CARACTÈRES DES RÉTRODÉVIATIONS GRAVES
Or les rétrodéviations utérines sont diles graves, par ellesmêmes, dans les cas suivants : A. En raison de leur symptomalologie propre ; — B. En raison des lésions des annexes, quelles aggravent.
A. Styiiiplomatologic spéciale clcsrélvodcvialions. — 1. DoU-
leurs intenses, spontanées ou survenant au moindre mouvement. — C'est là ce qui, dans la plupart des cas, a forcé la main des chirurgiens. Les diverses variétés de ces douleurs, qu'on observe dans la plupart des rétrodéviations, quelle |quc soit leur intensité, peuvent être dues : a) au déplacement utérin lui-même:, b) aux lésions des annexes qui accompagnent si fréquemment ce déplacement
2. Mélrorrhagies répétées, violentes, altérant considérablement l'état général (cas nombreux — Accidents d'occlusion intestinale (comme dans le cas de Kœberlé) ; — Accidents vésicaux : rétention d'urine (comme Gzerny l'a observé deux fois, etc.) ; paralysie de la vessie (Quénu, Obs. inédite); fréquence des mictions (Routier, Obs. 78, T. II, etc.) Mais ces derniers faits sont très rares; c'est à peine s'il y a deux ou trois cas d'hystéropexie spécialement dirigée contre des accidents de cette sorte. Ne pas oublier que dans les cas de Quénu, Czerny, etc., il y avait aussi des lésions des annexes.
L'hystéropexie faite dans ces conditions, pour remédier à ces symptômes, est bien \me opération de pjartipris.
' Ces deux sorLes de douleurs peuvent-elles exister séparément et à la fois ? La démonstration est faite désormais d'une façon péremptoire. En elTet, on a opéré déjà des malades fiucintcs de douleurs intenses et qui n'avaient absolument qu'une rélrodftilalion pure sans lésion des annexes ni métrite (constatations très nômbrcuscs sur le vivant pendant les opérations) ; ou qui avaient été antérieurement castrées (Salvjanski, Obs. N° 51; Lee, Cas VI, Obs. N° 37; Cusliier, Obs. n''53, T. IL) Or les troubles utérins (Lee, Cushier) et les douleurs ^Salvjanski) ont disparu dans ces derniers cas, comme après les autres cas d'hystéropexies types, et n'ont pas reparu aussi longtemps, du reste, qu'on a pu suivre l'opérée. Donc la rétrodéviation seule peut être douloureuse. — D'autre part, on sait depuis longtemps que dans certains cas la castration seule chez des femmes ayant une rétrodéviation et des lésions des annexes a suffi pour faire disparaître tous les phénomènes douloureux. Enfin, on sait que la castration sans hystéropexie, de même que l'ilystéropexie sans castration, n'ont fait dans certains cas qu'atténuer les douleurs. — Voilà donc un point obscur définitivement entendu; ce n'est pas trop tôt et c'est rilystéropcxie qui a eu le mérite réel d'en faire la démonstration complète !
* On pourrait tenter de faire pour les Mélrorrhagies une démonstration analogue à celle que nous venons d'ébaucher pour les Douleurs ; mais ce serait moins facile, car les métrorrhagies semblent être, dans la très grande majorité des cas, en rai)i)ort plutôt avec une endométrite, plus ou moins intense et plus ou moins invétérée, concomitante do la llétrodéviation.
» ï.ési«ns .les annexes aggravées par la Réiro.lévîalîon. -
Les rétrodévialions deviennent cjraves aussi par le seul iait au'elles se compliquent de lésions des annexes, qui s'accenluent de plus en plus si Ton ne redresse pas l'utérus. Mais ici les phénomènes se combinent. Ce qui domine la scène patholoo-ique, ce sont les lésions des annexes et on devra commencer par les attaquer, à moins qu'il n'y ait une métrite concomitante, pour laquelle on devra d'abord faire le curage utérin -Dans ces cas, l'hystéropexie ne devient qu une operalion complémentaire, alors même que c'est bien la retrodéviation qui a aggravé l'altération des trompes et des ovaires.
