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SUGGESTION ACTIVE

vingt-quatre heures; elle continue à dormir toute la nuit. Le 17, elle n'accuse plus aucune douleur, marche très bien et demande à sortir le 18 mai. La guérison s'est maintenue.

Dans ce cas comme dans le précédent, la marche était entravée par des douleurs nerveuses dans le membre inférieur gauche ; un effort musculaire probable avait déterminé cette névrose douloureuse locale, cause de l'impotence fonctionnelle. La suggestion hypnotique passive ramena le sommeil de la nuit, calma les douleurs, mais l'impotence fonctionnelle résistait. L'entraînement suggestif a restauré la fonction abolie seulement depuis quelques jours en une seule séance.

Observation G. — Sciatique. — Après deux mois de repos, impotence fonctionnelle nécessitant le séjour au lit pédant dix-huit mois. Guérison complète en un mois par entraînement actif.

Louis M..., cinquante-trois ans, manœuvre, entre dans mon service le 8 novembre 1897.

Il y a dix-huit mois, le malade dit avoir eu une sciatique caractérisée par de vives douleurs à la partie postérieure de la cuisse gauche, avec irradiations dans la région des reins. Il ne pouvait marcher et dut garder le lit. Au bout de deux mois de repos, les douleurs étaient devenus beaucoup moins vives; mais il sentait pourtant que sa jambe n'était pas complètement guérie. Lorsqu'il voulut recommencer à se lever, il lui fut impossible de se tenir debout. Il ne pouvait se redresser ni mouvoir ses jambes qui étaient douloureuses et raides. Les divers traitements appliqués, ventouses, pointes de feu, etc., n'amenèrent aucune amélioration; et il dut rester couché jusqu'au jour de son entrée à l'hôpital.

On constate une constitution débilitée, un tempérament nerveux, de l'apyrexie. Les fonctions respiratoire, cardiaque, digestive sont normales.

Le malade est couché dans son lit, replié sur lui-même, les genoux fléchis. Lorsqu'on essaye de mouvoir les membres inférieure, il accuse de la douleur. Pourtant l'exploration des divers points du nerf sciatique n'est pas douloureuse.

Si on fait lever le malade, il se tient debout en se tenant à

son lit : le corps est penché en avant, toute la colonne vertébrale présente une cyphose assez prononcée. Les jambes sont écartées, les genoux légèrement fléchis, les pieds en dehors. Il prétend qu'il lui est impossible de se redresser, et ce n'est qu'à grand'peine, lorsqu'on le soutient, qu'il peut mettre un pied devant l'autre; les mouvements sont douloureux. Cependant on ne constate aucune lésion du rachis, ni des membres inférieurs, aucun gonflement, ni déformation des articulations.

Traitement. — Le malade a été soumis dès le premier jour à l'entraînement suggestif à l'état de veille. En insistant beaucoup, en lui répétant qu'il n'a rien, en le redressant par la force, on arrive à le faire tenir debout tout seul. Puis en le stimulant de la voix et du geste, en l'obligeant à mettre un pied devant l'autre et à soulever ses jambes,, à plier ses genoux, on arrive à le faire marcher. Cet entraînement est répété tous les jours; et comme le malade est plein de bonne volonté, je lui recommande de s'exercer lui-même dans la journée à marcher, en se redressant le plus possible. La suggestion est aidée de quelques applications d'électricité faradique. Il se plaint encore de quelques douleurs diffuses dans les reins et les membres inférieurs, qui sont facilement enlevées par quelques séances de suggestion hypnotique. Le traitement a été poursuivi pendant un mois au bout duquel le malade n'accusait plus aucune douleur et marchait bien en se tenant droit.

Il a été revu quelques mois après sa sortie de l'hôpital. La guérison s'était maintenue.

