‹ Hypnotisme suggestion psychothérapieChapitre 4 sur 235 · INFLUENCE DU CHRISTIANISME NAISSANT · texte numérisé non relu

INFLUENCE DU CHRISTIANISME NAISSANT

l'apposition des mains et les prières ; les anciens de chaque communauté avaient le même pouvoir.

L'ombre de saint Pierre, les reliques, les martyrs comme saint Corne et saint Damien, les temples construits en leur honneur, seraient des cures miraculeuses. Saint Martin de Tours est resté célèbre par ses guérisons1. Maruthas, évoque de Mésopotamie guérit un roi de Perse d'une céphalalgie opiniâtre, déclarée incurable, par des prières et des charmes2. Les exorcismes, l'extase, la foi conjuraient les démons et guérissaient les maladies. Des talismans furent empruntés au culte païen, avec des figures égyptiennes, des symboles venant de Zoroastre ou des Juifs : ces talismans mystérieux suspendus au cou préservaient contre les maladies. Deux triangles enlacés l'un dans l'autre formaieut un diagramme à l'aide duquel la secte hérésiarque des gnostiques opérait des guérisons merveilleuses3.

La décadence morale des empereurs romains après la conquête de l'Orient favorisa l'imposture et la superstition. Claude éleva à Rome une statue au magicien Simon. Vespasien guérit à Alexandrie des aveugles et des paralytiques \ Adrien qui guérit un aveugle en le touchant écrivit un livre sur la théurgie et les consécrations magiques. Antonin le Pieux, Marc Aurèle, Alexandre Sévère continuèrent à protéger les magiciens et les astrologues. C'est sous Galien que Plotin opéra à Rome des guérisons miraculeuses ; c'était un platonicien et les platoniciens s'étaient alliés aux magiciens orientaux. Enfin, une loi de Dioclétien proscrivant l'astrologie et l'exercice de la magie, mit fin aux abus de la théosophie orientale. Les magiciens et les sorciers furent poursuivis avec rigueur par Valens, Valentinien et surtout par l'orthodoxe Théodose. Caracalla ordonna

* Sulp. Sever. Vit.Mavt., p. 170. éd. Cléric,

2 Socratis. Ris t. ecclesiast,, lib. VII, c. vnr.

3 Montfaucon. Tab. CLX.

*Tacit. Ristor., IV. — Suet. Vit. Vespas., c. vu.

que Ton punît de mort tous ceux qui se servaient d'amulettes contre la fièvre quarte; Valentinien fit mettre à mort une vieille femme qui guérissait des fièvres intermittentes par des paroles, et un jeune homme qui touchait un marbre en prononçant sept lettres de l'alphabet pour guérir un mal d'estomac.

Le culte catholique était expurgé de sa mixture orientale et païenne. Le fanatisme religieux détruisit toutes les traces, bonnes ou mauvaises, du paganisme. Mais la théosophie des magiciens fut remplacée par le fanatisme de moines ignorants qui eurent de nouveau, à partir du vie siècle, le monopole presque exclusif de la médecine. Médecine purement religieuse, par les prières, les cérémonies, les reliques, elle continuait sous la foi chrétienne ce que faisaient les prêtres d'Esculape dans les temples païens.

Les tombeaux des saints, de sainte Ida, de saint Martin de Tours et autres, les cendres et les reliques des saints, remplacèrent les talismans de la magie orientale ; le pape Etienne III fit des cures dans le couvent de Saint-Denis par l'intervention des apôtres ; saint Gui guérit l'empereur Othon le Grand.

Au vie siècle, saint Benoît de Mursie fonda, au pied des Apennins, le couvent de Monte-Cassino ; il prescrivit à ses moines de guérir les malades par des prières et des conjurations, et leur défendit l'instruction. Mais déjà, vers le ixe siècle ils s'écartèrent de cette règle, traduisirent les ouvrages des Arabes et étudièrent l'art de guérir par les remèdes.

