ARTICLE II
HYSTÉROPEXIE EXTR A-PÉRITONÉ AI.E
Division. — Gomme nous l'avons déjà fait pressentir, en définissant le mot, il y a deux variétés bien distinctes d'Hystéropexie exlra-périlojiéale.
Dans l'une, la première en date, on opère complètement au-dessus du pubis, par la noie sus-pubienne, comme dans l'Hystéropexie intra-péritonéale.
C'est celle qui, au dire d'Emmet ' et d'autres chirurgiens américains (Hunter, etc., etc.), aurait été imaginée en 1859 par Marion Sims pour remédier à une rétroversion. C'est celle qu'un Italien, Ganeva, aurait réinventée pour le prolapsus utérin en 1882, ignorant bien certainement les tentatives de Sims, en Amérique. Il s'agit dans ce cas de fixer l'utérus à la paroi antérieure de l'abdomen à l'aide d'une aiguille enfoncée dans la cavité péritonéale, au-dessus du pubis. On va à la recherche de l'utérus, pour le transpercer ensuite.
Cette méthode a porté jusqu'ici, à tort ou à raison, le nom de Méthode de Caneva; c'est sous ce nom qu'elle est analysée dans le Traité de Gynécologie de A.Doran, le seul qui en ait fait mention, il y a quelques années déjà. Nous proposons de y Hyslérojiexie extra-périlonéale sus-2mbienne typique, dénomination facile à comprendre et très explicite.
Mais ces temps derniers, un chirurgien espagnol, du nom de Candela, a décrit un autre procédé d'Hystéropexie extra-
' Voir Emmel.-- Discussion à la suite de la communication de Polkau dernier Congrès des Gynécologisles américains en septembre 1889; in Transacl. of llic American gijnecolngical Sociel!/,\o\.X\l\, 1881), p. l'07: analysée in The American Journal of Obslclrics, octobre 1889, p. 1066.
péritonéale sous le nom, qui se comprend aussi de lui-même, d'IIystéro-gaslrorrhaphie vaginale. Celui-ci consiste à fixer l'utérus en avant, en faisant passer les liens fixateurs de l'intérieur de la cavité utérine, à travers la paroi abdominale, au-dessus du pubis. On voit que, si le principe est le même (fixation utérine sus-pubienne sans ouverture de la cavité abdominale), le procédé opératoire est tout à fait différent, puisqu'ici on passe par le vagin et l'intérieur de l'utérus. A défaut de terme meilleur, nous proposons celui d'Hystéropexie extrapérilonéale vagino -pubienne, la dénomination de Candela devant être rése.rvée pour le procédé de Schïicking que nous avons cité et qui est, lui, une opération purement vaginale. Il nous faut donc étudier successivement dans ce chapitre les deux opérations suivantes :
1° L'Hystéropexie sus-pubienne type (Sims) ;
2° L'Hystéropexie vagino-pubienne (Candela).
DE L'HYSTÉROPEXIE SUS-PUBIENNE TYPE
A. — historique
Nous le disions à l'instant, il paraît acquis que la conception de cette opération est due à Marion Sims, en 1859:
Emmet a raconté à ce propos que ce gynécologiste avait l'ait construire une canule destinée à recevoir un fil d'argent pour pouvoir coudre l'utérus à la partie antérieure de l'abdomen. « Un jour, Sims voulut l'essayer; mais, après l'avoir passée dans le fond de l'utérus, dans un cas de rétroversion, il perdit courage et ne termina pas son opération. »
C'est à ce seul document toutefois que se bornent nos renseignements sur le titre de priorité de Sims. Empressons-nous cependant d'y ajouter l'affirmation du The American Journal of the Médical Sciences (analyses des divers articles de Sœnger et Klotz, mars et avril 1883, p. 327 et 434) et une affirmation moins catégorique d'Hunter {Société d'Obstétrique de New-York), Encore ce dernier ne donne-t-il pas la même date qu'Emmet.
Il importerait' pourtant d'être bien fixé sur la tentative de
Marion Sims'. S'il est vrai, comme ces documents tendent à le faire croire, qu'il a eu en 1859, l'idée de rattacher ainsi l'utérus à la paroi abdominale, il faut bien reconnaître qu'il est un de ceux qui ont deviné, il y a trente ans et plus, l'avenir des diverses espèces de fixations d'organe (toutes les Pexies modernes) qu'on expérimente de nos jours. La crainte de la laparotomie et partant de la septicémie l'arrêta seule, comme ses contemporains ; aussi le véritable créateur des véritables Pexies reste-t-il Kœberlé, qui démontra le premier que le meilleur moyen de fixer un opgane de l'abdomen était d'abord d'ouvrir la cavité abdominale.
