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ENTRAINEMENT AMBULATOIRE

Depuis ce jour elle perdit l'appétit et le sommeil, était mal à son aise, agitée.

Le 8 septembre, à cet état général s'ajoutèrent de grandes douleurs siégeant surtout dans les mollets et les jarrets. Ces douleurs lancinantes se calmaient pendant la marche et s'exaspéraient par le repos ; aussi elle marchait constamment, et ne cessait de pleurer et de crier, tant les douleurs étaient vives. Au bout de quatre jours, ces douleurs se calmèrent, en même temps que survint une anesthésie complète des jambes et des pieds; elle ne sentait que les cuisses; la paraplégie aussi était complète ; elle ne pouvait faire aucun mouvement dans son lit. En même temps émission involontaire d'urines; inappétence, sommeil mauvais.

La malade bien constituée, très impressionnable, sans maladie antérieure, n'a jamais eu de crises nerveuses; elle est assez intelligente.

A partir du 16 octobre, elle fut traitée par le Dr Zilgien, qui me suppléait pendant les vacances; jusqu'au 31 octobre elle fut endormie tous les jours, tombait en sommeil aasez profond, quelquefois avec amnésie. Pendant le sommeil qu'on prolongeait pendant une demi-heure, on lui suggéra la gaérison et dès la seconde séance elle commence à remuer les jambes et à manifester de la sensibilité. L'incontinence d'urine disparut; le sommeil et l'appétit revinrent après la troisième séance.

Pendant son séjour à l'hôpital, la malade eut trois fois une sensation de boule remontant de l'épigastre à la gorge avec strangulation, la dernière le 28 octobre.

Quand je repris le service, le 4 novembre, la malade exécutait tous les mouvements dans son lit, avait la sensibilité parfaite. Elle n'avait pas encore pu marcher et avait essayé en vain de le faire.

Je la fis mettre debout. Elle se tint en écartant les deux mains et vacillant; elle fit difficilement quelques pas en se raccrochant aux objets environnants pour ne pas tomber.

Impossible de la faire marcher seule et sans appui.

Je la soumis à l'entraînement suggestif et la fis marcher tous les jours en l'encourageant et la stimulant. Elle continue à s'exercer seule dans la journée.

Le 6 novembre, après deux séances, la malade va d'un bout de la salle à l'autre sans se tenir; elle marche encore avec une certaine hésitation, inclinant un peu le corps sur la jambe droite, accusant une certaine raideur dans le genou gauche,

surtout dans le jarret. Etant couchée, elle ne peut soulever sa jambe gauche qu'à une hauteur de 5 à 6 centimètres ; elle soulève mieux la droite.

La malade continue à marcher les jours suivants seule et sans appui; elle n'a plus aucune tendance à tomber; la douleur dans le genou disparaît; à partir du 17 novembre, elle ressent en marchant une sensation douloureuse dans le cou-depied, sensation qui n'existe pas au repos et qui ne se développe pas par les mouvements articulaires.

Le 21, après avoir marché longtemps, elle ressentait une douleur dans la jambe droite qui disparut après une demi-heure de repos.

Le 23, la malade marche très bien, va et vient, descend les escaliers, mais appuie toujours un peu plus sur la jambe droite, bien qu'elle lève avec autant de facilité les deux jambes.

Les autres fonctions sont normales.

Il s'agit dans ce cas d'une paraplégie hystérique datant de cinq semaines. La suggestion hypnotique simple restaure la motilité et la sensibilité. Mais le malade ne pouvait encore se tenir debout, ni marcher sans appui ; l'entraînement suggestif acheva la cure, en donnant l'assurance qui manquait. La persistance d'une certaine faiblesse dans le membre inférieur gauche, qui survit à tous les autres symptômes et ne se résout que lentement, donnant à la marche un caractère particulier, peut faire penser que ce membre est peutêtre le siège de névrites greffées sur l'hystérie. Ce cas où la complication organique reste douteuse établit la transition avec les deux qui suivent.

Dans les observations qui précèdent, la paralysie psychique était greffée sur une sensation douloureuse faisant inhibition à la marche ou laissant après elle une peur inhibitoire.

D'autres fois l'impotence fonctionnelle n'est pas purement dynamique ; elle est greffée sur une lésion organique, myélite ou névrite, qui par elle seule ne déterminerait qu'une faiblesse ou une difficulté de la marche-. Cette sen-

sation de faiblesse amplifiée par l'imagination du sujet se transforme en paraplégie dynamique complète. Tels sont les cas suivants :

Observation CiV. — Névrite dans la jambe. Paraplégie nerveuse pendant plusieurs semaines. Guérisonpar entraînement suggestif de la paralysie avec persistance des signes de la névrite.