Dans ce cas l'impotence fonctionnelle ou paraplégie nerveuse, due à une sciatique, a survécu à celle-ci. Un repos de deux mois a pu laisser une certaine raideur musculaire et articulaire qui rendait les premiers mouvements douloureux. Pendant dix-huit mois le malade, conservant l'impression de cette sensibilité douloureuse, évitait tout mouvement pouvant le provoquer, s'ankylosait dans sa situation vicieuse et n'avait pas assez d'initiative pour se redresser et mobiliser ses membres. On voit combien il a été facile de stimuler cette initiative. Que serait-il arrivé si au lieu de le traiter comme nous lavons fait, on avait continué les errements des médications dites clas-

siques : frictions, toniques, cautérisations, etc. ? Le malade eût fini par s'ankyloser et s'atrophier ; la paralysie eût pu devenir incurable.

Observation CI. — Neurasthénie générale héréditaire. Impotence fonctionnelle des membres inférieurs greffée sur des sensations douloureuses datant de dix ans. Guérison en quelques jours par entraînement ambulatoire actif.

Mme H..., âgée aujourd'hui de cinquante-deux ans, a toujours été nerveuse. Voici les renseignements qu'elle m'a donnés par écrit sur sa maladie. Elle a une mère nerveuse qui a eu de vingt à trente ans une névralgie faciale; deux oncles du côté maternel sont aliénés. Elle est- malade depuis 1870, époque à laquelle elle eut de graves chagrins pendant son premier mariage. Après une insomnie prolongée, elle eut ce qu'on a appelé un transport au cerveau; elle tomba brusquement sans connaissance, puis eut du délire aigu, chantant toute la nuit; ce délire aigu dura trois semaines à un mois. Elle continua à avoir pendant des années des crises de pleurs, avec étouffements, spasmes, etc.; c'étaient évidemment des manifestations hystériques. Déjà enfant, à l'âge de quinze ans, alors qu'aucun chagrin, aucune désillusion n'avait encore affligé son existence, elle avait une tendance à se tracasser l'esprit; elle était très active, la première levée dans la maison; on la trouvait à cinq heures du matin occupée à étudier et à des travaux d'aiguille.

A la suite de ces crises nerveuses, elle eut des sensations douloureuses dans le membre inférieur droit, l'empêchant de poser le pied carrément à terre ; la marche devenait impossible- Pour combattre ces phénomènes, on essaye sans succès l'électricité, puis l'hydrothérapie, qui fut continuée pendant près de dix ans. Quoiqu'il y eût par moments de l'amélioration, puisque la malade a pu quelquefois marcher, cependant depuis son transport au cerveau jamais son système nerveux n'a retrouve son équilibre. Il y eut de constantes rechutes. A une période ce fut l'estomac qui se prit, au point que la malade s'évanouissait lorsqu'elle avait ingéré ne fût-ce qu'une cuillerée de bouillon. Ce fut pour soulager ces crises qu'on s'adressa à Genève au Dr Lafontaine, qui obtint par le magnétisme une amélioration notable, sans toutefois vaincre le mal; car les digestions

Bernueim. — Hypnotisme, 2e édit. 41

sont restées pendant longtemps laborieuses, et le sont encore.

Cependant le mal sembla alors, c'est-à-dire vers 1872 ou 73, se localissr au-dessus de l'aine droite et se manifestait par une sensation de tirage douloureux depuis la hanche jusque dans le pied. Cette sensation douloureuse était toujours accompagnée d'une prostration générale telle que la malade était réduite à un repos complet parfois pendant quinze jours. Deux pas de trop suffisaient pour amener une de ces exacerbations..

Beaucoup de médecins l'examinèrent; les uns diagnostiquèrent une ovarite, d'autres une névralgie, une sciatique; on essaya des pointes de feu dans le dos, à l'aine, des vésicatoires et toujours des douches, le tout sans résultat appréciable.

Toutefois il y avait des périodes d'accalmie, pendant lesquelles le point douloureux était moins sensible. C'est ainsi que vers 1879, époque a laquelle la malade se remaria, elle pouvait faire une petite course d'un quart d'heure et danser à l'occasion. En 1881, elle accoucha avant terme à six mois et demi; et, après cet événement, la marche lui devint encore plus difficile, au point qu'elle commança à se servir de béquilles.

