‹ HystérotomieChapitre 20 sur 58 · OBSERVATION · texte numérisé non relu

OBSERVATION

Tumeur fibreuse interstitielle Taisant une saillie considérable dans la cavité de l'utérus. — Amputation de la partie sus-vaginale de cet organe. — Extirpation des ovaires. — Guérison.

Madame Cbaulieu, Agée de quarante-six ans, habituellement bien portante. Réglée pour la première fois à l'âge de quatorze ans et demi : la menstruation a toujours été régulière et peu abondante (quatre ou cinq jours de durée). Elle a eu deux enfants, le dernier il y a dix-sept ans.

Au dire de la malade, le début de la tumeur remonterait à l'âge de trente-six ans, époque à laquelle son ventre augmenta de volume et devint douloureux. En môme temps, elle constata que ses règles devenaient plus abondantes et qu'elles duraient plus longtemps. Pendant huit ans, l'accroissement de la tumeur se fit lentement, et les symptômes auxquels elle donnait lieu n'eurent rien de bien inquiétant, mais dans le courant des deux dernières années, cet accroissement devint plus rapide, les hémorrhagies prirent un tel caractère de gravité qu'à la moindre émotion, à la moindre fatigue, la malade tombait en syncope. M. le docteur Guérard, membre de l'Académie de médecine, la vil sur ers entrefaites, cl n'eut pas de peine à trouver dans la présence d'un myome utérin le point de départ des hémorrhagies graves auxquelles celte pauvre femme était en proie. Il essaya d'abord de les combattre par tous les moyens que la médecine met en notre pouvoù'; mais bientôt, voyant l'inutilité de

TUMEURS FIBREUSES INTERSTITIELLES.

ses efforts et les progrès de la maladie, il voulut bien me l'adresser et me demander mon avis sur la possibilité d'une opération.

Je vis la malade pour la première fois vers la fin du mois de novembre 1871. Je constatai à mon tour la présence d'un corps fibreux développé au sein du parenchyme de l'utérus, et d'après les caractères que me fournirent le toucher vaginal et le palper hypogastrique (caractères qui ne différaient pas de ceux que j'avais déjà constatés chez les deux premières malades), je jugeai que dans ce cas j'avais encore affaire à un myome interstitiel, J usant une saillie considérable dans la cavité de la matrice. Bien que la malade se trouvât dans de mauvaises conditions, anémie extrême, troubles digestifs graves (le bouillon lui-même était à peine supporté), j'admis la possibilité d'une opération. 1 Bientôt je me décidai à la pratiquer, enhardi par les deux succès : précédemment obtenus, et, je dois le dire, encouragé par la I pensée d'être agréable à un maître aussi distingué.

Je fis entrer madame Chaulieu à la maison de santé de Le- 'vallois, afin de la soumettre au traitement préparatoire et de i l'examiner tout à loisir. Elle y resta douze jours, pendant lesquels ije pratiquai à plusieurs reprises l'examen des organes génitaux. !Mon diagnostic une fois bien établi, l'opération fut fixée au 6 décembre 1871. Elle fut faite en présence de M. Guérard et de MM. les docteurs Garpentier-Méricourt, Cintrât, Colin, Desarènes, . Arnoult, Grosfillay, Blondez, de Gand, et deux confrères, venus i de Londres tout exprès pour nous assister. L'administration du i chloroforme fut confiée à M. le docteur Gaudin, et M. Urdy, imon interne, voulut bien se charger de la tâche difficile d'em- I pêcher la hernie des intestins.

Opération. — Incision sur la ligne médiane depuis le pubis ; jusqu'à l'ombilic. Une petiLe tumeur graisseuse qui se trouvait à i ce niveau fut incisée avec précaution dans la crainte qu'elle ne fût épiploïque. L'abdomen une fois ouvert dans toute cette • étendue, l'utérus se présenta au fond de la plaie. Je crois inutile de décrire en détail les manœuvres opératoires que je dus texécuter pour amener la tumeur à l'extérieur et pour faire la 1 ligature du pédicule, c'est-à-dire du col; tout se passa comme < dans les observations I et IL Je prends la liberté d'y renvoyer le lecteur, ainsi qu'au chapitre de cet ouvrage qui sera consacré pau manuel opératoire. Je me bornerai à signaler ici ce qu'il y eut de particulier.

