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autrefois au service de Charcot à la Salpètrière, et qu'il était ainsi particulièrement qualifié pour donner un avis sur ce sujet. Voici Ja note qu'il a bien voulu rédiger et nous remettre.
« On peut diviser les troubles visuels attribués autrefois à l'hystérie en deux groupes, dont l'un comprend les phénomènes manifestes avant toute exploration médicale, comme le blépharospasme, l'arnaurose, etc., l'autre les symptômes ignorés du sujet et qu'un examen méthodique seul mettait 'ou plutôt semblait mettre en évidence, comme le rétrécissement du champ visuel, la polyopie monoculaire, la dyschrornatopsie, etc., qui étaient considérés comme des stigmates de l'hystérie.
« Il me paraît utile d'indiquer cette distinction au début de cette note et de déclarer que, si les manifestations du premier groupe conservent toute leur importance nosologique, il n'en est pas de même des autres. Leur réalité a été justement contestée et ce que nous avons vu au cours de ces deux années de guerre est en accord avec cette opinion. Je ferai remarquer aussi l'extrême rareté des manifestations oculaires hystériques, malgré la fréquence des traumatismes céphaiiques ou généraux, malgré l'intervention de moyens nouveaux, tel que l'usage des gaz lacrymogènes propres à agir sur l'imagination et à provoquer la suggestion visuelle.
« Sur plusieurs milliers de malades ou blessés oculaires, je ne trouve que quelques faits à rattacher à l'hystérie.
« Hyper eslhésïc oculaire et blépharospasme. — Les gaz lacrymogènes provoquent, entre autres troubles, une altération de l'épi tiiélium cornéen, qui réalise l'hyperesthésie et la douleur produite par un corps étranger fixé entre la paupière et le globe. La sensibilité à la lumière est extrême, ce qui a pour conséquence un larmoiement réflexe très accusé et une contracture de l'orbiculaire des paupières.
« Dans les conditions normales, la réparation épithéliale se fait assez rapidement; le plus habituellement en moins de huit joure, rarement eu plus de quinze jours, tout est rentré dans l'ordre.
« J'ai observé, dans les conditions que je vais dire, un blessé chez lequel les phénomènes d'hyperesthésie oculaire, de photophobie et de blépharospasme persistèrent d'une manière anormalement prolongée. Soigné dans une formation auxiliaire, depuis plusieurs semaines, la tête et les yeux recouverts d'un volumineux pansement, entouré de la commisération du personnel féminin qui partageait sa crainte de le voir rester aveugle, il se trouvait dans les conditions les meilleures pour subir la suggestion de son entourage. Bien qu'il ne présentât aucune lésion oculaire, l'enlèvement du pansement était suivi de larmoiement et d'une photophobie telle que l'on se hâtait de lui en appliquer un nouveau.
« L'examen de l'œil et de la fonction visuelle, après anesthésie superficielle par l'instillation de cocaïne, ne montrait aucune modification pathologique.
« J'attirai l'attention sur l'inconvénient et le danger du pansement oculaire dans ce cas, je rassurai le blessé en lui affirmant la bénignité des lésions oculaires produites par les gaz, et en quelques jours les troubles avaient disparu.
« Arnaurose hystérique. — Dans l'amaurase hystérique, l'appareil visuel périphérique est absolument normal et les réflexes pupillaires à la lumière sont entièrement conservés. L'affection ne se manifeste que par les dires du sujet et par ce fait qu'il se comporte comme un aveugle.
« A la suite d'une plaie superficielle du cuir chevelu, un blessé présente une cécité complète, qui dure pendant quatre mois, jusqu'au jour où un chirurgien pratique une craniectomie. Dès le lendemain, la vision se rétablit, progressivement, jusqu'à récupération complète, sans hémianopsie, sans lésions du fond de l'oeil, sans dyschromatopsie. Je n'ai pas vu le blessé pendant qu'il était aveugle; il n'a été soumis à mon examen qu'après sa guérison; mais je ne puis interpréter le fait qu'en supposant une arnaurose hystérique : la plaie du cuir chevelu a été tout à fait superficielle et a guéri en quelques jours; il n'y a eu ni fracture, ni fissure osseuse, comme cela a été constaté au moment de la craniectomie. Lorsqu'une lésion méningée ou cérébrale détermine la cécité, cela peut être par le mécanisme de l'œdème du nerf optique, par hypertension du liquide céphalo-rachidien. Un œdème du nerf optique qui a duré quatre mois laisse toujours des modifications papillaires ou péri-papillaires visibles à l'ophtalmoscope. Or, dans le cas signalé, il n'y avait aucune modification; ce qui m'a fait admettre que l'amaurose était de nature hystérique.