A cette époque, un médecin attribuant le point douloureux à la constipation chronique lui conseilla les eaux de Kissingen. Le première cure fut merveilleuse; car au bout de quelques semaines de séjour, Mme H... arrive à faire un jour quatre kilomètres. Ce mieux persista même pendant quelque temps après son retour à Paris. Mais un jour, ayant circulé toute la matinée, et ne se sentant nullement fatiguée, elle déjeuna, puis alla encore chez sa mère, sans songer à une rechute. Là, subitement, elle sentit de nouveau le tirage, et la fatigue excessive dans le membre inférieur droit, avec sensation de prostration au point que ses yeux tendaient à se fermer; elle fut obligée de rentrer en voiture chez elle, dut rester étendue pendant trois semaines sur la chaise longue, sans marcher autrement que d'une chaise à l'autre. Puis elle se remit à circuler dans l'appartement, mais n'est plus sortie dans la rue depuis cette époque.

Retournée l'année suivante à Kissingen, l'effet des eaux si remarquable la première fois fut presque nul; une troisième année, y ayant pris des bains de boue en même temps que les eaux, il fut plutôt défavorable.

Ceci se passait en 1885; et depuis lors le mal, c'est-à-dire le point douloureux à l'aine et l'état nerveux général n'ont fait qu'empirer, surtout depuis sept ans, la malade ayant à la

suite d'un décollement de la rétine perdu presque complètement la vue.

Dans ces deux dernières années l'état neurasthénique s'est beaucoup accentué, accompagné de douleurs générales surtout dans le dos et la nuque, principalement la nuit, et aussi d'une grande fatigue générale.

En résumé, ajoute la malade, qui me donne ces renseignements dans une note écrite par elle, au moment où je suis venue me soumettre au traitement du docteur Bernheim, il y avait vingt-cinq ans que j'étais malade et plus spécialement, il y en avait bien dix, que je n'avais pas fait soixante pas sans payer cette imprudence de douleurs immédiates et prolongées.

En interrogeant la malade j'obtiens encore les renseignements suivants. Depuis huit ou dix ans, elle ne sortait plus dans la rue qu'en petite voiture; elle faisait quelques pas dans son appartement; rarement il lui arrivait de faire dans son jardin les soixante ou soixante-dix pas qui la séparaient de l'atelier de son mari; c'était beaucoup; elle arrivait environ une fois par semaine à le faire. Elle montait deux fois par semaine chez sa mère, deux étages, environ soixante marches; elle s'asseyait toutes les trois à six marches pour se reposer une seconde. Elle montait souvent deux marches à la fois avec la jambe gauche pour éviter d'appuyer la plante du pied droit dont la pression sur le sol déterminait comme une douleur rhumatismale dans la jambe se répercutant dans tout le corps. Pour descendre l'escalier elle prenait la rampe et se donnant un élan, se laissait glisser le long de la rampe, s'asseyait, puis recommençait.

Depuis deux ans, à la suite d'ennuis, de bouleversements, étant obligée aussi de crier avec sa mère devenue sourde, ce qui lui tombait sur les nerfs, le malaise nerveux général et l'impotence fonctionnelle avaient augmenté. Depuis six mois elle ne marchait qu'avec des béquilles dans l'appartement, faisant ainsi trois à quatre cents pas ; sans béquilles elle ne pouvait faire qu'une dizaine de pas; elle aurait peut-être, dit-elle, pu faire plus, mais elle craignait une rechute. Cet été par exemple elle fit une fois cinquante pas dans le jardin ; mais elle ressentit ses symptômes habituels, tiraillements dans la jambe droite, le jarret, le genou, la fesse, la cheville, s'arrêtant clans le dos avec une sensation de prostration générale ; elle dut garder le lit pendant trois jours pour retrouver son état antérieur.