Marie R..., cigarière, trente-neuf ans, entre dans mon service le 23 novembre 1895.

Antécédents héréditaires. — Père nerveux, colère, alcoolique, une sœur et deux frères nerveux.

Antécédents personnels. — Célibataire sans enfants. La menstruation s'est établie à l'âge de 15 ans, très difficile, avec douleurs et suffocation ; elle tombait sans connaissance. Actuellement la menstruation est régulière ; elle n'a pas eu d'affection sérieuse, mais elle a toujours eu des troubles nerveux, courbature, mal de tète, dyspepsie, crises nerveuses. Elle a vécu dans d'assez bonnes conditions hygiéniques, mais elle a eu des ennuis de famille, des scènes avec un frère, qui provoquaient chez elle de l'angoisse respiratoire et de l'obnubilation.

Depuis dix ans, elle a eu souvent des crises de nerfs à l'époque de la menstruation; pas de perte de connaissance, mais une série de faiblesses qui durait trois jours ; parfois agitation convulsive interne.

La maladie actuelle, paraplégie, remonte a trois mois. Après avoir eu pendant quelques jours des douleurs lancinantes dans les deux jambes, elle éprouve une grande difficulté à se tenir debout. Quand elle se rendait à la manufacture de tabac, elle devait se faire soutenir. A l'atelier, quand elle quittait sa place, si la pensée de tomber la prenait, elle appelait une camarade pour la ramener à sa place ; autrement elle serait tombée. Puis survint le tremblement dans les jambes et elle dut garder le lit.

Les autres fonctions sont normales, sauf de l'inappétence et du vertige quand elle a mangé ; cependant elle digère bien.

Le jour de son entrée, on fait lever la malade. Elle ne pouvait se tenir debout; se penchait successivement en avant et arrière, en équilibre instable, et les orteils se redressaient. Au lit tous les mouvements se faisaient bien. Je l'obligeai à mar-

cher en la soutenant; elle vacillait, lançant la jambe en tous sens. On aurait pu diagnostiquer : astasie, abasie.

J'essayai alors l'entraînement psychique. Je lui persuadai qu'elle pouvait marcher sans peur et sans difficulté, qu'il n'y avait aucune paralysie ; je lui dis de marcher en l'encourageant. Elle put faire quelques pas seule, ce qui montrait bien que la coordination motrice de la marche n'était pas abolie. Mais tout d'un coup l'impression de peur la prenait et elle se mettait à vaciller. Il suffisait alors de lui rendre l'assurance nécessaire et la faire marcher de nouveau.

Le lendemain même entraînement, ainsi que le jour suivant. Le quatrième jour, la malade marche spontanément, bien qu'il lui manque encore de l'assurance ; elle se promène dans la cour, toujours avec une certaine hésitation. Elle se rend bien compte que ce qui l'empêchait de marcher, c'était la peur. Cette peur la prenait tout d'un coup ; les genoux alors fléchissaient, et elle tombait à genoux. Elle est docile, se laisse facilement persuader, est convaincue qu'en peu de jours elle marchera comme avant.

Malgré cette confiance et l'entraînement auquel elle est soumise, l'état reste stationnaire ; elle ne tombe plus, mais elle n'arrive pas à marcher comme auparavant et elle quitte l'hôpital le 10 janvier.

Elle put aller à son travail, n'eut plus de paralysie, mais conserva une grande difficulté à marcher.

Vers le 20 février, à 11 heures du soir, la malade est prise subitement de douleurs très vives, comme fulgurantes, dans les deux jambes. Le 1er mars, douleurs pareilles surtout dans la jambe gauche, avec raideur dans les deux membres inférieurs. La faiblesse augmente ; la marche devient de plus en plus pénible et la malade rentre à l'hôpital le 3 mars.

Elle avance lentement, en vacillant, paraissant n'avoir aucune assurance, avec tendance à tomber de côté. Lorsqu'elle est couchée, les jambes se soulèvent bien, tous les mouvements se font. Je constate alors que la jambe gauche est amaigrie, elle mesure dans sa circonférence prise au tiers supérieur, deux centimètres de moins que la droite. Il y a de l'analgésie dans les membres inférieurs. Les réflexes tendineux sont normaux.

La malade se tient debout les yeux fermés. En la forçant à marcher, en la stimulant et l'encourageant comme la première fois, elle arrive rapidement après avoir marché d'abord

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