I. DÉFINITION ET SYNONYMIE DE l'uYSTÉHOPEXIE PROPREMENT DITE
OU INTRA-PÉRITONÉALE
1. Définition. — L'opération que Kœberlé fit ea 4869 fut dénommée par lui Gastrotomie avec fixation de la matrice d'une façon permanente à la jjaroi abdominale. Si l'on remplace le terme vieilli de Gastrotomie par celui plus moderne de Laparotomie, qui a le même sens, on voit qu'il est presque inutile de définir l'opération, que nous avons en vue, d'une façon plus explicite.
Si toutefois l'on tient à préciser davantage, voici la définition que nous proposons : Opération consistant en une LAPAROTOMIE suime de la fixation, à Vaide de points de sutures, soit de l'cjTÉRus, soit de ses annexes, à la face posléjHeure de la paroi abdominale antérieure.
Gomment mieux traduire en quelques mots cette claire définition qu'en se bornant à ceux-ci : Utéî^ofixation abdominale antérieure? C'est le terme, un peu long il est vrai, mais très exact que nous avions proposé en 1888 1. Le mot Utérofixation seul ne nous avait point paru suffisant. On 'peut fixer en effet, comme nous le verrons, l'utérus à la face postérieure de la vessie, aussi bien qu'à la face postérieure de la paroi abdominale, et on connaît au moins une observation^ de cette fixation vésicale.
De plus, on peut fixer l'utérus en arrière, aussi bien qu'en
' C. li. de la Société de Chirurgie; ïn Progrès médical, 1888, passim, . • Werth. (Voir, plus loin.)
avant. Ne sait-on pas que Freund (de Strasbourg) a inventé récemment l' Utérofixation postérieure ' .
Il fallait donc dire Utérofixation abdominale, y>ouv ne ^ias confondre le procédé de Kœberlé avec ces dernières opéva.ûon^ {Utérofixatio7i vésicale et U. postérieure).
Pour être tout à fait précis, on devait partant employer la dénomination que nous avions proposée : Utérofixation abdominale an térieure.
Malheureusement M. le P' Trélat, n'ayant pas trouvé k ce mot à' Utérofixation, d'origine latine, tout le charme voulu, lui préféra le mot grec, fabriqué de toutes pièces également et francisé : Hystéropexie (ûaxipa, utérus; ■^-^^î, fixation) ; pour lui, il avait meilleure allure. Nous avouons sans difficulté qu'il vaut bien le nôtre et l'acceptons d'autant plus volontiers que tout le monde paraît vouloir l'employer désormais aujourd'hui. Mais nous maintenons nos deux épithètes. Sans cela, c'est vouloir manquer, de parti pris, de la précision nécessaire et favoriser certaines confusions. Le seul inconvénient, pour les puristes, c'est l'accouplement d'un substantif d'origine grec avec deux adjectifs d'origine latine; mais qu'importe'-?
Que, pour abréger, on se borne au mot Hystéropexie antérieure ou même à celui (ï Hystéropexie, rien de mieux ; mais qu'il soit bien entendu, une fois pour toutes, que ce n'est là qu'une abrévation et qu'un moyen d'alléger son style. A la moindre obscurité dans la description, on devra revenir au terme à' Hystéropexie [Utéro-fixation] abdominale antérieure.
2. Synonymie. — Les auteurs étrangers, qui, dès 1883, refirent l'opération de Kœberlé, lui donnèrent des noms plus ou moins acceptables et qu'il nous faut maintenant reproduire ici.
C'est ainsi qu'Olshausen employa dans son premier mé-
' Freund. — Congrès dex Gynécologistes allemande à Fribourçj (juin 1889) et Congrès des Nalumlisles allemands à Heidelberq (septembre 1889).
* Notre collègue Dumorct emploie le terme de Laparohysléropexie pour tout exprimer en un seul mol; mais comment appellera-t-il 17/y/sléropexie posldrieure de Freund? Promontorio- hystéropexie, peutôlre?
moire le mot Ventrale Fixalio, qu'on transforma bientôt en Venlro-flxalio cl qu'on traduisit en français par celui de Ventrofixalion. M. Terrier et M. le professeur Trélat trouvèrent, avec raison, cette dénomination détestable; qu'elle fût, oui ou non, un barbarisme, ce qui importait relativement peu, elle n'était pas exacte et elle était incomplète: on a donc bien fait de la rejeter complètement.
Mais déjà H. Kelly (de Philadelphie) avait proposé le terme A'IIyUérorrhaphie (uaxîoa, utérus; paoT), suture), sur le modèle duquel on construisit plus tard ceux de Néphrorrhaphie • et d'JIépatorrhaphie^- ; mais il est mal fait aussi. Il ne faut pas confondre la. sutwe de l'utérus^ avec sa. fixation à l'aide de sutures.