« Lorsque j'ai examiné le blessé, la sensibilité rétinienne, le champ visuel et le sens chromatique étaient normaux.
« Spasme accommo datif '. Myopie spasmodique. — On décrit sous le nom de spasme accommodatif ou de myopie spasmodique un état particulier de la vision qui paraît spécial à l'hystérie, car on ne l'observe dans aucune affection organique de l'œil. Dans cet état, la réfraction de l'œil subit une augmentation analogue à celle que réalise la modification de réfraction du cristallin dans l'acte accommodatif. Le sujet, dont la vision à distance était normale auparavant, ne distingue plus nettement les objets éloignés qu'à la condition de placer un verre concave devant son œil. Ses yeux sont devenus myopes, mais d'une myopie spéciale, car il suffit de paralyser l'accommodation au moyen de l'atropine pour que la réfraction redevienne normale.
« A la suite de l'explosion d'un obus, à une certaine distance du point où il se trouvait, et sans qu'il ait été atteint par des éclats, un soldat perd connaissance et est transporté dans un hôpital du Midi. Il me raconte, car je ne l'ai pas examiné pendant cette période, qu'il était sourd et aveugle. Après plusieurs mois, la surdité a disparu, la vision est revenue partiellement, mais il se trouve encore très gêné pour la vision à distance, alors que la lecture est redevenue possible. Il a été examiné un mois auparavant par un confrère des plus compétents qui lui a reconnu une myopie — 7 D. et lui a prescrit des verres qu'il porte depuis. Avec ces verres, la vision à distance n'atteint que 1/3 à 1/2, et il nous est adressé pour examen complémentaire. L'examen que je pratique me montre que ce sont les verres portés qui lui donnent la meilleure vision à distance, mais je suis intrigué par la cécité et la surdité qu'il a présentées et je décide de faire un examen complet de la réfraction sous atropine. Ce nouvel examen me montre que la réfraction de l'œil est normale et que l'acuité est égale à 1 sans verres correc-
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teurs. J'ajoute que, en dehors de la myopie spasmodique, la fonctiun visuelle était parfaitement normale.
« J'ai relaté ces quelques faits pour montrer que les troubles visuels hystériques observés au cours de cette guerre ne présentent rien qui les différencie de ce que nous rencontrons dans la pratique civile.
« Les prétendus stigmates oculaires de V hystérie. — Ce sont, ainsi que je le disais plus haut, des signes qu'il faut rechercher, le sujet ne les présentant que s'il est examiné d'une manière spéciale.
« Le rétrécissement concentrique du champ visuel manquait rarement à l'époque où on lui attribuait une signification particulière. Pour le mettre en évidence, on se servait du périmètre, en ayant soin de couvrir l'œil qui n'était pas examiné. L'examen du champ visuel, fait dans ces conditions, est un examen infiniment plus délicat qu'il ne peut sembler. Les causes d'erreur sont nombreuses et, parmi les plus importantes, il faut citer la difficulté pour l'observé et pour l'observateur de se comprendre sans que le premier subisse la suggestion du second.
« Si l'on a soin de contrôler le résultat d'un examen périmétrique par des moyens, en apparence moins précis, mais cependant beaucoup plus exacts, tel que l'étude du champ visuel, non avec un index, mais avec des objets familiers, avec le doigt, etc., on constate que les résultats de ces deux examens ne concordent pas. J'ai relevé autrefois bien des rétrécissements du champ visuel sur des hystériques de la Salpêtrière; mais, après avoir acquis une plus grande expérience de cet examen, je ne crains pas de dire qu'aucun de mes relevés anciens ne me paraît aujourd'hui échapper à la critique, et, depuis fort longtemps, pas plus dans la pratique civile que dans la pratique militaire de ces dernières années, je n'ai retrouvé de ces rétrécissements concentriques du champ visuel par anesthésie rétinienne, relevant d'un état névropathique.
