HYSTERIE PSYCHIQUE
brisa un cadre dans lequel elle croyait voir le pendu. [Quatre jours auparavant, pendant une crise analogue, elle appela son père assassin.
Le 2 février, elle eut une crise plus courte, moins violente. Quelquefois, elle la sent venir, devient anxieuse, se jette aux genoux de sa mère en disant : « Déshabille-moi vite, je m'en vais. » Et tout se borne à de l'anxiété, de la suffocation, un sentiment de défaillance. — Un professeur de Paris, consulté, conseilla l'isolement dans un établissement hydrothérapique. Avant de le faire, le père désira me consulter. Je l'engage à mettre l'enfant dans mon service d'hôpital et je la fais coucher dans une chambre attenante a celle des malades. J'affirme qu'elle va être guérie et avant de l'endormir, je cherche à capter sa petite imagination, à lui donner confiance. Je la fais assister au sommeil provoqué chez d'autres malades.
Le 9, je l'endors facilement par insinuation douce, d'un sommeil profond : je lui suggère de n'avoir aucune émotion; de ne plus penser au domestique pendu, de dormir la nuit sans peur ni agitation, de ne plus avoir de crises.
Le 10, elle me dit qu'elle n'y pense plus tant; elle mange avec plus d'appétit. Continuation des suggestions tous les jours. L'enfant va tous les jours mieux.
Le 18, on note : l'agitation nocturne qu'elle avait a complètement disparu ; elle ne se sent plus nerveuse; elle dit même qu'elle ne pense plus à l'événement qui avait causé sa maladie, que son imagination n'est plus obsédée; elle mange bien, dort bien; elle demande à coucher seule dans sa chambre, n'ayant plus aucune peur pour la nuit, ce qu'elle avait eu jusque-là.
La guérison se maintient, l'énervement disparaît graduellement, il n'y a plus aucune tendance aux crises. Le 30 mars, l'enfant rentre dans sa famille.
Le 1er avril, le père m'écrit qu'elle est rentrée au lycée, heureuse de se remettre cà ses études et continue à aller très bien. La guérison s'est maintenue.
C'est un cas d'hystérie psychique. Comme parfois dans l'hystérie traumatique, la première crise convulsive ne se manifeste qu'au bout d'un certain temps après la cause» quatre mois après la frayeur déterminante. Cette crise avait été précédée d'un état nerveux, tristesse, cauchemars, agitation. L'impression morale vive qui avait créé cet état
. Bernheim. — Hypnotisme, 2e édi t. 28
se manifestait dans ces crises par des hallucinations réveillant le souvenir du drame effrayant qui s'imposait à cette imagination. En quelques jours la suggestion a rétabli un calme définitif, alors que, depuis dix-huit mois, tous les autres traitements avaient échoué.
Observation XXVI. — Hystérie infantile. — Impotence fonctionnelle des membres. — Guérison par suggestion et entraînement,
Alice F. D..., onze ans, est amenée de Délie au service le 23 mars 1892. Pas de maladie antérieure.
Historique. — La nuit d'avant Noël, elle tomba sans connaissance à l'église. Elle ne revint à elle qu'au bout de trois heures. Elle se rappelle cependant qu'on l'a frictionnée et qu'on lui a fait boire de l'eau-de-vie. Depuis lors, elle a toujours été malade. Elle se plaint d'une douleur constrictive qu'elle indique autour de la ceinture; ses épaules sont la proie de tiraillements pénibles. Ces douleurs ne durent pas d'une façon constante; elles reviennent environ tous les trois jours, et durent quatre à cinq heures.
Au commencement, les crises venaient tous les deux jours. La crise débute par une douleur autour de la ceinture, montant sous les aisselles, par une constriction pongitive accompagnée de tiraillements douloureux dans le thorax, et de deux points traversant la poitrine au niveau du sein gauche et l'empêchant de respirer. Pas de sensation de boule ni de constriction laryngée. En même temps agitation très vive avec tremblements, mouvements désordonnés, secousses convulsives des bras et des jambes; elle porte la main sur la poitrine comme pour arracher le mal.
Depuis six jours n'a plus eu de crises;, la dernière avait duré cinq heures et demie; depuis deux mois les crises sont plus espacées et ne viennent à peu près que tous les huit jours. Dans l'intervalle des crises, elle ne peut plus marcher.
Au dire de son médecin, les premières crises étaient principalement nocturnes, caractérisées par des plaintes bruyantes, des cris, des grimaces, des convulsions, des terreurs et du délire; elle-même dit que les crises étaient déterminées par la douleur.
Pendant cette période qui — d'après le médecin — a persisté deux mois avec rémission de quelques jours, l'anorexie était