« Ce qui m'empêchait de marcher, dit encore la malade, ce

n'était pas la peur, ce n'était pas la crainte d'être paralysée, je savais que je ne Tétais pas, je croyais avoir une névralgie dans l'ovaire ; plus tard quand la douleur disparaissait à la région de l'ovaire pour se manifester à la fesse et s'irradiait dans la cuisse, je croyais à une sciatique. Quand j'essayais de marcher, les douleurs me prenaient au bout de peu de temps ; c'était une constriction à l'aine droite, s'irradiant dans tout le membre avec sentiment de prostration, de faiblesse, au point que je ne pouvais parler , c'était d'abord une impression physique qui amenait à sa suite un découragement profond tel que je me serais jetée par la fenêtre.

« Cela me prenait chaque fois que je faisais quelques pas de trop ; depuis six à huit ans, je n'ai pas pu faire plus de soixante pas sans cette impression. J'avais beau me forcer, employer toute mon énergie ; chaque fois cette impression me reprenait. »

Telle est l'histoire de cette malade remarquablement intelligente ; on ne constate chez elle, sauf sa cécité due au décollement de la rétine, aucune lésion organique. Elle a toujours été d'une excessive impressionnabilité nerveuse.

J'ai vu Mme H... pour la première fois le i9 novembre dernier et je l'ai traitée pendant dix jours. Quand elle a quitté Nancy elle marchait seule, faisant pour s'exercer mille pas de suite à pied, descendait et montait parfaitement, sans s'asseoir en route, trois grands étages, se promenait dans la rue, au bras de son mari. Sans doute elle avait encore des troubles neurasthéniques, elle en a toujours eu ; mais son impotence fonctionnelle était guérie ; et son état moral était meilleur. J'ai appris que ce résultat s'est maintenu ; la malade qui depuis dix ans ne pouvait faire plus de soixante pas continue à marcher avec assurance au grand étonnement de tout le monde.

Qu'ai-je fait pour cela ? Je l'ai simplement fait marcher. Je la prenais par la main, je l'entraînais d'abord lentement, puis plus vivement, l'engageant, lui inspirant la confiance, lui affirmant et lui démontrant que, malgré ses sensations douloureuses, elle pouvait marcher et que plus elle marcherait, plus elle arriverait à faire l'inhibition de ses douleurs. Les premiers jours, j'eus à lutter contre ces impressions, elle dut s'asseoir et se reposer à diverses reprises ; je lui affirme que cet entraînement ne produirait aucune fatigue, ni aucun inconvénient. Elle eut bien à la suite un peu de tirage, de l'exaltation nerveuse, de l'insomnie; si le l'avais écoutée, elle m'aurait fait

un récit pendant une heure de toutes les sensations qu'elle éprouvait. Je l'empêchai de concentrer son attention sur ces sensations, et le lendemain je continuai cette gymnastique ambulatoire. Le second jour déjà je la fis descendre les escaliers et se promener au jardin; la descente de l'escalier, trois étages, fut très laborieuse. Toutes les six marches environ elle voulait s'asseoir ; je l'empêchai de le faire, lui permettant seulement de s'asseoir en chemin deux fois sur une chaise. Dans le jardin je la fis marcher assez vivement; lui permettant de s'asseoir de temps en temps, mais l'obligeant à dominer son impression de fatigue et ses sensations. Au bout de cinq à six jours la malade marchait seule dans la journée pour s'exercer et faisait ses mille pas. Elle a renoncé à ses béquilles et à sa petite voiture.

Une lettre reçue le 1er janvier m'apprend : « Le bien déjà énorme que vous lui aviez conquis s'est non seulement maintenu, mais a augmenté considérablement; la malade fait facilement environ deux kilomètres. »

Voici donc encore une paraplégie nerveuse, c'est-à-dire une impotence fonctionnelle due à des sensations neurasthéniques dans le membre inférieur droit se développant après quelques pas de marche : ces sensations retenues dans la mémoire et renaissant par auto-suggestion réagissaient à leur tour sur le sensorium, amenant un sentiment de prostration physique et morale paralysante. Tous les traitements avaient échoué depuis dix ans. En peu de jours l'entraînement suggestif actif, aidé de la stimulation morale, fit la guérison.