« J'en dirai autant de la dyschromatopsie, si particulière, attribuée à l'hystérie. Dans le relevé du champ visuel avec les index colorés, on trouvait le champ de perception du rouge plus étendu que celui du bleu. Si le relevé du champ visuel avec un index blanc est difficile, le relevé avec index coloré est d'une difficulté telle que peu d'oculistes y ont réussi, en raison de la quasi-impossibilité de faire une épreuve avec des index de même clarté.
« Pour mettre en évidence la polyopie monoculaire, on se servait d'une allumette qui était tantôt approchée, tantôt éloignée de l'œil. Dans les conditions habituelles, si l'accommodation est normale et l'objet déplacé dans le champ d'accommodation, il est vu simple. Si, au contraire, les modifications aceominodatives ne correspondent pas aux déplacements de l'objet, un dédoublement de celui-ci se produit. 11 existe parfois, ainsi que je l'ai dit plus haut, un état de spasme accommodatif qui peut donner l'explication de ce phénomène, mais il s'agit là d'un trouble rare et qu'il ne faudra rechercher qu'en s'abstenant avec soin de suggérer la réponse par la manière de poser la question.
« Pour résumer mon impression actuelle sur la nature des troubles visuels décrits comme stigmates de l'hystérie, je dirai qu'un médecin, interrogeant ses mal chance de les noter. »
Babinskiet Froment.
GO HYSTERIE — PITHIATISME
Comme on le voit, les conclusions de Morax sont identiques à celles que l'un de nous avait déjà formulées (voir p. 21).
Nous rappellerons que le rétrécissement concentrique du champ visuel était considéré autrefois comme un symptôme cardinal, qu'il occupait la place la plus élevée dans la hiérarchie des signes de F hystérie et, pour montrer l'importance qu'y attachaient les partisans de la doctrine traditionnelle, nous citerons quelques passages d'un livre de P. Janet, de date encore récente, sur lélat mental des hystériques.
« Je ne désire insister, écrit P. Janet, que sur un point particulier qui m'a toujours vivement intéressé, le rétrécissement du champ visuel. Le champ visuel est un ensemble, un système de sensations perçues simultanément, il se comporte comme le champ de la conscience elle-même, il se rétrécit de la même manière. La sensation qui sert de centre autour duquel se groupent les autres, celle qui obtient toujours le maximum de conscience, est naturellement, sauf dans des cas exceptionnels, la sensation visuelle la plus nette, celle qui correspond au point de la fixation.
« Si le champ visuel est le plus souvent concentrique, il e>t extrêmement mobile dans toute son étendue; il semble suivre dans son élargissement toutes les modifications que subit l'esprit des malades; il est, pour certains malades, comme le baromètre de l'hystérie....
« En un mot, dans un grand nombre de cas, chez les débiles, l'effort d'attention visuelle rétrécit d'une manière très notable leur champ visuel.
« Cette constatation n'est pas sans intérêt; au point de vue clinique, elle fournit un élément de diagnostic et permet de retrouver ce grand symptôme hystérique, le rétrécissement du champ visuel, quand il se dissimule....
a Le rétrécissement du champ visuel peut être considéré comme l'emblème de la sensibilité hystérique en général » [58].
Quand on rapproche ainsi les notions jadis enseignées des données qui résultent de nos observations et que confirme aujourd'hui la neurologie de guerre, on se rend compte de la distance qui sépare la conception moierne de l'hystérie de la conception ancienne.
Troubles auriculaires. — La surdité hystérique est un des accidents le plus fréquemment observés en neurologie de guerre. Elle
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est généralement bilatérale et en apparence complète; elle se développe à la suite de commotions par éclatement d'obus de gros calibre. Abandonnée a elle-même, elle peut durer très longtemps sans subir aucune modification : les cas de surdité remontant à 8 ou 10 mois ne sont pas rares. La ténacité de la surdité de cause psychique est 'd'autant plus grande que souvent elle n'est pas reconnue et que les sujets qui en sont atteints sont considérés et traités comme de véritables sourds. Sur leur billet d'hôpital, on trouve fréquemment les mentions : « surdité incurable », « surdité définitive ». Gomment s'étonnerait-on de la chronicité de pareils troubles quand la suggestion médicale vient ainsi ajouter ses effets^ ceux de l'auto-suggeslion et la renforcer. Et cependant, quelle que soit son ancienneté, dès qu'elle est reconnue et traitée comme il convient, il est de règle qu'elle cède rapidement et complètement, parfois même en quelques instants. Lannois et Chavanne, qui sur 32 cas de surdimutité en ont guéri 15 en une seule séance, confirment cette manière de voir.