Une autre école fut fondée par les Bénédictins à Salerne : saint Mathieu était le patron du couvent, et ses reliques ainsi que celles de sainte Thècle, sainte Archélaïs et sainte Suzanne, y guérissaient les malades dès le xe siècle. Dans le xiie, saint Bernard y fut appelé pour guérir par ses miracles ceux que les médecins n'avaient pu soulager. Vers le xie siècle, les moines de Salerne avaient commencé,

GUERISONS MIRACULEUSES 11

comme ceux de Monte-Cassino à étudier les livres grecs et arabes et associèrent la médecine naturelle au surnaturel.

Les croisades réveillèrent la superstition ; les miracles, les reliques firent merveille plus que jamais ; l'astrologie, telle que la concevait l'ancienne théosophie orientale s'amalgama de nouveau avec la médecine. Au xie siècle, les rois d'Angleterre et de France acquirent le privilège miraculeux de guérir par attouchement le goitre et les écrouelles ; Edouard le Confesseur d'abord, puis Philippe Auguste, guérirent par la main et des paroles sacrées, Saint Louis y ajouta le signe de croix.

Dans le xuie siècle, malgré la renaissance des sciences et des universités, la médecine resta subordonnée à l'astrologie et au système de la scholastique. Les prêtres opéraient toujours des cures miraculeuses ; parmi eux, le plus célèbre fut Edmond, archevêque de Gantorbéry1. Le pape Innocent III défendit, sous peine d'excommunication, aux médecins de traiter aucun malade sans l'intervention d'un ecclésiastique.

Au xive siècle, la raison humaine commença à s'insurger contre l'autorité ecclésiastique, mais ce ne fut pas sans lutter. Les guérisons miraculeuses continuèrent entre les mains de saint Roch à Montpellier, de saint Louis à Toulouse, de saint André Corsinus, de sainte Catherine de Sienne, etc. Une danse de saint Guy, épidémique en Allemagne fut traitée comme œuvre du diable ; les possédés furent exorcisés 2.

L'astrologie et les autres branches de la théosophie dominent les ouvrages d'Arnaud de Villeneuve. Les troubles fonctionnels sans lésions organiques sont considérés comme œuvres de sorcellerie. Le médecin peut avoir le pouvoir occulte d'ensorceler ses malades, sans le savoir ou sans le

1 Vincent Bellovac. Spec. histor., lib. XXXI.

2 Bzovius, ann. 1374, n° 13, p. 1501.

vouloir. Il doit aussi savoir tirer parti des passions du malade, capter sa confiance et allumer son imagination ; alors il est sûr de le guérir. Un auteur affirme qu'un moyen infaillible pour terminer heureusement les accouchements laborieux, consiste à réciter quelques passages des psaumes de David1.

Au xve siècle, la réforme littéraire et scientifique se prépare, mais obscurcie encore par les superstitions. La magie païenne fut condamnée comme hérésie par le pape Benoît XIII2 : mais pour combattre l'hérésie des Hussites, on fit à Halle, dans le Hainaut et à Constance, des cures miraculeuses par les verges saintes et les hosties3.

Le siècle de la renaissance des lettres et des sciences, celui des plus grands progrès, fut en même temps, celui des plus grandes superstitions. L'alchimie, l'astrologie, la chiromancie, la sorcellerie, la démonomanie florissaient plus que jamais. Le culte du diable aussi vieux que le monde arrivait à son apogée. Bacon, Arnaud.de Villeneuve, Raymond Lulle, Paracelse, Cornélius Agrippa, associant à leurs doctrines alchimiques le nom des divinités païennes, eurent la réputation de sorciers. La sorcellerie et les procès de sorcellerie encombrent le xve et le xvie siècles. Dans le seul électorat de Trêves, 6500 habitants périrent sur l'échafaud, en quelques années, accusés de sorcellerie, A Friedberg, dans la nouvelle Marche, 150 individus furent possédés du diable vers la fin du xvie siècle4, et le mal devint si général que le consistoire ordonna des prières publiques dans toutes les églises pour l'expulsion de l'esprit malin. Les procès mémorables du prêtre Ganfridi, d'Urbain Grandier et des Ursulines de Loudun, et tant d'autres, relus aujourd'hui à la lumière de la science

1 Complem. Mesuae, éd. Venet., in-fol. 1562, F., 312 b.

8 Raynald. Anna 1404, p. 20.

3 Bzovius. Anna 1405, 1414, c. iv.

* Mochsen. Histoire des sciences dans la Marche de Brandebourg.

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