‹ Hypnotisme suggestion psychothérapieChapitre 47 sur 235 · CONSCIENCE PENDANT L'HYPNOSE · texte numérisé non relu

CONSCIENCE PENDANT L'HYPNOSE

obtenir des réponses. La mère en rentrant le soir, trouve son enfant endormi, luiparle, lui demande : veux-tu boire ? Souvent l'enfant répond. Il boit les yeux fermés ! Il ne se souvient de rien à son réveil. Il m'arrive souvent, à l'exemple du général Noizet et de M. Liébeault, de prendre un malade en sommeil naturel, et qui n'a jamais été hypnotisé ; je lui parle en lui suggérant de continuer à dormir. Quelquefois il se réveille ; mais d'autrefois il reste endormi, les yeux clos et me répond : j'obtiens alors chez lui tous les phénomènes que j'obtiens chez les hypnotisés.

Un de mes sujets me racontait qu'il avait l'habitude de coucher avec son frère, et que souvent celui-ci l'interrogeait pendant son sommeil et obtenait de lui des réponses ; si bien que son frère en profitait pour lui extorquer des secrets qu'il ne lui aurait pas dits à l'état de veille et qu'il ne se rappelait pas à son réveil lui avoir dits.

J'ai fait souvent l'expérience suivante, devant des sujets endormis du sommeil naturel. Je raconte à haute voix à un autre sujet hypnotisé qu'une scène fictive s'est passée la veille dans la salle : un malade ivre s'est disputé avec l'infirmier ; une lutte sanglante s'en est suivie, etc. A son réveil l'hypnotisé croit que c'est arrivé ; c'est ce que je décrirai plus tard sous le nom d'hallucination rétroactive. Or si je réveille les dormeurs naturels, et si je leur demande ce qui s'est passé la veille, il en est parmi eux qui me racontent la scène dans tous les détails : eux aussi croient que c'est arrivé. Ils ont entendu, sans en avoir l'air et sans le savoir, ce que j'ai dit à l'hypnotisé et l'idée introduite dans leur cerveau est devenue au souvenir sensoriel illusoire.

Le Dr Kennedy (de Dublin) rapporte, d'après Hack Tuke, le fait suivant :

« Un jour que j'étais parti de Dublin par le dernier train pour aller à Kingstow examiner un cas urgent, je dus revenir sur la machine. C'était par une nuit d'orage et de

tempête. Un grain de charbon brûlant m'entra dans l'œil. En arrivant à Dublin au point du jour, je me rendis immédiatement chez notre meilleur oculiste, Sir William Wilde ; je réussis à pénétrer chez lui, même jusqu'à sa chambre à coucher. Je trouvai Sir William Wilde profondément endormi, et je ne pus réussir à le réveiller : cris, secousses, appels, furent également inutiles. 11 restait sourd, et j'allais partir désespéré, quand j'eus l'idée de l'atteindre dans sa passion dominante, autrement dit de l'éveiller en touchant à l'idée qui préoccupait le plus son esprit. Je mis donc la bouche tout près de son oreille et je dis à voix basse : « Wilde, j'ai dans l'œil un corps étranger : prenez votre instrument pour me l'ôter, je souffre cruellement ». L'effet fut instantané ! Il sauta sur ses pieds, me prit le flambeau des mains, saisit l'instrument que je lui tendais, me fit asseoir sur une chaise, écarta les paupières, découvrit le grain de charbon et me l'enleva immédiatement, me rendant le plus heureux des hommes. Nous nous quittâmes fort satisfaits l'un de l'autre. Il me parut avoir opéré d'une façon automatique, quoique momentanément éveillé, et il sembla se rendormir immédiatement. »

Ces exemples prouvent que le dormeur naturel, comme le dormeur artificiel peut donner des signes de conscience et sortir de sa torpeur, sous l'influence de la suggestion.

L'apparence du sommeil n'existe pas chez tous les hypnotisés, même chez ceux qui ont l'amnésie au réveil et croient avoir dormi, j'en ai rencontré qui restent les yeux ouverts, fixes, étonnés; il faut savoir qu'ils sont pris, pour ne pas s'exposer à méconnaître chez eux l'état hypnotique. On peut les cataleptiser, les halluciner sans souvenir au réveil. Ils ne peuvent quelquefois pas fermer les yeux spontanément et on les croirait volontiers rebelles à l'hypnose, si on attendait l'occlusion spontanée des paupières. D'autres, les yeux clos, conservent l'air éveillé ; ils parlent, gesti-

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