Observation Cil. — Neurasthénie. Hyperesthésie générale. Atonie physique et morale pendant deux ans. Insuccès de toutes les médications. Guérison rapide par entraînement suggestif.

Le 1er Janvier 1895, étant à Paris, je fus appelé à voir une jeune femme âgée de vingt-sept ans, souffrant depuis environ deux ans de troubles neurasthéniques. Mère de deux enfants forts, bien constitués, sans maladie antérieure autre que des troubles nerveux, elle était traitée depuis deux ans par deux médecins des hôpitaux avec lesquels je la vis en consultation.

Elle avait des manifestations diverses : malaise cérébral , impossibilité de travailler, de lire, de coudre. Quand elle voulait lire, l'attention ne pouvait se fixer; les idées devenaient confuses. Elle avait une hyperesthésie générale, et particulièrement une douleur vive à la région précordiale, spontanée et au toucher, un sentiment de douloureuse lassitude dans les membres. Elle marchait péniblement et ressentait pendant la marche une douleur très vive dans les mollets et la plante des pieds. La digestion était laborieuse, le sommeil agité. Il y avait surtout un état général de torpeur physique et morale qui l'obligeait le plus souvent à garder le lit. Elle avait passé tout l'été étendue sur une chaise longue au Vésinet et depuis le commencement de Fhiver, elle ne quittait plus la chambre, abattue, souffreteuse, incapable de tout effort physique ou cérébral.

, Après avoir essayé en vain un traitement pour son estomac et épuisé les bromures, les bains, l'hydrothérapie et tous les antispasmodiques, elle restait dans le même marasme. On la soumettait à une hygiène rigoureuse, éloignant d'elle toute cause d'excitation, lui interdisant toute occupation ; elle n'en était d'ailleurs pas capable.

Je ne constatai chez cette jeune femme que des manifestations purement nerveuses, sans lésion organique. Je proposai à mes confrères la suggestion incarnée dans une apparence de massage. J'affirmai à MmeX... que ce massage fait sur les nerfs calmerait la sensibilité douloureuse et lui permettrait dans quinze jours ou trois semaines de venir à Nancy, où le changement d'air et le régime auquel je la soumettrais la guériraient.

Je la revis à Paris aux vacances de Pâques. Le massage avait été essayé sans résultat. La dépression nerveuse restait la même ; la malade ne marchait même plus dans sa chambre. Elle restait condamnée au lit et à la chaise longue, souffrant partout, anxieuse, démoralisée. Un éminent spécialiste appelé en consultation conseillait l'isolement dans un établissement hydrothérapique, isolement rigoureux pendant plusieurs semaines ou mois, avec interdiction de recevoir aucun membre de sa famille, même de recevoir des lettres dans les premiers temps. Elle ne pouvait s'y décider.

Alors je lui proposai de venir avec moi à Nancy ; non pas seule, mais avec son mari, ses enfants et tout son personnel. L'idée lui souriait; mais elle craignait de ne pouvoir faire le voyage, d'être trop faible, de défaillir en route. Je lui assurai

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qu'elle n'avait rien à craindre, puisque je voyagerais avec elle. Et pour lui montrer qu'elle pouvait marcher, je la fis sortir de son lit et circuler dans son appartement avec moi, ce qu'elle fît avec beaucoup d'anxiété et de douleurs dans les membres.

Elle se décida ainsi que sa famille; son mari loua une campagne dans les environs de Nancy; elle fut transportée à la gare, conduite péniblement dans un wagon-lit, débarquée à Nancy* et amenée à la campagne avec sa famille.

