I. — LA GUERRE
Mère ! il était une ville fameuse :
Avec le Hun , j'ai franchi ses détours , J'ai démoli son enceinte fumeuse , Sous le boulet j'ai fait crouler ses tours,
J'ai promené mes chevaux par les rues, Et sous le fer de leurs rudes sabots J'ai labouré le corps des femmes nues Et des enfans couchés dans les ruisseaux ; J'ai sur la borne , au plus fort du carnage , Le corps frotté de suif et de saindoux , Brutalement et le front tout en nage , Sur un sein vierge essuyé mon poil roux ; Puis j'ai traîné sur mes pas l'Incendie , Et l'Incendie hurlant matin et soir A nettoyé de sa langue hardie , Les vieux moellons inondés de sang noir. Hura ! hura ! j'ai courbé la rebelle , J'ai largement lavé mon vieil affront, J'ai vu des morts à hauteur de ma selle ; Hura ! j'ai mis les deux pieds sur son front.
ÏAMBE VIIL 89
Tout est fini, maintenant, et ma lame Pend inutile à côté de mon flanc , Tout a passé par le fer et la flamme , Toute muraille a sa tache de sang ; Les chiens vaguant sur leurs maigres échines , Dans les ruisseaux n'ont plus rien à lécher , Tout est désert , l'herbe pousse aux ruines ; 0 mort ! ô mort ! je n'ai rien à faucher.