‹ Hypnotisme suggestion psychothérapieChapitre 206 sur 235 · STIMULATION DE LA VOLONTE · texte numérisé non relu

STIMULATION DE LA VOLONTE

avec hésitation, s'appuyant contre les lits, à marcher vite et sans se soutenir.

L'entraînement suggestif est continué les jours suivants ; elle arrive de nouveau à marcher vite et beaucoup mieux ; elle a repris toute son assurance, mais je constate qu'en marchant elle traîne toujours un peu la jambe gauche, la pointe du pied reste un peu tombante et ne se relève pas complètement pendant la marche. Après un séjour de trois semaines, elle peut reprendre son travail, toujours dans le même état, plus faible de la jambe gauche.

Voici donc une jeune femme qui pendant plusieurs semaines ne peut marcher. Les antécédents nerveux et hystériques permettent d'affirmer une paraplégie nerveuse. La maladie commence par des douleurs lancinantes ; la démarche vacillante est produite par la peur. L'entraînement suggestif donnant confiance à la malade restaure la marche. Mais cette restauration fut toujours incomplète.

Quand la malade revient au service, avec une rechute de sa paraplégie, l'examen complet permet de rectifier le diagnostic. L'amaigrissement de la jambe gauche, la faiblesse persistante de ce membre après la nouvelle guérison par entraînement, font penser à une névrite périphérique de ce membre. C'est sur cette névrite que s'est greffée la paraplégie nerveuse ; la suggestion active a restauré la fonction en tant que la lésion nerveuse le permettait, elle a dégagé la maladie de ce que l'auto-suggestion de la malade y ajoutait.

Observation GV. — Névrite typhique de la jambe droite. — Paraplégie consécutive. Guérison rapide par entraînement ambulatoire.

Félicien R..., quarante-trois ans, labourenr, est entré dans mon service le 23 septembre 1896, pour une fièvre typhoïde qui parcourt son évolution normale. Le 17 novembre, le malade est en convalescence; il mange et digère, il ne paraît plus amaigri, cependant il se plaint de ne pouvoir marcher. Il n'ac-

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cuse ni douleur, ni engourdissement, ni fourmillement, mais seulement une grande faiblesse dans les membres, il déploie des efforts considérables pour lever les pieds. Je constate de l'atrophie assez marquée des muscles de la jambe droite, de l'abolition des réflexes patellaires. Tous les mouvements sont possibles. Le malade reste confiné au lit, renonçant à marcher, disant qu'il est perdu; qu'il sera un homme inutile désormais.

Je pense à une névrite périphérique surtout dans la jambe droite avec paraplégie auto-suggestive greffée sur cette névrite.

Je cherche à réveiller l'initiative de ce malade : le 6 décembre, je le fais lever ; il ne peut se tenir debout et s'appuie pour ne pas tomber. Je le fais tenir debout ; en l'encourageant et le stimulant, j'arrive au bout d'une demi-heure à le faire tenir debout spontanément. Le lendemain je lui fais faire quelques pas, et en continuant cet exercice, le malade arrive à retrouver sa fonction perdue. Le 20 décembre, il marche assez bien, va et vient pour ses besoins et ne se plaint que d'une lourdeur assez pénible dans les membres lorsqu'il descend les escaliers.

Ainsi une névrite périphérique a produit de la faiblesse musculaire des jambes ; cette faiblesse perçue par le sensorium donne l'illusion d'une paraplégie : la malade ne peut se tenir debout, parce qu'il a l'idée qu'il ne peut le faire. La stimulation morale et physique restaure la marche, en dégageant la névrite de ce que Fauto-suggestion lui avait ajouté.

Le mécanisme de la paralysie psychique peut être autre.

Dans les faits qui précèdent, l'origine de cette paralysie était périphérique : c'est une sensation douloureuse, c'est une sensation de faiblesse dynamique ou organique qui, perçue par le sensorium, développait une émotion inhibitoire.

L'observation suivante montre une paraplégie psychique d'origine centrale.

Observation G VI. — Paraplégie psychique datant de un an. Guérison par entraînement ambulatoire.

Mlle A., âgée de dix-sept ans, de Paris, vint me consulter en octobre 1894, pour une paraplégie nerveuse, que Ton suppo-

sait d'origine grippale. « De bonne santé habituelle, elle fut atteinte en novembre 1893, d'une fièvre typhoïde qui évolua sans complications graves : la convalescence fut longue. La guérison paraissait devoir s'établir ; elle sortait, faisait des promenades quotidiennes, quand une poussée grippale vint tout interrompre. Depuis, une grande faiblesse, un état névrasthénique intéressant tous les organes, une apathie physique et intellectuelle, et de la paraplégie nerveuse persistent. Tous les traitements furent essayés, sans compter la vie au grand air, au bord de la mer, douches, massages, frictions, etc. (Lettre duDrP...)