Les termes de Gastrohystérorrhaphie (celui-ci se comprend tout seul) et de Gastrohystérosynaphie, proposés par Sœnger dans son premier travail, doivent être rejelés pour la même raison que celui d'hystérorrhaphie.
MM. Polaillon *, Tillaux^ Barette se sont servis plusieurs fois du terme Utérorrhaphie ; mais peut-être n'y a-t-il là qu'une erreur typographique, car le mot est formé en
' Nous avons forgé jadis, par analogie et à l'imitaLion du professeur Trélal, le terme de Néphropexie, qa'on tend de plus en plus à employer aujourd'hui, depuis la publication de l'ouvrase de M. Le Dentn. (Voir C. R. de la Soc. de Chir., in Progrès médical, 1888-1889.) A rapprocher des mots de Cystopexie (Tuffier, fixation de la vessie), Orchidopcxie (fixation du testicule, Kirmisson, ancienne célorrhaphie), Colopexie (fixation du côlon), Colopexolomie (fixation du côlon avec anus contre nature), Rectopexie (Verneuil) ou mieux Archopexle [Nobis] (fixation du rectum; âf/oç, rectum), Hépalopexie (fixation d'un lobe du foie flottant, Nobis).
' Progrès médical, 18 août 1888.
^ Le terme Hyslérorrhaphie pourrait tout au plus s'appliquer à l'opération destinée à suturer un utérus rompu ou incisé, par exemple lors d'une grossesse; mais on devrait dire encore ici Laparo/tysléroi'rap/ne. D'ailleurs, l'opération dans laquelle on est susceptible de faire cette suture de l'utérus incisé porte déjà un nom spécial (//;v5<cVo<om/e), si l'on excepte les cas très rares où il s'agirait seulement de rupture utérine.
* Polaillon. — Bulletins et Mém.oires de la Société do Chirurgie, 1889, séance du 23 juin 1889.
" 'filiaux. — T7^aUé de Chir. clin., p. 486. — Tillaiix et Uicfl'cl, in Annales de Gynécologie et d'Obstétrique, p. 21, janvier 1889.
" llarette. — Leçons de M. Trélat sur les déplacements utérins.
dépit des règles habituelles de la linguistique, le latin et le grec ne pouvant se voir, en français, accoupler sans ennuis.
On doit de même abandonner celui Laparohysterorrhapkie el même celui de Laparohystéropexie, pour designer
l'opération dont il s'agit.
D'autres dénon.inations sont à chaque instant aussi employées par les auteurs; puisqu'on ne doit paslesreje er - parce qu'elles facilitent, éclaircissent et abrègent les descriptions qu'elles rendent moins monotones - nous devous au moins les signaler ici pour mémoire.
Un des mots de prédilection de Sœnger est celui dAnteftxation de l'utérus; Czerny, que le latin n'effraie pas, a proposé celai de Hyslerorrhaphia ventralis anterior, dans son mémoire de la fin de 1888'. Citons encore le terme symphyse uiéro -pariétale, employé par M. Segond.
Nous résumons ci-dessous cette synonymie déjà trop riche, afin que le lecteur puisse s'y reconnaître, au milieu de tous ces mots plus ou moins bien composés :
Ventrale Fixaiio (Olshausen) ;
Ventro-fixatio (OlshcUisen) ;
IhjAtéi'orrh'xphk (H. ïlelly) ;
Anlefixatio (Sœnger) ;
Hyf^léropexie (Trélat) ;
Gastrohysléropexie (Pozzi) ;
Ulémrhaphie (Polaillon, Tillaux);
CT'islrohyiitérorrh.aphie (Sœnger) ;
Gai^troh,y4êrosynaphiii (S-aeager, Guzïi) ;
L'iparohystérorrhaphie (Terrier) ;
Lnparohystéropexie (Dumoret);
Hysterorrknphia ventrale anterior (Czerny);
Syinphy!<e utéro-pariétale (Segond) ;
Hystéropcxie[Ulévo-r\xa.i\oïi) abdominale antérieure (Nobis)^
I czipny. — Lac. cit. Voyez p. 177. — Ce mémoire est poslôricur à nos comptes rendus, de la Société de Chirurgie.
- Que le lecteur veuille bien nous pardonner les nèologismes que nous avons dû créer; mais toute chose nouvelle exige un nom nouveau. Nous croyons n'avoir point fait d'abus et nous être borné au strict nécessaire, trop convaincu qu'il faut mettre un frein aux fabrications de mots en Médecine comme en Histoire naturelle. Nous avons cle trop
ir. — DES DIVERS MODES d'iIYSTÉROPUXIES SUS-PUIMENNES ET OPÉRATIONS ANALOGUES