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, il est parfois difficile de distinguer une surdité hystérique de certaines surdités organiques.
Les surdités de guerre organiques (Lermoyez [244], Lannois et Chavanne [236]) répondent à des lésions variables : ce sont les surdités traumaliques directes consécutives auY fractures du crâne et du rocher, et les surdités traumatiques indirectes par commotion labyrinthique pure ou associée à d'autres lésions de l'oreille (otite moyenne purulente, rupture du tympan). Les lésions de l'oreille moyenne sont aisées à reconnaître; mais il n'en est pas de même des lésions labyrinthiques pures qui peuvent être difficiles à déceler.
On est souvent embarrassé pour en établir le diagnostic: des auristes très compétents demeurent hésitants. Et l'on nous a plusieurs fois adressé de pareils malades en nous priant de rechercher les stigmates de l'hystérie pour résoudre la question. Or, nous le rappelons, la recherche de ces signes ne saurait permettre de résoudre le problème. Bien nous en a pris d'ailleurs de ne pas en tenir compte, car ils manquaient souvent dans des cas de surdité hystérique et on les trouvait parfois chez des sujets atteints de commotion labyrinthique.
Sur quel symptôme peut-on donc se fonder pour établir le diagnostic?
E.-J. Moure et P. Pie tri dans une intéressante étude [256] ont indiqué une série d'épreuves auxquelles les auristes devaient recourir en pareil cas. Nous nous bornerons à signaler pour notre part quelques-uns des moyens qui peuvent mettre des médecins non spécialisés sur la voie du diagnostic
11 faut remarquer d'abord que l'altération de la voix, voix claironnante, voix « mal conduite » présentant des variations brusques et inopportunes de timbre et d'intensité, peut déjà suffire à caractériser la vraie surdité. Mais cette particularité est loin d'être constante; elle parait manquer fréquemment, sans qu'on en comprenne bien la raison, dans les surdités de guerre. L'absence de ce signe ne permet donc pas de rejeter l'hypothèse de surdité organique. D'autres symptômes légitiment des conclusions plus fermes.
Un bruit éclate-t-il à l'improviste. il n'est pas rare de surprendre chez le sujet atteint de surdité psychique un mouvement involontaire, souvent bien vite réprimé, qui montre que la surdité n'est pas réelle. Gault [228] a indiqué récemment tout le parti que l'on pouvait tirer de l'étude du réflexe cochléo-orbiculaire : une excitation acoustique moyenne (corne de bicyclette résonnant à 2 mètres) détermine, en cas de surdité hystérique, de même qu'à l'état normal, une contraction de l'orbiculaire des paupières qui fait complètement défaut dans les surdités organiques totales.
Voici un autre moyen de différenciation applicable aux sourds auxquels on a appris à lire sur les lèvres et qui permet de dépister la « fausse lecture ». Pour y parvenir, il suffit parfois, tout en parlant, de masquer pendant quelques instants, comme par inadvertance, les mouvements de sa bouche. Si le geste est adroitement fait et si le sujet atteint de surdité psychique n'est pas trop sur ses gardes, il continuera à suivre la conversation, comme si rien n'était venu l'en empêcher. On peut encore soumettre le blessé à l'épreuve très ingénieuse et très simple imaginée par M. Thollon, inspecteur des études à l'Institution nationale des sourds et muets [264] : le malade doit répéter des syllabes ou des mots prononcés devant lui et choisis parmi ceux que confond souvent le sourd qui lit sur les lèvres.
« Eu s'en tenant à la surface des choses, écrit M. Thollon, on peut dire qu'à chaque élément de la parole correspond un dessin de la bouche, dont la connaissance fournit au sourd-muet parlant la clef de la lecture sur les lèvres, de même que la connaissance des lettres de l'alphabet fournit la clef de la lecture
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des textes imprimés ou manuscrits. Mais, lorsqu'on y regarde de près, on s'aperçoit que les choses sont moins simples....
