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DOULEUR DE L'ULCÈRE ROND

digéré et ressemble à du goudron. Avant de désillusionner mon entourage, j'ai voulu un instant confirmer son diagnostic en créant un signe dit pathognomonique. Je ne savais pas qu'une hémorrhoïde saignante rendrait aussi nette la démonstration de l'erreur et confirmerait les doutes que je veux exposer sur la valeur de la douleur épigastrique et rachidienne au point de vue du diagnostic de l'ulcère rond.

La douleur de l'ulcère rond a été décrite surtout par Cruveilhier et après lui par Brinton.

Voici ce que dit Cruveilhier : « C'est d'abord un malaise, une douleur sourde à l'épigastre, puis arrive un moment où au malaise épigastrique commun à toutes les dyspepsies se joignent des crises de douleurs qui présentent un caractère particulier. Ce caractère, c'est la circonscription de la douleur à une petite région, celle de l'appendice xiphoïde : c'est le genre de douleur qui est tantôt une sensation de brûlure, tantôt celle d'une plaie vive ou bien d'un pincement, d'un animal qui ronge ou qui mord, celle des coups de canif qui se succèdent. (Quelques malades m'ont parlé d'une sensation de vésicatoire intérieur.)

Cette douleur survient quelquefois immédiatement après l'ingestion des aliments, d'autres fois un quart d'heure, une demi-heure, une à quatre heures après, et dure jusqu'à ce que la digestion stomacale soit achevée.

Lorsque cette douleur qu'on peut appeler point épigastrique ou xiphoïdien acquiert un haut degré, elle s'accompagne d'un point rachidien aussi nettemeut circonscrit. Ces deux points douloureux qui augmentent considérablement par la pression prédominent alternativement l'un sur l'autre ; il semble quelquefois au malade que la douleur traverse comme un poignard la région épigastrique d'avant en arrière. »

Voici maintenant la description de Brinton que je résume. La douleur présente un caractère particulier. Il est rare, si

cela a jamais lieu, que la douleur soit lancinante ou piquante ; c'est d'abord une sensation sourde continue de pesanteur ou de constriction épigastrique qui se transforme peu à peu en douleur brûlante, rongeante. Elle commence deux à dix minutes après la déglutition, dure une heure ou deux ; parfois elle se manifeste une demi-heure à une heure après le repas. Enfin elle devient continue et dure des jours et des semaines. Elle siège d'abord au centre de l'épigastre ou au-dessous de l'appendice xiphoïde, occupant un espace circulaire de un à deux pouces de diamètre. Brinton parle ensuite des déviations de cette douleur qui occupe la région ombilicale, quand l'ulcère siège sur la grande courbure, l'hypocondre gauche quand il siège vers le cardia, l'hypocondre droit quand il siège vers le pylore ; bien que ce ne soit pas absolu. Il décrit aussi le point spinal entre la huitième dorsale et la deuxième lombaire ; la pression épigastrique réveille parfois le point spinal.

La description de Brinton a servi à tous les auteurs classiques qui ont traité delulcère rond ; tous ont rendu hommage, en se l'appropriant, à cette description précise qui met si bien en relief ce symptôme capital I Personne cependant n'a relevé le désaccord, quant à la nature de cette douleur, qui existe entre CruveilhieretBrinton ; l'un disant que cette douleur peut être « celle de coups de canif qui se succèdent », l'autre disant « qu'il est rare, si cela a jamais lieu, que la douleur soit lancinante ou piquante ». Les deux, il est vrai, parlent de sensation de brûlure, de douleur qui ronge. 11 s'agit en effet d'un ulcère qui ronge, ce qui peut donner l'idée d'une douleur rongeante, au moins au médecin et par suite, comme nous le verrons, au malade.

Sans doute, il peut y avoir dans l'ulcère rond, comme dans toutes les affections de l'estomac, des sensations douloureuses épigastriques. Mais cette sensation, est-elle aussi nette, aussi précise et localisée que l'affirment les auteurs?

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