‹ Hystérie et PaludismeChapitre 5 sur 16 · OR D NAS · texte numérisé non relu

OR D NAS

entrer à l'hôpital en 1878. En 1879, fièvre continue qui dure encore à l'entrée du malade.

Etat actuel. — Etat fébrile modéré avec toux nerveuse, fréquente et pénible par sa répétition, à timbre aigu et voilé. La voix a le même caractère. Rien à la percussion ni à l'auscultation. Douleur vague à gauche dans la région sacrée. La fièvre tombe le 8 juillet et les troubles nerveux s’en vont.

Traitement par reconstituants et quinine. Il allait mieux quand se produisit une rechute. Les symptômes laryngés se montrent à nouveau, mais sont primés par une autre manifestation nerveuse : la peau et les tissus qui entourent l’articulation coxo-fémorale gauche sont le siège d'une hypéresthésie avec. irradiation limitée vers la cuisse et la paroi abdominale. Elle augmente le 17 et s'accompagne de gonflement œdémateux. Le malade immobilise son articulation, dont ie moindre mouvement est douloureux; cependant la percussion sur le grand trochanter est assez bien tolérée et n’est douloureuse que par retentissement sur les parties voisines.

Au 4° jour, chute de la fièvre et disparition des accidents.

Voilà un homme qui a eu plusieurs rechutes de fièvre paludéenne et qui, jusqu'alors, n'avait accusé aucun trouble nerveux. Il semble que la malaria a été obligée de frapper à coups redoublés pour réveiller la névrose. |

La toux à bien les caractères de la toux hystérique. Il est à regretter que l'observation n'ait pas été portée vers les stigmates de la névrose.

Cependant, la rechute de la maladie qu'accompagne cette fois une coxalgie hystérique, nous paraît être la confirmation de l'union de l’impadulisme et de l'hystérie.

En effet, l'apparition brusque de l'endolorissement superficiel de la région coxo-fémorale, sa cessation non moins sou- daine avec la disparition de la fièvre, prouvent l'existence de la nature névrosique de cetle coxalgie.

CPC

Observation II (Résumée)

Empruntée à Suckling (in Brain, p. 416, janvier 1888)

Je Pis, cordonnier, à eu, 19 ans auparavant, une syphilis légère ; 1 ans plus tard, il est atteint de fièvre intermittente à type quotidien, pendant 3 mois. Depuis, il a eu de nouvelles atteintes, en 1882-83. En juin 1886, accès de fièvre intermittente, et, 15 jours après, perte de la parole, avec affaiblissement passager des jambes. En huit jours, tout disparait.

Deux ans plus tard, nouvelle attaque, suivie de paralysie complète. Le troisième jour, la sensibilité et 1e mouvement reparaissent dans les jambes.

En 1888, à plusieurs reprises, retour d'accès passagers, à type franchement intermittent.

Au mois de Juin, nouvelle attaque, avec douleurs rachidiennes et paraplégie soudaine ; perte de connaissance momentanée, aphasie temporaire, émission involontaire d'urine. Le lendemain, la sensibilité est revenue, mais la motililté est nulle; contraction électrique

normale. Réflexe tendineux normal, Guérison au bout de 4 jours.

Cette observation trouverait sa place parmi les cas d'accès pernicieux paludéens. ei le rôle causal de l’impaludisme est cerlain ; la paraplégie et l’aphonie accompagnent franchement l'accès fébrile. | |

La non-participation du bras à la paralysie prouve que la cause n'est ni cérébrale ni médullaire, c’est-à-dire organique. De plus, ces désordres nerveux sont fugaces ; la contraction électrique est normale dans les muscles paralysés. Ce sont bien là des symptômes en faveur de l’hystérie.

MC ee

Observation III (Résumée)

Accidents hystéro-épileptiformes, probablement d’origine paludéenne (Dr Vigla, in Gaz. des Hôpitaux, 24 nov. 1848)

21 ans. — Traité pour fièvre intermittente, sort de l'hôpital à la fin de février. Depuis quelques mois il a du météorisme, suivi bientôt de palpitations et d'attaques nerveuses. Appétit conservé, mais inégal, pas de constipation, fréquentes éructations ; décubitus laté- . ral gauche pénible ; douleurs continuelles du côté ‘droit. Tous les quinze jours, à peu près, perte de connaissance qui dure un quarf d'heure, avec convulsions précédées de sensation de boule remontant de l'estomac à la gorge et produisant la suffocation. Après l’attaque, parésie et anesthésie du côté droit.

L'observation de Vigla est, pour ainsi dire, classique ; elle elle est citée par tous les auteurs, qui l’admettent comme nettement rattachée à l'hystérie paludéenne.