« Le signalement complet propre à chaque son emprunte ses caractères à la fois à l'action des cordes vocales, de la langue, des lèvres et du voile du palais, et il relève à la fois de la vue et du toucher. Ce signalement établit entre les divers éléments phonétiques des distinctions si nettes qu'aucune confusion n'est possible. Mais lorsqu'il est réduit aux traits fournis par le jeu des lèvres, de la langue (souvent invisible), du maxillaire inférieur et de la physionomie, il est insuffisant, et les confusions deviennent non seulement possibles mais faciles et inévitables. La lecture physique sur les lèvres est insuffisante pour permettre au sourd de répéter une phrase prononcée devant lui; il faut que la lecture psychique intervienne, il faut que le sens général de cette phrase lui permette de deviner les sons et les syllabes qu'il n'a pu distinguer. »
La seule lecture sur les lèvres ne permet pas de distinguer les unes des autres les consonnes appartenant au groupe : p, b et m. 11 en est de même des groupes de sons suivants : t, d et n — c, c/, gn, r (guttural) et y — /' et v — s et z — ch et j — / et r (lingual) — a et an — eu, un, o et on — ou et u — i et é.
« Une même image buccale, écrit encore M. Thollon, peut être traduite, par exemple : chapeau, chameau, jabot, Japon, chapon ou jambon — palais, ballet ou malin. »
Le sourd véritable, ne pouvant à l'aide de la seule lecture sur les lèvres distinguer ces différents mots, commettra inévitablement des erreurs si ces mots ne font pas partie d'une phrase dont le sens le guide.
Cette particularité peut permettre de dépister les surdités simulées et les surdités hystériques. Fait-on répéter au sujet que l'on examine une série de syllabes ou de mots isolés dans lesquels se retrouvent ces sons que l'on ne peut différencier à l'aide de la vue seule, on pourra affirmer, s'il ne commet pas d'erreurs, qu'il ne s'agit pas d'une surdité organique totale.
Outre les caractères précédents, qui permettent parfois de distinguer la surdité hystérique de la surdité organique, il en est d'autres qui peuvent fournir le moyen de résoudre le problème ; nous voulons parler des signes qui décèlent une perturbation de l'appareil vestibulaire. L'existence d'un pareil trouble, sans donner le droit d'affirmer que la surdité est également de nature organique, rend cette hypothèse au moins vraisemblable. L'inté-
grité complète de l'appareil vestibulaire incite, au contraire, à supposer que la surdité est psychique.
Depuis quelques années, le diagnostic des affections de l'appareil vestibulaire a acquis une sûreté et une précision qui lui manquaient autrefois, alors qu'il reposait seulement sur l'appréciation de troubles fonctionnels.
Aujourd'hui, on le fonde principalement sur les modifications que subissent à l'étal pathologique les réactions objectives provoquées par des excitants divers : épreuves giratoires (Mach, Egger), caloriques (Barany) et voltaïques (Babinski [62]). A ces signes, on peut joindre encore la désorientation et la déséquilibration provoquée par des exercices de marche variés (Stein, Babinski et Weill, E.-J. Moure [255], Gestan, Descomps et Sauvage [211]).
Nous croyons devoir insister quelque peu sur l'épreuve du vertige voltaïque qui nous semble moins bien connue des auristes que les autres moyens d'exploration.
Lorsqu'on applique les électrodes d'un appareil voltaïque aux tempes ou aux apophyses mastoïdes, une de chaque côté, et que Ton fait passer un courant électrique de quelques milliampères, on provoque, à Vétal normal, entre autres phénomènes, une sensation de vertige, des nausées, du nystagmus et une inclination latérale de la tête et du tronc du côté du pôle positif.
On détermine une rotation de la tête et, parfois aussi, une rotation du tronc en plaçant les tampons de la manière suivante : l'un, celui qui est relié au pôle négatif, derrière le maxillaire, l'autre, du côté opposé, au-dessus du tragus. La tète exécute du côté du pôle positif une rotation qui commence au moment de la fermeture du courant et qui continue ensuite à s'effectuer avec lenteur. Ce mouvement est un phénomène physiologique, mais non constant; il est plus ou moins prononcé suivant les sujets; il est tantôt pur, tantôt associé à l'inclination.
