MEDECINE DES TEMPLES GRECS
pour conserver leur santé ». Les bains étaient toujours accompagnés de frictions et autres manipulations. Presque toujours ils devaient être soumis à des fumigations avant de recevoir les réponses de l'oracle. Ensuite ils se préparaient par des prières, dormaient dans le voisinage du temple, sur la peau du bélier qu'ils avaient offert ou à côté de la statue de la déesse dans un lit, et attendaient l'apparition du dieu de la santé.
Toutes ces cérémonies qui précédaient leur sommeil prophétique contribuaient à donner à leur esprit une direction qui dans les circonstances où ils se trouvaient, pouvait difficilement manquer son effet, lorsqu'ils étaient complètement ou à demi endormis. Souvent Esculape ou une autre diviuité leur apparaissait en songe et leur indiquait les moyens dont ils devaient faire usage pour guérir.
« Lorsque les songes envoyés par le dieu sont dissipés, dit Jamblique, nous entendons une voix entrecoupée qui nous enseigne ce que nous devons faire. Souvent cette voix frappe nos oreilles dans un état intermédiaire entre le sommeil et la veille. Quelques malades sont enveloppés d'un esprit immatériel que leurs yeux ne peuvent apercevoir, mais qui tombe sous un autre sens. Il n'est pas rare qu'il se répande une clarté douce et resplendissante qui oblige de tenir les yeux à demi fermés *. »
L'interprétation des songes était du ressort des prêtres, et quelquefois des gardiens du temple qu'on appelait aussi intercesseurs. Souvent, lorsqu'ils ne reconnaissaient pas assez de foi aux malades, ils rêvaient en leur place.
Des guérisons subites avaient lieu, comme à Lourdes aujourd'hui, ainsi qu'en témoigne, par exemple, cette tablette votive, découverte dans l'île du Tibre: « Un certain Gaïus, qui était aveugle, apprit de l'oracle qu'il devait se rendre à l'autel, y adresser des prières, puis traverser le
[ ' Jamblich. De myster. Atgypt., sect. III, c. n, p. 60.
temple de droite à gauche, poser ses cinq doigts sur l'autel, lever la main et la placer sur les yeux. Il recouvra aussitôt la vue, en présence et aux acclamations du peuple. Ces signes de la toute-puissance du dieu se manifestèrent sous le règne d'Antonin. »
Telle était la médecine chez les Grecs pratiquée dans les temples jusqu'à la cinquantième olympiade, jusqu'au milieu du ive siècle. Alors seulement quelques sectes philosophiques firent concurrence aux temples, d'abord avec les mêmes armes, hymnes, formules magiques, pratiques mystérieuses. Plus tard elles eurent recours aux remèdes naturels. Ce furent surtout les philosophes italiens qui, après la destruction de l'ordre de Pythagore, allaient sous le nom de Périocleutes, exercer fart de guérir de pays en pays. Les Asclépiades de Cnide suivirent leur exemple ; la médecine n'était plus confinée entre les mains des prêtres. Cependant, certains peuples conservèrent le culte de la médecine sacerdotale. Les Lacédémoniens faisaient appel aux médecins théurgiques des pays voisins pour arrêter les maladies par les charmes et les chants magiques \ Les descendants des anciens Curetés avaient encore une grande réputation pour traiter les maladies par les moyens surnaturels. Un d'eux, Epiménide, vint de Crète à Athènes, pour arrêter la peste parles charmes et les sacrifices2.
Peu à peu, les écoles des Asclépiades dégagèrent la médecine de cette gangue grossière et superstitieuse ; les temples de Cos et de Cnide avaient donné l'exemple. La famille d'Hypocrate naquit dans l'ordre des Asclépiades; les tablettes votives des temples d'Esculape furent consultées par Hippocrate pour étudier la nature et la marche des maladies. La médecine scientifique prit naissance;
1 Plutarch. De musicâ, p. 1, 146. — Paasàn. lib. I, G, XIV, p. 52.
2 Plutarch. Solon, p. 84. — Plato. De leg., lib. I, p. 517.
THEOSOPHIE ORIENTALE 7
mais les prêtres, les devins, les magiciens, continuèrent à exercer leur suggestion à toutes les époques de l'histoire.
