OBSERVATIONS PROBANTES
Observation VIII
(Communiquée par M. le professeur Grasset)
Homme, 39 ans, entre à l'hôpital le 16 novembre 1893, au n° 10, salle Fouquet. Sa mère était sujette à des attaques de nerfs et serait morte à 60 ans, d’une maladie nerveuse.
Pendant son service militaire en Algérie, il eut la fièvre intermittente, qu'il garda deux ans. Rentré en France, il travailla 10 ans aux mines de St-Etienne, puis 3 ans aux salins d'Aigues-Mortes. De là, il va à Gignac pour creuser un canal et y a un nouvel accès. Après un séjour assez court à l'hôpital où on lui avait donné de la quinine, il vit disparaitre ses accès. Il sortit avec 3 grammes de quinine pour 3 semaines paroxystiques et, durant ce temps, ses accès avortérent. :
Une fois sa provision finie, les accès redevinrent complets avec frissons, vomissement, chaleur, sueurs, crampes généralisées douloureuses et il dut rentrer à l'hôpital le 46 novembre. Une première
DE dose de quinine ne supprime pas les accès, seulement 1} échappe parfois aux semaines paroxystiques.
Il était donc en puissance actuelle de son paludisme, malgré le traitement, quand sont arrivés les accidents suivants :
Dans la soirée du dimanche 24 décembre, il est très agité pendant les vêpres auxquelles il assistail. Son agitation est telle et sa physionomie est si spéciale que ses camarades l’engagent à sortir. Il se couche. Il présente l’état suivant :
De temps en temps ses membres se raidissent et tremblent; il a les veux hagards et luisants ; sa parole est fortement embarrassée. Il répond de travers aux questions qu'on lui pose. Cependant il ne perd pas connaissance et se rappelle avoir vu trouble pendant sa crise. À plusieurs reprises il se lève et casse les objets en marchant maladroitement comme un homme ivre, disent ses voisins. A d’autres moments, sans motifs, il est pris d'un rire fou. Il ne présente pas de frisson, ni chaleur, ni sueurs. Il n'a pas de miction involontaire, ni d’écume à la bouche, ni de morsure à la langue, ni de stupeur après la crise. Comme aura, il ressent une sorte de sécheresse à la gorge.
Le lendemain 25, répétition des mêmes phénoinènes, à la même heure et de même durée. Il en garde une connaissance moins confuse que dans la première attaque.
Le mardi 26, tableau analogue aux précédents, le malade se rappelle très bien ce qui s’est passé.
Dans l'intervalle des crises, sa santé est bonne. Mais à l'examen nous constatons que le réflexe conjonctival et pharyngé est complétement aboli. Cependant il n'a pas pris de bromure. Nous voyons aussi une hyperesthésie très marquée de tout le côté gauche ne dépassant pas la ligne médiane. Cette hyperesthésie devient presque de l’anesthésie au niveau de l’avant-bras et de la main d’une part, de la cuisse de l’autre. Le champ visuel est notablement rétréci.
Le 27, il prend une faible dose de quinine, 0,30 centigr., deux heures avant sa crise et sa crise n'arrive pas.
Il à encore eu des crises à des intervalles variés. Il a dû prendre de la quinine encore une série de fois, il a fait un peu d'hydrothérapie et finalement est sorti guéri en apparence.
La liaison intime de l’hystérie avec la malaria se montre d'une façon frappante dans cette observation. Le tableau de la
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névrose est complet : anesthésie conjonctivale, pharyngée, hémihypéresthésie, champ visuel rétréci, ete., rien n'y manque. Le succès de la médication quinique affirme bien la nature
paludéenne de cette hystérie.
Observation IX (Résumée)
(Sorel. — Gaz. hebdomadaire, numéro 21, 1880)
Lab... Michel, cavalier au 10° hussards, 26 ans, employé à la forge, entre à l’hôpital militaire de Sétif, le 23 février 1880.
Bensrignements. — Pas d’antécédents de famille ; aurait craché le sang vers 15 ou 16 ans (?) : au début de son incorporation il fut pris d'embarras gastrique : sciatique légère. En juillet 1879, étant en détachement à Sidi-Nouar, il contracte la fièvre intermittente ; il est malade huit jours sans présenter rien de particulier. De retour à Bône, en août, il est pris, à un mois d'intervalle à peu près, de deux accès accompagnés de secousses convulsives d'une durée de deux heures environ.
Le 19 février 1880, il ressent un peu de malaise, avec sensation de défaillance. Le lendemain, frissons, fièvre avec secousses convulsives. Il entre à l’infirmerie, où les accidei ts se calment; il en sort le 22.
