiration est costo-abdominale, superficielle, irrégulière; la malade n'accuse d'ailleurs pas de malaise notable.

Elle reste au service jusqu'au 24- mars sans changement notable dans son abdomen qui conserve le même aspect; les sensations douloureuses seules disparaissent par suggestion.

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Mais Je pseudo-tympanisme résiste. A partir du 20 février, il n'obéit plus du tout à la suggestion et ne peut plus être réduit. Le ventre reste toujours gros, si bien que je me demande s'il n'y a pas quelque lésion organique cachée par ce pseudotympanisme, ou si je ne me suis pas trompé, si mon diagnostic est exact.

Pour m'en assurer, je chloroforme la malade, le 4 mars : je constate qu'aussitôt chloroformée, le ventre s'aplatit complètement et redevient dépressible jusqu'au rachis; on ne perçoit aucune tumeur ni lésion. Sous le chloroforme, l'abdomen mesure 22 centimètres entre les épines iliaques antérieures, et

27 centimètres de l'appendice xiphoïde au pubis. La malade réveillée, et le gros ventre reconstitué, le pelvimètre mesure

28 centimètres entre les épines iliaques et 33 du pubis à l'appendice xiphoïde.

Obs. IV. — Cette quatrième observation a été recueillie par mon ancien interne, le Dr Thiry, dans sa clientèle privée. Mmo X..., cinquante ans, aurait été toujours nerveuse. Il y a vingt ans, étant jeune fille, elle a déjà été soignée par la suggestion pour des crises d'hystérie. Il y a quelques années elle aurait été traitée dans un hôpital pour la même affection et dans un service de la maternité où une opération chirurgicale aurait été pratiquée ; d'après son dire elle aurait déjà présenté à cette époque du tympanisme. La malade est une alcoolique invétérée. Les périodes d'ivresse â laquelle elle se livre alternent avec des périodes de sobriété relative. Elle boit quand elle est entraînée par les mauvaises compagnies et alors elle absorbe des doses d'alcool énormes pendant un jour ou deux, jusqu'à ce qu'elle tombe ivre-morte : souvent la police la ramasse et l'incarcère. Pendant ces périodes elle boit de tous les excitants : alcool, vinaigre, éther, café, etc. Après cette folie alcoolique, elle redevient sobre, ordonnée et propre.

Les crises d'hystérie accompagnées de tympanisme remontent à de longues années, actuellement elles deviennent de plus en plus fréquentes. Elles se produisent à l'occasion d'une contrariété, d'une émotion ou d'une fatigue, mais surtout après les excès alcooliques.

Cette malade est d'une constitution primitivement robuste. Actuellement elle est considérablement affaiblie.

C'est un type bien marqué de femme alcoolique, les chairs sont molles, bouffies ; la peau parsemée de sinuosités vei-

neuses, les traits de la face sont inertes, les joues pendantes contrastent avec les plis clu front, le regard est fixe, les pupilles dilatées sont presque toujours inégales et cette inégalité change de côté d'un moment à l'autre d'une même journée. La parole est chantante, hésitante, monotone. L'intelligence est affaiblie ; la mémoire est assez bien conservée, la volonté presque nulle, dépend de toutes les suggestions que la malade reçoit. Pendant les périodes d'alcoolisme et des crises la malade est dans un véritable état de démence hystérique.

La sensibilité est normale. Les différents appareils sont normaux, sauf l'estomac qui est atteint de gastrite avec pituites matinales.

La malade a été observée par nous à son domicile, plusieurs fois pendant ses crises (cet examen ayant eu lieu dans un milieu peu favorable, nous n'avons pas pu nous livrer à des investigations aussi complètes que dans une clinique). La malade sent sa crise approcher, elle devient excitée, cherche à. s'asseoir, porte les deux mains sur son ventre, ses yeux sont hagards, sa voix altérée, sa respiration haletante; elle se raidit, se renverse en arrière et le ventre commence à gonfler lentement et progressivement comme un ballon de caoutchouc. Alors elle crie, se place en opistotonos et le ventre atteint son volume maximum ; nous avons trouvé une circonférence, passant par l'ombilic, de 98 centimètres à l'état de tympanisme, et 84 à l'état normal. A ces moments la malade présente une attitude spéciale; elle est cambrée, cherchant à faire proéminer son abdomen, le bassin est soulevé, les bras prennent appui sur le sol, la respiration est haletante, superficielle, costale-supérieure, la voix brève, saccadée, le pouls accéléré.

A la percussion nous avons un son tympanique dans toute l'étendue de l'abdomen et un abaissement notable de la matité hépatique.