La malade me fut adressée par le Dr P.. . Je trouvai une jeune fille intelligente, très impressionnable, sans maladie antérieure à sa fièvre typhoïde, sans intécédents nerveux notables ni personnels, ni héréditaires. Elle ne présentait d'ailleurs aucune manifestation hystérique, ni anesthésie, ni ovarialgie, ni boule; elle était bien constituée.

Depuis environ un an, elle ne pouvait marcher, se tenait péniblement debout et faisait difficilement chaque pas. Elle dut être portée à l'hôtel . Il existait de plus chez elle un certain degré d'anorexie nerveuse. Elle mangeait peu, et il fallait se gendarmer avec elle pour lui faire avaler quelques cuillerées de potage.

Je constatai que les membres inférieurs n'étaient pas amaigris, que tous les mouvements articulaires étaient possibles, que les réflexes tendineux étaient normaux ainsi que la sensibilité cutanée.

Je fis mettre la malade debout. Elle se leva, mais se tint très difficilement, le tronc penché en avant, presque courbée en deux. Je l'engageai en vain à marcher; elle ne peut le faire seule. Je lui pris les deux mains pour la conduire; elle exécuta avec lenteur et difficulté deux à trois pas en avant, mais ce fut tout.

Je m'aperçus cependant qu'en la tirant vers moi de force par les mains, je pouvais la faire progresser, mais le corps était toujours fortement incliné en avant. Les mouvements se faisaient bien dans les articulations. Je l'obligeai à se redresser, à marcher plus droit. Abandonnée à elle-même, sans être poussée, spontanément, elle ne pouvait faire aucun pas. La malade, cependant, était docile et pleine de bonne volonté.

J'essayai alors de l'endormir sur un fauteuil. Je ne pus arriver qu'à un engourdissement douteux. Je lui suggérai en vain

de toutes mes forces la conviction qu'elle pouvait se tenir debout, marcher sans aucune peur, que ses jambes avanceraient sans peine ; la suggestion resta inefficace.

Et ainsi pendant trois séances. Je n'obtins rien. Je pouvais traîner la malade courbée en deux vers moi ;je ne pouvais pas la faire aller spontanément.

. J'acquis la certitude qu'il s'agissait d'une paraplégie nerveuse d'origine psychique. La malade pouvait marcher ; la fonction de la marche était chez elle chose possible. Elle voulait marcher et me disait : « Je ne suis pas paralysée, je fais tous mes efforts, j'use bien toute mon énergie et ma bonne volonté, mais je n'arrive pas. » Il y avait quelque chose qui s'interposait entre la volonté et l'acte, comme si la cellule cérébrale idéo-motrice ne pouvait pas actionner le nerf moteur, comme si un obstacle quelconque fonctionnel ou organique faisait inhibition de l'une à l'autre.

Alors, au lieu de faire la suggestion passive, c'est-à-dire de l'affirmation simple à l'état de sommeil ou à l'état de veille, je fis de la dynamogénie psychique. Je passai tous les jours trois quarts d'heure à une heure à faire aller la malade, la forçant à se redresser. Je la prenais par les deux mains, je l'entraînais avec moi dans tous les sens, l'obligeais à courir, puis à marcher seule, en la stimulant, en la poussant par derrière. J'obtins ainsi un résultat graduel, et au bout de huit jours, une amélioration notable. Je lui appris de même à monter et à descendre les escaliers, ce qui s'effectua lentement, peu à peu, avec hésitation. Dans toute sa marche on sentait qu'il y avait quelque chose qui l'empêchait d'avancer.

Après une dizaine de jours de traitement, je dus m'absenter huit jours pendant lesquels elle resta à Nancy. Et à mon retour le résultat obtenu persistait, mais aucun progrès ne s'était réalisé depuis.

Je repris mon entraînement. Au bout de quinze jours environ j'arrivai à la faire descendre dans la rue avec moi et se promener, mais toujours avec une tendance à se courber en avant, toujours avec beaucoup d'hésitation et de lenteur dans la marche, marchandant pour ainsi dire ses pas. Il me fallait de temps en temps la pousser dans la rue pour faire avancer ses pieds.

Enfin après un mois d'efforts persévérants, pendant lequel le progrès se fit pas à pas, le résultat définitif était obtenu. La malade put faire une lieue à pied. La guérison s'est maintenue.

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