Le 23, au réveil, frissons avec tremblement ; il vomit un peu de bile ; les secousses convulsives reparaissent si fortes, qu'il est, pour ainsi dire, projeté hors du lit. Il entre à l'hôpital.
État actuel. — Lab... se présente, soutenu par deux camarades ; son allure est vive, précipitée, le tronc est penché en avant. Si on l’arrête, le corps est projeté en avant par des secousses rhytmiques, qui augmentent d'intensité par l'interrogation du malade. Les bras ne paraissent subir que des mouvements communiqués. Parole saccadée, brève, entrecoupée, les syllabes sortent une à une dans une. expiration brusque ; elles sont comme aboyées. Tous les symptômes augmentent par l'examen el l'interrogation; il s’y joint en même temps une sensation de vertige et de vide dans la tête. Lab. com-
oi mande à ses camarades de l’entrainer, trouvant du soulagement dans le recueillement et la marche rapide.
Examen des symptômes. — État fébrile, accuse 40°3, état gastrique peu prononcé ; wrticaire se déplaçant dans l'examen.
En analysant les secousses on voit que la projection en avant du tronc est due à des contractions rapides et isochrones, semblables à celles que produit une décharge électrique, des deux muscles. droits de l'abdomen. Tous les autres muscles sont passifs. L’altération de la parole dépend de la contraction spasmodique de ces muscles, qui fait que les viscéres abdomimaux refoulent brusquement le diaphragme.
Pas de troubles sensitifs. La pression sur le rachis et à l'origine des nerfs rachidiens ne donne aucun résultat. La fièvre tombe dans la soirée ; nuit bonne.
Traitement. — Bromure de potassium, 1 gramme de quinine.
Les secousses vont en diminuant. On donne des douches du 3 au 9 mars inclus. Les contractions ne se produisent plus qu'à la pression. Le 6 mars, on peut malaxer la région sans provoquer de secousses ; mais en causant avec le malade debout au pied du lit, on le voit se fatiguer, il a un léger tremblement des membres, sueurs, 1l se sent prêt à défaillir.
Rechute le 10 mars ; frissons vers onze heures, les contractions spasmodiques se montrent mais moins fortes. À gramme de quinine.
Le 41, apyrexie. Les troubles moteurs ont disparu ; exeat.
Les secousses rythmées , isochrones , le besoin impérieux de mouvement, voilà bien des caractères qui font penser à la chorée ; mais la toux saccadée, aboyée, la sensation de vertige, l’urticaire mobile semblent faire entrer cette chorée dans la classe des chorées hystériques. De plus, le malade est paludéen et a vu se développer cette névrose au cours de ses accès fébriles ; 11 y a bien intermittence dans l'apparition de cette chorée hystérique, ce qui tendrait à prouver la nature paludéenne de cette dernière.
‘ Observation X (Résumée)
Teissier, in thèse de Lejonne. Lyon 1890
Jeune fille née à Bourg et restée du mois de mai au mois de juin dans mon service, salle des troisièmes femmes. Elle est âgée de 25 à 30 ans, délicate, mal réglée. Aucun antécédent héréditaire, Elle a toujours joui d’une bonne santé jusqu'à environ 6 mois avant son entrée à l'hôpital. C’est à cette époque, en effet, qu'elle a contracté à Bourg une fièvre intermittente sévère avec accès franc tous les jours, d'une durée de sept heures. Depuis lors, elle ressent des douleurs dans les flancs droit et gauche, au niveau du foie et de la rate, et une douleur scapulaire étendue entre les deux épaules et remontant jusqu'à la nuque. En même temps on note de la céphalalgie violente, le battement des artères lemporales et un trouble gastrique particulier, caractérisé par une sensation agréable éprouvée au moment de l'ingestion des aliments, mais sensation suivie bientôt d'une dyspepsie si violente que la malade préfère ne pas manger.
A côt“ de ces phénomènes, qui appartiennent en propre à la neuraästhésie, nous en trouvons une série d’autres qu'on peut considérer comme faisant partie des stigmates de l'hystérie, entre autres et au premier rang : la boule hystérique, le clou céphalique, des plaques d'hyperesthésie le long de la colonne vertébrale, au niveau des ovaires, l'hémianesthésie sensorielle du côté gauche, etc.
D'où il est aisé de reconnaître qu'on a affaire à un cas combiné d'hystérie et de neurasthénie développées chez une paludique, car, en plus des anamnésiques qui sont indéniables, on constate une augmentation considérable du volume de la rate.