En 188i2, Ganeva, chirurgien italien, eut une idée analogue à celle de Sims, et s'empressa de publier, avant même de l'avoir mis en pratique ^ le manuel opératoire plus admissible qu'il avait conçu pour le prolapsus utérin. Ganeva, si l'on s'en tient aux données fournies par la littérature italienne, n'aurait jamais exécuté celte opération. Mais M. le D'' Mijnlieff (de Breuleken, Hollande) rapporte dans l'article que nous citons dans la note ci-dessous, qu'il a vu à la clinique du professeur Halberstema (d'Utrecht) une malade opérée par la méthode de Ganeva avec un résultat satisfaisant (il s'agit toujours de prolapsus), casque Gzerny a rappelé à son tour dans son mémoire des Beitrœge fur Klin. Chirurgie sur la ventrofixation.
Ganeva, ne craignant que l'ouverture de la cavité abdominale, recommanda de faire sur la ligne médiane de la paroi abdominale une incision assez grande pour faciliter la fixation, pour que l'aiguille n'ait plus alors à traverser que le péritoine, et non pas la paroi antérieure tout entière. C'est là la principale caractéristique du procédé italien : c'était une amélioration notable de la conception de Sims.
' Emmet. — Loc. cil.
' Ganeva.- Una proposta per la cura radicale del prolapso compMo doW Uléro; in Gazella degli Ilospilali, 20 décembre 1882, n" 1 n. 810. Jns(iu'ici, cet arliclc n'avail été cité que par Alban Doraii (//«"/'hook or rjynœcoloc/ical Opérations, Londres, 1887, p. il.^; el. par Jii.iiilielTfde Breuleken) : Jets oocr de operalieve Behandeiun;/ van pro apsus utcri; in Weekild Nederlandsoh Tijdschrift voorGenceskunde, 1887. 7 juin, n" 23, p. 478.
Il y a quelques mois, MM. Âssaky (de Bucharest) ' et Roux (de Lausanne) ' ont voulu, reculant encore devant la laparotomie, exécuter l'opération de Caneva, qu'Halberstma, au diredeMijnlieff^ aurait faite le premier, pour un cas de prolapsus, comme nous venons de le dire. La malade opérée par M. Assaky était atteinte aussi de prolapsus; mais, pour celle de M. Roux, nous ignorons pour quelle afTection il tenta l'hystéropexie extra-péritonéale. D'ailleurs, comme Sims, ce dernier n'a pas exécuté complètement l'opération commencée; ou plutôt il la termina en faisant l'hystéropexie intra-péritonéale, pour des motifs sur lesquels nous reviendrons tout à l'heure en critiquant ce procédé.
Jusqu'ici, on le voit, l'hystéropexie extra-péritonéale — (à part peut-être le cas de M. Roux, qui nous paraît pourtant se rapporter à un prolapsus) — n'avait jamais été réellement employée conti-e les rétrodéviations utérines.
Mais récemment Kelly S l'ancien gynécologue de Philadelphie, a pensé qu'on pouvait très bien utiliser cette opération en dehors des cas de prolapsus et l'a exécutée trois fois pour remédier à des rétrodéviations, employant à peu près le manuel opératoire qu'avait tenté M. Sims. Et c'est précisément cette initiative de Kelly, bientôt suivi par Grespi, qui nous a obhgé à étudier dans ce travail Thystéropexie extra-péritonéale I
Pourtant Kelly n'avait pas voulu marcher absolument sur les
' Assaky.- Communicalion à la Société de Chirurgie, séance du 20 novembre 1889 {Ventro fixation pour prolapsus utérin); in Bull, et M. de Soc. de Ch., p. 729, 1889. Analysé in Progrès médical, n" 47, p. 500, 23 novembre 1889. — Voyez aussi Assaky et Kiriac. Despre Hysteropexiain Prolapsus utérin; in Clinica, n" 1,15 janvier 1890, p. 1. (L'observation d'Assaky y est publiée avec détails.)