Voici les diverses modifications du vertige voltaïque que l'on peut observer en cas de désordres labyrinthiques et que l'hystérie ne produit pas : augmentation de la résistance à l'excitation provoquée par le courant voltaïque ; mouvement de la tête en arrière ou en avant remplaçant l'inclination et la rotation; nystagmus céphalique; inclination unilatérale, rotation unilatérale; tantôt inclination et rotation s'effectuant d'un seul côté et du même côté; tantôt inclination unilatérale d'un côté avec rotation unilatérale du côté opposé; parfois mouvement de circumduction delà tête.
SYMPTOMATOLOGÎË 71
La valeur de ces caractères a déjà été confirmée autrefois par plusieurs observateurs et, récemment encore, Moutier [257] a insisté sur leur importance. Voici quelques passages de son travail sur ce sujet :
« Les épreuves généralement employées ont été l'épreuve de Babinski ou du vertige voltaïque et l'épreuve de Barany ou du vertige calorique. Je n'hésiste pas à donner de beaucoup la préférence à la première. La mise en œuvre est extrêmement simple; les divers temps en sont aisément repérables et les valeurs en sont particulièrement faciles à comparer...
« L'exploration systématique du labyrinthe, en dehors de son intérêt purement scientifique, permet encore des conclusions d'un intérêt immédiat. Elle prouve, en effet, la sincérité de nombreux blessés dont les troubles subjectifs paraîtraient douteux autrement, et facilite par là même la préparation des dossiers nécessaires aux propositions de réforme ou de passage dans les services auxiliaires. »
H. Bourgeois et Sourdille dans leur livre faisant partie de la Collection horizon et intitulé « Otites et surdités de guerre » écrivent au sujet du vertige voltaïque. « Notre pratique confirme absolument les publications de Babinski. » Cette épreuve, ajoutentils « est si commode et si nette que nous voudrions qu'on commençât toujours par elle, afin de savoir en quelques minutes si le système vestibulaire fonctionne normalement ou non ».
Les résultats obtenus par la psychothérapie nous ont paru concorder avec les données fournies par l'épreuve du vertige voltaïque. Le vertige était-il normal, la surdité cédait dans la majorité des cas à la contre-suggestion, tandis que d'habitude celle-ci n'a été que partiellement efficace (association hystéroorganique) ou complètement inefficace lorsque les caractères du vertige voltaïque étaient modifiés.
Ajoutons que pour ce qui concerne l'épreuve de la désorientalion provoquée par d-es exercices de marche et qui permet aussi de reconnaître les perturbations de l'appareil vestibulaire, Bourgeois et Sourdille en donnent une description détaillée dans le chapitre intitulé : « Marche les yeux fermés. Épreuve de Babinski-Weill ». Ils s'expriment ainsi quant à sa valeur pratique : « c'est l'épreuve la plus sensible, celle qui découvre les troubles les plus légers de l'équilibre, et qui précise le mieux le sens de l'impulsion pathologique dans les cas atténués qui sont les plus fréquemment rencontrés par l'expert ».
12 HYSTÉRIE — P1THIATISME
. Mutisme. — Le mutisme hystérique se rencontre soit à l'état isolé, soit combiné à la surdité. Il est curable tout aussi aisément sinon plus encore que la surdité de cause psychique. Il peut disparaître spontanément : parfois le muet, au cours d'un rêve, se met à parler ou à crier; il entend sa voix et dès le réveil se déclare guéri. Mais, le plus souvent, le mutisme subsiste sans modification pendant des mois s'il n'est pas traité comme il convient. On a proposé divers traitements qui sont tous également efficaces et dont le mode d'action se ramène toujours à la contresuggestion, qu'elle soit exercée volontairement ou involontairement.
Contrairement à ce qui a lieu poiir la surdité, le mutisme hystérique est aisé à reconnaître. Charcot en a décrit les caractères d'une manière magistrale (voir p. 8).