Observation IV (Résumée)

(Empruntée à Forget. — Gaz. Méd. de Paris, p. 346)

40 ans, serrurier, il y a huit ans convulsions pendant 15 jours, puis fièvre intermittente pendant un mois, guérie pendant un mois et demi et remplacée par des attaques de nerfs survenant une ou plusieurs fois par jour. Perte de connaissance, convulsions ; les jambes sont portées en dedans et en dehors (durée de quelques minutes), respiration suspirieuse. Au début il y a sensation de quelque chose qui remonte de l’ombilic et s'arrête au sommet du sternum. Pas de somnolence après l'accès ; pendant six jours on constate au moins une attaque le matin.

Le sulfate de quinine est alors administré; on donne 0,30 centigr ; il coupe net la maladie. Exeat.

Cette observation nous montre un nerveux chez qui l'impa-

EN

PR Een ludisme à réveillé la névrose. Les convulsions qu'il accuse avoir eu huit ans auparavant n'étaient très probablement que des attaques d’hystérie.

La sensation de boule pharyngée, la contracture et les mouvements cloniques, le succès de la quinine, tout cela prouve l'existence chez le malade d’une hystérie d'origine palustre.

Observation V (Résumée)

(Empruntée à Mouchet. — Gaz. Méd. de Paris, février 1848)

Stenfler, 19 ans, blond, peau fine, lymphatique. Le 13 décembre au matin, il est pris subitement de céphalalgie, frissons alternant avec chaleur ; le soir délire. Il entre à l’hôpital avec le diagnostic de fièvre pernicieuse (il faisait partie d’un corps récemment rentré d'Afrique ; il avait bu copieusement).

Le 14, assis sur son lit il crie « {é, té, té, » se plaint du larynx que l'air expiré traverse difficilement, de la poitrine, puis il crie de nouveau sans pouvoir s'en empêcher. Parois abdominales sont douloureuses, pouls normal.

Dans la soirée le pouls s'élève, les cris redoublent, il ne peut répondre aux questions adressées, nuit bonne.

Le 15, il répond mieux aux questions, accuse dans le larynx la sensation d’un corps qui monte et descend, une douleur qui part de l'abdomen et se propage à la poitrine. Le soir, les cris recommencent, sommeil.

Le 16, convulsions des muscles du côté droit, anesthésie du même côté qui est affaibli, et duquel le malade est courbé.

Le 18, disparition de la céphalalgie, pouls calme, moins de convulsions qui disparaissent le jour suivant, et le 27 il sort guéri.

Le malade est un alcoolique et de plus un prédisposé par tempérament à la névrose ; mais il semble bien que ce soit le poison malarien qui ait donné le branle aux accidents nerveux.

SC ADS CE

lei le tableau de l'hystérie est net. Les frissons suivis de chaleur trahissent l'intoxication paludéenne.

Observation VI (Résumée)

Empruntée à Moursou (Archives de méd. navale, p. 355)

P.., officier de vaisseau, 28 ans, bonne constitution, fièvre typhoïde dans l'enfance. En 1873, en Cochinchine, il contracta une diarrhée chronique pendant 6 mois; l'année suivante il expulse un tœnia, en même temps il a une urticaire généralisée, sans fièvre, venant d'une façon irrégulière et inopinée pendant 3 mois. Très bonne santé jusqu'en janvier 1876. Alors, à la suite d’un séjour à l'embouchure de la Charente qui est très marécageuse, il contracte les fièvres intermittentes compliquées d'état nerveux mal déterminé : accès irréguliers venant vers sept heures du soir, précédés de ‘spasmes laryngiens avec asphyxie locale et sueurs froides des mains et du front. Cet état dure près d’un an, et cède à un traitement arsenical de six mois. :

Le 16 octobre 1878, il se refroidit aux salins d'Hyères ; fièvre continue jusqu'au 21, puis sous forme d'accès de cinq heures du soir jusqu'a minuit. Sulfate de quinine. Le 24, au lieu de l’aecès de fièvre, vers cinq heures et demie, retour des phénomènes spasmodiques disparus depuis un an, avec asphyxie locale des mains, sueurs froides, pâleur de la face, angoisse générale. Le spasme commence au creux de l'estomac et s'étend jusqu'à la gorge ; 1l dure deux heures et cède à une potion éthérée. D'ordinaire les accès spasmodiques ont cédé à la quinine.

Le 25 octobre, apyrexie complète et absence de tout symptôme asphyxique ou nerveux.

lei la connexion de l'impaludisme et de l'hystérie est frappante. C'est très probablement.à une hystérie vaso-motrice que l’on a eu affaire.