D'après le dire de la famille, cet état durerait parfois pendant plusieurs heures. Nous n'avons pu observer une durée aussi longue, n'ayant vu la malade que par intervalles; en notre présence nous avons remarqué que le tympanisme passait par des alternatives de gonflement et d'affaissement.

Nous avons dès le début tenté de modifier cet état par la suggestion. Mais la malade dès le début se montrait très récalcitrante, affirmant que sa maladie datait de longtemps,

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qu'on l'avait déjà traitée, opérée, etc., qu'elle ne guérirait pas.

Au début il était absolument impossible de modifier l'état de l'abdomen. Nous avons alors employé une méthode indirecte. Nous avons endormi la malade et placé son bras en catalepsie, affirmant qu'à son réveil elle ne pourrait plus le rabaisser « parce qu'il était magnétisé ».

Cette première expérience ayant réussi à frapper l'imagination de la malade, dès lors nous avons pu influencer le tympanisme. Il nous a été possible par la suggestion de dégonfler ci regonfler le ventre à volonté. Nous avons matérialisé la suggestion : actuellement quand nous levons le bras de la malade le ventre se gonfle instantanément, et quand nous le baissons il s'affaisse (véritable ventre en accordéon du professeur Bernheim).

La malade actuellement a des crises fréquentes entretenues par l'alcoolisme qui est devenu chez elle permanent. A cet état s'ajoutent d'autres phénomènes hystériques : crises convulsives, surdité, etct ; mais en notre présence elle n'a plus de tympanisme, tandis qu'autrefois elle le produisait invariablement en notre présence. Par la suggestion, à l'état de veille on fait avorter les crises ; elle est très docile à la suggestion maintenant et il est certain que si on pouvait la maintenir dans un service d'hôpital oh arriverait à enrayer cette pseudotympanite nerveuse.

A ces observations, j'ajouterai l'une des quatre publiées par Talma d'Utrecht (Berliner Klinisch Wochenschrifft, 1886), parce que c'est la première observation qui relate le mécanisme du phénomène par abaissement du diaphragme.

Obs. V. — Il s'agit d'une jeune fille de vingt-trois ans qui, pendant des mois présentait un gonflement de ventre. Un chirurgien avait cru à une tumeur et chloroforma la malade pour l'opérer. Or, pendant l'anesthésie, le gros ventre disparut et reparut au réveil. Talma trouva le ventre considérablement et uniformément tuméfié, dur, tympanique. La malade avait souvent, pendant des heures, des hoquets violents et très douloureux. A chaque secousse, l'abdomen était plus fortement distendu et on percevait un bruit laryngé intense ; il n'y avait

pas d'ingurgitation d'air; la respiration était presque exclusivement costale. L'état général était satisfaisant. Pendant le sommeil, le ventre était encore tendu, mais moins. Durant la journée aussi, le volume du ventre était variable. Le cathétérisme stomacal n'évacue que peu de gaz. La respiration presque costale pure pendant le tympanisme, devient costo-abdominale pendant l'anesthésie. Lorsque après l'anesthésie, le ventre se tympanise de nouveau, on constate trois, quatre ou cinq inspirations exclusivement abdominales, sans expiration. Cette inspiration abdominale, sans relâchement expiratoire persiste jusqu'à ce que le ventre ait de nouveau acquis son volume primitif. Alors les mouvements abdominaux pendant l'inspiration et l'expiration devenaient à peu près nuls, c'est-à-dire que le diaphragme ne se relâchait plus ; la respiration était purement costale. De plus, pendant la tympanite, le diaphragme et le bord inférieur du poumon étaient très bas, sur la ligne axillaire, au niveau de la dixième côte. Aussitôt le ventre affaissé par le chloroforme, cette ligne de niveau remontait jusqu'au bord inférieur de la septième côte. ,

Ce résultat concorde avec ce que nous avons observé chez nos malades. Talma, dont je ne connaissais pas le travail, quand j'observai mon premier cas, conclut comme moi que la tympanite était due à la contraction du diaphragme. Cette contraction, dit-il, n'est pas permanente, aussi le ventre est il moins gros pendant le sommeil et présente-t-il pendant la journée des alternatives d'affaissement et de gonflement.

La pseudo-tympanite, on le voit par ces observations, peut s'associer à d'autres manifestations de l'hystérie ou constituer le seul phénomène chez des sujets simplement nerveux. Elle peut être occasionnée par des troubles menstruels, suppression ou ménorrhagie ; elle peut se déclarer brusquement ou se constituer progressivement , avec ou sans troubles de sensibilité abdominale, avec ou sans troubles digestifs. Elle peut se greffer sur une lésion organique abdominale, tumeur utérine ou ovarique, salpingite, dilatation d'estomac. Elle peut être d'origine essentielle-

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