‹ Hypnotisme suggestion psychothérapieChapitre 6 sur 235 · SECTE DES ROSE-CROIX · texte numérisé non relu

SECTE DES ROSE-CROIX

nait de découvrir les propriétés de l'aimant sur lequel le physicien anglais Gilbert avait écrit un traité scientifique *. On crut reconnaître dans cette substance le principe ou fluide qui, venant des astres, met en communication les différents corps célestes entre eux et avec les êtres sublunaires. Dans les êtres animés, Paracelse crut constater une vertu secrète, une qualité attractive semblable à celle de l'aimant. C'est le magnétisme animal ; c'est l'origine de la médecine magnétique.

Les talismans, que Paracelse contribua à mettre en honneur, étaient des boîtes conservatrices des influences célestes. Il donne une recette pour les faire ; il donne la composition de deux onguents sympathiques qui guérissent les plaies, à 20 milles de distance. Il suffit d'imbiber avec le premier un morceau de bois trempé dans le sang du malade ; avec le second d'en couvrir le fer qui a fait la blessure, pour que la guérison ait lieu par sympathie.

Au commencement du xvne siècle, se constitua une secte d'enthousiastes fanatiques, qui propagèrent en l'amplifiant la doctrine théosophique de Paracelse. C'étaient les Rose- Croix2 qui exerçaient publiquement la médecine. La croix mystique teinte de son sang rosé, qui est le mot d'ordre des adeptes, suffit à donner la sagesse et la science. Les Rose- Croix guérissent toutes les maladies par la foi et l'imagination. Un véritable Rose-Croix, dit Figuier, n'a qu'à regarder le malade le plus grave pour qu'à Finstant il soit guéri. Ils avaient une poudre de sympathie et un emplâtre céleste qui guérissaient instantanément les plaies, les ulcères, les hémorragies et nombre d'autres maladies, Rodolphe Goclenius, professeur de médecine à Marburg, écrivit en 1608 un traité sur la cure magnétique des plaies dans lequel il cherche à expliquer par les lois magnétiques de la nature

1 De magne te. Sedin, 1628.

2 Réformation générale du monde entier par la « Fama fraternitalis des Rose-Croix ». Ratisbonne 1614.

l'efficacité considérée par lui comme incontestable de cet emplâtre. Un jésuite, le père Roberti, publia un traité pour le réfuter ; une polémique violente s'engagea. Si les cures s'opèrent, dit le jésuite, par les talismans, les mumies et l'onguent des armes de Goclenius, elles ne peuvent être que l'œuvre du démon. Tous les Rose-Croix avec Paracelse, n'étaient que des sorciers ; le calviniste Goclenius et Calvin lui-même étaient fils de l'esprit malin '.

L'illustre Van Helmont intervint dans le débat de son livre : De magnetica vulnerum naturali et légitima curatione contra Joan, Roberti 1621. Il affirma que les phénomènes ne sont pas dus au diable, mais au magnétisme, c'est-à-dire à une vertu secrète des corps qu'on appelle ainsi à cause de son analogie avec les propriétés de l'aimant. L'onguent magnétique agit en tirant à soi la qualité hétérogène qui est dans les plaies et les préserve ainsi d'inflammation et d'ulcération.

Comme preuve en faveur de la cure magnétique des plaies, un autre adepte de la doctrine de Paracelse, Hélimontius, citait la guérison par la transplantation. C'était une croyance alors répandue que les maladies pouvaient se transplanter : par exemple en mettant du sang d'un hydropique dans une coquille d'œuf, qu'on tient chaude et qu'on fait manger avec de la viande à un chien affamé ; celui-ci prend la maladie et l'homme en est débarrassé.

