‹ Iambes et poèmes (volume 2)Chapitre 14 sur 112 · SA VIE ET SON ŒUVRE XXXV · texte numérisé non relu

SA VIE ET SON ŒUVRE XXXV

poème est précieux pour marquer la place de Barbier, à mi-chemin entre les élégiaques purs comme Brizeux et la stoïque pensée d'Alfred de Vigny, qui considère les mêmes maux, mais se refuse à gémir, la Nature étant indifférente. Pour Barbier, elle reste * la mère, la nourrice plaintive.'

Nous aurions souhaité pouvoir préciser la connaissance qu'eut Barbier de l'Angleterre. Malheureusement, le journal, griffonné au crayon, qu'il a laissé, ne commence que plus tard. Dans ses autres ouvrages, on ne trouve presque aucun rappel, aucune note de voyage comme il en écrivit sur ses séjours en Italie. Une seule nouvelle, Allan Morison, la troisième de Contes du Soir, se passe à Londres. Elle n'est remarquable ni par l'analyse des caractères, ni par la peinture du milieu anglais. C'est une étude un peu étrange de passion traversée, dans laquelle on est fondé à voir un peu plus qu'un jeu de pure fantaisie. Le héros meurt de son amour, dont lui-même a rendu impossible l'heureux épanouissement. Plus tard, sur la pierre de son tombeau, on trouve ces mots tracés avec une épingle par une main de femme :

Always much regretted.

Ces trois mots, associés pour lui à un souvenir dont il a emporté le secret. Barbier a demandé qu'on les gravât sur sa tombe.^

Dans les trois recueils précédents, Lazare, Il Ptanto,

* M. Hons-Olivier, exécuteur testamentaire, a respecté cette dernière volonté, comme on peut le voir sur le monument élevé au cimetière du Père-Lachaise.

XXXVl AUGUSTE BARBIER *.

les ïambes, Auguste Barbier s'était montré satirique et penseur, ému par l'art, absorbé surtout par les crises morales et sociales de son temps. Dans la suite de son œuvre, il a développé ces deux tendances de son activité poétique, le deuxième avec plus de bonheur que le premier.

Ses deux nouveaux volumes de satires sont très espacés : 1840, 1865. La hauteur d'âme y est toujours la même ; mais la verve est tombée. Le poète l'aurait peut-être retrouvée, s'il s'était abandonné au mouvement lyrique oratoire qui l'avait si bien servi dans les ïambes. Mais, et c'est là plus encore que dans // Pianto que je relève l'influence affadissante de Brizeux et de ses amis, — il s'est renié lui-même : il a cessé de faire du Barbier pour faire de l'antique.

Les satires de 1840 comprennent Érostrate et Potde-Vin} L'une est une sorte de poème tragique dialogué voulant, sous un masque gréco-alexandrin, peindre la passion du bruit et de la célébrité, *la médiocrité ambitieuse allant à la renommée par le crime.' ^ L'autre est un drame allégorique à la manière d'Aristophane, dans La Paix, avec la licence bouffonne et la verve en moins.

Les satires de 1865, moins ambitieuses, plus directes, auraient eu plus de chances de succès si le poète n^avait, avec les années, perdu beaucoup de sa vigueur,

^ Pot-de vin : appellation humoristique désignant ce qui se donne ])ar manière de présent au delà du prix convenu pour un marché, et, par analogie, ce qui se donne en argent d'une façon secrète aux hommes puissants, afin d'en obtenir des honneurs ou des places.

^ Satires, avant-propos.

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