TRAITEMENT
Bien des traitements ont été dirigés contre la chorée ogravidique, et si la chorée légère cède facilement aux diverses indications employées, il faut avouer que nous sommes peu armés contre la chorée grave, La première cesse habituellement avec la grossesse. Le traitement, en un mot, se borne là, à surveiller la grossesse; à une expectation que ne troublera que le moins possible Fadministration de quelques médicaments antispasmodiques.
Dans les chorées graves, il faut agir d’une façon plus énergique et ne point perdre de vue le côté obstétrical.
Les indications peuvent se diviser en deux grou-
pes : les indications causales et l'indication pathogénique.
Chacune des indications causales inspire un traitement particulier. L’anémie indique la médication reconstituante, les préparations qui ont pour base le fer; le carbonate de fer équivaut pour les médecins anglais à légal d’un spécifique, le valérianate de fer et les préparations ordinairement usitées, la limaille de fer phosphorisée, le citrate et le lactale, la teinture de mars, etc.
L'existence d'antécédents rhumatismaux fournit l’in-
Ron dication des bains sulfureux, l’antipyrine répond également à cette indication.
L'indication pathogénique est de combattre l’excitabilité accrue du système spécial. Parmi les médicaments à employer dans ce but, nous trouvons au premier chef le bromure de potassium. M. le professeur Jaccoud, dans ses cliniques, à publié les bons résultats qu'il en a obtenu, il l'a employé chez une femme enceinte, en commencant par À gramme pour aller jusqu’à 4 grammes; après trois semaines de traitement, la malade sortit guérie à la fin du D° mois de ia grossesse. Tel encore le cas de Gubler dans lequel des doses de 2 à 5 grammes amenèrent une grande amélioration chez la malade qui quitta Phôpital au bout de 45 jours.
Oulmont a employé l’hyoscyamine ei n’a eu qu’à s’en féliciter : «Dans trois cas la maladie était survenue au début ou dans le cours de la grossesse et chaque fois une notable amélioration à suivi Padministration du médicament (1). Oulmont donna d’abord 2 milligrammes d’hyoscyamine en pilules et alla jusqu’à 8 milligrammes.
La chorée gravidique pour quelques auteurs serait donc justiciable des préparations d’hyoscyamine.
Le sulfate d’aniline à la dose de 50 à 60 centigrammes par jour (Fraser) a été préconisé par quelques médecins anglais, ainsi que la teinture de fève de Calabar; les résultats obtenus furent assez encourageants pour justifier La continuation de ces tentatives, mais ne permettent pas de conclusion définitive.
(1) Bulletin de thérapeutique, 1875.
Fonteneau 5
La médication classique et la plus usitée dans la chorée des enfants ne saurait être mise en œuvre chez les femmes grosses, et M. le professeur Jaccoud repousse comme nuisibles l'opium à haute dose, le tartre stibié, les préparations arsenicales et les composés cyaniques.
Aux moyens thérapeutiques énoncés ci-dessus, ii faul ajouter les pulvérisations d’ether sur la colonne vertébrale et le massage.
Dans les formes surtout graves par Pagitation vioiente et continuelle des malades, ces traitements peuvent échouer; si l'agitation est telle qu’elle entretienne une insomnie continuelle, qu’elle mette la vie de la malade en péril, il faut recourir aux inhalations de chloroforme. Quand l’anesthésie est arrivée à la résolution, les mouvements cessent, ils ne recommencent pas immédiatement après le réveil, Si on répète les inhalations plusieurs fois par jour, on produit ainsi une détente salutaire. Depuis plusieurs années dans ces cas d’agitalion continue dans la chorée gravidique, la médication chloralée a été remise en honneur.
Russel, Schüll, ont publié des observations de malades guéries par ce médicament. M. le professeur Pinard reprenant le chloral Pa administré à haute dose, 6, 8, 10 grammes par Jour.
Il doit être donné de telle sorte que la malade soit plongée dans un sommeil continuel, on ne la réveillera qu’au moment des repas. Ce traitement sera continué dans toule sa rigueur jusqu'à ce qu'on constate une amélioration notable. Alors on pourra diminuer les doses,
= 35 mais le médicament ne sera supprimé que lorsque la chorée aura disparu complètement (4).
Le chloral est très bien supporté; à peine observe-t-on par moments une légère éruption chloralique, et on ne note pas de troubles du côté de l'estomac.
Grâce à ces deux derniers procédés, inhalations et chloroforme, administration par la bouche de chloral à hautes doses, les accidents graves de la chorëe des femmes enceintes pourront êlre conjurés. L'amélioration ainsi prodaite pourra permettre souvent d'attendre expulsion ‘du fœtus et parlant une accalmie très grande dans les accidents. Ré
Mais il est des cas ou ces moyens sont impyissants ou impraticables, alors les accoucheurs proposent d'agir sur l'utérus. C’est ainsi que l’on a essayé de dilater le col à Paide de deux doigts, procédé qui a réussi à Wade dans une chorée grave.
D’autres ont d’emblé cherché à provoquer l’accouchement, s'appuyant sur ce fait que d’une manière générale, la chorée cesse après lexpulsion du fœtus.
Ilen est de la chorée, comme de l’eclampsie, comme de cerlains troubles hystériques, comme de certains troubles mentaux; ces phénomènes pathologiques semblent bien être sous la dépendance de la grossesse puisque l'on a maintes fois observé leur rémission et leur cessation après l'accouchement, mais il faut bien savoir que parfois les phénomènes choreïques loin de s’amender continuent et que la mort survient malgré l'intervention.
(1) In. thèse de Riché 1891.
On a même observé plusieurs fois une issue fatale après un avortement spontané. Avant donc d'intervenir sur l'utérus on tentera, dans la mesure du possible, les médications que nous avons signalées et si on se résoud à provoquer l'avortement, on ne le fera qu'autant que la femme ne sera pas épuisée et pourra subir le traumatisme.