On peut faire passer la maladie clans un arbre ; il suffit d'enlever l'écorce pour creuser un trou, de mettre dans ce trou l'urine ou les cheveux du malade fiévreux ou hydropique, et, cela fait, de remettre l'écorce. Ainsi la maladie est transplantée dans l'arbre. Tel est le procédé iudiqué dans le livre intitulé la Philosophie de Moïse de Robert Fludd, le plus célèbre des Rose-Croix du xviie siècle, et qui mit au service de la médecine magnétique toutes

1 Roberti. Metamorpliosis magneiicae Calvino Goclenianae. Donac, 16J9.

MAXWELL. GREATRAKE 17

les rêveries théosophiques de son imagination. Il existe deux magnétismes : le spirituel et le corporel et les effets de ce double magnétisme existent non seulement entre les animaux, mais entre ceux-ci et les végétaux et même les minéraux. Les prières seules guérissent les maladies. Le philosophe écossais indique les formules auxquelles il faut recourir en certains cas et même la région du ciel vers laquelle il faut se tourner pour être exaucé.

L'Écossais Guillaume Maxwell S adepte de Fludd, soutient avec énergie le magnétisme animal qui est la médecine universelle. Un grand principe vital se communique des astres aux corps par la chaleur et la lumière. Cet esprit universel émanant du soleil est la source de l'esprit vital particulier à toutes choses ; c'est lui qui l'entretient et le régénère. Toute maladie provient de l'épuisement de l'esprit vital. Celui qui sait agir sur l'esprit vital particulier à chaque individu peut guérir, à quelque distance que ce soit, en appelant à son aide l'esprit universel ; cet esprit est dans la lumière.

Les cures sympathiques sont dues à la communication des esprits qui adhèrent à tout ce qui se dégage du corps animal. Aussi Maxwell transformait-il les déjections en autant d'aimants qui avaient la vertu de guérir toutes les maladies.

Un simple soldat irlandais, étranger à toute cette théosophie transcendante, avait appris en 1662 par une secrète révélation qu'il avait le don de guérir. Valentin Greatrake était un précurseur du zouave Jacob. Cet homme honnête et de bonne foi guérissait par le simple attouchement les écrouelles, plaies, ulcères, les convulsions, l'hydropisie et beaucoup d'autres maladies, « Par l'application de sa main, dit un témoin, l'évêque Georges Rust, il faisait fuir la douleur et la chassait aux extrémités. L'effet était quelquefois

4 Maxwell. De medicina magnetica. Francfort, 1679.

Beiinheim. — Hypnotisme, 2° édit. 2

très rapide et j'ai vu quelques personnes guéries comme par enchantement. Ces guérisons ne m'induisaient pas à croire qu'il y eût quelque chose de surnaturel. Il paraît qu'il s'échappait de son corps une influence balsamique et salutaire, Plusieurs maladies ne cédaient qu'à des attouchements réitérés; quelques-unes mêmes résistaient à ses soins1».

Les guérisons miraculeuses continuèrent en France. Vers le milieu du xvne siècle, la sainte épine de la couronne du Christ faisait des cures célèbres dans l'abbaye de Port- Royal. On se rappelle les miracles et les convulsions du cimetière de Saint-Médard, au tombeau du janséniste Paris, de 1727 à 1732.

En Allemagne, une puissance curative mystérieuse fut dévolue pendant quelques années, vers 1774, au prêtre souabe Jean-Joseph Gassner 2. Il pratiquait l'art de l'exorcisme dans toutes les maladies auxquelles, après certaines épreuves probatoires, il reconnaissait une origine démoniaque. Cette épreuve consistait dans une formule de conjuration accompagnée d'un signe de croix. Si Satan ainsi provoqué dans trois essais consécutifs ne réveillait pas les crises de la maladie, Gassner concluait que celle-ci était naturelle et l'abandonnait aux hommes de l'art. Gassner opérait, une étole rouge au cou, avec une chaîne d'argent portant une croix, et une ceinture noire autour du corps. Voici, par exemple, quelques détails d'une scène d'exorcisme accompli sur une jeune hystérique, devant vingt personnes notables. J'emprunte ce récit à Y Histoire du merveilleux de Figuier. Je ne connais rien de plus instructif au point de vue de la suggestion.

i Thoresby. Transactions philosophiques, 1700, vol. HT. p. M, 12. — Voir Figuier. Histoire du merveilleux. Magnétisme animal.

2 Semler. Recueils de lettres et de mémoires sur les conjurations des esprits de Gassner et de Schroepfer. Halle, 1775. — Bibliolh. générale de V Allemagne, t. XXVII, p. 618.

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