Quant aux Rétrodévialions non douloureuses, qu'il nous faut simplement citer ici, elles passent souvent inaperçues et il serait bien difficile, croyons-nous, de faire accepter la moindre opération à une personne qui ne souffrirait^ pas ! Que son chirurgien lui répète ou non, tous les jours, qu'elle a l'utérus déplacé-, si elle n'éprouve rien, dans la plupart des cas, il en sera pour ses frais d'éloquence. En pareille occurrence, il n'y a maladie que s'il y a douleurs. Et pourtant cette Rélrodévialion, compatible avec l'état physiologique, deviendra très souvent grave à une époque ultérieure !
H est donc bien entendu qu'on n'aura pas h recommander la fixation de l'utérus en avant pour un simple déplacement en arrière, alors même qu'il y aurait une très notable rétrodéviation. Il faut absolument, pour pouvoir proposer cette opération, que la rétrodéviation rende la vie insupportable par d'autres raisons. Mais, ceci admis, il y a encore des distinctions à faire.
2" l'hystéropexie de parti pris n'est applicable qu'aux rétrodéviations graves
(CfU/scs réelles de douleurs et de troubles fonctionnels intenses.)
Il ne faudrait pas croire, en effet, que l'hystéropexie de parti pris soit absolument nécessaire d'emblée dans tous les
cas de réli'odévialious utérines qui s'accoinpagnenl de symplùmes roncLioiiuels iiileiiscs.
Eu efl'cL, comme roiiL déjà dit bicu des auteurs, KIolz, Trélat entre autres, il y a deux sortes de faits à considérer :
1° Ceux dans lesquels la rélrodéviation n'est qu'une affection secondaire et dans laquelle tous les troubles observés sont dus à d'autres lésions, par exemple une oophoro-salpingite, une endomélrite, etc., etc. La déviation est ici peu importante, sinon absolument négligeable.
2" Ceux dans lesquels la rélrodémation est la cause princicipale des phénomènes morbides. Ce sont surtout de Rétro- /lexions qu'il s'agit dans cette catégorie.
Or les symptômes constatés peuvent: a) être la conséquence des lésions utéi'ines, salpingiennes et ovariennes, consécutives à cette flexion; b) ou être sous la dépendance exclusive de larétrodéviation, qui ne s'accompagne plus de lésions des annexes ou de l'endometrium.
Malheureusement, il est fort difficile de savoir le tant pour cent de ces derniers cas, et parfois bien malaisé de ranger telle ou telle malade dans la première ou la seconde de ces deux catégories ; souvent même il n'y a que le genre de traitement employé qui puisse nous permettre d'être fixé sur ce point.
a) . En efl'et,.si lors d'une rétrodéviation douloureuse, les phénomènes pathologiques disparaissent par l'antisepsie utéro-vaginale, le curetage, le repos, etc., etc., c'est-à-dire par un traitement médical ou des'manœuvres opératoires n'exigeant pas le redressement de l'utérus — cela se voit assez souvent—, on a ad'aire sûrement à des douleurs dues à une autre affection. Il est évident que dans ces cas Vhystéropexie serait inutile, sinon dangereuse. La lésion causant la douleur était celle de l'utérus (métrite) ou des trompes à la rigueur (salpingite légère consécutive elle-même à la métrite (Trélat), etc.).
b) . Si au contraire tout échoue, c'est ([ue la rétrodéviation elle-même est la cause réelle des acciilents. 11 faut donc redresser l'utérus, enq)loycr un traitement mécanique, et tenter de parti pris une hystéropexie. De cette manière on
fera disparaître tous les troubles pour lesquels la malade réclame une intervention, cà savoir ceux qui sont sous la dépendance des lésions pcriutérines (adhérences utéro-reclales, utéro-vésicales, utéro-intestinales) et des ovaires tiraillés, emprisonnés dans les fausses membranes ou prolabés, aussi bien que ceux qui peuvent dépendre du déplacement de l'utérus en arrière.
Il est clair, en outre, que si une rétrodéviation s'accompagne de lésions secondaires très importantes et qu'on soit obligé de faire une laparotomie pour guérir les lésions qui dominent la scène — alors qu'elles ne dépendent que du déplacement utérin, — on sera autorisé cà compléter l'opéralion faite pour traiter ces lésions à l'aide d'une hystéropexie, puisque le seul fait de fixer l'utérus n'aggrave en rien l'acte opératoire ; mais dans ce cas ce ne sera, comme nous l'avons déjà dit, qu'une hystéropexie complémentaire.