Le lendemain de son arrivée, je vins la voir. Pour tout traitement, je lui dis de se lever et de se promener avec moi dans le jardin. Elle avait peur, mais elle était toute confiante. La prenant par la main et l'encourageant, je la fis marcher pendant plusieurs minutes ; elle était très anxieuse, se plaignait d'oppression, de faiblesse, de douleur au cœur, de douleurs vives, surtout dans la plante des pieds. Je lui affirmai que tout cela se passerait à la longue et je cherchai à lui inspirer confiance en riant et en lui montrant que je n'attachais aucune importance à ses souffrances. Au bout de quelques minutes elle demanda la permission de s'asseoir, étant horriblement fatiguée; je le lui permis, et après quelques minutes de repos, je la fis marcher encore pendant cinq minutes. Je n'ordonnai rien, lui permettant de vivre comme elle voulait, de manger ce qu'elle voulait, de voir ses enfants toute la journée, si elle le désirait, de suspendre toute espèce de médication, rompant ainsi tous les liens d'hygiène rigoureuse dans lesquels elle était annihilée, prenant à dessein le contre-pied de tout ce qui avait été fait.

Le lendemain, je répétai la même chose ; je l'entraînai à marcher pendant vingt-minutes. L'anxiété avait beaucoup diminué, mais la douleur précordiale et à la plante des pieds était toujours très vive. Je la fis marcher beaucoup plus vite; de plus, je lui prescrivis de marcher seule, autant qu'elle pouvait, dans la journée.

Le troisième jour, elle marcha avec moi pendant plus d'une demi-heure et je la fis courir, malgré la douleur. Continuant ainsi tous les jours cet entraînement ambulatoire, j'arrivai au bout de huit jours à lui faire faire une lieue à pied. La douleur précordiale disparut au bout de huit jours ; la douleur plantaire au bout d'environ trois semaines.

Je procédai de même pour faire lire la malade. Après quelques jours de traitement, elle se plaignait encore de ne pas

comprendre ce qu'elle lisait. Alors, je la fis lire devant moi à haute voix quelques lignes, en lui affirmant qu'elle allait comprendre. La conception fut un peu vague la première fois. Je lui dis : « Lisez de nouveau; vous allez très bien comprendre ». Elle comprit en effet et je lui appris ainsi à fixer son attention. En trois séances de lecture, ce fut chose accomplie.

En poursuivant ainsi cet entraînement actif avec suggestion à l'état de veille, la malade se trouve rapidement transformée au physique et au moral, à la stupéfaction de sa famille. Après un mois de séjour à Nancy, elle rentra à Paris, et reprit la direction de son ménage, heureuse, pleine de vie, d'initiative et d'activité. Elle continue à faire ses deux heures de promenade par jour, mangeant et digérant bien, vivant de la vie de tout le monde, sons se ménager, et n'attachant plus aucune importance à quelques douleurs nerveuses, névralgies ou migraines passagères qui reviennent par intervalles. La guérison se maintient, pleine et entière, depuis deux ans et demi.

Est-il besoin de commentaires à cette observation? N'estce pas de la vraie dyoamogénie physique et psychique que j'ai faite chez une malade déprimée et obnubilée depuis deux ans ; toutes les médications avaient échoué ; l'hygiène intempestive augmentait l'inertie, maintenait l'auto-suggestion. Je n'ai pas fait d'hypnotisme; j'ai essayé, sans succès, de l'endormir et d'enlever ses douleurs par suggestion simple. Il fallait l'entraînement actif pour dissiper cette atonie douloureuse.

Observation GUI. — Paraplégie hystérique. Restauration de la sensibilité et de la motilité par suggestion lujpniolique. Restauration de la marche par entraînemeni ambulatoire.

Louise P..., âgée de seize ans et demi, domestique, entre -dans mon service le 12 octobre 1897; orpheline, elle est en condition depuis l'âge de huit ans. La maladie actuelle a débuté à la suite de grandes émotions qu'elle eut le 15 août par suite, dit-elle, de faux jugements portés sur sa conduite.

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