GRISES ET VOMISSEMENTS HYSTERIQUES
douleurs qui allèrent en augmentant; elle ne pouvait plus supporter le vin qui lui donnait alors des crises de nerf légères. Les règles reparues, elle se trouve un peu mieux, mais reste faible. En septembre 1900, elle a commencé à vomir, à la suite d'épouvante, immédiatement après les repas; le lait seul passe à condition qu'il soit pris par petites gorgées.
Le 20 octobre, elle eut la première grande crise d'hystérie. « La première fois que je l'ai vue, m'écrit le docteur Voinot, elle avait une crise épouvantable qui durait depuis deux heures de l'après-midi; elle ressentait alors de très vives douleurs au niveau de l'estomac, et ses parents réunis autour d'elle croyaient qu'elle allait mourir. Je suis arrivé auprès d'elle à neuf heures du soir et lui fis aussitôt la suggestion à l'état de veille d'après les principes 'que j'ai eu l'honneur d'apprendre auprès de vous, et j'eus le bonheur de voir cette crise cesser aussitôt. Les douleurs avaient disparu complètement et comme par enchantement. A partir de ce moment, elle alla un peu mieux et put digérer le lait et les aliments très légers que je lui ordonnais et qu'elle vomissait jusqu'alors.
« Ce mieux dura environ un mois ; puis elle eut mal de nouveau. Alors comme je ne pouvais aller lui faire la suggestion assez souvent, car je n'habite pas dans son village, je remis à ses parents, un simple morceau de papier blanc. Dès que la crise venait et qu'on lui appliquait le papier venant de moi, la crise se calmait; mais les vomissements revinrent très tenaces et je ne pus les arrêter qu'avec quelques gouttes de laudanum. Maintenant (6 mars 1901), ils continuent encore. Voilà environ un mois et demi que je ne l'ai pas revue; et son père m'ayant consulté aujourd'hui j'ai pensé qu'elle ne pouvait être mieux soignée que dans votre service à l'hôpital où je vous ai vu opérer déjà tant de guérisons extraordinaires. C'est une hystérique éminemment suggestible dont les crises sont caractérisées par une douleur vive au niveau de l'estomac et qui vomit tout ce qu'elle prend. »
Les crises d'hystérie continuèrent jusqu'en mars 1901, durant une à deux heures, se répétant pendant une demi-journée ou une journée. Une fois la série des crises a continué pendant trois jours. D'octobre à février, elle a subi dix à douze fois la suggestion. Le Dr Voinot les arrêtait chaque fois quand il était présent. Elles allèrent en diminuant .d'intensité et de fréquence ; et depuis mars elle n'a plus eu de grandes crises, mais seulement des crampes dans les bras.
Les vomissements alimentaires persistèrent ; ils avaient commencé un mois avant la première crise avec douleur au creux épigastrique. Il y a deux mois, elle a vomi pendant un mois de petits caillots de sang avec les aliments ; ces hématémèses peu importantes ont cessé spontanément.
Enfin, il y a onze mois, en janvier dernier, la voix s'est affaiblie un jour sans cause, et depuis ce jour, elle est restée à peu près aphone, malgré les frictions de cocaïne sur le larynx et le palais.
Depuis le mois d'avril, toux, très violente au début, qu'elle attribue à un refroidissement et qui a diminué depuis.
Ajoutons que la malade a souvent des maux de tçte, quelquefois des vertiges, parfois aussi des palpitations, qu'elle dort peu, trois heures au plus par nuit, et qu'elle a des cauchemars. Les époques sont irrégulières, très pâles, variables de fréquence, elle a des pertes blanches.
Le 14 décembre, je vois la malade. Bien constituée, elle présente quelques symptômes de chlorose; pâleur des lèvres contrastant avec des joues fortement colorées; souffle veineux continu avec renforcement, et souffle carotidien ; roséole émotive. On constate un peu d'expiration soufflée au sommet gauche; la malade tousse encore, mais ne crache pas. Le pouls très émotif varie dans une minute de 60 à 90. Les urines très peu abondantes, sont très denses ; ce qui est en rapport avec les vomissements. On constate de la douleur au creux épigastrique, sans dilatation d'estomac; peu d'appétit. Constipation. D'ailleurs la sensibilité existe partout, à la pression.
La veille au soir, la malade a eu une petite crise de nerfs, caractérisée par des douleurs dans les membres, des gémissements, un léger tremblement pendant quelques minutes; elle n'a plus de grande crise.
En pressant l'épigastre et suggérant une crise, on ne détermine qu'une respiration un [peu haletante, et une légère sensation de constriction à la gorge ; la crise n'aboutit plus.
La malade est d'ailleurs très suggestible, cataleptisable, avec automatisme rotatoire ; elle est susceptible d'être endormie, non hallucinable.
Je commence par guérir son aphonie datant de onze mois par suggestion à l'état de veille. Je fais quelques frictions suggestives sur le larynx et l'excite à lire à haute voix. En quelques minutes la voix est restaurée.