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(5ll DE l'aBLATIOS DE L'UTÉRUS PAfi LA (iASTKOTOMlL.

Lorsqu'on fait l'excision de la masse située au-dessus de la ligature, il arrive fréquemment que les fils se relâchent par suite de l'écoulement des liquides, sang ou sérosité, qui se trouvaient dans l'épaisseur du pédicule. On doit donc avoir la précaution de les resserrer de temps en temps, si l'on veut se mettre à l'abri d'une hémorrhagie. C'est pour avoir négligé d'agir de la sorte, que je vis à un moment donné un flot de sang s'échapper de la surface de section du pédicule et tomber en partie dans la cavité péritonéale. Je n'eus qu'à tourner les vis des serre-nœuds placés de chaque côté du pédicule, pour voir l'hémorrhagie s'arrêter instantanément. Il n'en est pas moins vrai que je me trouvai en présence d'une condition mauvaise pour la réussite de l'opération, savoir : la pénétration du sang dans la cavité péritonéale. Durée totale de l'opération, une heure et demie.

Suites «ic l'opération. ^Chez madame Ghaulieu, les suites de l'opération furent encore plus simples que dans les cas précédents. Les premiers jours, il y eut des nausées et des vomissements que l'on combattit par des moyens appropriés. Absence complète de météorisme; à peine quelques coliques. Le pouls ne dépassa jamais 10?i pulsations. Dès le troisième jour, la malade paraissait complètement hors du danger.

Au sixième jour, la suppuration s'établit au niveau du pédicule, qui resta pendant quelques jours le siège d'une vive douleur. Les épingles furent enlevées du quatrième au dixième jour, et le pédicule lui -môme tomba le quatorzième jour , laissant à sa pl.ice une ouverture infundibuliforme profonde de 4 centimètres et large à son orifice de 2 centimètres et demi de diamètre. Celte perte de substance était tout à fait comblée le 28 décembre, et ce jour-là même, la malade se levait pour la première fois. Elle quittait la maison de santé le 6 janvier 1872, dans un état aussi satisfaisant que possible. Il y avait un mois qu'elle avait subi l'opération.

Depuis cette époque, madame Chaulieu a repris des forces et de l'embonpoint; elle peut faire à pied de longues promenades sans se fatiguer; en somme, elle se porte à merveille. Les règles n'ont pas reparu.

Examen «le la tumeur. — Notre diagnostic était exact. C'était bien un fibrome interstitiel, faisant saillie dans la cavité de ïm matrice. Il adhérait à cet organe, principalement vers le fond (voy. iig. 2). Sa structure n'ollrait rien de particulier à noter.

TUMEDRS J-litHKI Si;s l N'I'KHSl'l'I'l JiLLES. 65

Les parois de l'utérus très-hyperirophices avaient en certains Bildroils U centimètres d'épaisseur. Les trompes et les ovaires

i«. 2. — Coupe à travers l'utérus et le corps fibreux. — La ligne ponctuée x, y, marque l'endroit où fut placée la ligature. — L'amputation de l'organe fut pratiquée à quelques centimètres au-dessus.

taient sains; le poids de la masse enlevée était de 3 hilogr., 60 grammes.

Ainsi donc, malgré la petite complication qui avait marqué excision delà tumeur, c'est-à-dire l'épanchement d'une notable mantité de sang dans la cavité péritonéale, la guérison avait été i rapide que la malade pouvait se lever dès le vingt-deuxième <mr de l'opération.

On peut conclure de cet exemple, et de bien d'autres que nous pourrions citer, que la péritonite, fort heureusement, n'est pas )ujours consécutive à cet accident. Elle est beaucoup plus fré-

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quente à la suite de la pénétration dans la cavité péritonéale de liquides autres que le sang, liquide des kystes ovariques par exemple. C'est là, en effet, le grand écueil à éviter dans les ovariolomies, et la cause de presque tous les insuccès.

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