= Observation XI (Breuillard, in thèse, Paris, 1870) Victor 0..., de Strasbourg, âgé de 32 ans, engagé à 17 ans dans
un régiment de ligne, fit la guerre en Italie, puis partit pour la campagne du Mexique, où il fut atteint de fièvre intermittente perni-
cieuse et du vomito-negro. Rentré en France, le 31 décembre 1864, il fut dirigé sur l'hôpital militaire de Strasbourg : il y resta 3 mois soumis au régime lacté, sans amélioration.
Il entre ensuite à l'hôpital civil, où il fut pris d’une attaque au bout de douze jours. Sous l'influence de l’arsenic et d'un traitement hydrothérapique, son ventre, qui disait-il était alors très gros, diminua de volume et reprit son état normal. Cependant, il ne se sentait pas guéri el éprouvait des douleurs dans tous les membres, des névralgies faciales, de la gastralgie; de plus il s’apercevait que depuis sa première attaque, son caractère n’était plus le même. Le moindre travail intellectuel le fatiguait beaucoup. Voyant que sa santé ne lui permet pas de faire un travail régulier et fatigant, il reste quinze mois à l'hôpital en qualité de serviteur. Il en est sorti pour entrer à l’asile de Maresville; puis, toujours poussé par un besoin de changer de lieu, il sert successivement à ceux d'Epinal, de Ville-Evrard (une attaque), de Vaucluse. Il entre enfin à Ste-Anne en septembre 1869. ;
Il présente les signes caractéristiques de la cachexie paludéenne, et, après quelques malaises, le 8 septembre, un accès de fièvre se déclare. Le soir, à dix heures, apyrexie complète. Le malade, après avoir eu, dans la journée, de la courbature, de la céphalalgie, des douleurs articulaires, est pris de convulsions violentes et générales ; il faut plusieurs personnes pour l'empêcher de tomber du lit. Les accès convulsifs durent de une à deux minutes et reviennent par intervalles de cinq minutes, pendant lesquels le malade répond imparfaitement aux questions, rit aux éclats, grince des dents ; il essaie d'arracher un lien imaginaire qui lui serre le cou.
A minuit, une douche le calme ; deux heures après, nouvel accès qui, après une Gurée de trois quarts d'heure, cesse par l'influence du chloroforme, dont l'usage est suivi d’un long sommeil. Cinq jours après, à trois heures de l'après-midi, le malade ressent une grande tristesse : il prévoit un accès, qui se déclare, en effet, à sept heures du soir. Dans l'intervalle, il a éprouvé des vertiges, de l’étouffement, et est allé se coucher; puis, il n'a cessé de baïller, a ressenti de la constriction de la gorge el n’a pu retenir ses larmes. Les convulsions se sont déclarées comme dans l'accès précédent : la compression d'un testicule le suspend aussitôt ; mais, bientôt, le rire revient suivi
de nouvelles convulsions, qui se calment sous l'influence du chloroforme.
ETS AVE Ce NUS ECS 7 4 a Mme PP 4 22 3 pÉrA L F,
POTTER Les accès diminuent progressivement de fréquence, pour ne plus reparaitre. La santé devient relativement bonne. Il continue son trai-
tement arsenical et prend deux douches par jour. Malgré tout, il se
plaint de douleurs erratiques dans les membres et dans les articulati ons.
À la fin d'octobre 1869, il quitte l'asile Sainte-Anne. Il avoue qu'il est parfois en butte aux idées de suicide et que c’est alin de se sentir à l'abri de lui-même qu'il reste dans les asiles, quoique capable d’un travail plus actif. Son intelligence a toujours été intacte. Depuis sa premiere attaque, il n’a plus aucun penchant pour les femmes, qu'il fuit le plus possible, tandis qu'autrefois il aimait beaucoup le plaisir.
L'observation de Teissier est parfaite au double point de vue étiologique et symptomatique. La malade est une hystérique veurasthénique possédant les stigmates de ces deux états morbides. Son hérédité nulle, l'absence de toute maladie intercurrente, ne permettent pas de mettre en doute l’origine et la nature de l'affection.
Le malade de Breuillard ne parait être devenu hystérique qu'après une période de cachexie, puis se montre la fièvre d'accès accompagnée de erises convulsives semblant marcher ensemble avec l’accès. lei, à côté de phénomènes franchement hystériques, nous en notons d'autres qui entrent plutôt dans le domaine de la neurasthénie ; néanmoins, il n’est pas douteux que l’impaludisme a joué le rôle d'agent principal dans le développement de la névrose.
Observation XII (inédite).
Ro …, cultivateur, 15 ans, né à St-Laurent (Gard), entre le 20 novembre 1891, au n° 18 de la salle St-Joseph, service de M. le professeur Fallot.
Antécédents héréditaires. — Son père et sa mère sont morts, le