‹ IambesChapitre 10 sur 12 · IL — LA PESTE · texte numérisé non relu

IL — LA PESTE

Mère ! il était un peuple plein de vie , Un peuple ardent et fou de liberté. . . Eh bien ! soudain des champs de Moscovie

Je l'ai frappé de mon souffle empeste.

Alors, alors, dans les plaines humides

Le fossoyeur a levé ses grands bras ,

Et par milliers les cadavres livides

Comme de l'herbe ont encombré ses pas.

Mieux que la balle et les larges mitrailles ,

Mieux que la flamme et l'implacable faim ,

J'ai déchiré les mortelles entrailles ,

J'ai souillé l'air et corrompu le pain;

J'ai tout noirci de mon haleine errante ,

De mon contact j'ai tout empoisonné ,

Sur le téton de sa mère expirante

Tout endormi j'ai pris le nouveau né.

J'ai dévoré même au sein de la guerre

Des camps entiers de carnage fumant ,

J'ai frappé l'homme au bruit de son tonnerre ,

J'ai fait combattre entre eux des ossemens ; Enfin , partout l'humaine créature Sur un sol nu , sanglant et crevassé , Gît maintenant pleine de pourriture , Comme un chien mort au revers d'im fossé. Partout , partout , le noir corbeau béquète , Partout , les vers ont des corps à manger , Pas un vivant , et partout un squelette. . . 0 mort ! ô mort ! je n'ai rien à ronger.

Page 1