On a pu exceptionnellement prendre un aphasique à langage extrêmement réduit pour un muet, mais l'erreur inverse est plus souvent commise; elle est cependant assez facile à éviter. Bien différent en ceci du muet, qui n'émet aucun son, l'aphasique moteur peut toujours articuler quelques mots, quelques syllabes; il peut même souvent émettre, dans certaines conditions, la totalité ou la presque totalité des phonèmes ou sons constitutifs du langage oral (Froment et Oct. Monod [220]). Le langage écrit est toujours intact chez le muet, tandis qu'il est plus ou moins altéré dans l'aphasie motrice, sans en excepter même l'aphasie motrice pure (Froment, et Mazel [219]. Froment et Pillon [221], Pélissier [259]). Enfin, et cette dernière particularité ne doit pas être négligée, car elle peut mettre dès le début de l'examen sur le chemin du diagnostic, la mimique descriptive est remarquablement intacte chez le muet; elle est au contraire, chez l'aphasique pauvre, monotone, inhabile à suppléer aux défauts du langage. On peut presque dire qu'un sujet atteint de troubles du langage qui réussit à faire comprendre, par une succession de gestes variés et expressifs, les diverses circonstances qui ont accompagné sa blessure, n'est pas un aphasique, mais un muet.
Quant à l'aphasie hystérique, on n'en a pas publié d'observation, à notre connaissance, depuis le début de la guerre. Un certain nombre de faits qui avaient été relatés antérieurement sous ce nom sont, d'ailleurs, sujets à caution.
SYMP TOMA TOI O GÏË 1 3
Œdèmes, troubles vaso-moteurs et trophiques prétendus hystériques.
Aucun neurologiste ne put faire état, au cours de la discussion de 1908, d'un seul cas bien établi & œdème hystérique. La conception ancienne paraissait donc bien avoir pour origine des erreurs de diagnostic : des œdèmes simulés, artificiellement réalisés par une constriction volontaire, et des œdèmes liés à des affections organiques avaient été mis sur le compte de l'hystérie.
Nous n'avons pas observé, non plus, depuis le début de la guerre d'œdème que l'on pût légitimement rattacher à l'hystérie. Un certain nombre d'œdèmes traumatiques, que l'on aurait sans doute autrefois considérés comme hystériques, avaient pour cause, ainsi que dans les cas de A. Léri et Roger [85], une constriction volontaire ou une constriction d'origine chirurgicale. Sicard et Cantaloube [1021 étudiaient récemment encore ces « œdèmes de striction » et distinguaient deux phases dans leur évolution; si, pendant une première période, ils disparaissent dès que la constriction cesse, dans la deuxième période, ils s'organisent et leur régression est alors lente; ils pourraient même devenir irréductibles.
Quelques observations d'œdème hystérique ont été cependant publiées par G. Ballet [82], Lebar [86], Raynaud [87]. L'une d'elles a provoqué une discussion au cours de laquelle Roger fit les remarques suivantes : « La question des œdèmes hystériques me paraît actuellement jugée. Tout le monde admet, depuis les travaux de Babinski, que ces œdèmes n'existent pas. Dans les cas de ce genre, il s'agit toujours d'une simple supercherie des malades ou, au contraire, d'une lésion organique de nature vasculaire ou nerveuse. La malade de M. Raynaud, présentant une blessure à la face interne du ^ras, juste au niveau du paquet vasculo-nerveux, l'existence d'une lésion organique sans doute vasculaire semble tout au moins probable et rendrait compte de l'œdème observé. »
A ces hypothèses on peut encore en joindre une autre : celle de troubles vaso-moteurs d'ordre réflexe qui toutefois ne s'accompagnent pas d'habitude d'œdème bien marqué. Dans trois sur quatre des cas d'œdème prétendu hystérique qui ont été publiés, l'œdème était associé à une contracture et s'était développé dans un membre traumatisé; nous avons déjà formulé cette objection pour l'un de ces faits à propos de la question de la persistance des
% HYSTÉRIE — PJTUIATISME
contractures pendant le sommeil (voir p. 55). Ajoutons que, dans aucun de ces cas, l'épreuve thérapeutique n1a donné de résultat positif. Si, dans l'observation de Lebar, l'œdème et la contracture s'atténuèrent après l'application de mouchetures, elles ne cédèrent pas complètement. Ce mode de traitement du reste, est-il besoin de le faire remarquer, ne peut être considéré comme ayant une action uniquement psychique.