La théosophie orientale, mélange de théologie, d'astrologie, de magie et de sciences occultes diverses, inspirée par les doctrines antiques des brames du Gange, florissait en Orient et surtout en Perse, dès le vne siècle avant l'ère chrétienne. Elle pénètre en Occident, après le règne d'Auguste. Zoroastre en fait la base de sa doctrine. Ormuzd et Ahriman représentent le bon et le mauvais principe, d'où émanent les bons et les mauvais démons.
C'est au théurge Mazdejesnan, vainqueur du mal, qu'appartient le pouvoir de guérir, avec l'aide des démons et des paroles magiques. « Bien des cures, dit le livre des Zend, s'opèrent par le secours des arbres et des herbes, d'autres par le couteau et d'autres encore par la parole : car la parole divine est le plus sûr moyen de guérir les maladies ; c'est par elle qu'on obtient les cures les plus parfaites. »
Le séjour des Juifs en Perse pendant la captivité de Babylone servit puissamment à propager la doctrine de Zoroastre. Dépouillés de leur culte matériel, obligés de renoncer aux sacrifices, ils durent idéaliser leur foi au contact de la théosophie persane alliée avec leurs dogmes religieux. Les idées mystiques orientales, la magie chaldéenne, la lutte entre les bons et les mauvais esprits, la vie contemplative pour se mettre en rapport avec la divinité, se retrouvent désormais chez le peuple juif ; et ces idées orientales furent propagées par lui chez les philosophes d'Alexandrie.
Là se développe, un siècle et demi avant Jésus-Christ, la secte médico-théosophique des Esseniens ou Esséens, adorateurs mystiques de Dieu, qui se vouaient à la prière, à
4 Joseph. Antiq. Jud., lib. 111.
l'interprétation allégorique de la Bible et au traitement des maladies par l'intervention de Dieu1.
La philosophie païenne des Grecs et des Romains s'imprègne aussi des doctrines de Zoroastre et des Juifs. Des magiciens, comme Apollonius de Tyrane et Simon, disciple de Pythagore, exploitèrent la crédulité par leur sophismes et leurs miracles. Le premier fit des cures merveilleuses dans les temples d'Esculape. A Tarse il guérit une hydrophobie ; le chien dans lequel était passée l'âme du Mysien Télèphe lécha, par son ordre, le malade et lui rendit la santé2. Il aurait inventé les talismans, amulettes, sur lesquels on inscrivait des mots mystiques et qu'on attachait au cou des malades pour les guérir.
Un magicien cité par Lucien guérissait les maladies par un long poème arabe. Plotin fut un des fondateurs de la nouvelle philosophie d'Alexandrie, amalgame des doctrines grecques de Pythagore et de Platon dégénérées avec la théosophie mystérieuse des Orientaux : il guérit aussi au moyen des paroles magiques 3. Porphyre, guéri par lui, apprit à conjurer les génies et à les chasser du corps des malades4. Alexandre conjure une peste par une sentence divine ; il guérit les maladies par l'axonge accompagnée de formules magiques5.
Des mots éphésiens, trouvés sur une statue de Diane, avaient une vertu efficace pour chasser les génies et guérir les maladies.
Le christianisme naissant, loin de détruire ces superstitions, s'allia, par la croyance aux miracles, avec les idées du paganisme et contribua à maintenir l'erreur. Les apôtres guérissaient par les onctions, les saintes huiles,
1 Joseph. De bell. Jud., lib. IL
2 Philostr. Vit. Apollon.
3 Porphyr. Vit. Plot, in Fabric. bibl. graec, lib. IV. * Euseb. Praep. Evang., lib. V.
5 Lucian. Psaclomant., p. 761, 756, 768.