-Roux. — Hijstéropexie ea;<ra-pe'ri<o?ieaie. Communication à \& Société de Chirurgie, séa.nce du 4 décembre 1889; in Bull. elM. de la Soc. de Ch., p. 753, 1889. Analysé in Progrès médical, n" 49, 7 décembre 1889, p. 536 et in Sem. Med. (G. H. ine.xacl.)
' L'article de M. Mijnlieff a été analysé in Centr. fur Gyn., n" 47, 21 novembre 1885, p. 744, sous le titre : Ziir operativen Behandlung Don Prolapsus Uleri,pa.v U. Mijnlieiï lui-même. Déjà cité in thèse de lleicli (Loc. cit.).
* Kelly. — Communicalion au Congrès des Gi/nècologi.^h's américains à Boston, en septembre 1889, à la suite de celle de l'olk ; in C. H. officiel avec figures et in The American Journal ofOOsletrics, octobre 1889 (Fig.).
traces de Caneva. 11 avait pensé que si l'on devait reculer devant l'incision du péritoine, on pouvait bien se dispenser aussi d'inciser la peau et les muscles de la paroi abdominale, ne serait-ce que pour n'avoir point de cicatrice abdominale ! 11 fallait se borner dès lors à se munir d'une aiguille spéciale, au lieu de la canule de Sims, pour pouvoir faire l'hystéropexie extra-péritonéale.
Déplus, il y a quelques mois, Kaltenbach (de Halle), qui était d'abord absolument opposé à l'hystéropexie quelle qu'elle fût, est venu défendre à son tour, au Congrès des Naturalisies et des Médecins allemands à Heidelberg (septembre 1889), à la sectionde gynécologie ^, l'hystéropexie extra-péritonéale dans les rétrodéviations utérines. Il la considère comme infiniment moins dangereuse que la ventrotixation ordinaire. A cette occasion il a rappelé une observation qu'on trouvera plus loin et qui montre que ce chirurgien a un peu modifié le manuel opératoire, proposé par Ganeva et utilisé déjà par Assaky S après Halberstema, dans des cas de prolapsus.
D'autre part, tout récemment, un chirurgienitalien^ Crespi, a mis à exécution un procédé très voisin de celui décrit par Caneva. Comme il l'a employé pour remédier à des rétrodéviations, nous publions plus loin le résumé de ses quatre interventions. Son travail est un des plus complets parmi tous ceux qui ont trait à l'hystéropexie extra-péritonéale.
Enfin, dans une thèse récente, soutenue à Bordeaux,
' Kaltenbach (Halle). —Vorslellung eines Falles von Ventro/ixalio Uteri. Communicalion au Congrès des Médecins et Naturalistes allemands (secLion de gynécologie), à Heidelberg, en septembre 1889; analysée in Centralblalt fur Chirurgie, n° 1, le 4 janvier 1890, p. 7, et ailleurs, {Beri. Kl. PFoc/i., 28 octobre 1889, p. 945).
■ M. le P' Assaky nous a envoyé, il y a quelques jours, trois autres observations d'hystéropexie extra-péritonéale. Nous les publions plus loin, quoiqu'elles se rapportent à un prolapsus, car elles sont inédites.
^ Crespi. — Ulsleropessia extra-peritoneale nella cura degli sposlamenti posteriori deW utero; in Gazctta degli Hospilali, n"', 20, 21 et22, 9, 12 et 16 mars 1890, p. 154, 162 et 170. — An. in Médecine moderne, 10 avril 1890, n" 16, p. 320.
M. Vaton i a proposé un autre mode d'hystéropexie extrapéritonéale sus-pubienne ; mais jusqu'à présent il ne l'a essayé que sur le cadavre. Quoique l'auteur ait en vue, d'une façon toute spéciale, le prolapsus de l'utérus, nous croyons devoir citer ici son procédé pour le comparer à celui de Kelly et à celui de Ganeva.plus ou moins modifié par Grespi, Kaltenbach et Assaky. En réalité, ce n'est qu'une légère modification de la manière de faire du chirurgien italien'-'.
En résumé, nous voilà désormais à la tête de deux grandes variantes pour la technique opératoire de l'hystéropexie suspubienne typique et obligé de décrire à part:
1" Le Procédé de Caneva-Crespi (Hystéropexieextra-péritonéale avec incision de la partie musculo-cutanée de la paroi abdominale). Avec les Modifications de Kaltenbach et celles de Vaton et Assaky .
2° Le Procédé de Sims-Kelly (Hystéropexie extra-péritonéale sans incision préalable de la paroi abdominale).