CONSCIENCE PENDANT L'HYPNOSE
culent, se grattent, toussent, prennent part aux conversations, rient et ne ressemblent à rien moins qu'à des dormeurs ; et cela spontanément, sans qu'on ait fait appel à leur activité. Ils ne dorment peut-être pas physiologiquement, mais ils ont Pillusion du sommeil suggéré, très suggestibles, cataleptisables, hallucinables avec perte de souvenir au réveil.
C'est parce que beaucoup de médecins non suffisamment expérimentés attendent les phénomènes dits somatiques de l'hypnose, la résolution, l'immobilité, l'aspect du sommeil parfait, c'est parce que le moindre signe de conscience ou d'initiative du sujet les déroute, leur faisant croire que le sujet n'est pas pris, alors qu'il peut l'être, qu'ils passent à côté de l'hypnose sans s'en douter ; ils communiquent au sujet leurs doutes ou leur conviction qu'il n'est pas pris ; et le sujet, ne continuant plus à être suggestionné, ne continue plus à se laisser aller ; j'ai trouvé ainsi d'excellents somnanbules que d'autres opérateurs avaient méconnus ou j ugés réf ractaires à l'hypnose. On s'étonne parfois quand je dis que je suggestionne à peu près tous les malades de mon service : les exceptions sont rares. Mes élèves et les nombreux médecins qui me font l'honneur de visiter ma clinique le savent bien.
Voilà donc mon sujet en état d'hypnose, avec ou sans sommeil apparent : je vais démontrer sur lui les diverses suggestions.
Commençons par celles de motilité, la plusfacile à obtenir. Et d'abord la catalepsie. J'ai levé son bras, il est retombé. Chez d'autres, il reste d'emblée en l'air. Chez lui, il suffit que je le laisse quelques secondes en l'air pour qu'il y reste, figé dans l'attitude imprimée. D'autres ont besoin d'une suggestion spéciale pour réaliser ce maintien du membre dans la position donnée, c'est-à-dire la catalepsie. J'obtiens la même attitude pour les jambes, mais d'une façon beau-
coup moins constante. Cet état cataleptique ne dure pas indéfiniment ; on ne renverse pas les lois de la nature. Au bout d'un temps variable qui ne dépasse pas quinze à vingt minutes, la fatigue vient et les membres retombent graduellement ou rapidement, les jambes plus vite que les bras.
La catalepsie ne se réalise pas chez tous les sujets de la même façon ni avec la même facilité. En voici un qui est peu influencé ; le membre élevé en l'air reste passivement comme si le sujet oubliait de le baisser. Mais si je dis : « Vous ne pouvez pas le baisser, essayez de le faire, » alors il parvient à se ressaisir ; le défi que je lui ai adressé réveille son initiative intellectuelle, et il abaisse le membre. Cependant si je recommence l'expérience sans faire appel à son initiative, l'attitude cataleptiforme se maintient de nouveau.
Voici un sujet plus influencé. Je le mets au défi de changer son bras de place. Je l'invite à essayer de toutes ses forces. Il essaie et, en dépit de tous ses efforts, ne peut le déplacer- Cet autre le déplace un tant soit peu, mais ne peut aller plus loin et s'arrête. Entre la catalepsie que le sujet peut rompre et la catalepsie complètement irrésistible, on observe d'ailleurs tous les degrés, et ce degré est à mes yeux une des meilleures mesures pour juger la profondeur de l'influence suggestive, pour apprécier jusqu'à quel point la volonté est paralysée ou impuissante.
La catalepsie varie aussi, non seulement comme intensité, mais comme qualité. Chez les uns, elle est molle, flaccide. Le membre est, je suppose, étendu horizontalement en l'air. Je lui donne une légère impulsion ; immédiatement il tombe en résolution, obéissant aux lois de la pesanteur. Chez les autres, elle est un peu plus rigide; elle est, comme on dit, cheuse. Le membre obéit à l'impulsion donnée, mais ne la dépasse pas ; il s'abaisse un peu, puis reste stationnaire ; les doigts prennent et gardent les attitudes les plus