Observation VII

Hystérie et impaludisme (Regnault, in Marseille Médical, 1890 et Gaz. des hôpitaux 1891)

Le 17 juin entre au n° 27 dans le service de M. ie professeur Laget, le nommé X... 42 ans, terrassier.

Antécédents héréditaires. — Son père et sa mêre sont morts, mais il ne sait de quoi ; cependant ils n'auraient pas eu de maladies nerveuses, Un de ses cousins est mort fou. Ses frères et sœurs sont morts en bas âge de-convulsions.

Lui-même à eu des convulsions jusqu'à l’âge de 12 ans. Dans sa jeunesse il a eu la variole, le croup, la fièvre typhoïde, Il nie la syphilis.

En 1873, il contracta la fièvre intermittente. Les accès disparaissent au bout de 34 jours. À la même époque, il a des tremblements à droite.

En 1888, de nouveau fièvre intermittente quotidienne qui revient à plusieurs reprises.

Dans l'intervalle de ces accès en août 1888, attaque d’apoplexie: Il demeure 20 minutes sans connaissance et au réveil, il avait une hémiparésie droite. Trois heures après l'attaque, survint un tremblement analogue à celui qu'il présente actuellement et qui revenait aussi par accès. Tremblement et parésie durèrent jusqu'en octobre. A cette époque le malade se rétablit et travaillait, quand, repris de la fièvre intermittente quotidienne, il revint en France.

Or, le 44 juin, il fut repris du même tremblement pour lequel il rentre à l'hôpital.

Il avait alors une fièvre intermittente quotidienne caractéristique : le foie débordait de quatre travers de doigt, la rate avait 14 centim.

Les accès disparaissent par le sulfate de quinine, mais les phénomènes nerveux persistent.

C'était un tremblement de toute la partie droite du corps plus accentué à la jambe. Il avait lieu par accès tous les matins vers le moment de la visite et durait quelques heures ; il se produisait dans

le repos et disparaissait par le mouvement ; cependant, il revenait

Leone

quand les mouvements étaient trop longtemps prolongés. Ce tremblement est à grandes oscillations, rhytmique, continu, régulier.

Plaques d'anesthésie multiples, petites et irrégulières aux jambes droite et gauche.

Parésie de la jambe droite ; le malade est forcé de s'appuyer sur une canne pour marcher et traine la jambe d’arrière en avant.

Sueurs profuses après le tremblement dans la partie droite du Corps. |

Aphasie intermittente ; pendant quelques instants il s'arrête de parler et ne peut trouver ses mots, mais la mémoire revient vite.

L'anesthésie des globes oculaires et du pharynx, la sensation de la boule complètent le tableau.

Deux symptômes capitaux prouvent qu'il ne s'agit pas ici de simulation, si par hasard on était tenté d'y croire, ce sont : 1° un hémispasme droit de la face et quand on fait tirer la langue elle est déviée à droite ; 2° un rétrécissement concentrique du champ visuel entre 20 et 30. Toutefois les couleurs sont conservées, mais l'acuité visuelle est plus forte à gauche qu'à droite.

Le malade à guéri de ses fièvres, mais les symptômes nerveux ont persisté.

L'aimant et les douches ont été essayés en vain. J'ai même endormile malade, ce qui est facile. Il est également suggestionable EL lorsque, dans le sommeil, on lui ordonne de cesser le tremblement, il s'arrête, mais c'est pour reprendre au réveil ou plus tard.

Du reste, si on le fatigue trop, le sommeil se termine par une crise de nerfs caractéristique. Aussi la suggestion est-elle restée impuissante comme moyen curatif,

Dans cette observation, l'influence de l'hérédité est manifeste. Le malade a un cousin mort fou, ses frères et sœurs sont morts en bas âge de convulsions, lui-même a présenté des phénomènes convulsifs dès son jeune âge. En somme, il était tout préparé pour faire un nerveux. Les accidents ont en effet éclaté dès qu'il eut pris les fièvres intermittentes ; mais déjà son organisme avait été débilité par les atteintes successives

de la variole, du eroup et de la fièvre typhoïde. La malaria a

été l'étincelle qui a mis le feu aux poudres. Il a fait une atta-

PQ que d’apoplexie hystérique, puis, quelque temps après, il a vu se développer chez lui le tableau complet de la grande névrose.

En somme, l’hystérie est certaine, et notre maitre M. le docteur Bidon, qui vit le malade, n’hésita pas à émettre ce diagnostic avant qu'on lui ait communiqué celui du service. Malheureusement, c’est le début de cette hystérie dont la rela-

üon avec l'impaludisme est presque mais non absolument cer-

taine, qui n'a pas été observé assez tôt. C'est ce scrupule qui nous à empêché d'en faire un cas probant.

Page 1