Les troubles vaso-moteurs étaient considérés autrefois comme très communs dans l'hystérie. Nous avons contesté cette opinion et un grand nombre de neurologistes s'étaient ralliés à notre manière de voir. Mais l'accord définitif ne s'était pas établi. On put croire tout d'abord que les faits observés au début de celte guerre venaient sur ce point donner raison aux partisans de la doctrine ancienne; chez de nombreux sujets atteints d'accidents, qualifiés d'hystéro-traumatiques, on avait en effet constaté des troubles vaso-moteurs marqués. Quelques observateurs ont supposé que ces troubles, sans constituer il est vrai des accidents hystériques proprement dits, étaient le résultat de l'immobilisation produite par la paralysie ou la contracture et rentraient dans ce groupe d'attente que l'un de nous avait réservé pour les phénomènes subordonnés aux troubles hystériques primitifs et qu'il avait appelés troubles hystériques secondaires. Mais l'analyse de ces faits nous a permis d'établir que ces troubles circulatoires et thermiques devaient être détachés de l'hystérie et elle nous a conduit à les considérer comme des phénomènes d'ordre réflexe dépendant d'une perturbation du système sympathique (voir p. Il 5). Cette question, d'importance primordiale tant au point de vue pratique qu'au point de vue doctrinal, sera discutée ultérieurement avec détails. Nous nous contenterons de dire, et la suite le montrera, que si une paralysie hystérique peut provoquer une légère thermo-asymétrie, elle ne détermine jamais de troubles vasomoteurs et thermiques nettement caractérisés; lorsqu'elle s'accompagne de pareils troubles c'est qu'elle s'associe à des phénomènes d'une autre nature.
Malgré la fréquence des phénomènes hystériques qui ont été observés de tous côtés, on n'a pas noté un seul fait d'érylhème, de phlyctène, d'ulcération, de gangrène de la peau, d'hémorragie, d'hématémèse, de mélaena, d'hématurie, d'anurie, ni aucun de ces accidents dont la réalité était admise autrefois sans conteste.
Solfier [96] a signalé, il est vrai, l'existence des troubles tro-
SYMPTOMATOLOGÏE 75
phiques osseux dans six cas de contractures dites névropathiques qui s'étaient développées consécutivement à des blessures. Mais de tels troubles ont été très souvent observés à la suite de fractures et de plaies des membres en l'absence de toute manifestation hystérique. On peut se demander si, là encore, il ne s'agit pas de troubles trophiques liés à des perturbations du système sympathique, d'ordre réflexe.
En dehors de ces observations très sujettes à caution, aucun cas de trouble Irophique hystérique n'a été publié depuis le début de la guerre.
Notons à ce sujet que d'après Gestan, Descomps et Euzière [212] les altérations des empreintes digitales sont exceptionnelles dans les paralysies névrosiques. « On ne les constate jamais, ajoutait-il, que dans le cas où les phénomènes névrosiques ont été provoqués par une épine organique. » Villaret [266] remarquait de même que les troubles trophiques des phanères (hyper ou hypo-trychose font défaut dans les paralysies dites fonctionnelles, exception faite pour les faits correspondant à ceux que nous avons réunis sous la dénomination de parésie et de contracture d'ordre réflexe.
De ce qui précède nous nous croyons en droit de conclure que la conception moderne de l'hystérie n'a été ébranlée en aucun point. Bien plus elle a été confirmée par de nombreux faits constatés pendant ces trois dernières années; le terme même de pithiatisme a été généralement adopté, il est actuellement d'un usage courant.
Si l'opinion contraire a été soutenue par quelques neurologistes, cela tient sans doute à ce que les traumatismes de guerre ont fait surgir une série d'accidents nerveux qui ont été d'abord mal interprétés et rattachés, faute d'une sémiologie précise, à l'hystérie bien qu'ils en fussent absolument distincts. Il s'est fait là une confusion analogue à celle qui avait consisté, jadis, à considérer comme hystériques des accidents liés à des lésions du système nerveux central, lorsque les signes caractéristiques de ces affections étaient encore mal déterminés.
C'est à l'étude de ces phénomènes, en partie nouveaux, auxquels une place spéciale doit être réservée en nosologie, que nous allons consacrer les chapitres suivants.